Blognotice 10.06.2013: Toujours cette pluie!

Et toujours cette pluie, – depuis des semaines une grande  partie de l’Allemagne subit des pluies incessantes, les inondations sont à l’ordre du jour. Le Danube entre Regensburg et Passau s’est transformé en lac gigantesque, – la petite ville de Deggendorf a été submergée par les flots du Danube. L’Elbe est en train de se transformer en véritable paysage lacustre, – la ville de Magdeburg a dû payer un lourd tribu des milliers d’habitants ont dû être évacués. Mais l’Allemagne n’est pas la seule à subir les conséquences de ces pluies incessantes, – une grande partie de l’Europe centrale est touchée par de gigantesques inondations.

Brûlis du Vogelskopf en Forêt Noire (Grindenschwarzwald) © C. Neff 8.6.2013

Normalement dans paysages, chaque années je publie une petite note annonçant le début de la saison des  feux de forêt en Europe de l’Ouest/Europe Centrale (France, Benelux, Suisse, Allemagne) mais cette année jusqu’ àprésent nous sommes encore loin du début de la saison des feux de forêts, c’est plutôt la saison des pluies incessantes et des inondations des grandes fleuves d’Europe centrale. L’année dernière la saison d’incendie de forêts débutait le 25. Mars, en 2011 vers la fin du mois d’avril, en 2010 vers le milieu du mois d’avril. Mais il faut toujours le rappeler (même en temps de crues – car le beau temps va bien revenir un jour), – les feux de forêts ce n’est pas limité aux écosystèmes méditerranéens, – cela peut aussi arriver aussi bien dans les Alpes suisses, les Vosges, ou en Forêt Noire. D’ailleurs Samedi dernier (8.06.2013), j’ai travaillé sur un tel brûlis âgé d’environ trois ans sur les bords de la Schwarzwaldhochstraße entre le Vogelskopf et le Schliffkopf. Beau site où on peut très bien observer  la reprise de la dynamique végétale après incendie. En plus ce samedi 8 juin le soleil était de retour (au moins sur la Schwarzwaldhochstraße) – attirant les randonneurs et les hordes de motocyclistes , profitant de cette journée presque estivale sur la Schwarzwaldhochstraße  pendant que je faisais, accompagné par une étudiante en écologie, une première  reconnaissance de la reprise végétale sur ce «petit lambeau de terre incendié » du « Grindenschwarzwald ».

Christophe Neff, le 10.06.2013

Blognotice 25.11.2012: la 47ème semaine – une semaine des petits et grands conflits géopolitiques

Pendant que le Monde médiatique se penchait une fois de plus sur le drame de Gaza, – Monsieur Morsi arrivait à se faire une certaine renommée internationale en méditant un cessez le feu entre le Hamas et Israël. Mais en même temps il s’octroyait des pleins pouvoirs quasiment pharaoniques. L’Egypte semble de plus en plus  se transformer en Etat autoritaire version frères musulmans. En Tunisie Ennahda essaye de plus en plus de verrouiller le droit d’expression, mais jusqu’à présent on semble encore être loin des dérives autoritaires du régime de Monsieur Morsi. Pendant le drame de Gaza la guerre civile en Syrie poursuivait son chemin sanglant. Combien de morts, de disparus en Syrie – pendant les jours dramatiques à Gaza. Pendant que le monde médiatique penchait ses yeux sur Gaza,  le régime syrien, les bouchers de Damas continuaient sans états d’âme leur travail sanglant.  Mais c’est au cœur de l’Afrique, très très loin de toute attention médiatique, aux confins de la région des grand lacs qu’un véritable drame eut lieu – le M23 (Mouvement du 23 Mars) progresseGoma, Saké tombée – et bientôt peut-être Bukavu , qui sait. Le M23 est responsable des crimes de guerres à grande échelle,  mais malheureusement leurs adversaires, pour le dire diplomatiquement, ne sont pas des enfants de chœur. Il est intéressant de noter que dans la version anglaise de l’article Wikipédia sur le M.23 le rapport (francophone) « RD Congo : Les rebelles du M23 commettent des crimes de guerre » de Human Rights Watch n’est pas mentionné. La Guerre du Kivu, le conflit le plus meurtrier depuis la fin de la seconde guerre mondiale, semble une fois de plus  s’éveiller comme un vieux volcan sans que nous en prenions note. La région des grands lacs semble une fois de plus être un pays où la mort et la violence gratuite ont encore un bel avenir devant eux. Mais croire que le sang qui a coulé à flot dans la région des grands lacs, qui coule encore dans cette région ne nous regarde pas est une erreur !

Le téléphone mobile, le Smartphone que nous utilisons tous les jours, cet outil devenu si indispensable dans notre vie – contient du Coltan  et dans la plupart des cas ce minerai rare (il est presque indispensable pour la hardware supportant notre vie virtuelle) provient de la région des grands lacs, du Kivu. Le trafic du Coltan, n’est certes pas la seule cause des interminables violences à l’est de la RDC,  mais une des questions clefs géopolitiques pour comprendre un peu ce qui se passe  là- bas, loin de nos yeux, est le contrôle du trafic de ce minerai rare et indispensable pour la fabrication des « mobiles ». Le téléphone mobile, le Smartphone,  ce petit outil, qui est devenu si indispensable dans notre quotidien contemporain, dans ce petit outil il y a pour ainsi dire le sang du Kivu qui coule. Il y a deux ans, il y avait même un film documentaire danois intitulé « Blood in the Mobile » (voir ici la critique du Guardian : a shocking connection – film makers uncovers blood in the mobile) qui avait essayé de sensibiliser le grand public sur ces liens « inconnus » entre l’Est de la RDC et le Mobile que nous tenons dans nos mains. Le conflit et les conflits du Kivu se réveillent comme un vieux volcan, annoncent une énième guerre sanglante… et les capitales occidentales, une grande partie des medias internationaux  semblent préférer imiter la Monusco, bien fermer les yeux, ne  rien voir et ne rien entendre!

Christophe Neff, le 25.11.2012

Commentaire sur les évènements de la journée du 14.09.2012 à Tunis.

Le vendredi 14.09.2012 fut une journée de colère dans le Monde Musulman, la vidéo «L’innocence des musulmans » avait provoqué une réaction vive, manifestations, émeutes, mises à sac d’ambassades, destruction de l’école américaine de Tunis.  En Allemagne le réveil fut particulièrement rude, car on se croyait être hors de cible, mais la mise à sac de l’ambassade allemande au Soudan montrait bien que tous l’occident était ciblé – et que cette mise à sac de l’ambassade à Khartoum ne fut pas l’œuvre d’un évènement de colère spontané, mais  bien préparé et orchestré en avance. La même chose semble avoir lieu à Benghazi.

Naturellement on pourrait se demander pourquoi cette vidéo, ce brûlot  islamophobe, déchaîne tant de  passion,   et en même temps la guerre civile en Syrie, où les bourreaux du boucher de Damas, tuent, massacrent jour après jour, n’ont  jusqu’à présent engendré  aucune démonstration de solidarité visible et audible  dans le monde arabe avec les victimes des massacres commis par les troupes de Bachar el-Assad. Cette question mériterait surement une réflexion approfondie (voire aussi ici).

La destruction des mausolées et de mosquées de Tombouctou par Ansar ed-Dine  en Juin/Juillet dernier n’a que je ne sache pas provoqué une telle indignation furieuse dans le monde islamique! En fait qui encore pense aux destins de manuscrits millénaires, qui fut le trésor de cette ville, qui de nos jours sont menacées par l’obscurantisme le plus arriérée !

On pourrait aussi demander à qui réellement profite la mise en circulation de la vidéo?

Personnellement la mort de John Christopher Stevens à Benghazi, et de voir l’ambassade américaine de Tunis saccagée, de voir partir l’école américaine partir en fumée, m’ont fortement touché. J’avais suivit les évènements de Tunis via le „live“ du Monde, et quelques sources twitter et j’étais littéralement foudroyé  par ce que j’ai pu suivre via twitter etc. Voici des extrais du reportage de Isabelle Mandraud (2012b) paru dans la version papier du Monde du 16.09.2012 : « Fenêtres brisées sur toute une façade, drapeau arraché, sol jonché de pierres mais aussi de douilles de balles et de cartouches de chevrotine, voitures en feu sur le parking… Des annexes continuaient à brûler, tandis que montait de l’école américaine toute proche, entièrement pillée et incendiée, un épais nuage noir visible à plusieurs kilomètres. …. A Tunis, avec une violence inouïe, des groupes de salafistes et de casseurs ont tenté de prendre d’assaut le bâtiment diplomatique américain aux cris d’«Allah Akbar» et «Obama, nous sommes tous des Oussama ». (Version électronique chargeable pour les abonnées le Monde.fr)

Pendant mes années tunisiennes, entre 2005 et 2008, – il y avait des périodes, où je passais plusieurs fois par jour devant les bâtiments de l’ambassade U.S., et devant l’école américaine, la  «American Cooperative School of Tunis» en faisant le trajet la Marsa – Tunis Ville et retour en voiture, car souvent  pendant cette période tunisienne j’habitais à la Marsa-Corniche.  La destruction de l’école américaine, est d’ailleurs un symbole très fort, car c’est un symbole du savoir qui fut mis à feu. Les lieux du savoir étant depuis tout temps cibles des violences déclenchées par l’obscurantisme de tout bord. Néanmoins, même si je considère que les évènements de Tunis du vendredi 14.09.2012 sont très graves, je pense, et là je rejoins l’analyse et le cri de cœur d’Isabelle Mandraud –« Sur la Tunisie, halte au feu ! » (Article réservé aux abonnés Le Monde/payant), que la Tunisie a encore toutes les chances d’évoluer vers une vraie démocratie, comme je l’avais déjà écrit dans les lumières du Fohrenbühl. Naturellement le danger salafiste a pris de l’ampleur, mais cela était prévisible. En plus, depuis le début du printemps arabe l’environnement géopolitique a fortement changé, la désintégration du Mali met en danger aussi bien l’Afrique subsaharienne et le Grand Maghreb, même l’Egypte et le Machrek, et je dirais même que l’Europe n’est pas à l’abri des conséquences des évènements dans le Nord du Sahel. La désintégration du Mali, l’infiltration de la mouvance  Touareg par AQMI au Nord du Sahel n’est d’ailleurs pas liée aux évènements en Lybie, car ceci s’est annoncé longtemps avant la chute du régime de Khadafi,  j’y avais même dédié un petit billet en février 2010. La chute du régime de Khadafi a peut-être précipité les choses, mais les failles et les structures annonçant des lourds problèmes au Nord du Sahel, la désintégration du Mali etc., étaient déjà bien visibles  avant,  il suffisait d’avoir un œil géopolitique attentif. La présence accrue d’AQMI dans le Nord du Sahel, la désintégration du Mali  font de cette partie du Monde un véritable « porte d’avion », un « terrain de refuge » pour AQMI  et les mouvances salafistes, d’où il est possible de s’infiltrer dans les états avoisinants pour les déstabiliser.

Donc depuis le début de la révolution jasmin en Tunisie, l’environnement géopolitique s’est nettement assombri pour la Tunisie. En plus à la question socio-économique, cette question fondamentale pour la survie durable d’un état démocratique, à cette question, le nouveau gouvernement tunisien, ce premier gouvernement tunisien issu d’une vraie élection démocratique, n’a jusqu’à présent trouvé aucune réponse significative. Ajoutons à cela que le dernier hiver fut , de plus, particulièrement  rude  dans le Nord de la Tunisie, par endroits il y avait plus de neige qu’ en Allemagne, par surcroît  il y avait une pénurie de bouteilles de gaz (voir aussi Blognotice 22.12.2011) : donc une grande partie de la population n’a guère l’impression que les changements politiques aient engendré une amélioration de leur situation socio-économique personnelle , bien au contraire. Et si par malchance la Tunisie devait encore affronter un hiver rude comme l’hiver 2011/12 on aurait vraiment  à se faire des soucis.

Mais je pense que l’avenir du printemps arabe en Tunisie  se jouera principalement sur l’évolution socio-économique du pays. Pendant mes années tunisiennes, j’avais aussi la chance de travailler dans les ruraux tunisiens, du Sud au Nord, et toutes ces fortes impressions que les ruraux tunisiens m’avaient  laissé je les avais inclus dans mes cours sur la géographie du Maghreb, spécialement dans le chapitre que j’avais dénommé « le Djebel a faim ». En fait j’avais emprunté le titre de ce chapitre au livre de Serge Moati « Du Côté des vivants », livre que j’avais acheté à la librairie Milles-feuilles à la Marsa, – et dont la lecture m’accompagnait pendant mes travaux dans les ruraux brûlants de Tunisie. Je me permets de citer quelques passages d’un chapitre qui m’a fortement marqué, car j’avais l’impression qu’ en fait les choses n’avaient guère changé loin des côtes qui s’étaient enrichies avec le tourisme, mais qu’une grande partie de l’intérieur du pays, n’avait guère profité des retombées du tourisme. L’intérieur de terres tunisiennes, c’était des pays  bien loin des côtes touristiques,  de véritables planètes à part.

Précisons que ce que Serge Moati fils nous raconte se passe pendant le protectorat français.

« Il y avait aussi parmi eux quelques évadés politiques, je vous le concède. Beaucoup venaient de Tripolitaine. Ceux-là ont composé le premier noyau de ces bandes armées. Et puis, ils ont recruté ce qu’ils ont pu et comme ils ont pu, y compris des gamins excités et désœuvrés… – Ils ont trouvé des volontaires dans les bleds les plus perdus … Ils leur disaient : « Tu n’es pas content de ton sort, la récolte a été mauvaise ou il y de la sécheresse, ton patron, ce salaud de colon, t’a renvoyé, viens avec nous dans le maquis… » L’action pourrait se passer à l’identique en Calabre, en Sicile, en Corse…

Rejoindre les fellaghas devient pour des types paumés une façon de s’opposer de manière forte et, si j’ose dire, romantique, à la présence française…

– Je me permets de vous donner une preuve de ce que j’avance, enchaine Papa. Au printemps dernier, vous le savez, le recrutement des fellaghas s’est accru. Pourquoi, selon vous ? …

Parce que c’était la période de chômage la plus terrible ! Entre la récolte de l’alfa et la moisson. On rejoint les rangs des fellaghas aussi parce que l’on a faim et que l’on se sent abandonné ! Voilà !

-« Voilà ! » Dites-moi, Monsieur Moati, vous pourriez écrire une thèse sur les fellaghas! Vous semblez si bien les connaître ! Curieux, d’ailleurs ce savoir presque intime…

– Je sens les choses. Je connais mon pays. Je suis Tunisien, après tout…

– Je vous croyais Français ?

– Je suis franco-tunisien. Voilà ce que je suis. Et juif

– Je sais

– Et livournais. Et arabe.

– Tout ça ?

– Tout ça. Et j’en suis fier !

Le problème est social ! Il faut reclasser les fellaghas, leur trouver du travail, leur donner de quoi manger ! Ce serait tout à l’honneur de l’administration française et des nouveaux pouvoirs tunisiens! Comme dit le secrétaire général de mon parti, Elie Cohen-Hadria : « Rendre nourricière la steppe brûlante, c’est en fin de compte en arracher pour l’éternité, la semence des fellaghas ! »

-C’est beau comme l’antique.

– C’est surtout vrai » (Citations extraites des pages 253-257 du livre « Du côté des vivants » de Serge Moati).

Cette conversation entre Serge Moati père et un colonel de l’armée française, dont nous parle Serge Moati fils dans son roman autobiographique « Du Côté des Vivants », s’est passée  durant les années cinquante du dernier siècle et depuis beaucoup de choses ont changé: la présence française, les colons français ont disparu, les fellaghas pour ainsi dire aussi. Le récit de Moati, – fiction ou réalité vécue, – cela n’a aucune importance – car ce fut ce fut une des réalités vécues des ruraux tunisiens d’après-guerre.

Mais la steppe est restée aussi brûlante de nos jours,  et je crois que ces professions  de foi de Serge Moati père rapportées par son fils Serge – sont toujours valables  c’est au moins ce que je ressentais pendant mes séjours dans les ruraux tunisiens. Et je me disais, si un jour la Tunisie devenait  par chance un état véritablement démocratique,  se débarrassant  de son lourd historique autocratique, il faudra absolument trouver une solution pour les populations des ruraux marginaux, les faire participer à la richesse nationale!

Car si la « steppe brûlante » pour utiliser les mots de Serge Moati père et de Elie Cohen-Hadria, si la faim, les sentiments d’abandon,  tous ces maux persistent en Tunisie,  ne disparaissent pas aussi bien du Djebel, des bleds, que des quartiers pauvres du grand Tunis,  l’avenir pour la jeune démocratie tunisienne s’annonce  plutôt sombre. Ceci dit, cela ne se limite pas au cas tunisien, mais ces problèmes se posent dans tous les états du Maghreb et bien au-delà !

C’est vraiment un grand défi,  et franchement l’actuel gouvernement, premier gouvernement tunisien issu  d’une élection libre et démocratique, le Gouvernement Hamadi Jebali semble avoir des grandes difficultés à trouver des réponses adéquates à  ces problèmes difficiles et cruciaux pour l’avenir de la Tunisie. Mais à ceux qui voient le printemps arabe tourner au  cauchemar, – il faudrait peut-être rappeler que la voie vers la démocratie de nos états occidentaux fut aussi un chemin long, périlleux, plein de dangers, de déceptions, de violences … tout cela ce ne s’est pas construit du jour au lendemain. Cela a pris du temps, même beaucoup de temps, de grandes lenteurs!

Personnellement, je crois que la société tunisienne peut réussir sa transition démocratique même si le chemin à parcourir sera long et difficile. Même très difficile, – voir partir l’American Cooperative School of Tunis en fumée  cela affecte d’une certaine manière mon optimisme, mais néanmoins je veux bien croire aux mots que je prononçais dans les lumières du Fohrenbühl : « je ne suis pas voyant, je ne partage pas le pouvoir clairvoyant de tant d‘ « experts du monde arabe » mais je pense que, si il y a actuellement une société du monde arabe qui pourrait réussir à construire une véritable démocratie laïque et une société libre c’est bel et bien la société tunisienne – le peuple tunisien . »

Je me permets de finir ce billet avec une citation d’Isabelle Mandraud « Les islamistes n’ont pas pris le pouvoir avec le couteau entre les dents: ils ont été élus, démocratiquement. Ils ne sont d’ailleurs pas majoritaires, ce qui les a contraints à nouer une triple alliance pour gouverner un pays encore déstabilisé, qui tâtonne et qui se cherche aujourd’hui une identité. Comment pourrait-il en être autrement dans une petite république qui n’a jamais connu la démocratie, même au temps de Bourguiba? Oui, l’islamisation de la société est un sujet sensible, mais qui mérite mieux que des caricatures. (Mandraud, I. 2012a, p.1) ». Oui je pense, que ces mots écrits par Isabelle Mandraud, même après les évènements d’hier, n’ont rien perdu de leur signification – bien au contraire !

Œuvres & sources citées :

Mandraud, Isabelle (2012a) : Sur la Tunisie, halte au feu! Le Monde Géopolitique, N˚ 21038 daté Dimanche 9 – Lundi 10 septembre 2012, page 1. (Version électronique chargeable pour les abonnées le Monde.fr)

Mandraud, Isabelle (2012b) : Tunis touchée par les violences anti américaines – Trois personnes sont décédées dans l’attaque de l’ambassade des Etats-Unis par des groupes salafistes et des casseurs. Le Monde, Dimanche16- Lundi 17 septembre 2012, page 3. (Version électronique chargeable pour les abonnées le Monde.fr)

Moati, Serge (2006) : Du côté des vivants. Paris, Librairie Artheme Fayard, ISBN 2-213-63087-9

Christophe Neff, écrit le 15.09.2012, publié le 16.09.2012

Blognotice 10.09.2012: Changements de Paysages dans la Raumschaft Schramberg

Schramberg - Blick auf die Steighäuslefläche 16.8.2012Des changements des paysages, il y en a aussi dans la Raumschaft Schramberg, petit terroir de la Forêt Noire dans lequel j’ai passé une grande partie de mon enfance. J’ai eu  dernièrement, durant un cours pratique sur les changements de paysages dans le « Mittlerer Schwarzwald », cours pratique qui eut lieu du 15 au 19.8.2012,  l’occasion de le constater. Le but de ce cours était d’initier les étudiants à la pratique de la cartographie du paysage et de la dynamique végétale. Nous avons donc travaillé sur deux chantiers distincts – l’un sur la reprise végétale du feu de forêt de Hornberg-Niederwasser –  et l’autre sur la coupe blanche du Steighäusle à Schramberg (voir aussi la notice: La Forêt progresse à Schramberg). Donc deux chantiers dédiés à la dynamique végétale et à la fermeture du paysage.

La Forêt Noire est aussi une terre de Feux de Forêts, même si cela a presque disparu complètement de la mémoire collective  et la recherche scientifique jusqu’ à présent n’a pas encore écrit l’histoire des incendies de forêts en Forêt Noire. Le Brandenkopf, – la tête brûlée, porte le souvenir du grand incendie de 1730 dans son nom, avant il s’appelait Varnlehenskopf. Le plus grand incendie fut certainement le grand incendie de Baiersbronn-Schönmünzach qui dévasta une grande partie des forêts du Grindenschwarzwald et de la Murg en 1800. Le nouveau livre de Wolfgang Schlund & Georg Jehle & Charly Ebel,  „100 Jahre Bannwald Wilder See„, dédié au centenaire de la réserve forestière du « Bannwald Wilder See »  a le mérite de dédier un chapitre entier à l’incendie oublié de Baiersbronn-Schönmünzach. En dehors de l’aspect feu de forêt, le livre est aussi une magnifique initiation aux paysages du nord de la Forêt Noire.

L’incendie de Hornberg – Niederwasser, éclata en Avril 1997 le long de la Schwarzwaldbahn, – dû à un blocage de freins d’un train de marchandise – il  brûla à peu près 100 ha de Forêt de Montagne (voir aussi ici). Depuis, la reconquête végétale a repris ses droits  et une nouvelle forêt émerge lentement des brûlis. Cette reconquête naturelle, seulement une partie infime du terrain incendié, fut replantée par des Sapins de Douglas (Pseudotsuga mensziesii), de la végétation que j’observe depuis avec l’aide des étudiants. Des connaissances approfondies sur l’historique de feux de forêts de la Forêt-Noire ou des Vosges avoisinantes pourraient aussi nous donner des enseignements précieux sur ce qui nous attend, car si les prévisions climatologiques s’avèrent être correctes, il y aura de plus en plus d’incendies de forêts dans ces deux massif montagneux.

Le site du Steighäusle à Schramberg est une coupe blanche que la ville de Schramberg a établie entre la Talstadt Schramberg et le Sulgen pour gagner de l’espace ouvert, lumière et air frais pour la ville de Schramberg, qui, encaissée dans le Talkessel de la Schiltach, entourée de forêts et de montagnes, manque d’air et de lumière.  Dans le livre de Cornelia Stubbe sur la géographie industrielle de la Forêt Noire on trouve une belle phrase sur la structure géographique de Schramberg – «Une répartition des rôles semble s’effectuer : Schramberg la vielle ville, rassemble les fonctions administratives, commerciales et sanitaires, donc l’ensemble du tertiaire, tandis que Sulgen, sur les hauteurs, avec une belle vue et davantage de soleil, offres des espaces à vocations industrielles, résidentielles et récréatives.» (Cornelia Stubbe:« L’Industrie en Forêt Noire », Paris 2005, p. 12) même si depuis, le rôle sanitaire de la vielle ville, la Talstadt, se beaucoup rétréci car l’Hôpital de Schramberg, le Kreiskrankenhaus Schramberg a disparu.

La coupe blanche du Steighäusle, est entretenue périodiquement par un petit troupeau de chèvres pour freiner la reprise de la forêt. Il était prévu d’installer un chantier de brûlage dirigé pour pouvoir plus efficacement gérer la reconquête végétale, mais il y avait tellement d’obstacles bureaucratiques, que l’entretien de ce terrain se résume à  des passages périodiques d’un troupeau de chèvres. Comme pour le terrain de Hornberg-Niederwasser, nous observons sur la « Steighäuslefläche» la dynamique végétale. Cette fois ci, nous avons surtout travaillé sur des relevés témoins à gauche et à droite de la « Steighäuslefläche » – le long du Steighäusleweg et de la Charlottenhöhe. Le Steighäusleweg,  chemin pédestre entre la Bergvorstadt Sulgen et la Talstadt Schramberg, ce fut pendant 9 ans mon chemin d’écolier, chemin que je descendais presque tous les jours pour descendre au Gymnasium Schramberg, lycée où j’ai passé le bac (Abitur) en 1984. Pour le retour, les 5 km de chemin, ont un dénivelé de presque 400metres, c’était la voiture de mon père, qui était enseignant dans ce même lycée, ou dans des voitures d’un de  ces collègues qui en majorité résidaient aussi au Sulgen, ou parfois le bus, mais je  faisais à pied assez souvent le retour en hauteur au Sulgen. Ces kilomètres de marche à pied, c’était surement une bonne préparation pour mon service militaire et la formation d’officier de réserve chez les paras de la Bundeswehr au sein de la Luftlandebrigade 25 à Nagold et à Calw. Donc beaucoup de souvenirs personnels pour dresser un tableau subjectif des changements de paysages depuis que j’ai quitté l’école en 1984. En plus, nous avons exploré le « Broghammerweiher » – ou les vestiges du Broghammerweiher car, en fait, il  ne reste que quelques vestiges de l’étang de mon enfance. C’est sur les falaises entourant l’étang que j’avais découvert mes premières salamandres de feu, capturé des tritons dans la mare d’eau, observé les grenouilles. C’est grâce à mon ami d’enfance, Dirk S., qui habitait aussi comme moi jadis au Lärchenweg au Sulgen, qui m’avait fait découvrir le Broghammerweiher durant l’été 1972. Donc depuis que j’ai quitté le Gymnasium Schramberg, le paysage le long de mon chemin d’écolier a manifestement changé, la forêt, sauf sur la coupe blanche du Steighäusle, a progressé, le paysage s’est renfermé, le Broghammerweiher étouffe sous un manteau végétal, la forêt s’est visiblement refermée, là où l’homme l’a laissée se développer librement. Et des nouvelles espèces apparaissent, – les châtaignes (Castanea sativa), qu’on ne trouvait pas sur les flancs est de la vallée de la Schiltach, mis à part les trois exemplaires que j’avais plantés dans notre jardin au Lärchenweg, mais il y avait de beaux exemplaires entre Schramberg et Lauterbach au Schloßberg sur la façade ouest de la vallée de la Schiltach, font  partie de la dynamique végétale entre Schramberg et Sulgen. Et les espèces exogènes – les « Neophyten » comme on dit en allemand, sont en nette progression, dont le Laurier-cerise (Prunus laurocerasus)  et surtout la Balsamine de l’Himayala (Impatiens glandulifera). Mais il y  a aussi des plantes qui semblent avoir disparu, – les échappés de jardins de Rhododendron ponticum du « Stadtpark » de Schramberg sur la Charlottenhöhe – je ne les ai plus retrouvées. Ils ont peut-être disparu à cause de l’entretien du paysage par les chèvres, – car ici aussi la ville de Schramberg essaie de contenir la progression de la forêt  par des chantiers d’entretien du paysage. La Rhododendronblüte au Stadtpark, fin mai et début juin, ce fut  longtemps la fierté de la ville de Schramberg, – on organisait même de voyage pour la Schramberger Rhododendronblüte – mais tout cela est un peu tombé à l’oubli même si la collection de Rhodedendrons est encore en place au Stadtpark, parc qui se dénomme de nos jours « Park der Zeiten » en souvenir de l’industrie horlogère, dont Schramberg fut une fois le fief incontestable au moins en Allemagne. Dans cette belle collection de Rhododendrons, les Rhododendrons ponticum en place avait donné lieu à quelques échappées de jardin et une petite colonisation subspontanée de Rhododendron de la Charlottenhöhe. Le changement le plus spectaculaire, à part la fermeture du paysage, est sûrement la progression de la Balsamine de l’Himalaya. Cette plante était tout simplement inexistante le long de mon chemin d’écolier, que fut le Steighäusle entre 1975 et 1984. De nos jours, elle est quasiment omniprésente le long de chemins, des trouées, des cours d’eau, par endroits on a vraiment le sentiment de se retrouver face à une vraie espèce envahissante.

Durant presque trente ans, les paysages le long de mon chemin d’écolier que fut le Steighäusleweg, se sont renfermés (sauf naturellement sur la coupe blanche de la Steighäuslefläche), la forêt progresse,  des espèces thermophiles (Châtaignes) et exotiques comme le Laurier-cerise et la Balsamine de l’Himalaya sont apparues, progressent, et comme la Balsamine de Himalaya deviennent par endroits invasives. Durant ces presque trente ans, la ville de Schramberg a perdu sa gare, son hôpital ; oui, le paysage a beaucoup changé pendant ce temps, qui est, avec presque trente ans, le temps d’une génération. Quelques jours après ce travail de terrain, j’avais écouté une pièce radiophonique (Hörspiel)  sur le fictif retour du Loup en Forêt Noire «Der Schwarzwald-Ranger – Die Wölfe kommen ». Cette pièce fut écrit par Daniel Bachmann, écrivain-réalisateur avec le quel j’ai passé le bac au Gymnasium Schramberg en 1984. La pièce radiophonique de Daniel Bachmann est une pure fiction, mais des loups, ces fameux loups dont on parlait temps durant cet été en France (le Harro sur le Loup de Louis Bové)(voir aussi ma dernière note), je pense qu’ils pourraient bien apparaitre un jour ou l’autre en Foret Noire. D’ailleurs il s’est déjà manifesté aussi bien dans le Jura que dans les Vosges, donc le Loup est actuellement présent dans presque la totalité des massifs montagneux français, – c’est donc seulement une question de temps, il arrivera dans les massifs montagneux de l’Allemagne – aussi bien dans le Pfälzer Wald qu’en Forêt Noire.

L’entretien des paysages en Forêt Noire par des troupeaux de chèvres sans protection sera sûrement incompatible avec la réapparition probable du Loup. La fermeture du paysage, la progression de la foret  est aussi l’ image  d’une transformation socio-économique de l’espace, disparitions des infrastructures,  gares, hôpitaux, écoles, postes de polices, gendarmeries etc., un changement qui n’est pas restreint à la Raumschaft Schramberg, ce petit pays de Forêt Noire où j’ai passé une grande partie de mon enfance; cette transformation du paysage, nous la retrouvons un peu partout dans les ruraux de montagne en Allemagne, en France, en Suisse, oui, dans une grande partie de l’Europe rurale nous pouvons observer ce changement de paysages profond. Les paysages se referment et l’homme se sent terriblement seul et à l’abandon, cela attire les Loups. De ces loups, le vrai Loup, le Canis lupus, ne me semble pas être l’espèce la plus nuisible, car d’autres loups, bien plus dangereux,  nous attendent!

Sources & Ouvrages cités :

Bachmann, Daniel (2012): Der Schwarzwald-Ranger – Die Wölfe kommen. Badisches Mundarthörspiel. Pièce radiophonique émise par SWR4  Baden-Württemberg le Samedi 1.9.2012 à 21.00.  Livestream ici (7 eme emisson).

Schlund, Wolfgang ; Jehle, Georg ; Ebel, Charly (2012): 100 Jahre Bannwald Wilder See. Naturschutzzentrum Ruhestein & Landesbetrieb Forst BW Stuttgart, ISBN 978-3-00-035118-1

Stubbe, Cornelia (2005): L’Industrie en Forêt Noire, le defi d’une industrie en moyenne montagne. Paris (L’Harmattan), ISBN 2-296-00071-1

Photo:  © C. Neff – Vue sur la Steighäuslefläche et le Eckenhof à Schramberg-Sulgen depuis le Schloßberg-Hohenschramberg  16.8.2012. (Minolta 7000AF, Kodak Elite Chrome)

Christophe Neff, le 10.09.2012

Blognotice 01.09.2012: Commentaire sur la „modeste et provisoire“ ristourne sur le prix des carburants

Cette semaine le gouvernement de Jean-Marc Ayrault a décidé de faire une  ristourne „modeste et provisoire“ sur le prix des carburants. Le carburant devrait baisser approximativement de six centimes pour trois mois, si tout va bien: donc,  si le marché du pétrole restait durant ces trois mois à l’abri de tout choc extérieur. Le prix pour l’état :environ 300 millions d’euros. Le Monde avait dédié un très bon éditorial « Un coup d’épée dans l’essence » à cette mesure qui se veut être une mesure phare de l’actuel gouvernement. 300 millions de manque à gagner pour l’état français, 300 millions avec lesquels on aurait pu engager quelques enseignants de plus, quelques chercheurs de plus quelques policiers de plus, car ce qui manque en France ce sont des enseignants, des chercheurs et des policiers. Les 300 millions auraient surtout pu être engagés  pour investir durablement dans l’infrastructure ferroviaire, car  c’est le seul moyen d’abaisser durablement la dépendance énergétique du pétrole de la « mobilité » française. Cette mesure qui  est « la bienvenue pour les ménages modestes des zones périurbaines dont le budget est grevé par la flambée des prix des carburants » rendra encore plus vulnérables ces ménages vis-à-vis du cours du pétrole, car la seule alternative à moyen terme de se libérer de la dépendance pétrolière et de maintenir une certaine mobilité c’est d’avoir la possibilité d’utiliser un système de transport un commun, un système ferroviaire digne de ce nom, comme par exemple on le trouve en Suisse.

Avec ces 300 millions on aurait pu enfin mettre une fin à  la lente agonie des lignes de chemins de fer dans le Massif Central, en  revitalisant la ligne des Cévennes (la ligne du fameux train «Le Cévenol» voire aussi Razemon 2012);  et des Causses, sortir de l’oubli le fameux « plan  Jean-Claude GAYSSOT » pour la modernisation de ligne de l’Aubrac. On aurait pu enfin rouvrir la ligne du Vallespir  comme le prévoit un plan des cheminots CGT (Les Cheminots pour le retour du train au Vallespir), rétablir un service voyageur entre Perpignan et Céret, et peut être même ultérieurement jusqu’ à Arles – sur – Tech, l’ancien terminus de cette ligne de Chemin de Fer tombé à l’oubli. On aurait pu enfin électrifier & moderniser la ligne Strasbourg-LauterbourgBerg- Wörth, – en y incluant le rétablissement et  la modernisation de l’ancienne ligne Roeschwoeg- Rastatt.

On aurait pu enfin reconstruire le pont ferroviaire entre Neuf-Brisach et Breisach et enfin créer une liaison ferroviaire entre Freiburg im Breisgau et Colmar. On aurait pu, enfin, ce sont que des exemples  de ce qu’on aurait pu faire, en investissant dans l’infrastructure ferroviaire, réduire a moyen terme la dépendance énergétique de la société française.  Le gouvernement a tranché et a en fait décidé de prolonger encore cette dépendance énergétique dans la durée. Où est la voix des verts, du mouvement  Europe Écologie Les Verts dans tout cela? En fait réduire la dépendance énergétique devrait être un des objectifs majeurs des verts, mais là s c’est plutôt « Funkstille » silence radio ou on se résigne à crier « Harro sur le Loup » comme dernièrement José Bové. En exprimant son « Haro sur le Loup » José Bové, a surtout démontré qu’il  ne comprenait ni grand-chose sur l’écologie, ni grand-chose sur le mal de vivre de la France rurale. Car même si on chassait tous les Loups du territoire français, les vrais maux des ruraux français ne  seraient pas éliminés, même pas à ses marges. Un de leurs maux est qu’il manque une vraie infrastructure  qui pourrait nous libérer de notre dépendance de la voiture particulière et avec elle  de notre dépendance énergétique. Le grand défi des prochaines décennies sera d’une part réduire la dépendance énergétique et ceci en proposant de solutions de « mobilité » pour les territoires périurbains et ruraux, des vraies alternatives à la voiture.  Le Monde écrit –  « Le litre d’essence à 2 euros est sans doute pour demain. Le seul remède qui vaille tient en un mot d’ordre : plus de sobriété énergétique» je rajouterai et le litre d’essence à trois euro, peut-être déjà après-demain. Il faut donc préparer la société française (et les autres sociétés européennes) à ce défi,  car si on se prépare pas, une grande partie des ruraux français et européens  ne pourront plus participer à cette mobilité individuelle, qui nous est à tous si chère. Rouler en voiture, pourrait devenir un luxe, même pour les fameuses couches moyennes. Et j’aimerais aussi le préciser,  il ne s’agit pas de diaboliser la « voiture » mais il faut trouver des solutions, qui nous permettent  de maintenir un degré de mobilité dans l’espace rural, sans être à 100% dépendant de la voiture, ce qui est actuellement le cas dans une grande partie des espaces ruraux français. Le débat sur le Loup est un faux débat, car l’avenir des ruraux français ne dépend pas d’un iota de l’existence d’une population de Loups. Par contre, si l’espace rural (français & européen) ne pouvait plus profiter de la mobilité, les distances deviendront de plus en plus longues,le temps pour parcourir ces distances prendra une telle ampleur que ces terroirs périphériques seront voués à une longue agonie économique, sociale et culturelle. Cette périphérisation d’une partie des terroirs ruraux, elle a déjà commencé, il faut simplement savoir lire le livre du paysage  (voir p.Ex. Les retraités pauvres, un vote-clé une analyse de Serge Guérin & Christophe Guilluy).

J’aurai aimé voir le gouvernement utiliser ces 300 Mio. d’Euros à trouver des solutions intelligentes, à relever ce défi :réduire la dépendance énergétique en maintenant la mobilité dans l’espace périurbain et rural,mais malheureusement le gouvernement a choisi une mesure  qui ne permet même pas de gagner du temps. Car le prix du pétrole va augmenter,  et ceci durablement!

Source:

Razemon, Olivier (2012): Inquiétude autour de l’avenir du mythique train Cévenol. Le 2 septembre, la ligne reliant Clermont-Ferrand à Marseille s’interrompt pour cause de travaux. Reprendra-t-elle dans les mêmes conditions ? In : Le Monde,  Dimanche 2 – Lundi 3 September 2012, p. 18.

Christophe Neff, le 1.9.2012

Blognotice 11.08.2012: La Raumschaft Schramberg & Gerbersau

La Raumschaft Schramberg n’est certainement pas Gerbersau (Vallée des tanneurs – durant la jeunesse de Hesse à CalwCalw et ses environs fut encore un important centre de la tannerie de la vallée de la Nagold(voire aussi Schnierle – Lutz 2011)), – synonyme que Hermann Hesse utilisait pour décrire Calw et ses environs dans le Nord de la Forêt Noire, – mais le jour où l’Allemagne littéraire se souvenait de Hermann Hesse (50ème  anniversaire du  décès de Hermann Hesse), j’avais écrit par coïncidence un petit article sur la Raumschaft Schramberg pour la Wikipedia.fr. En fait l’Allemagne littéraire & culturelle commémorait ce jour l’écrivain suisse mort à Montagnola le 9. Aout 1962, né à Calw le 2 juillet 1877, dont l’œuvre est considérée comme une des plus lues (et connues/traduites) des écrivains de langue allemande  au niveau mondial actuellement.  Nous avons donc eu droit ce jour, cette semaine, – dans les medias allemands  à des billets, textes,  émissions de radios, un film de télévision (Die Heimkehr ),  en mémoire de Hermann Hesse. Personnellement j’ai particulièrement aimé le texte de Matthias Matussek  dans le dernier Spiegel «Ich mach mein Ding».  Mais on pourrait naturellement aussi se demander, qui en dehors du reliquat du Bildungsbürgertum, lit encore Hesse de nos jours en Allemagne. La Raumschaft Schramberg n’est pas Gerbersau, –  mais c’est entre les vallées étroites et les forêts sombres, les sapinières des Monts & Montagnes de la Raumschaft Schramberg, – que j’avais dévoré mes premiers Hesse, – Peter Camenzind, Narziß und Goldmund (Narcisse et Goldmund), der Steppenwolf (Le Loup des steppes) et surtout « Unterm Rad (L’Ornière), Unterm Rad, – comme le Schüler Gerber de Friedrich Torberg, étaient durant mes années lycéennes au Gymnasium Schramberg une de mes lectures préférés, – comme Hermann Hesse j’étais plutôt mauvais  élève, – ayant redoublé la 8ème  classe (achte Klasse) – et ayant durant une grande partie de ma carrière scolaire des relations plutôt difficiles avec une partie du corps enseignant. Le gymnasium Schramberg, les montres & horloges Junghans, la gare de chemins de fer, le Krankenhaus Schramberg, – tout cela représentait jadis le centre de la Raumschaft Schramberg. Le trafic voyageur de ligne de chemin de fer Schiltach-Schramberg fut abandonné en 1959, le trafic marchandises en 1989, la ligne fut fermée à tout trafic en 1991, – et la ligne partiellement déferrée en 1992. L’ horlogerie Junghans, qui était  jadis le symbole de la Raumschaft et de la ville de Schramberg, – la Raumschaft Schramberg était le bassin employeur des Junghans Uhren, – ont vécu déjà une histoire houleuse,  mais les montres Junghans ont le mérite d’exister encore. Il y a quelques années la Raumschaft Schramberg était considérée comme le bassin  de drainage (Einzugsbereich) du Schramberger Krankenhaus, l’ Hôpital de Schramberg, – mais une fois un des symboles de la Raumschaft Schramberg,  le Schramberger Krankenhaus fut victime des changements globaux, de la désertification médicale  ,il  fut fermé en Octobre 2011. A part les restes de Junghans Uhren, – qui doivent leur  survie économique après la faillite d’ août 2008  à l’ entrepreneur Hans-Jochem Steim qui reprit  le Junghans Uhren avec son fils Hannes Steim en février 2009, il ne reste donc en fait que le lycée de Schramberg, -le Gymnasium Schramberg – cet endroit où je découvris l’œuvre de Hermann Hesse dans les étagères de la bibliothèque de cette école (Schülerbibliothek des Gymnasium Schramberg) – plus trop de l’importance socio-économique de ce qui fut une fois la Raumschaft Schramberg, – une importante région géographique, une région industrielle historique de l’horlogerie et de la mécanique fine de la moyenne Forêt noire (mittlerer Schwarzwald). De nos jours donc – la Raumschaft Schramberg qu’on pourrait peut-être  caractériser avec le « Einzugsbereich » du Gymnasium Schramberg – la zone de rayonnement du Schramberger Gymnasium. Et si on me demandait – quels paysages fondent la matrice de la Raumschaft Schramberg – je répondrais peut-être  les fonds de vallées abruptes (vallée de la Schiltach, vallée de la Berneck, Schramberger Talkessel) – les sapinières des flancs de montagne, – les « Buntsandsteinsargdeckel (les couvert de cercueils en Grès bigarré qui forment les hauteurs de la Raumschaft Schramberg), les paysages, prés, forêts du Fohrenbühl avec ses boqueteaus  d‘Houx, – et peut être les floraisons de Rhododendron au Stadtpark (Rhododendronblüte), parc qui se dénomme jadis Park der Zeiten (parc des temps) – nom qui rappelle  l’importance historique de l’industrie horlogère et de mécanique fine. Non la Raumschaft Schramberg n’est certainement pas «Gerbersau» – mais c’est dans les paysages de la Raumschaft Schramberg que je découvris l’œuvre d’Hermann Hesse. Comme Gerbersau la Raumschaft Schramberg fait partie de la Forêt Noire. A Gerbersau dans l’imaginaire de Hermann Hesse se mélangeait réalité personnelle vécue avec la réalité géographique et historique d’une entité géographique fortement influencée par le piétisme souabe, la Raumschaft Schramberg n’a apparemment pas encore laissé de grande traces dans l’histoire littéraire allemande (à part le roman « Größer als des Menschen Herz » de Vinzenz Erath) – mais au contraire de Gerbersau la Raumschaft Schramberg a le mérite d’avoir une existence réelle au-delà de l’ imaginaire, – même si son importance socio-économique actuellement semble de se rétrécir comme une peau de chagrin! Dans mon imaginaire personnel, – la Raumschaft Schramberg a des traits communs avec le Gerbersau de Hesse, il faudrait peut-être une fois de plus relire «unterm Rad» et autres écrits de Hesse – que j’avais dévorés pendant ma jeunesse lycéenne dans la Raumschaft Schramberg.

Ouvrage cité :

Matussek, Matthias (2012): Ich mach mein Ding. Hermann Hesse gehört nach seinem Tod zu den auflagenstärksten Schriftstellern der Welt – in seiner Heimat wird es bis heute verachtet oder verklärt und fast immer missverstanden. Eine Rechtfertigung. In: Der Spiegel, 32/2012, 125-132. (lien vers le texte, sans images, ici chez Matussek)

Schnierle-Lutz, Herbert (2011): Hermann Hesse und seine Heimatstadt Calw. Chronologie eines wechselvollen Verhältnisses. Kleine Reihe, Archiv der Stadt Calw, 26. ISBN 978-3-939148-29-6.

Christophe Neff, le 11.8.2012

En souvenir d’André Weckmann – der Sprachbrückenbauer – le bâtisseur de passerelles linguistiques

En revenant de deux semaines de vacances en France, je découvris en lisant la Wochenendausgabe de la Rheinpfalz qu’André Weckmann était décédé le 29 juillet à Strasbourg. La Rheinpfalz avait publié un belle nécrologie d‘ André Weckmann écrite par Bärbel Nückler sous le titre « Der Sprach-Brückenbauer – Nachruf: – In dieser Woche starb der elsässische Dichter André Weckmann- Erinnerung an eine große literarische Stimme am Oberrhein». La nouvelle ne parvenait pas dans le Midi français, – les medias nationaux n’avaient pas transporté le triste message du décès d’André Weckmann, – celui-ci restait confinée entre les Vosges et la plaine rhénane. J’aurais tellement aimé  lire une belle nécrologie dans le Monde, ou dans la République des lettres,- mais presque rien – sauf  la très réussie nécrologie de Claude Keiflin « André Weckmann: « J’ai toujours eu de la chance » » publiée dans les blogs le Monde. Est-ce  que la France médiatique aurait un une fois de plus peu oublié l’Alsace, – oublié l’ancien malgré-nous qui déserta pour rejoindre les FFI, le chantre du bilinguisme, le poète des messages d’espérances et d’humanisme. En fait le grand public français avait que  découvert André Weckmann grâce à sa lettre de soutien à Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier pendant leur enlèvement en Afghanistan – lettre qui fut lue le 28 février 2011, par le comédien Charles Berling à Paris et l’enregistrement fut diffusé sur RFI. Dans cette lettre André Weckmann nous parle des peurs et des angoisses qu’il ressentit dans la cave à Steinbourg où il se cachait pour se soustraire à la Wehrmacht – après avoir déjà été blessé à trois reprises sur le front de l’est comme incorporé de force dans l’armée hitlérienne , sachant bien que, si l’occupant allemand l’attrapait il serait exécuté, pendu – un châtiment exemplaire pour disséminer la peur en Alsace. Après la guerre André Weckmann, devenu Professeur d’Allemand, écrivain, poète, humaniste , fut aussi un des bâtisseurs de la réconciliation franco-allemande. J’aurais aimé qu’on  parle  plus du décès d’André Weckmann dans la France de nos jours, sur l’œuvre littéraire, sur l’homme qui contribua à la réconciliation franco-allemande. J’ai parfois l’impression que l’œuvre littéraire de Weckmann est actuellement plus présente dans les milieux littéraires allemands que français. Mais peut-être  me trompé-je. Peut-être pourrait- on rééditer son premier roman « Les Nuits de Fastov » pour que l’auteur ne sombre  pas dans l’oubli en dehors de ses terres natales entre Steinbourg et Strasbourg.

Le dernier récit de Weckmann que j’ai lu était le « Babbaschott » publié dans un numéro spécial du magazine littéraire « Allmende » consacré à la littérature & paysages alsaciens (Allmende 87/Literarische Landschaften-das Elsass). C’est une fable sur les paysages ruraux de l’Alsace contemporaine, écrit en « Hochdeutsch » mélangé ici et là avec des expressions françaises, parsemé de  vers en « Elsässerditsch » – dont je me permets de reproduire le dernier publié dans le récit « Babbaschot ».

« Luej

dr owed het saim

heer

der wind raitzelt in de baim

spier

d wärme von der letschte traim (Weckmann, André 2011, 58).»

 

Textes cités:

Nückler, Bärbel (2012): Der Sprach-Brückenbauer – Nachruf: – In dieser Woche starb der elsässische Dichter André Weckmann- Erinnerung an eine große literarische Stimme am Oberrhein. In : Die Rheinpfalz Nr. 180, – Balkon: Über Grenzen. Samstag 4. August 2012.

Weckmann, André (2011): Babbaschott. In: Allmende, Zeitschrift für Literatur, 87, 31. Jahr, Juli 2011: Literarische Landschaften – Das Elsass, p. 45- 58, Karlsruhe, ISBN 978-3-88190-639-5

Christophe Neff, le 7.08.2012

Blognotice 21.7.2012

C’est en sortant de Karlsruhe,  le mercredi soir 18.7.2012, vers Graben que je découvris les premières moissonneuses-batteuses  de cet été, jeudi soir aussi quelques rare exemplaires dans le Leiningerland. Enfin, avec le début de la moisson des céréales d’hiver surtout la Wintergerste (orge d’hiver) et le Winterweizen (blé d’hiver) le Hochsommer (plein été) débute réellement en Allemagne,  ceci avec quelques semaines de retard, car la pluie presque incessante a retardé la moisson. Et en plus, la pluie et l’humidité gênent la moisson : les lourdes moissonneuses – batteuses sont handicapées par l’humidité – et elles risquent de s’enfoncer dans les champs. Donc dans beaucoup d’endroits en Allemagne la moisson de céréales attend de meilleurs jours,  surtout un peu plus de soleil pour que les moissonneuses puissent enfin commencer à travailler réellement. Pendant ce temps les allemands partent en vacances : à la recherche du soleil – si on en croit le SPON – « Bloß weg: Deutsche Urlauber fliehen vor Regensommer » ils sont en train de prendre les rives de la méditerrané à l’ assaut. Les céréales en Allemagne pourrissent sur les champs, faute de moissonneuses adaptées, légères qui pourraient aussi s’aventurer dans les champs humides  et les cours mondiaux des céréales ne cessent de grimper. Aux Etats-Unis, une grande sècheresse est en train d’assécher les Midwest,  cela n’a pas encore atteint les dimensions du Great Dust Bowl, les scènes de désolation dans les plaines du Oklahoma que John Steinbeck décrit majestueusement dans « les raisins de la colère » , mais les images se ressemblent  et les cours des céréales flambent. Cela me rappelle un peu le film « Septemberweizen (blé de septembre) » de Peter Krieg. C’est un film sur la faim, la spéculation des céréales  qui sortit au début des années 1980,et a reçu beaucoup des prix et de récompenses ,mais le film est complètement tombé à l’oubli de nos jours. Cependant les mécanismes décrits dans ce film n’ont guère changé depuis. Cet été les prix de céréales vont flamber, à cause de la sècheresse aux U.S.A, ici en Allemagne à cause d’un temps trop humide, – quelques rares « traders » vont se frotter les mains et encore une fois de plus rapporter une grosse cagnotte, – et beaucoup d’hommes, de femmes et d’enfants vont avoir faim, très faim. « Panem nostrum quotidianum da nobis hodie – Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour, – unser tägliches Brot gib uns heute – c’est à ces mots que je pense – quand je vois les champs de céréales dans le « Oberrheingraben », qui attendent qu’enfin l’humidité disparaisse et que les moissonneuses-batteuses puissent commencer leur vrai travail, afin qu’il ne soit pas trop tard et que le grain pourrisse sur la tige.  L’homme ne pourra jamais influencer les fluctuations du climat, les caprices de la météo, mais il pourrait certainement arrêter la spéculation des céréales si seulement il en avait la réelle volonté.

Christophe Neff, le 21.7.2012

Blognotice 1.07.2012: orages sur l’Allemagne …

L’Allemagne est actuellement touchée par une vague d’orages, faisant ici et de considérables dégâts. Travaillant avec des étudiants en Forêt Noire pendant les derniers jours de la semaine dernière, nous fûmes aussi concernés pas ces orages, car nos travaux de terrains sur quelques sites botaniques de la Raumschaft Schramberg furent aussi quelques peu perturbés par ces orages. Pendant que les sapinières suant d’humidité, crachant des vapeurs de nuage, – la radio nous apprit une bonne nouvelle de l’autre part de l’atlantique – la Cour suprême des Etats Unis vient de valider la réforme de l’assurance-maladie, le projet emblématique du mandat de Barack Obama. Je me réjouissais de cette bonne nouvelle – et me revinrent les souvenirs des premières phrases des raisins de la colère, du périple de la famille « Joad » à travers les Etats Unis. « To the red country and a part to the gray country of Oklahoma, the last rains came gently, and they did not cut the scarred earth. The plows crossed  and recrossed the rivulets marks(Steinbeck, J. 2000, 3)”.  Enfin, presque 80 ans après le Great Dust Bowl et le New Deal de Franklin Delano Roosevelt , – les Etats Unis se dotent enfin d’un système d’assurance maladie digne de ce nom. A  mon retour de Forêt Noire je découvris aussi le très bon commentaire «  The Real Winners » de Paul Krugman dans la NYT sur cette décision historique du Supreme Court.

Mais  je découvris une autre nouvelle, – bien plus négative – qui me rappelait la  destruction des Bouddhas de Bamyan, dans le centre de l’Afghanistan en mars 2001, –   à Tombouctou, les islamistes détruisent les mausolées musulmans. Je l’avais déjà écrit il y a quelques semaines –  nous sommes les témoins d’une réelle afghanisation de la région du Sahel sous la main mise de  AQMI ! Notons que même le SPON a mis les événements de Tomboctou à la une !

Afghanisation ou Somalisation les images se ressemblent –  l’afghanisation du Sahel   va certainement nous encore faire payer un prix fort ! Même s’il n’y a priori pas de lien direct – les propos  de  Abdou Diouf dénonçant le désintérêt de la France pour la francophonie sont alarmants, il faudrait aussi se souvenir qu’une grande partie du Sahel ce sont aussi des états francophones. Le Mali est aussi un état francophone, il faudrait peut-être le rappeler ici et là à Paris.  Et il faudrait aussi constater que l’avenir du français est en Afrique et enfin s’intéresser un peu de plus près à ce qui se  passe en Afrique avant qu’il ne soit trop tard !

Je finis cette petite blog notice – on nous annonce encore de forts orages dans le Sud de l’Allemagne. Je vais essayer de finir le dernier Bienzle – « Adieu Bienzle » – j’avais débuter les Bienzle – avec « Bienzle und die schöne Lau » – c’est un ami de Schramberg avec lequel je passai mes années étudiantes à Mannheim qui m’avait offert « Bienzle und die schöne Lau », – et c’est avec ce livre que je découvris la série des Blienzle, – mais aussi l’œuvre et la poésie de Eduard Mörike – car Bienzle und die schöne Lau – c’est une réminiscence du Stuttgarter Hutzelmännchen – l’ Histoire de Lau la Belle (Die schöne Lau)  de Mörike.

Livres  cités :

Huby, Felix (1985): Bienzle und die schöne Lau.

Huby, Felix(2011): Adieu Bienzle. Fischer Taschenbuchverlag Frankfurt am Main. ISBN 978-3-596-19142-0

Steinbeck, John (2000) : The Grapes of Wrath. Penguin Books.  Copyright John Steinbeck 1939, first published in the United States of America by the Viking Press 1939. ISBN 0-140-29292-6

Christophe Neff, 1.07.2012

Blognotice 12.6.2012

Vue sur le lido entre Leucate - Plage et Port Leucate depuis la
Vue sur le lido entre Leucate – Plage et Port Leucate depuis la pinède de la Falaise du Cap Leucate,  © C. Neff 30.5.2012

Pour en revenir à ma dernière blognotice sur les changements de paysages dans le pays Leucatois, à peine une journée après sa publication le 7 juin 2012 je tombe, en lisant le premier chapitre du Hors-Série N.1 de la revue le Palmier  sur le Chamaerops humilis ( livre édite par l’association „Les Fous de Palmiers“ dont j’écrirai sûrement plus tard  une critique un peu plus détaillée ):« un petit palmier qui ne perd pas le nord » chapitre écrit par Fréderic Tournay – encore une fois de plus une remarque sur la situation géobotanique exceptionnelle de Leucate.

Concernant les « peuplements résiduels » du palmier nain en France, nous trouvons dans ce petit chapitre de F. Tournay, la phrase – « Elle est enfin beaucoup plus rare à l’ouest du Rhône, où elle est très localement recensée dans le massif  de la Clape au Sud de Narbonne et à Leucate dans l’Aude (Noble, com. pers.) (Tournay, F. 2012, 8) ». Cette petite phrase, montre une fois de plus la singularité géobotanique et paysagère des différentes parties de la presqu’île de Leucate, plateau de Leucate, falaises, Cap Leucate etc. est très bien connue dans les milieux scientifiques (des sciences de la terre, du vivant et du paysage) – mais cette notoriété écologique des paysages de Leucate semble échapper à une partie des élus communaux. Ceci pourrait être une des raisons pour expliquer la construction d’un restaurant gastronomique sur un site Natura 2000 (Plateau de Leucate), – construction dont je parlais dans mon dernier billet.

Concernant les Chamaerops humilis de Leucate, je ne peux que confirmer la phrase de Tournay, car j’ai personnellement travaillé un peu  sur les palmiers et d’autres plantes exotiques (ou rares)  sur le territoire de la commune de Leucate (Neff1998,  1999, 2003). Dans la publication de 1999 il se trouve même une petite carte répertoriant les différents sites où  on trouvait des  palmiers nains. Le site du petit mini-golf abandonné, qui était un des sites de départ de naturalisation du palmier nain, a fait place à un nouveau rond-point de la D. 627 au sud-est de Leucate – Village (ancien Moural) – et a donc disparu.

Mais par contre dans les Pinèdes longeant la falaise aussi bien à La Franqui qu’à Leucate-Plage on peut trouver ici et là des Chamaerops humilis. Mais il faut préciser que je n’ai plus fait moi-même de prospections/relevés dans ces pinèdes depuis 2006. Par contre  à Port Leucate, j’ai pu observer dernièrement de jeunes pousses de Chamaerops humilis, – mais ceux-ci (comme les pousses assez fréquentes  de Phœnix canariensis (cf. Neff 1998))  sont assez souvent systématiquement « éliminées» par les services des espaces verts ou des jardiniers privés.

Leucate, avec le développement touristique des dernières décennies est aussi devenu  un paysage de palmiers, les palmiers les plus fréquemment plantés  sont Phœnix canariensis, Sabal palmetto (surtout à Port Leucate), et Chamaerops humilis. Notons qu’à la Franqui on trouve aussi quelques beaux exemplaires de Trachycarpus fortunei.

Sur le fond, je suis assez d’accord avec l’actuelle équipe municipale et son maire « Michel Py »,  qu’ il faut essayer d’étendre la saison touristique si possible à une grande partie de l’année. Mais ceci nécessite une politique d’aménagement touristique raisonnable et durable qui ne dilapide pas le capital  naturel  du pays Leucatois:  son formidable paysage !

Bibliographie et sources citées :

Les Fous de Palmiers (2012)(Ed): Chamaerops humilis. Les Fous de Palmier, Hors – Série N. 1, Janvier 2012.(plus d’info ici)

Neff, C. (1998): Kulturlandschaftswandel, Fremdenverkehr und Biodiversität auf der Halbinsel Leucate (Dept. Aude/ Frankreich). In: Fremdenverkehrsgebiete des Mittelmeerraumes im Umbruch. Beiträge der Tagung des Arbeitskreises „Geographische Mittelmeerländer- Forschung“ vom 11.-13. Oktober 1996 in Regensburg. Regensburger Geographische Schriften, H. 27, 99-135, Regensburg. (ISBN 3-88 246-193-4)

Neff, C. (1999): Observation géographique  et floristique sur la presqu’île de Leucate. In: Bul. Soc. Et. Sc. Nat. Nimes et Gard, T. 62, 1999, 23-34. DOI: 10.5445/IR/1000121552 (Download sur KITopen) .

Neff, C. (2003): Les Corbières maritimes – forment-elles un étage de végétation méditerranéenne thermophile masqué par la pression humaine ? In: Fouache, E. (Ed.): The Mediterranean World Environment and History. IAG Working Group on Geo-archeology, Symposium Proceedings. Environmental Dynamics and History in Mediterranean Areas, Paris, Université de Paris – Sorbonne 24 – 26 avril 2002. Paris, 191 – 202, (Elsevier France, ISBN 2-84299-452-3)

Tournay, F.(2012): Un petit palmier qui ne perd pas le nord. In : Les Fous de Palmiers (2012)(Ed): Chamaerops humilis. Les Fous de Palmier, Hors- Série N. 1, Janvier 2012, p.6-9

Photo:  © C. Neff – Vue sur le lido entre Leucate-Plage et Port Leucate depuis la pinède de la falaise du Cap Leucate 30.5.2012

Christophe Neff, le 12.6.2012