Blognotice 2.11.2011

Survolant les sommets du Altai, les vastes plaines sibériennes déjà couverts de neige – une image qui me rappela d’un coup les descriptions de l’immensité de la Sibérie dans Docteur Jivago de Boris Pasternak, mais aussi les paysages des steppes , d’une plaine infinie dans « le testament français » de Andrei Makine, surtout ces mots :

« Avec une sérénité amère qui l’étonna elle-même, Charlotte entendit naître et résonner dans son esprit cette pensée transparente : « Il y eu cet enfer des villes brûlées et quelques heures plus tard – ce cheval qui broute l’herbe de rosée, dans la fraîcheur de la nuit. Ce pays et trop grand pour qu’ils puissent le vaincre. Le silence de cette plaine infinie résistera à leurs bombes … ».

Jamais encore elle ne s’était sentie aussi proche de cette terre ».(Makine 1995, 127).

J’avais lu ce livre il y a presque 16 ans  et en voyant l’immensité du paysage russe, ces mots du roman de Makine me revenaient à l’esprit.  Mais ce panorama de la Sibérie vue a vol de l’oiseau se referma brusquement, car une vaste étendue de nuages m’obstrua la vue  et je me replongeai dans le livre que j’avais choisi comme lecture pour ces 12 heures de vol Nanjing – Frankfurt –  « le roi vient quand il veut » de Pierre Michon – livre que j’ai découvert grâce a la critique de Pierre Assouline dans la RDL. Et dans ce livre je tombe sur un paragraphe à la page 83 qui me transposait dans ma propre enfance :  les voyages de la Toussaint à Saulgau en Oberschwaben, les cimetières illuminés par les « bougies et lumignons rouges » du jour de la Commémoration des fidèles défunts (Allerseelen / In Commemoratione Omnium Fidelium Defunctorum), le jour des morts, qui en fait était déjà célèbré le jour de la toussaint.  « La lanterne des morts m’a beaucoup marqué, c’est une pratique disparue que je n’ai jamais directement connue, mais qui m’a beaucoup fait rêver, enfant. Lorsque quelqu’un était mort, jadis, me disait-on en me montrant la lanterne de Saint-Goussaud — mais il y en a d’autres ailleurs —, on allumait dedans un grand feu, et dans la nuit on la voyait de Benevent, de Grand¬Bourg, de Chätelus. Saint-Goussaud est sur une butte, les autres villages dans la vallée. C’était ma région maternelle, la région des cimetières, où l’on visitait les tombes. C’était comme si la mort de ces gens dont je venais de voir les tombes illuminait le pays. Et bien sûr il y a quelque chose de funèbre dans tout cela, de funèbre mais de… J’ai beaucoup de mal ä le formuler. C’est un don, partagé visuellement avec les communes environnantes. Une petite flamme qui fait penser ä une petite âme. (Michon, P., 2010 p.83)» La petit flamme qui fait penser à une petite âme, quand j’étais gamin  on m’avait raconté  que le Seigneur regardait depuis le Bussen, montagne sacrée de Oberschwaben – et voyant ces paysages de novembre éclairés par les lanternes rouges des paysages de cimetières d’Oberschwaben, commençait à récolter les âmes perdues des défunts pour les places dans son royaume eternel.

Cette coutume est encore pratiquée dans une grande partie de l’Allemagne catholique de nos jours.  Ce ne sont plus ces paysages de cimetières illuminés par les lanternes rouges mais on en trouve encore de ces lanternes ici et là dans les cimetières de l’Allemagne du Sud. Et chaque fois que vois de telles lanternes, cela me penser a cette histoire du Bussen.

En listant ce mots de Michon, – je pensai aussi au temps où je vivais à Aubord dans le Gard chez ma grand – mère  et que j’allais acheter les chrysanthèmes pour la Toussaint  et nous nous occupions ensemble, ma grand-mère et moi, de la tombe familiale au vieux cimetière d’Aubord.  Depuis cet été ma grand mère a rejoint les habitants de la tombe familiale et donc maintenaient il n’y aura plus personne pour s’occuper du caveau familial, ni Chrysanthèmes  ni lanterne de mort  allumée par un membre la famille, un proche.  Naturellement il aura des Chrysanthèmes, cela peut s’organiser, mais il y a la présence personnelle qui manque. En survolant la Sibérie, en lisant les mots de Pierre Michon qui me rappellent les paysages des cimetières de novembre de Oberschwaben et de Forêt Noire illuminés, je pensai que l’éclatement des familles nous éloigne parfois douloureusement de nos morts.

En arrivant en Allemagne, le soir du 31. Octobre  2011 je redécouvre aussi que ces paysages  de novembre illuminés par les lumières rouges des lanternes des morts si caractéristiques des parties catholiques du Sud de l’Allemagne  sont en train d’être  de plus en plus remplacés par les citrouilles de Halloween.  Personnellement je préfère l’histoire de la petite flamme qui fait penser à la petite âme  aux citrouilles d’Halloween!

Livres cités :

Makine, Andrei (1995) : Le testament français. Paris, Mercure de France. ISBN 2-7152-1936-9

Michon, Pierre (2010) : Le roi vient quand il veut. Propos sur la littérature. Textes  réunis par Agnès Castigione avec la participation de Pierre Marc de Biasi.  Paris, Le livre de Poche/Albin Michel, ISBN 978-2-253-13434-3

Christophe Neff,  le  2.11.2011

Blognotice 11.10.2011 – petites remarques sur les prix littéraires

Pour les chutes de neiges, dans les Vosges et en Forêt Noire je  ne me suis pas trompé, – il a même neigé sur la Schwäbische Alb. Par contre pour les lauréats du Nobel de Littérature 2011 mes quatre favoris Assia Djebar, Adonis, Ibrahim al-Koni et Ngũgĩ wa Thiong’o n’étaient pas du cru – c’est Tomas Tranströmer qui fut l’heureux gagnant du Prix Nobel de littérature 2011. Pour une grande partie de la critique littéraire, Tranströmer semble plutôt être un illustre inconnu, mais personnellement j’avais déjà entendu parler de ce poète suédois.  Juste une semaine avant l’annonce des prix Nobel  j’avais  reçu en cadeau un ouvrage de poésie, – Tradarbeten – Flechtwerk –  de HC Ericson, traduite par une des mes anciennes étudiantes Julia Baum. En fait, il s’agit d’une œuvre de poésie bilingue éditée en suédois et en allemand. Donc je me suis mis une fois de plus dans la Littérature suédoise –  où le nom de Tranströmer est un nom incontournable en ce qui concerne la poésie. En  plus dans le fond de ma mémoire  les souvenirs de Selma Lagerlöf, première femme à recevoir un prix de Nobel de littérature, en 1908, restent bien présents.

Quant aux critiques pour le Nobel de Littérature 2011, pour beaucoup des critiques professionnels le choix du comité de Nobel reste incompréhensible – je renvois ici à « What’s Wrong With the Nobel Prize in Literature » de Tim Parks – en Allemagne on a un peu l’impression que Tomas Tranströmer est un illustre inconnu ! Je fus, il faut le dire, très déçu de la critique « Tomas Tranströmer, poète nobélisé » de Pierre Assouline. Par contre, un très bel article de    Nils C. Ahl dans le Monde – « Tomas Tranströmer, un poète sobre et moderne remporte le Nobel ». A lire aussi la très belle comparaison Staring Through the Stitches  de Tomas Tranströmer et Wislawa Szymborska écrite par Helen Vendler en octobre 1998. Naturellement comme l’écrit Vendler «  Relying on translation, one has to trust the translator – on dépend toujours de la traduction », en poésie encore bien plus ! Dans ce sens, la traduction allemande de l’œuvre « Tradarbeten » de HC Ericson  par Julia Baum  me semble être une réussite – rythme et grande clarté du langage – Rhythmus und große Klarheit der Sprache. Un jour après le Nobel de littérature on nous annonçait les lauréats du prix du Nobel de la paix, là par contre pas de grande surprise avec Ellen Johnson-Sirleaf, Leymah Gbowee et Tawakkul Karman.  Le lauréat du Nobel de la paix 2010, l’écrivain et poète chinois Liu Xiaobo croupit encore en prison, de plus en plus oublié par l’opinion publique mondiale.  En Allemagne il y quelques semaines, un peu méconnu du grand public, un livre fut édité par Tienchi Martin-Liao et Liu Xia, « Liu Xiaobo – Ich habe keine Feinde, ich kenne keinen Hass. Ausgewählten Schriften und Gedichte. »  Je ne crois pas que ce livre trouvera un grand public.  Autre livre qui ne trouva jamais un grand public, mais qui certainement mériterait une lecture approfondie, est « la Montagne de l’âme» de Gao Xingjian (Prix nobel de littérature 2000). Je viens de le retrouver dans mon étagère à livres.  Dans cette version du livre, avec un paysage de Gao Xingjian en encre de chine en couverture, une préface  de Noel Dutrait  nous trouvons en fin de cette préface une petite notice : « Le texte français de la Montagne de l’Âme a été relu par l’auteur  et un fécond travail  sur la langue a pu s’engager avec les traducteurs.  Déjà publié en suédois, le roman doit prochainement paraitre en anglais et en Allemand ».

Nous sommes, pour les langues que nous ne maitrisons pas  ou pas assez, dépendants  de la traduction littéraire.  Dans le cas de  « la Montagne de l’âme » nous avons la chance que l’auteur ait relu la traduction française avant la publication de l’œuvre.  Malheureusement nous n’avons pas toujours droit à de telles circonstances. Comme l’écrit Helen Vendler – nous devons faire confiance au traducteur.  Pour les traductions allemandes de Tanströmer surtout à Hanns Grössel, pour les traductions françaises je crois surtout à Jacques Outin. Je ne crois pas que l’œuvre de Tranströmer deviendra un bestseller, mais je ne pense pas, qu’un Nobel, un Goncourt, ou un deutscher Buchpreis ait  la fonction de produire des « bestsellers »,  même si les maisons d’éditions aimeraient bien qu’un prix littéraire transforme l’œuvre d’un écrivain en bestseller.  « Tauben fliegen auf » le roman de Melinda Nadj Abonji  qui fut récompensé  par le deutsche Buchpreis 2010, ne fut pas un Bestseller – est cela a provoqué beaucoup d’agitation dans le milieu d’édition allemand.  Peut être le lauréat 2011 du Deutsche Buchpreis, le roman « In Zeiten des abnehmenden Lichts»» de Eugen Ruge trouvera plus de lecteurs  que «Tauben fliegen auf ».

Un prix littéraire, que se soit le Nobel, le deutsche Buchpreis, le Goncourt, le Joseph-Breitbach Preis ou un simple prix de poésie régional  doit surtout inciter le lecteur curieux à découvrir un nouveau paysage littéraire.  C’est en ce sens que vais surement lire une des œuvres de Tranströmer, pour découvrir un nouveau paysages poétique. Peut être aussi « Tauben fliegen auf » de Melinda Nadj Abonji , si le livre sort en version poche , car je manque cruellement de place pour ranger mes livres. Comme je l’avais fait il a y quelques années avec V.S. Naipaul, lauréat du Nobel de littérature 2001, – en lisant « a House for Mr. Biswas » dans la traduction allemande de Karin Graf « Ein Haus für Mr. Biswas » – roman dans lequel  je  découvris un paysage littéraire  totalement inconnu.

Sources citées :

Ericson, HC (2011): Tradarbeten – Flechtwerk (Übersetzung ins Deutsche Julia Baum). Stockholm, Carlson Bokförlag, ISBN 978-91-7331-4527

Martin-Liao, Tienchi ; Xia, Liu (Eds) (2011): Liu Xiaobo. Ich habe keine Feinde, ich kenne keinen Hass. Ausgewählte Schriften und Gedichte. Aus dem Chinesischen von Karin Betz und Hans Peter Hoffmann. Mit einem Vorwort von Václav Havel.  S. Fischer Verlag Frankfurt, ISBN 978-3-10-092591-6

Naipaul, V.S. (2001) : Ein Haus für Mr. Biswas. Deutsch von Karin Graf.  Ungekürzte Ausgabe.  2 Auflage Dezember 2001.  Titel der englischen Original Ausgabe « A House for Mr. Biswas ©V.S. Naipaul), München,  Deutscher Taschenbuchverlag, ISBN 3-423-12020-7

Xingjian, Gao (2000): Le Montagne de l‘âme. Traduit du chinois par Noel et Liliane Dutrait.  Titre original « Lingshan ». Paris, Éditions de l’Aube (© Gao Xingjian , © éditions de l’Aube 1995 & 2000 pour la traduction française.), ISBN 2-87678-526-9

Christophe Neff, le 11.10.2011

Blognotice 5.10.2011 – neiges automnales & prochain lauréat du Prix Nobel de littérature

Finies  les belles journées de fin d’été – l’automne n’est plus loin, pour jeudi le 6. Octobre 2011 on nous annonce de la neige à partir de 1200 mètres sur les sommets des Vosges et de la Forêt Noire.  Le jeudi  6. Octobre on nous annoncera aussi le prochain lauréat du Prix  Nobel de littérature.  En fait je n’ai aucune idée de qui pourrait se voir  attribuer le prix. Normalement un ou deux jours avant l’annonce on trouve quelques renseignements sur la RDL. Mais cette année au moment où j’écris ces lignes,  aucune annonce dans la RDL.  Un de meilleurs romans que j’aie lu durant ces dernières années, fut le roman Melnitz de Charles Lewinsky. Mais Charles Lewinsky ne figure sur aucune liste de potentiels lauréats du  Nobel de littérature. Chez Ladbrokes c’est Adonis qui figure actuellement en tête.  Mais M.A. Orthofer dans le Literary Saloon ne veut pas trop y croire, – ses favoris sont Ibrahim al-Koni et Ngũgĩ wa Thiong’o.  Le guardian nous présente Assia Djebar. En fait je n’ai aucune idée  mais une attribution du prix  Nobel de littérature à Adonis aurait au moins le charme de guider un peu plus l’opinion publique sur ce qui ce passe actuellement en Syrie.  Au début de l’été 2011, en signe de solidarité silencieuse aves le mouvement d’opposition je me suis mis à lire  « Mémoire du  vent » d’Adonis. Je sais bien que cela ne sert pas à grand-chose.  En fait cela ne sert à rien du tout,  le sang des innocents coule dans les villes syriennes, seul le vent emporte les cris des victimes du régime de  Bachar el-Assad  et j’ai l’impression que les massacres continueront encore longtemps. Au fait qui parle encore du printemps arabe ? Il y aura des élections en Tunisie le 23. Octobre 2011, mais on n’en parle guère dans la presse francophone.  Il semble que Ennahda puisse remporter les élections du 23.10.2011, – très belle analyse de Joshua Hammer dans la New York Review of Books – sur ce sujet.  Mais tout cela n’a rien à voir avec  l’annonce du lauréat du Nobel de Littérature 2011, mais on pourrait au moins espérer  autant d’attention médiatique pour les prochaines élections tunisiennes ou pour la tragédie que se passe en Syrie que pour l’annonce du lauréat du Nobel de Littérature 2011. Un lauréat du Maghreb, du Proche – Orient pourrait au moins porter  une lame d’espérance pour ce qui fut ce printemps , le début démocratique arabe.  Nefflinger tu rêves les yeux ouverts!

Pour finir : ma prévision personnelle  pour le Nobel de littérature 2011, ce ne sera ni Charles Lewinsky ni Serge Moati, mes trois – quatre favoris sont Assia Djebar, Adonis, Ibrahim al-Koni et Ngũgĩ wa Thiong’o.

Jeudi après midi – si les prévisions météo d’aujourd’hui ne se trompent pas trop, nous retrouvons la neige sur les sommets des Vosges et de la Forêt Noire et nous connaîtrons le lauréat du Nobel de Littérature 2011.

Christophe Neff, le 5.10.2011

Blognotice 1.10.2011

Jeudi 29.9.2011 le Bundestag a voté le plan de sauvetage de l’euro, la Kanzlermehrheit est au rendez-vous et depuis, Madame Merkel pourra un peu reprendre son souffle,  le lendemain Pierre Assouline se permet de faire l’éloge de wikipedia « N’est pas Karl Kraus qui veut (pour une fois, la notice Wikipédia est excellente) »  ce qui a aussi quelque chose d’ historique , de en plus le billet fait découvrir une nouvelle expression – archéo-postsoixantehuitard– eine echte Wortkreation! Un véritable néologisme. Après une longue pause, Au jour le jour nous présente un billet automnale et nous témoigne une fois de plus à  quel point l’auteure, ancienne grande dame de la Socialdemokratie du Südweststaat, désespère une fois de plus des baronnies locales, des grands et petits chefs du P.S. français. Elle devrait peut être lire « 30 ans après »  de Serge Moati. C’est bien écrit, cela fait revivre de bons souvenirs, et cela peut donner du courage pour affronter l’épreuve des présidentielles en 2012.

Pour revenir au  vote du plan de sauvetage de l’Euro au Bundestag, je me suis longtemps interrogé comment j’aurais voté moi – même en ce jour décisif au Bundestag. J’aurais certainement voté pour, comme une grande majorité de la SPD et des Verts, mais avec le cœur lourd, même très lourd, car le traitement que ce plan envisage pour  les pays en difficulté est à mes yeux une politique digne de la politique économique du gouvernement Brüning qui mena l’Allemagne au désastre politique connu.  Aux  Etats Unis durant ces temps mouvementés et pleins de désespérance socio-économique, Franklin Delano Roosevelt commença sa politique du New Deal et sortit les Etats Unis grandis de cette rude épreuve, pendant que l’Allemagne s’enfonça dans un des plus sombres chapitres de son histoire.  Parfois tout cela me rappelle du déjà vu  et je reviens à une lecture  qui m’avait très impressionne durant mes études, le fameux livre de Charles Kindleberger « The World in Depression. 1929–1939 » que j’avais lu en traduction allemande « Die Weltwirtschaftskrise ». Ce livre mériterait d’être lu (ou relu) par nos élites politiques. Le capitalisme sans limites, qui parfois me semble être digne d’un « Freibeuterkapitalismus », d’un capitalisme flibustier, comporte tous les ingrédients pour mettre nos sociétés au bord du gouffre.

Je finis cette petite blognotice avec une citation, que j’ai découverte  en lisant « 30 ans » de Serge Moati  « Le véritable ennemi, j’allais dire le seul, parce que tout passe par chez lui, le véritable ennemi si l’on est bien sur le terrain de la rupture initiale, des structures économiques, c’est celui qui tient les clefs… c’est celui qui est installé sur ce terrain là, c’est celui qu’il faut déloger… c’est le Monopole ! terme extensif… pour signifier toutes les puissances de l’argent, l’argent qui corrompt, l’argent qui achète, l’argent qui écrase, l’argent qui tue, l’argent qui ruine, et l’argent qui pourrit jusqu’à la conscience des hommes ! »  – ce petit bout de phrase est issue du discours d’Epinay de François Mitterrand („QU’ALLONS-NOUS FAIRE DE L’UNITÉ ET SURTOUT, COMMENT ALLONS-NOUS FAIRE ?“ (EPINAY, 13 JUIN 1971))– et ce petit bout de phrase n’a rien perdu de son  actualité ni de sa véracité.

Sources citées :

Moati, Serge (2011) : 30 ans après.  Paris, Editions du Seuil, ISBN 978-2-02-098819-3.

Christophe Neff, le 1.10.2011

Les 100 premiers jours du gouvernement vert – rouge Kretschmann à Stuttgart (20.8.2011)

Le gouvernement Kretschmann vient de passer la barre des ses premiers 100 jours de gouvernance. Les medias allemands jusqu’à présent sont plutôt favorables à ce premier Gouvernement vert – rouge en Allemagne  et un sondage commandé par la Stuttgarter Zeitung pour les 100 premier jours du gouvernement Kretschmann souligne l’image très positive du gouvernement Kretschmann. D’après ce sondage cette image positive est surtout à l’effet Kretschmann – Winfried Kretschmann est devenu une vrai star de la vie politique allemande.  Même l’initiative pour la double nationalité devant le Bundesrat de la ministre de l’intégration Bilkay Öney, initiative que j’approuve personnellement,  car jusqu’ à présent la double nationalité était un fait exceptionnel et  rarissime en Allemagne,  n’a pas terni l’image positive du gouvernement Kretschmann. On aurait pu croire que dans un Land comme le Baden-Württemberg qui est considéré comme extrêmement conservateur et dans ce contexte on parlait aussi du CDU Staat, une initiative comme celle engagée par Bilkay Öney aurait pu avoir des conséquences négatives dans les sondages, mais il n’en est rien. Ceci montre peut-être a quel point les résultats des dernières élections ne furent pas seulement dûs au Fall – Out politique de Fukushima  mais aussi aux fissures qui gangrenaient de plus en plus le CDU-Staat. Après 60 ans de pouvoir la CDU avait de plus en plus perdu le contact avec ses électeurs plus que le fameux débat sur Stuttgart 21, la décision de fermer l’Hôpital de Schramberg (Fermeture du Kreiskrankenhaus Schramberg – j’en parlais ici dans les posts 1, 2 ,3, 4, 5, 6, 7, 8, 9)  montre à quel point le fameux CDU Staat sous le gouvernement Mappus avait pris de sérieuses fissures ;  les prédécesseurs  de Mappus auraient tout fait pour   éviter la fermeture d’un hôpital dans les fiefs ruraux de la CDU, ou auraient au moins essayer de compenser une telle fermeture par la création d’une Fachhochschule ou d’un autre établissement publique.

La décision de fermer l’Hôpital de Schramberg est seulement un exemple, mais il montre très bien que sous le gouvernement Mappus le CDU Staat avait atteint ses limites. L’ancien député de la FDP Dieter Kleinmann qui fut un de protagoniste de la fermeture de l’Hôpital de Schramberg paya cher son combat pour la fermeture de l’Hôpital de Schramberg, il ne fut plus réélu au Landtag aux élections régionales du 27 mars 2011. En tout FDP et CDU avaient perdu plus que 10 % de voix  résultats d’un pouvoir trop sûr de lui et qui s’était éloigné de ses propres bases électorales. Ce fut la fin du CDU Staat. En fait, à part l’initiative Bilkay Öney pour l’établissement de la double-nationalité – le gouvernement Kretschmann n’a jusqu’à présent pas encore pris de grandes initiatives législatives. Mais c’est à l’intérieur du pouvoir exécutif, là où le CDU Staat se manifestait le plus  dans les postes clefs de la haute fonction publique, les vrais changements politiques se font sentir de plus en plus. Le départ de Zinelli le rouge, Herbert Zinell, – l’ancien maire SPD de Schramberg vers Stuttgart pour devenir Ministerialdirektor au Ministère de l’intérieur  donc Amtschef , le plus haut fonctionnaire du  Ministère de l’intérieur qui est dirigé par Reinhold Gall  est plus qu’ un symbole. C’est ici chez les hauts fonctionnaires que le changement politique à Stuttgart se fait réellement sentir, car c’est le fin rouage entre la Ministerialbürokratie et la CDU qui à condition de savoir jouer habilement sur se clavier  était crucial, ce qui ne fut pas le cas pour le malheureux Stefan Mappus  – le garant du succès politique du CDU Staat.  Chaque jour que le gouvernement Kretschmann réussit à gouverner, à survivre politiquement (car il ne faut pas être dupe, l’épée de Damoclès pour le gouvernement Kretschmann – reste la fameuse question de Stuttgart 21) les structures du CDU Staat solidement ancrées dans  les 60 ans de gouvernement CDU vont peu à peu disparaitre. Les bons sondages et la bonne image médiatique des premiers 100 jours du gouvernement Kretschmann  ne doivent pas faire oublier  que Stuttgart 21 est devenu un défi quasiment insurmontable les verts sont contre , l’actuel ministre des Transports et des Infrastructures Winfried Hermann est un farouche opposant du projet Stuttgart 21  et la SPD est pour le projet Stuttgart 21. Je ne vois pas comment Winfried Kretschmann pourra combler le fossé profond qui sépare les Verts et la SPD dans la question du projet Stuttgart 21. Stuttgart 21 est le Talon d’Achille du premier gouvernement vert – rouge en Allemagne ! Actuellement aucune issue politique à ce problème clef ne semble être en vue.

Pour finir ce billet, pour tous ceux qui lisent l’allemand  et qui s’intéressent de plus près au phénomène Winfried Kretschmann , je suggère de lire la biographie « Winfried Kretschmann. Das Portrait» écrite par les époux Henkel.

Source :

Henkel, Peter; Henkel-Waidhofer, Johanna (2011) : Winfried Kretschmann. Das Portrai.     ISBN 978-3-451-33255-5 (Herder), Freiburg 2011.

Christophe Neff 20.8.2011

Blognotice : 30.7.2011 les jours de marchés de la saison estivale 2011 à Leucate

Pendant que le mauvais temps baigne une  grande partie de l’Europe centrale, – surtout l’Allemagne a subi un juillet maussade avec  froids, pluies et inondations les Corbières maritimes et le pays de Leucate fut un ilot de soleil et de vents. Oui,  beaucoup de tramontane, – qui pendant que les pluies interminables inondaient une grande partie de l’Allemagne la tramontane chassait les nuages dans le pays leucatois. Donc des vacances pleines de vent et de soleil – et comme si souvent dédiées à la lecture  attentive de la version papier du Monde – découverte du magnifique feuilleton d’été du monde – la fin de l’euro – un vrai feuilleton franco-allemand. Lecture de la lettre d’Allemagne de Frédéric Lemaitre « „Atmosphäre, atmosphäre…“ » sur le livre de  Klaus Harpprecht sur Arletty. Malheureusement on y trouve un petit erreur cruciale – „Le président a dit : l’axe franco-allemand sera la priorité de mes successeurs quelle que soit leur appartenance politique, à l’exception de l’extrême droite et du Parti communiste. Pouvez-vous en dire autant ? Brandt a pris le temps de la réflexion et a répondu : je peux m’engager pour tous les chanceliers, y compris Franz Josef Strauss„. Franz Josef Strauss ne fut jamais chancelier de la BRD – heureusement , – là Lemaitre se trompe – ou cite mal Klaus Harpprecht.  Mais cette petite lettre d’Allemagne – écrite dans le Var – donne vraiment envie de lire l’ouvrage de Harpprecht sur Arletty – « Arletty und ihr deutscher Offizier:  Eine Liebe in Zeiten des Krieges ».  Une autre lecture que je suggère pour les vacanciers passant leurs vacances dans le pays leucatois est le petit livre «une gare de briques roses – voyages dans les Pyrénées Orientales – avec des écrivains d’hier et d’aujourd’hui » de Michel Wallon. Ce voyage littéraire à travers les paysages littéraires du Roussillon – paysages qui se trouvent à peine une dizaine de kilomètres du pays Leucatois – nous permet de découvrir le Roussillon par les verbes des écrivains. En plus ce livre est partiellement une vraie  anthologie littéraire franco-allemande.

Pour finir – vu du succès de la petite notice « Eté 2010 : les jours de marché à Leucate Village »,  je publie ici les jours de marchés de la saison estivale 2011 à Leucate.

Leucate Village : mardis, vendredis et dimanche (Place de république),

La Franqui : lundis et jeudis (Place de la Poste),

Leucate Plage : mercredis et samedis (Place de tennis)

Port Leucate : mercredis et dimanches (Place des Arènes) ; lundis et jeudis (Rue de Canelou)

Livres & ouvrages cités :

Harprecht, Klaus (2011) : Arletty und ihr deutscher Offizier:  Eine Liebe in Zeiten des Krieges. Frankfurt, (Fischer), ISBN 978-310030062.

Wallon, Michel (2011) : une gare de briques roses – voyages dans les Pyrénées Orientales – avec des écrivains d’hier et d’aujourd’hui.  Perpignan, (Éditions Talaia), ISBN 978-2-917859-20-9

Photo: © C. Neff. 22.7.2011: le marché de Leucate Village, – le vendredi 22.07.2011 sur la place de la république sous le regard vaillant de Francoise de Cezelli.

Christophe Neff,  le 30.7.2011

Blognotice 11.7.2011 – quelques mots sur le « Gedächtnishaus Fohrenbühl »

En écrivant mon dernier billet j’ai pensé instinctivement au Turm (dont je parlais  déjà ici), plus correctement au„Gedächtnishaus der Gefallenen des Weltkrieges 1914-18 vom Württembergischen Schwarzwaldverein“ – ou Gedächtnishaus Fohrenbühl comme on dit dans la Raumschaft Schramberg. En fait en 1923, le württembergische Schwarzwaldverein fit construire sur la base de la vielle Turmhütte (alte Turmhütte) sur le Mooswaldkopf le « Gedächtnishaus Fohrenbühl (Maison du souvenir du Fohrenbühl) à la mémoire des morts des régiments du Württemberg durant la guerre de 1914-18. La décision de construire un tel monument fut prise lors de l’ assemblée générale , Hauptversammlung ,du württembergische Schwarzwaldverein le 17.6.1923. Le Gedächtnishaus fut construit à partir des plans et de la conception de Paul Bonatz et fut inauguré en août 1924. Dans le formidable livre de  Wolfgang Voigt & Roland May sur Paul Bonatz (Paul Bonatz 1877 – 1956    ), livre avec un « komplettes Werkverzeichnis » nous trouvons en page 208 les mots „Gedächtnishaus der Gefallenen des Weltkrieges 1914-18 vom Württembergischen Schwarzwaldverein“ Lauterbach Fohrenbühl. Malheureusement on ne trouve pas plus d’info sur le Turm dans cette véritable bible de l’œuvre de Paul Bonatz, qui est en plus un livre bilingue (allemand-anglais).  En fait le Fohrenbühl était une des rares place de l’ancien Württemberg depuis laquelle on pouvait voir la chaîne des Vosges, la ligne des crêtes, – mais surtout le Sud de la chaîne des Vosges – Hohneck, Petit Ballon, Grand Ballon etc. Le Sud des Vosges, là où durant la guerre de 1914-18 la bataille des Vosges fit rage,  et où une partie des régiments  du« royaume du Württemberg » périrent. C’est ici sur les Mooswaldkopf que les anciens combattants du royaume du Wurttemberg se recueillaient, entourés des forêts du Fohrenbühl avec la vue imprenable sur la ligne des crêtes vosgiennes, pour se souvenir de leurs camarades tombés sur le front des Vosges et ailleurs. De nous jours la plupart des visiteurs du Gedächtnishaus Fohrenbühl ont oublié le sens des mots «Gedächtnishaus der Gefallenen des Weltkrieges 1914-18 vom Württembergischen Schwarzwaldverein (maison du souvenir des morts de la guerre mondiale 1924-18 du Schwarzwaldverein du Württemberg)» mais le site, les paysages n’ont guère changé. Le Gedächtnishaus est entouré de sapinières majestueuses, la vue (par temps clair) sur la chaîne des Alpes et les Vosges est toujours imprenable. Et c’est surtout un site silencieux, le vent qui bouge les branches des arbres, les oiseaux chantant  , et surtout le soir et la nuit , on n’ entend que le chant des forêts. Depuis le Turm, la tour du Gedächtnishaus  immergé en pleine forêt, immergé dans les silencieux chants des sapinières, en voyant la ligne bleue des crêtes des Vosges enneigée on peut encore très bien ressentir cette ambiance de derniers adieux et de mémoire que les anciens combattants du royaume du Wurtemberg ressentaient quand ils se souvenaient ,leurs regards tournés vers l’ouest, de leurs camarades tombés sur le front des Vosges (et ailleurs) !

En dehors de toute considérations historique – les paysages du Fohrenbühl, le Mooswaldkopf, – le Gedächtnishaus Fohrenbühl, le col du Fohrenbühl avec ses trois restaurant Adler, Schwanen et le Landhaus Lauble  sont des paysages typiques de la Moyenne Forêt Noire  avec des belles Sapinières pleines de Houx et des belles clairières, prés de vaches garnie d’ éoliennes , les « Kimmichginster » véritables paysages de promenade de moyenne montagne  qui valent sûrement quelques jours de vacances , surtout quand on recherche détente et paysages silencieux.

Photos :

Vue sur le Turm, – la Tour du Gedächtnishaus Fohrenbühl.  © C. Neff. 24.8.2008

Lumières matinales dans les Sapinières du Mooswaldkopf. © Car. Weiß-Neff. 24.8.2008

Sources :

a.) Sources ecrites – livres, articles etc.

Neff, C. (2004): Kimmichginster und Global Change. Presseinfo zur Global Change Exkursion der Universität Mannheim am 28.5.2004.

Scherfling, Karlheinz (2007): Das Gedächtnishaus auf dem Fohrenbühl. Ein gastliches Haus am Mittelweg gelegen.  In: Der Schwarzwald, 6 – 9, 2007-1, (download ici)

Voigt, Wolfgang ; May, Roland (Eds.) (2010): Paul Bonatz 1877 – 1956 . Tübingen ; Berlin : Wasmuth, ISBN: 978-3-8030-0729-2 ; 978-3-8030-0730-8.

b.: liens internet

Chronologie du Gedächtnishaus sur le site du Schwarzwaldverein Ortsgruppe Schramberg (en allemand)

Histoire du Gedächtnishaus Fohrenbühl sur le site de la Famille King les actuelle gérant du Gedächtnishaus Turm (en allemand).

Les lumières du Fohrenbühl et la révolution tunisienne sur le paysages-blog

Paysages et géographie gastronomique du Fohrenbühl sur le paysages-blog

Christophe Neff, Grünstadt le 11.7.2011

Blognotice 1.7.2011 – l‘Allemagne vote le „Ausstieg“

Le jeudi 30 Juin 2011 fut une véritable journée historique en Allemagne. Le Bundestag vota « le Ausstieg » la sortie du nucléaire. 513 parlementaires de la CDU, de la FDP, de la SPD et des verts ont voté pour le Ausstieg, – 79 parlementaires – surtout issus de la Linke ont voté contre – et 8 parlementaires se sont abstenus.  Le chef de file de l’opposition social-démocrate (SPD), Sigmar Gabriel, en salue ce jour „historique“, tout en égratignant le gouvernement d’Angela Merkel : „Nous soutenons cette décision par conviction, vous seulement par opportunisme » a bien raison, car il faut le rappeler qu’il y a à peine quelques mois le gouverment Merkel  avait aboli la sortie du nucléaire (Ausstieg aus dem Ausstieg) voté par le premier Gouvernement Schröder en 2002.  La sortie du nucléaire allemand, le virage à 90% du gouvernement  Merkel,  c’était déjà prévisible quelques jours après la catastrophe de Fukushima, je l’avais déjà écrit dans la Blognotice du 14.3.2011. La sortie du nucléaire de l’Allemagne comme le premier Ministerpräsident vert Winfried Kretschmann en Bade-Würtemberg sont en première ligne dûs aux retombées politiques de la catastrophe de Fukushima en Allemagne.  Cette catastrophe a provoqué un véritable raz-marée politique en Allemagne, car les images venant du Japon meurtri ont touché profondément l’Allemagne.  L’ ampleur de cette blessure qu’une grande partie de l’Allemagne a ressentie  en voyant les conséquences du tsunami meurtrier au Japon est à l’origine du petit livret de Daniel de Roulet « Tu n’as rien vu à Fukushima » (voir le petit résumé dans le Blog de TKT et la critique détaillée de Pierre Assouline « Fukushima mon amour »)  qui vient d’être traduit en Allemand (traduction: Maria Hoffmann-Dartevelle) sous le titre « Fukushima mon amour. Brief an eine japanische Freundin  » (ce qui est la traduction littérale du titre de la critique du livre dans la république de livres.), quelques semaines après sa parution en France. Qu’un livre français soit aussi rapidement traduit en Allemand après sa première parution n’est vraiment pas coutume – si je ne me trompe , « indignez vous » de Stéphane Hessel ne fut pas traduit en allemand dans le même délai court que « Tu n’as rien vu à Fukushima ».  Le Fallout politique de la catastrophe nucléaire de Fukushima a profondément bouleversé, touché l’Allemagne, est -ce pour cela que le Bundestag a voté la sortie du nucléaire le jeudi 30 juin2011. Apparemment ce « fallout politique » de la catastrophe de Fukushima s’est arrêté juste au-dessus du Rhin, – comme jadis durant l’accident de Tchernobyl il y a juste 25 ans – car un veritable débat politique sur la sortie du nucléaire de la France  ne semble pas être à l’ordre du jour en France.

Livres cités

De Roulet, Daniel (2011): Fukushima mon amour. Brief an eine japanische Freundin. Hoffmann und Campe, Hamburg, ISBN 978-3-455-40352-7 (Übersetzung: Hoffmann-Dartevelle, Maria)

De Roulet, Daniel (2011): Tu n’as rien vu à Fukushima. Paris. Buchet & Castell. ISBN 978-2-283-02528-4

Christophe Neff, Grünstadt le 1.7.2011

Quelques mots sur le billet « Gracq en guerre ou comment Louis devient écrivain » de la République des livres

Les vastes paysages du Pfälzerwald en tête, revenant de la sortie avec la Pollichia au Grünstadter Berg dimanche le 15.5.2011 je découvris un billet de la République de livres rempli de paysages et de géographie. Naturellement la caravane des commentateurs sur la RDL s’est déplacée depuis vers d’autre lieux – en ce moment chez un libraire en colère dans un quartier du bas des Champs Elysées. Mais le billet « Gracq en guerre ou comment Louis devient écrivain » était tellement rempli de « paysages » que le verbe en tremble; que j’ai laissé les mots suivants dans les commentaires « Revenant d’une longue ballade à travers le Grünstadter Berg – avec ces beaux panoramas qui s’ouvrent vers l’Ouest, le Mont Tonnerre, le Pfälzer Wald et tout au fond à l’ouest la Lorraine et la France – cette lecture paysagère parachevait un beau matin de dimanche ! Belle Phrase « Au fond, l’œuvre de Julien Gracq Français viscéralement attaché à l’Ouest, ne serait-elle pas la démonstration que « la géographie, ça sert aussi à faire la littérature ? ». Et toujours cette guerre, partout cette guerre …. » –

« Et c’est ainsi que le billet de Pierre Assouline commence « La guerre, la guerre, la guerre. Il est peu de visiteurs de Julien Gracq , à Paris comme à Saint-Florent-le-Vieil, qui ne se souviennent l’avoir écouté parler de la guerre. Ou plutôt des guerres, la grande et la dernière. La première fois, il avait 8 ans lorsqu’il entendit les volées de cloches et les sonneries de clairons annonçant la signature de l’armistice à travers tout le pays et, partant, le début du XXème siècle ; la seconde fois, il avait 29 ans lorsqu’il assista impuissant et les armes à la main à l’effondrement de son pays et de son peuple. Comment la guerre aurait-elle jamais pu le lâcher ? » – toujours cette guerre, le soir même de ce dimanche 15 mai je remontai vers le Grünstadter Berg, pour prendre encore quelques photos, et en voyant le Donnersberg, le Mont Tonnerre en français , lieu qui donna son nom au Département historique du Mont Tonnerre, je me souvenais qu‘ une semaine avant, le 8.5.2011, j’avais participé à la cérémonie d’honneur pour Libéro Casciola à Hussigny, Libéro Casciola mort en déportation dans un camp en Allemagne, toujours ces souvenirs de guerre que je n’ai pas vécu mais qui sont toujours omniprésents.

Il y a quelques jours en revenant d’une sortie en Alsace , précisément le delta de la Sauer, roulant sur la Weinstraße, quelques kilomètres avant Grünstadt, entre les villages de Herxheim an der Weinstraße et de Kirchheim an der Weinstraße, je découvris perdu dans les vignes le petit cimetière juif de Kirchheim an der Weinstraße. Il n y a plus de communauté juife à Kirchheim depuis la période tragique de 1933 – 1945 ; au milieu des tombes, une petite plaque commémorative de 1947 rappelle l’existence de la petite commune juive de Kirchheim.

„Durch Menschenhand wurde auch dieser jüdische Friedhof im Nov. 1938 vollständig zerstört. Selbst den Toten nahm man ihren Frieden.

Dieses Monument wurde durch die Gemeinde Kirchheim A.D. Eck im Jahr 1947 als Wiedergutmachung errichtet. Es soll eine ewige Mahnung sein, dass eine Schändung des Menschenantlitzes wie in den Jahren 1933- 1945 geschehen, sich niemals wieder ereignen möge, denn alle Menschen sind doch Brüder und haben einen Gott„.

« Par la main de l’homme ce cimetière juif fut complètement détruit en Novembre 1938. Même aux morts on vola leur paix.

Ce monument fut érigé par la commune de Kirchheim A.D. Eck (aujourd’hui Kirchheim an der Weinstraße) comme acte de repentance. Le monument veut servir d’appel éternel, pour qu’une profanation de l‘ « humain « comme cela eut lieu pendant les années 1993 – 45 ne se répéte plus jamais, car tous les hommes sont frères et ils ont un seul dieu ». (trad. C.Neff)

Ceux qui sont en train de fossoyer le rêve d’une Europe citoyenne unie et sans frontière devraient peut- être un jour se souvenir du « jamais plus cela » et traverser les vignes de la Unterhaardt en silence pour retrouver le vieux cimetière juif de Kirchheim et se rappeler pourquoi Konrad Adenauer, Charles de Gaulle, Willy Brandt, François Mitterrand et Helmut Kohl (et tant d’autres) ont tant œuvré pour ce rêve d’une Europe sans frontières.

Photos :

Vue sur le Mont Tonnerre. © C. Neff 15.5.2011

Plaque commémorative au vieux cimetière juif de Kirchheim an der Weinstraße. Vue sur le Mont Tonnerre. © C. Neff 17.5.2011

Au coeur des vignes – les tombes du vieux cimetière juif de Kirchheim an der Weinstraße. © C. Neff 17.5.2011

Christophe Neff, Grünstadt le 22.5.2011

P.S : Très bon interview de Franz Walther Steinmeier dans le SPON sur l’etat actuelle de l‘ Europe politique.

Blognotice 6.5.2011 : – souvenir d’une longue attente pour un enfant du Pays-Haut mort en déportation

Le 8 mai 2011 une stèle en l’honneur de Monsieur CASCIOLA LIBERO, enfant de Hussigny-Godbrange décédé en déportation, sera inaugurée à Hussigny-Godbrange devant le groupe scolaire.

La semaine dernière, vers le mercredi le 27.4.2011 je m’apercevais que l’article, Quelques nouvelles de Grünstadt (26.9.2009), était d’un jour à l’autre visité plusieurs fois par jours, alors qu‘ avant cette date cette petite notice de blog ne recevait presque pas de visite (15 depuis la création le 26.9.2009 jusqu’au 27.4.2011). Je m’aperçus donc sur mon wordpress « dashboard » dans la rubrique « Mots clefs utilisés pour trouver votre blog » que le mot « Libéro Casciola » était de plus en plus présent, – et effectivement dans la petite notice de blog du 26.9.2010 je parlais entre autres de Libéro Casciola, – cousin de mon grand père Jean Migliori – Libéro Casciola mort en déportation en Allemagne. Après une petite recherche Google je découvris sur la homepage de la commune d‘ Hussigny-Godbrange, qu’en fait la commune de Hussigny allait commémorer le sort tragique du cousin de mon grand-père Jean Migliori avec une petite cérémonie le dimanche 8.5.2011.Cérémonies du 8 mai 1945

„Le Maire et son Conseil Municipal invitent toute la population à participer aux cérémonies du 8 mai 1945 ainsi que celle des victimes de la déportation qui auront lieu le dimanche 8 mai 2011 à 10h30 au sein de l’école Jacques Prévert.

A cette occasion, une stèle en l’honneur de Monsieur CASCIOLA LIBERO, enfant de Hussigny-Godbrange décédé en déportation, sera inaugurée devant le groupe scolaire.

A l’issue de ces cérémonies, un vin d’honneur sera offert dans le cour de l’école.„

(Source: Site officiel de la Mairie de Hussigny-Godbrange , dernière consultation le 6.5.2011 vers 7:00)

Et comme on ne trouve pas grand-chose dans le web sur Libéro Casciola – une copie de la déclaration de décès du journal officiel du 7 aout 2007 dans le site morts dans les camps – les quelques internautes qui cherchent à en savoir plus sur l’histoire de Libéro Casciola atterrissent chez paysages, la plupart du temps dans le billet du 26.9.2009. C’est ainsi que je découvris la cérémonie d’honneur que la mairie de Hussigny préparait pour le 8.5.2011. Cette découverte je la fis, – il y a parfois vraiment d’étranges coïncidences – en lisant les derniers chapitres du roman « Lutetia » de Pierre Assouline qui décrit  les jours de 1945 où l’hôtel Lutetia fut un centre de « rapatriés ». « « Ne dites pas « déporte » mais « rapatrié ». C’est le terme que nous avons adopté dans nos rapports, lettres et circulaires. Alors dites « rapatrié » vous aussi, sinon vous ne vous comprendrez pas (Assouline, P. 2006, p. 336). » Les souvenirs d’enfance d‘ Eckbolsheim, c’est ici que j’appris la première fois l’histoire tragique de Libéro Casciola, par la voix de mes grands-parents, – histoire qui depuis m’a poursuivi comme une ombre invisible – se mêlaient avec le récit, les yeux, les impressions du personnage fictif d‘ « Édouard Kiefer » – voyant les « déportées » arrivées au Lutetia – et voyant les proches, les familles, les amis attendre l’arrivée d’un proche. L’attente infinie d’un proche – qui ne reviendra peut être jamais. Comme gamin en 1968 à Eckbolsheim, j’avais eu le sentiment que dans ma famille, comme dans la fameuse chanson J’attendrai interprétée par Rina Ketty, on attendait encore le retour de Libéro.

J’attendrai,

Le jour et la nuit,

j’attendrai toujours

Ton retour …

J’attendrai

Car l’oiseau qui s’enfuit vient chercher l’oubli

Dans son nid

Le temps passe et court

En battant tristement

Dans mon coeur plus lourd

Et pourtant, j’attendrai

Ton retour

(Dino Olivieri (music), Nino Rastelli (paroles italiennes de l’originale italien Tornerai),  Louis Potérat (paroles françaises)).

Et depuis, cette histoire du « cousin Libéro Casciola » mort en déportation à Bergen-Belsen n’a cessé de me poursuivre.  C‘ est comme petit gamin dans la rue de pommes à Eckbolsheim que je compris qu’il y avait eu durant les années 1940 un triste événement qui avait déchiré l’Europe, – une barbarie sans précédent – et que le responsable de cette barbarie était l’Allemagne nazie. C’est là (et à Schramberg – Sulgen et à Saulgau) que j’entendis la première fois les mots, camps, déportation, résistance, le Struthof, Bergen-Belsen, Dachau, le Heuberg  – mais aussi des noms comme Stalingrad et Tambov – le camp N° 188 dit camps des français. Et c’est peut-être encore une coïncidence de plus,  le vendredi 29.4.2011 le soir sur Arte je regardai le film policier « Hunkeler et l’affaire Livius » de Stefan Jäger avec Matthias Gnädiger dans le rôle principal du commissaire Peter Hunkeler – film qui se base de sur le roman de Hansjörg Schneider « Hunkeler und der Fall Livius » – et c’est encore une fois de plus les ombres de l’histoire franco-allemandes, les ombres personnelles de ma famille qui réapparaissent. En regardant le film,  je me demande pourquoi les réalisateurs ont transformé le nom de Baldersdorf en Balderskirch dans le film. Car c’est  bien le massacre de Baldersdorf qui est au cœur du roman de Hansjörg Schneider.

Er schob das eiserne Tor zum Friedhof auf. Die Gräber lagen in Reih und Glied. Viele von Ihnen waren kürzlich besucht worden, die Querwege waren gepfadet. Hinten an der Rückwand stand ein großes Kreuz. A la mémoire de nos enfants fusilles au camp de Struthof war zu lesen, in Erinnerung an unsere Kinder, die im Lager Struthof fusiliert worden sind. Zehn Namen waren aufgelistet, es waren die Namen der Burschen aus Ballersdorf. Die Schneefläche davon war unberührt, niemand hatte den Fuß hineingesetzt. (Schneider, HJ. 2009, p. 189)

Il remua la porte en fer du cimetière. Les tombes étaient allongées une après l’autre. Beaucoup de tombes avait reçu des visites récemment, les chemins couverts de neige ressemblaient à des sentiers. Derrière il y avait une grande croix. On pouvait lire « A la mémoire de nos enfants fusillés au camp de Struthof ». Il y avait dix noms, c’était les noms des garçons de Ballersdorf. La neige devant la croix était vierge, personne n’avait mis le pied. (Traduction C. Neff d’après «Hunkeler und der Fall Livius» de Hansjörg Schneider).

Pourquoi le film cache- t-il le nom de Baldersdorf ? Pourquoi tant de morts, pourquoi Libéro Casciola n’est il pas revenu ? En fait je ne connais pas l’histoire de Libéro Casciola, je connais seulement l’histoire d’une immense attente sans fin, que ma grand-mère me racontait encore durant les années 1990. Des peurs, des angoisses, des souvenirs :  Libéro Casciola mourut en déportation en Allemagne en 1945, la fin d’un long voyage depuis l’Italie dans le Pays-Haut , pour finir dans un camp en Allemagne. « Ils s’en allèrent mourir au fonds de camps allemands sans avoir revu le cœur vert de l’Italie » comme l’écrit Aurélie Filippetti (2003 :26) dans son roman autobiographique en mémoire a l’immigration italienne dans le Pays-Haut. Ils mouraient dans les camps allemands sans revoir ceux qu’ils les aimaient, qui les attendaient dans le Pays-Haut, – que se soit à Hussigny, à Godbrange, à Villerupt – qui les attendaient même encore beaucoup plus tard à Eckbolsheim, Aubord, Port Leucate et ailleurs dans des lieux inconnus.

« Dans un murmure, que la nuit transformait en une longue plainte, des absents demandaient juste qu’on les oublie pas. (Assouline, P. 2006, p. 362). Libéro Casciola n’est pas retourné au Pays-Haut, mais nous ne l’avons jamais oublies, même moi qui connaissais simplement l’ombre invisible que son souvenir a laissée sur notre famille.

Bibliographie & Sources :

Assouline, Pierre (2006): Lutetia. Folio Poches/Gallimard, Paris, ISBN  978-2-07-032097-4

Filippetti, Aurélie (2003) : Les derniers Jours de la classe ouvrière. (Stock – Le Livre de Poche), ISBN 2-253-10859-6

Schneider, Hansjörg (2009): Hunkeler und der Fall Livius. Bastei Lübbe, ISBN 978-3-404-15983-3 (Taschenbuchversion)

Christophe Neff, Grünstadt le 6.5.2011