Blognotice 7.6.2012: changements de paysages dans le pays Leucatois

Vue sur la Franqui 31.5.2012
Vue sur la Franqui,  © C. Neff  31.5.2012

Cela fait presque 20 ans déjà que je fais des  cours pratiques  sur les paysages méditerranéens, géobotanique et dynamiques des changements de paysages, souvent dans le « Midi méditerranéen français », – mais aussi au Portugal, en Italie etc.  Pour une fois de plus, avec 20 étudiants en géographie & écologie du paysage, nous avons passé une semaine (du 26.5 au 3.6.2012) à la découverte des changements de paysages et de la géobotanique dans les Corbières maritimes et le pays Leucatois. Et des changements de paysages, petits et grands, étaient au rendez-vous.

la gare de Leucate - la Franqui 31.5.2012
la gare de Leucate – la Franqui, © C. Neff  31.5.2012

La petite gare de Leucate-La Franquia eu droit à une nouvelle horloge. J’inclus toujours la petite gare de Leucate la Franqui dans mes cours, car d’une part on peut très bien expliquer le développement du premier tourisme balnéaire à la Franqui et à Leucate Plage, développement touristique qui était dans ses débuts très lié aux chemins de Fer. La petite  station balnéaire de la Franqui, fut une des premières stations balnéaires de la côte du Languedoc, et ceci déjà au 19eme siècle. En plus la gare de Leucate est un site privilégié pour observer les cigales, – les arbres longeant voie et quais de la petit gare sont, pendant l’été, « couverts » de cigales. Malheureusement cette année, le chant des cigales n’était pas au rendez-vous, l’été n’ayant pour ainsi dire pas encore réellement commencé !

Entrez libres - au clus de Ninon 2.6.2012
Entrez libres – au clos de Ninon 2.6.2012, © C. Neff 1.6.2012

Au village, – à Leucate village, – découverte d’une nouvelle librairie indépendante « entrez libres – au clos de Ninon », – en fait  c’est une librairie salon de thé. Belle idée, – je cite le texte sur le site de cette nouvelle librairie Leucatoise « „Entrez Libres“ est une librairie pour se retrouver entre amis, mais aussi  faire de nouvelles rencontres, autour des mots et des idées. Elle se veut un lieu de paroles et d’expression, où pourront se mêler les styles, les cultures et les générations. »  Ainsi Leucate village, possède donc deux librairies, la librairie Adamus, – dont j’ai déjà parlé ici et et maintenant la librairie « entrez libres – au clos de Ninon ». Fait remarquable, car autre-part assez souvent les librairies, surtout les librairies indépendantes sont plutôt une « espèce en voie de disparition ».

Cap Leucate - vignes et sémaphore du Cap Leucate
Cap Leucate – vignes et sémaphore du Cap Leucate, © C. Neff 1.6.2012

Autre découverte, – le Mas des Caprices, un nouveau producteur de vins, qui s’est installé à Leucate, depuis quelques années déjà, mais que je viens de découvrir seulement maintenant.  Mireille et Pierre Mann, d’origine alsacienne, ont  tenté  en 2005 leur aventure vigneronne bio sur le plateau de Leucate.  Une partie de leurs vignes, se situe juste en face du sémaphore du Cap Leucate, pas loin de la parcelle sur laquelle je « suis » attentivement depuis de  longue années la dynamique végétale (Neff, C. 1999). Le blanc de l’œuf, Corbières blanc délicieux, provient de ce vignoble du Cap Leucate, à quelques pas, du sémaphore, de la falaise et de la fameuse plagette, et naturellement de la parcelle dont je suis la dynamique depuis de longues années. De voir  la « vigne » renaitre entre plateau et falaise de Leucate  et en même temps, il faut le noter, la reprise du pâturage sur une partie du plateau de Leucate,  laisse espérer  que la dynamique du paysage a pris, au moins sur cette partie de la « presqu’ile de Leucate » la bonne direction.

Cap Leucate – vue sur le Klim & Ko et le phare du Cap Leucate, © C. Neff 1.6.2012

Mais le changement de paysages le plus visible dans le pays Leucatois est certainement le restaurant Klim & Ko sur la falaise pas loin du Phare du Cap Leucate.  Comme une surcoupe volante le Klim & Ko, – disons le bâtiment conçu par Éric Raffy, survole  les vignes et garrigues du Cap Leucate. Esthétiquement parlant  le bâtiment est plutôt une réussite – pour le reste on dirait que c’est  un « vestige » bien visible du « Sarkozistan »  qui garnira pendant longtemps le paysage visuel du Cap Leucate. On pourrait naturellement se demander légitimement comment une telle construction – en pleine  zone Natura 2000 – peut obtenir un permis de construction. Et ceci dans un des derniers sites en France où  l’on trouve encore  la  Violette ligneuse (Viola arborescens) (cf. Neff 2003),espèce protégée au niveau national  français (fiche sur Viola arborescens sur le réseau telabotanica)  – qui en dehors du site entre le phare du Cap Leucate et le Sémaphore du Cap Leucate a presque entièrement disparu en France. Mais dans la France du Sarzkozistan, – et malheureusement même avant l’ère Sarkozistan – on a toujours eu une grande liberté avec les lois environnementales.

Ici la ville de Leucate investit pour vous Site de la falaise/Cap Leucate, © C. Neff 28.05.2012

En plus, sur les panneaux encore en place devant le Klim & Ko nous apprenons que la ville de Leucate a investi ici pour un « site d’accueil et promotion de la falaise » ,mais en fait il s’agit d’un restaurant gastronomique, ce qui n’est pas mentionné sur le panneau d’autopromotion de la marie de Leucate. On pourrait aussi légitimement se demander si l’argent de du contribuable doit servir à faire démarrer un « restaurant gastronomique » sur un site protégé ?!

Cette histoire du Klim & Ko, construite sur une des dernières perles sauvages de la méditerranée, un des derniers sites où  on trouve encore des Violettes  ligneuses, n’est certainement pas une référence pour le Maire de Leucate, Michel Py, qui en ce moment se présente pour la députation de la deuxième circonscription de l’Aude. Peut-être Michel Py entrera –t-il dans l’histoire politique, pour y avoir arraché cette circonscription historique, – ce fut la circonscription de Leon Blum pendant la troisième république, à la gauche, et ceci grâce  aux rivalités et guerres  de clan de la gauche Audoise. Notons que l’Indépendant pense que Michel Py na guerre de chance de prendre place sur le « fauteuil de Léon Blum ». Mais Monsieur Py, avec cette obscure idée  d’utiliser l’argent du contribuable, pour valoriser le site de la falaise de Leucate, en y construisant un restaurant gastronomique, dans un site classe Natura 2000, risque bien de trouver sa place dans les livre d’histoire du paysage français, comme le maire, ayant sacrifié  un des derniers  sites  de « Viola arborescens » françaises ,en fait  ce fut la plus grande station de Viola arborescens en France !

Concernant le Klim & Ko, étant entre autre aussi amateur de  bonne cuisine & de bons restaurant, – je vais certainement un jour y rendre visite, – le mal est déjà fait, – et donc pourquoi pas en profiter pour un bon repas gastronomique, en espérant  que les travaux de construction (qui  vont bientôt atteindre leurs fins) et les piétinements en plus que va certainement occasionner ce restaurant sur la falaise, ne vont pas sonner le glas pour les derniers viola arbustives. Concernant le cadre et le site du restaurant, – il est certes très exceptionnel, – mais de croire comme l’a fait Michel Py durant l’inauguration du Klim & Ko, je cite la dépêche du Midi « Leucate ; le restaurant Klim and Co inauguré : Enfin, Michel Py, maire de Leucate, a félicité tous les partenaires de ce projet qui offrira un nouveau haut lieu de la gastronomie ouvert à l’année afin d’ouvrir davantage le tourisme aux quatre saisons, en espérant également que ce site magnifique mènera ces nouveaux chefs vers toutes les étoiles.» – que le seul fait d’avoir un cite exceptionnel  pourrait être un  gage pour recevoir une  des fameuses  étoiles Michelin montre que Monsieur le Maire n’a que de piètres  connaissances de la géographie gastronomique française. Une très grande partie des tables étoilées françaises ne se trouvent pas sur un  site paysage exceptionnel,  bien au contraire. Il y en a, – mais c’est plutôt rare. Les tables étoilées, ont eu droit à leur(s) étoile(s) grâce au génie de leurs « grands chefs » – mais le cadre paysages n’y est pour rien !

Le grand virtail de St. Jacques de Port Leucate, © C. Neff 2.6.2012

Je finis donc  ce petit tour d’horizon  des changements de paysages dans le pays leucatois, – avec le constat, qu’une fois de plus  les hommes et le temps ont modifié le paysage. La gare a une nouvelle horloge, le village a maintenant  une libraire de plus et un nouveau domaine viticole bio. Le nouveau restaurant Klim & Ko sur la falaise, – est certes une réussite au niveau architectural, – concernant la géographie gastronomique des Corbières cela pourrait  enrichir le paysage culinaire régional, – pour le volet environnemental ce projet de valorisation de la falaise de Leucate pourrait bel et bien sonner le glas pour un site qui fut considéré comme la plus grande  et plus belle station de Viola arborecens en France. Pour enfin finir ce tour d’horizon de changements de paysage récent dans le pays Leucatois, notons que le premier des vitraux crée par  Jacques Loire du Centre international du vitrail de Chartres pour l’Eglise St. Jacques à Port Leucate vient d’arriver à destination. Le nouveau vitrail montre St. Jacques arrivant en bateau baigné par les couleurs et lumières en plein nef de la nouvelle église de Port Leucate. Là, enfin, – une vraie réussite !

Je viens donc de passer une très belle semaine de cours sur  la dynamique & géobotanique des paysages méditerranéens avec un groupe d’étudiants très engagé. Semaine riche en observations dont j’ai décrit quelques impressions ici même. Ce fut aussi une semaine avec une météo estivale, – sur le plateau de Leucate les températures oscillaient entre 29 et 34 C., presque pas de vent, ce qui est assez exceptionnel pour Leucate. Qui, même sans chant de cigales, cette semaine fut une vraie semaine de paysages estivaux dans le pays Leucatois entre Mer, Falaise et Corbières.

Bibliographie:

Neff, C. (1999): Observation géographiques et floristiques sur la presqu’île de Leucate. In: Bul. Soc. Et. Sc. Nat. Nimes et Gard, T. 62, 1999, 23-34. DOI: 10.5445/IR/1000121552, (Download KITopen).

Neff, C. (2003): Les Corbières maritimes – forment-elles un étage de végétation méditerranéenne thermophile masqué par la pression humaine ? In: Fouache, E. (Ed.): The Mediterranean World Environment and History. IAG Working Group on Geo-archeology, Symposium Proceedings. Environmental Dynamics and History in Mediterranean Areas, Paris, Université de Paris – Sorbonne 24 – 26 avril 2002. Paris, 191 – 202, (Elsevier France, ISBN 2-84299-452-3)

Photos : Toutes © C. Neff; 1. Vue sur la Franqui (31.5.2012), 2. La Gare de Leucate – la Franqui (31.5.2012), 3. Entrez libre – le Clos de Ninon à Leucate Village (2.6.2012), 4. Vignes et Sémaphore du Cap Leucate (1.6.2012),  5. Vue sur le Klim & Ko et le phare du Cap Leucate depuis le plateau de Leucate (16.2012), 6. Ici la ville investit pour vous (Site de la Falaise/Cap Leucate 28.5.2012), 7. le grand virtail de St. Jacques de Port Leucate (2.6.2012)

Christophe Neff, le 7.6.2012

Blognotice 5.5.2012 : – la géographie le grand gagnant du scrutin des présidentielles 2012

Le matin du mercredi deux mai, le jour où la France se préparait au fameux débat présidentiel, le face en face du second tour de Nicolas Sarkozy et de François Hollande, je préparais un cours sur les changements de paysages et  la géobotanique en Outre-Forêt. Les orages matinaux  se dissipaient, la chaussée encore mouillée, – avant de me mettre au travail je déposai ma procuration de vote pour le deuxième tour des présidentielles à la (nouvelle) gendarmerie de Lauterbourg. En fait, je voulais faire une prospection botanique dans le delta de la Sauer à Munchhausen, – faire une reconnaissance géobotanique & phénologique pour voir quelles plantes était déjà en fleurs,  si les orchidées avaient déjà commencé leur floraison. La route entre Mothern et Munchhausen était coupée, j’ai dû prendre la route de déviation via Neewiller-près-Lauterbourg, Wintzenbach pour accéder à Munchhausen, et c’est ainsi que je découvris une fois de plus la géographie de la France, – cette petite face d’Outre-Forêt que je ne connais guère. La grotte de lourdes, la soi-disant grotte du curé Heitz à Mothern, – un petit restaurant de campagne pittoresque  à Neewiller-près-Lauterbourg, le restaurant de la République, une allée de platane, la D. 468 entre   Neewiller-près-Lauterbourg   et Wintzenbach digne des plus belles allées de platanes dans le midi français, ici et là quelques vestiges du vignoble nord-alsacien, qui autrement a presque disparu du nord de l’Alsace, sauf dans les environs de Cleebourg ou la viticulture subsiste encore (le fameux vignoble de Cleebourg qui s’étend sur les communes de Cleebourg, Rott, Oberhoffen les Wissembourg, Steinseltz et de Riedseltz),  et dans la tranche que la route creuse entre Wintzenbach et Munchhausen à travers les dépôts limoneux et quelques vestiges de lœss les muscaris à toupet en pleine floraison. Arrivé  à  Munchhausen, après avoir traversé le pont de la Sauer à pied, – les Euphorbe des marais en fleurs, le paysage acoustique des chants du Coucou et des Cigognes claquetant.  De loin, parfois le lointain bruit résonnant d’un train sur la ligne Strasbourg-Lauterbourg.  Autrement c’est presque calme, – un paysage acoustique qui a presque disparu en Allemagne. Par vent d’est on peut entendre les vibrations de moteurs diesel des chalands du Rhin. Je fais quelques photos,  en fait j’ai déjà une vraie petite collection  de photos des paysages de Munchhausen, à travers les diverses saisons. Retravesant le pont de la Sauer, le clocher de Munchhausen en face de moi, je constate qu’on a beaucoup parlé de géographie durant cette campagne présidentielle – de paysages, des ruraux, de désindustrialisation – toute cette campagne elle etait pleine de géographie – un vrai tableau géographique de la France 2012.

Décidemment la « géographie » semble être le grand gagnant de cette élection présidentielle, et ceci grâce au petit livre gris du géographe Christophe Guilluy « fractures françaises » – livre qui a été écrit en 2010 et qui essaye de nous expliquer la perception de la mondialisation par les couches populaires françaises. Le livre a remis la géographie à la une des journaux (p.Ex « Intellectuels et politiques, une planète en recomposition dans le Monde.fr, ou «Au fond, la gauche pense que les électeurs du FN sont stupides» sur slate.fr ), et l’auteur Christophe Guilluy a eu droit à quelques interviews dans la presse nationale, dernièrement dans le Nouvel Observateur sous le titre « Le FN à une sociologie de gauche ». Le livre nous propose une lecture intéressante de la « géographie sociale actuelle de la France » et il a certainement le mérite de parler des milieux populaire dans l’espace rural français. Parfois je me demande, si les journalistes qui aiment tant citer le livre de Christophe Guilluy ont vraiment lu ce petit livre gris. La vote FN, en fait n’est ni une fatalité, ni un phénomène nouveau, – je renvoie  à l’élection présidentielles en 1995 et le score exceptionnel du FN en Alsace.

Les saisons d’Alsace avait consacré un fort intéressant numéro « Réinventer l’Alsace – face aux dérives extrémistes et au repli identitaire » – livre qui mériterait certainement la relecture   et la comparaison avec l’ouvrage de Christophe Guilluy. La France périphérique dont nous parle le livre de Guilluy, c’est cette France rurale & périphérique dans laquelle je travaille depuis vingt ans, – embroussaillement, fermeture du paysage, risque croissant des incendies de forêt, mais aussi « californisation » des paysages ruraux – engrenage de l’habitat avec la forêt croissante   – c’est l’autre image de ces ruraux périphériques. Et cette image ne se limite pas à la France, en fait elle se rencontre aussi bien dans l’Alentejo au Portugal, qu’en Forêt Noire en Allemagne. Le désert médical est une autre facette de cet abandon des ruraux européens, – le petit pays où j’ai grandi en Forêt-Noire en Allemagne, la Raumschaft Schramberg,  qui depuis quelque mois ne dispose plus d’hôpital ! Si j’ai une remarque critique envers le livre « fractures françaises » c’est  qu’il ne nous présente pas la dimension européenne du problème, car si nous voulons trouver des solutions durables  pour les multiples problèmes que subissent les ruraux périphériques européens face aux conséquences d’une « mondialisation dérapant » il  faut les trouver au niveau européen. Repliés  sur eux-mêmes, ni la France, ni l’Allemagne ne pourront pas y faire face. Néanmoins je trouve que le livre de Christophe Guilluy nous propose une lecture intéressante de la géographie de la France, – même si je n’adhère pas aux « interprétations marxistes » ou « néo-marxistes » de l’auteur. Mais le livre de Guilluy a déjà le mérite d’exister et de rappeler que la géographie a aussi son mot à dire. En Allemagne, la géographie, comme science universitaire et comme science applique se rétrécit de plus en plus.

Finissons avec une autre image d’outre-foret: en traversant la voie ferrée qui relie la gare Sncf de Lauterbourg au port rhénan de Lauterbourg  et en voyant le début d’une reprise végétale sur la voie ferrée, suggérant qu’il n’y a plus beaucoup de trains qui circulent entre le port rhénan de Lauterbourg et la gare Sncf, si il y en circule encore de trains et l’observation  qu’ il y a quelques années sur les faisceaux de voies sur la gare de Lauterbourg étaient encore garés des longs trains de marchandises – aujourd’hui ce faisceaux de voies la plus part du temps il est vide; l’abandon des ruraux français par la Sncf est une très bonne image de la désindustrialisation de tout un pays. Le fait que la voie ferrée reliant le port de Lauterbourg au réseau Sncf est de plus en plus recouverte  par l’herbe –ce n’ est certainement pas un drame – mais de voir comment la ligne des Causses et la ligne des Cévennes sont de plus vouées à un lent abandon – on pourrait se demander  si dans cinq ans le massif central  sera aussi un désert ferroviaire. Fermeture des paysages par la reprise végétale massive, (et dans le midi cette fermeture du paysages est toujours équivalente de  l’augmentation des risques d’incendies des forêts), désindustrialisation, abandon du service publique (fermeture d’hôpitaux, de ligne de chemins de fer, de classes d’écoles) sont souvent les conséquences de ce que j’appelle les « changements globaux » dans mes cours – et dans beaucoup de paysages ruraux – la population qui subit ces conséquences  se sent trop souvent à l’abandon. Ce sentiment d’abandon il se manifestera surement dans les résultats des prochaines législatives de juin 2012. Le livre de Christophe Guilluy nous propose une intéressante lecture de cette France que se sent à l’abandon – et il nous donne  des explications pour pouvoir comprendre  le vote FN.

Pourquoi avoir combiné les impressions d’une reconnaissance de terrain pour un cours de géographie dans un terroir français, un pays français qui se nomme Outre-Forêt avec l’analyse d’un livre de géographie sur dynamique de la géographie humaine française et les conséquences territoriales des effets de la mondialisation? Comme géographe, j’observe les changements des paysages, je les analyse et je les interprète;  je suis pour ainsi dire à l’écoute des paysages et  surtout à l’écoute de la dynamique du manteau végétal, de géographe agraire, de la géographie des paysages. C’est mon métier!

Les élus devraient aussi investir plus de temps pour être à l’écoute des ruraux français et de chercher des solutions pour l’attente des habitants de « ruraux français ». Naturellement des solutions miracles, comme le précise Christophe Guilluy dans son livre n’existent  pas – mais le fameux « alternativlos » – le soi-disant « sans-alternative » – qu’on entend si facilement sortir de bouches de hommes & femmes politiques, que ce soit en France ou en Allemagne, – cette politique peut entraîner une (grande)  partie de l’électorat rural dans les bras des parties extrémistes ! Etre à l’écoute permanente de ses électeurs –pas seulement avant une échéance électorale, trouver des solutions, même si cela n’est pas toujours facile, – c’est aussi le métier d’un élu!

Photos: toutes © C. Neff  1.) Vue sur Munchhausen (2.5.2012), 2.) le restaurant de la République à Neewiller-près-Lauterbourg (2.5.2012), 3.) Fleur de Muscari comosum bordant la D. 80 entre Munchhausen & Wintzenbach (2.5.2012).

Livres et articles citées :

Guilluy, Christophe (2010) : Fractures françaises. Paris, ( François Bourin Editeur), ISBN 978-2-84941-201-5

Le Nouvel Observateur (2012) : Le FN a une sociologie de gauche. Une interview  de Christophe Guilluy. Propos recueillis par Herve Algalarrondo. Le Nouvel Observateur, 3 mai 2012, p.44, n. 2478

Reumaux, Bernard (Éd.)(1995) : Réinventer l’Alsace. Face aux dérives extrémistes et au repli identitaire. Les Saisons d’Alsace, Automne 1995, n. 129.

Christophe Neff, le 5.5.2012

Blognotice 28.4.2012

la mer, le cap – vue sur la mer depuis le Cap Leucate, © C. Neff 16.6.2011

En complément de ma dernière blognotice voici les résultats du premier tour des élections présidentielles à Leucate (voire Tab. 1). D’ailleurs, je ne sais pas pourquoi les services du monde (ou les modérateurs WordPress) avaient fermé les commentaires de cette petite blognotice électorale. A Leucate Nicolas Sarkozy dépasse largement sa moyenne nationale, – mais en comparant aux résultats de 2007 il perd presque 6 %.  Néanmoins Leucate est certainement un des fiefs de l’UMP dans L’Aude. Leucate c’est surtout le fief du président départemental de l’UMP Michel Py.  Michel PY est le maire UMP de Leucate et il est candidat à la députation sur la 2e circonscription de l’Aude (Narbonne-Sigean) aux prochaines élections législatives. François Hollande obtient à peu près le même nombre de voix que Ségolène Royal en 2007. Marine Le Pen gagne à peu près 10,5% de voix de plus que son père en 2007, -et c’est elle en en fait la grande gagnante du premier tour des élections présidentielles à Leucate.

TAB. 1 résultats des élections présidentielles du 22.4.2012 à Leucate

 %Voix
Nicolas Sarkozy  (UMP)29,67987
François Hollande (PS)24,23806
Marine Le Pen (FN)23,90795
Jean-Luc Mélenchon (Front de Gauche)10,24341
François Bayrou (MOUVEMENT DÉMOCRATE)6,76225
Eva Joly (EUROPE ECOLOGIE LES VERTS)2,40 80
Nicolas Dupont-Aignan (Debout la République)1,2642
Philippe Poutou  (NOUVEAU PARTI ANTICAPITALISTE)0,9030
Nathalie Arthaud (LUTTE OUVRIÈRE)0,3913
Jacques Cheminade (SOLIDARITÉ ET PROGRÈS)0,248

INSCRITS  4 106, ABSTENTIONS 725 (17,66%), VOTANTS  3381 (82,34%), BLANCS ET NULS 54 (1,32%), EXPRIMÉS 3327 (81,03%) Source : Services le Monde Elections présidentielles 2012 23.4.2012 (http://www.lemonde.fr/resultats-election-presidentielle/leucate,11370/)

Concernant le score du Front national aussi bien au niveau local qu’au niveau national, ce n’était pas une grande surprise. Le matin du dimanche 22.4.2012 j’ai téléphoné avec une ancienne dirigeante de la social-démocratie franco- allemande en lui annonçant en très fort score pour le FN – bien au-dessus des estimations des « sondeurs » – oui que je craignais même « And who knows – perhaps today we will have a « Wiedersehen » avec le 21.4.2002”. Que les sondeurs aient systématiquement sous-estimé le vote du Front national est une chose. Mais qu’une grande partie de la classe politique ait été tellement surprise par les résultats de Marine le Pen, cela montre à quel point une grande partie des élus se sont éloignés des soucis quotidiens des français. De mes voyages, – de mes observations des paysages français – de mes lectures – j’ai l’impression d’être le témoin d’un important changement de la « géographie de la France » (voir aussi le billet  « La vie à la « campagne-galère », une lecture géographique du vote Le Pen » du Blog Sucy – en – Brie Terminus Pavillion), mais ce changement profond de la géographie français, les élites politiques françaises ont apparemment encore du mal à le percevoir  .  A propos lectures  un ouvrage  qui aide à déchiffrer cette nouvelle géographe française, à comprendre le vote du 22.4.2012 est le livre du géographe Christophe Guilluy « Fractures françaises ». Et pour finir, cet instructif chapitre « cultiver son jardin » sur les changements profonds qu’ont subi les paysages agricoles français depuis les années 1960 dans le nouveau livre de Eric Fottorino « Mon tour du Monde » (les pages 92-106).

Ouvrages cités :

Fottorino, Éric (2012) : Mon Tour du « Monde » – récit. Paris, (Gallimard), ISBN 978-2-07-013419-9

Guilluy, Christophe (2010) : Fractures françaises. Paris, ( François Bourin Editeur), ISBN 978-2-84941-201-5

Christophe Neff, le 28.4.2012

Commentaire sur le «Guide des plantes invasives» de Guillaume Fried (20.4.2012)

couverture guide plantes invasives fried

Le «Guide des plantes invasives» de Guillaume Fried est certainement une première pour la France métropolitaine. A ma connaissance même pour le reste de l’Europe un tel guide n’existe pas. Pour l’Allemagne j’en suis sûr, – actuellement il n’existe pas d’ouvrage sur les « plantes invasives » en Allemagne – la « Feldflora  zu den invasiven Pflanzenarten Mitteleuropas » attend encore sa naissance. Le livre de Guillaume Fried, – préfacée par Jacques Maillet nous présente sur 272 pages cent seize espèces invasives ou potentiellement invasives en France (France métropolitaine + Corse) et pays limitrophes. Le guide s’adresse au grand public. Après une petite introduction – les 116 espèces reconnues comme invasives ou potentiellement invasives sont décrites  dans des fiches de deux pages avec photos d’indentification. La fiche des plantes comprend 5 sections : impact, origine, répartition, habitat & risque de confusion.  Ces fiches sont relativement détaillées. Ils comprennent tous les informations nécessaires pour identifier ces « plantes exotiques » sur le terrain. L’introduction d’une dizaine de pages est une sorte de « review article » pour le grand public – où l’auteur nous rassemble les connaissances  actuelles de la recherche internationale sur les plantes invasives – et surtout les transpose aux réalités géographiques & environnementales de France métropolitaine et des pays limitrophes. Ainsi l’auteur nous présente une définition très utiles et applicables pour l’écologiste de terrain pour un premier « diagnostique de terrain » des « plantés invasives ». Je cite : « Une part plus restreinte des plantes introduites parvient à se reproduire de façon autonome et à persister sans intervention humaine. Après vingt-cinq ans de présence, elles sont considère par les botanistes comme naturalisées. Les plantes invasives sont un sous-ensemble de ces plantes naturalisées qui sont capables d’étendre rapidement leur aire de distribution ou elles sont introduites. Cette extension ce manifeste souvent par des populations de taille importante, qui s’accompagnent parfois d’impacts environnementaux ou économiques (Fried, 2012, 9). L’introduction finit par un remarquable chapitre final dénommé « Faut–il lutter contre les plantes invasives ? ».  Ce chapitre est un résumée sur notre responsabilité envers les écosystèmes – et il n’a rien à voir avec la « hystérie » de certain mouvement écologiste envers les  « néophytes invasives/invasive Néophyten » en Allemagne durant la décennie entre 1990 et 2000 – cette hystérie « anti néophytes » qui fut remarquablement bien analysé par Ute Eser dans son livre « Der Naturschutz und das Fremde » – bien au contraire. Je cite « En réalité, tout le monde s’accorde pour reconnaître que la grande majorité des introductions ont été bénéfiques. Il suffit de penser aux nombreuses plantes alimentaires tellement présentées dans notre quotidien que l’on oublie parfois qu’elles ont un jour été introduites (Tomates, Pomme de terre, Noyer etc.). Inversement, on peut noter qu’il existe aussi des plans de lutte contre des espèces indigènes comme la Fougère-aigle ou le Prunellier, qui peuvent envahir les milieux ouverts suite à l’abandon d’activités pastorales (la nécessité de lutter contre la fermeture naturelle des milieux est un autre débat … ). Cela montre bien que le critère déclenchant une intervention n’est pas le caractère étranger de la plante, mais bien son impact (mesurable) sur les milieux (Fried, 2012, 28).

Au niveau de plantes traitées, je crois que l’auteur a vraiment le mérite de décrire presque toutes les plantes invasives ou potentiellement invasives de France métropolitaine et des pays limitrophes. Je pense qu’en considérant que le guide s’adresse en partie aussi au pays francophones européens – (partie francophones de la Belgique, Luxembourg, Suisse romande, Val d’Aoste en Italie) – ou aux pays où le français est encore pratiqué par une partie considérable de la population – je pense au Tessin (suisse italienne) – il manque au moins le palmier de Chine (ou palmier à chanvre) (Trachycarpus fortunei). D’ailleurs dans le langage courant le palmier de Chine est aussi dénommée Palmier du Tessin. Concernant mes propres recherches dans le midi méditerranéen français je pense qu’il faudrait rajouter aux espèces traitées par Guillaume Fried – Phormium tenax, Saccharum spontaneum, Nicotiana glauca (Neff 2003), Aptenia cordifolia et Caesalpinia gilliesii (Neff & Scheid 2005). Ces espèces pourraient certainement être introduites dans une deuxième édition révisée et augmentée de l’ouvrage de Fried, édition qui serait certainement « une bienvenue ».

Critiques – en fait je ne trouve pas beaucoup de point de critique. On aurait pu ci et là – nommer les synonymes de certains noms scientifique – car si le livre est destiné au grand public il faudrait peut-être aussi faire apparaitre les synonymes scientifiques sous lesquelles les espèces sont peut être connues d’un plus grand public. Je pense par exemple au « Cyano »  Acacia cyanophylla Lindley – qui nous e présente sous « Acacia saligna (Labill.) H.L. Wendl.  Ce qui est certainement correct d’après la nomenclature botanique actuelle en service – mais le grand public – est-il vraiment au courant de cette nomenclature botanique? Et ne parlons pas – du nom vernaculaire utilisé pour Acacia saligna, – le Mimosa bleuâtre –  mais peut-être j’ai simplement trop longtemps travaillé en Afrique du Nord – ou disons-le – l’espèce c’est tout le simplement « le Cyano ». Mais tout ça, ce sont, comme par exemple le fait de traiter les cinq espèces de PhyllostachysPhyllostachys aurea, Phyllostachys viridiglaucens, Phyllostachys nigra, Phyllostachys pubescens et Phyllostachys bambusoides dans un seul fichier ne tache guerre l’impression très positives de l’ouvrage. Concernant Phyllostachys – je crois les diffèrent espèces de bambous  (Phyllostachys spec.) – très difficile à déterminer pour les non spécialistes sont peut-être les espèces avec un « potentiel invasive » sous- estimé. C’est mon impression que je rapporte aussi bien du Tessin, du pays de Gex, de l’Alsace (Neff 2007) et du Pays de Bade. Autre petit b-Moll que je rajouterai, – c’est la petite Bibliographie d’une page que je considère comme largement insuffisante. Un ouvrage grand public devrait aussi donner une orientation bibliographique plus large. Le nouveau Kowarik (2010)  « Biologische Invasionen – Neophyten und Neozoen in Mitteleuropa »  la soi-disant bible pour les espèces invasive en Moyenne Europe (Mitteleuropa) – devrait y être mentionnée – c’est une référence qui avec une bibliographie d’une cinquantaine de pages est une véritable mine d’or pour l’analyse des espèces invasives en Europe Centrale. Même si le livre est écrit en allemand – et les connaissances d’allemand se rétrécissent de plus en plus en France – je crois que l’ait encore assez de « botanistes de terrain » avec de solides connaissances d’allemand. Même chose pour le nouvel ouvrage de Rotherham & Lambert (2011) sur la perception des espèces invasives par l’homme. Je pense aussi que l’un ou l’autre article scientifique aurait certainement enrichit la bibliographie du livre. Vue de la médiatisation de L’ Ambrosie (Ambrosia artimisiifolia) en France (et en Suisse romande) – on aurait certainement y inclure l’article de Bruno Chauvel & Émilie Cadet « Introduction et dispersion d’une espèce envahissante : le cas de l’ambroisie  à feuilles d’armoise (Ambrosia artemisiifolia L.) en France » paru dans Acta botanica gallica. Mais ces petit b-Moll ne tache guerre l’impression positive du guide des espèces invasives écrit par Guillaume Fried.

Ce petit livre, – qui a aussi le mérite d’être « léger » et de trouver de la place dans un équipement de travail de terrain – est une prestigieuse aide pour le « géographe, botaniste, écologue  » professionnels travaillant (encore sur le terrain)  – ou tout simplement un bon guide de terrain pour toute amateur de la nature désirant savoir un peu plus sur les milieux qu’il fréquent.

Le guide s’adresse au grand publique de la France métropolitaine et des pays limitrophes – (partie francophones de la Belgique, Luxembourg, Suisse romande, Val d’Aoste) – ou au pays où le français est encore pratiqué par une partie considérable de la population – mais je pense que ce « guide & livre » peut très bien être utilisé en Espagne et au Portugal et même en Italie. Même chose pour le Maghreb. Connaissant assez bien la Tunisie, – je pense que c’est un guide idéal pour travailler sur l’impact des plantes invasives sur les écosystèmes tunisiens. Concernant la Suisse alémanique, – et considérant qu’en Suisse alémanique – les connaissances de français sont encore assez bonne – ce guide peut être une bonne aide de terrain pour des prospections de terrain sur les espèces invasives. Le guide de Guillaume Fried, peut aussi servir dans la partie Sud de l’Allemagne – (Baden-Würrtemberg, Rheinland –Pfalz, Hessen, Bayern) – peut-être même dans la partie septentrionale de Nordrhein Westfalen. Sachant bien que la connaissance du français en Allemagne sont en pleine dégringolade – je considère néanmoins – que le guide avec « ausreichenden Schulfranzösischkenntnissen » – faute d’une « Feldflora  zu den invasiven Pflanzenarten Mitteleuropas » actuellement disponible – peut être un aide précieuse pour la « Feldarbeit » – le travail de terrain.

Je résumé- le „Guide des plantes invasives „ de Guillaume Fried est une première pour la France métropolitaine (et peut-être pour une grand partie du reste de l’Europe). Je pense que ce petit livre est une vraie réussite, et qu’il vaut largement le prix de 18,90 Euro.

 

Fried, Guillaume (2012): Guide des plantes invasives.

Paris.  (Éditions Belin), 272 pages.  ISBN 978-2-7011-5793-1

Prix : 18,90 Euro

 

Literature et ouvrages citées :

Chauvel, Bruno; Cadet, Émilie (2011) : Introduction et dispersion d’une espèce envahissante : le cas de l’ambroisie  à feuilles d’armoise (Ambrosia artemisiifolia L.) en France. In : Acta Botanica Gallica, 158 (3), 309-327, 2011.

Eser, Ute (1999): Der Naturschutz und das Fremde. Ökologische und normative Grundlagen der Umweltethik. Frankfurt/New York (Campus Verlag). ISBN 3-593-36250-3.

Fried, Guillaume (2012): Guide des plantes invasives. Paris (Éditions Belin), 272 pages.  ISBN 978-2-7011-5793-1

Kowarik, Ingo (2010): Biologische Invasionen. Neophyten und Neozoen in Mitteleuropa. Mit Beiträgen von Wolfgang Rabitsch. 2. Wesentlich erweiterte Auflage. Stuttgart, (Eugen Ulmer), ISBN 978-3-8001-5889-8

Neff, C. (2003): Les Corbières maritimes – forment-elles un étage de végétation méditerranéenne thermophile masqué par la pression humaine ? In: Fouache, E. (Ed.): The Mediterranean World Environment and History. IAG Working Group on Geo-archeology, Symposium Proceedings. Environmental Dynamics and History in Mediterranean Areas, Paris, Université de Paris – Sorbonne 24 – 26 avril 2002. Paris, 191 – 202, (Elsevier France, ISBN 2-84299-452-3).

Neff, C. (2007) : Naturkundliche Beobachtungen in Munchhausen (Frankreich) Sauerdelta und Laurophyllisation in Munchhausen.. In: VOGT, J., D. BURGER, T.K. BUTTSCHARDT, A. MEGERLE (Eds): Karlsruhe, Stadt und Region. Ein Landeskundlicher Führer zu bekannten und unbekannten Exkursionszielen. Karlsruhe, Regionalwissenschaftlicher Fachverlag, p. 201 – 215, ISBN 978-3-9811189-2-6

Neff, C., Scheid, A. (2005): Der mediterrane Süden Frankreichs. Vegetationsdynamik und Kulturlandschaft im Languedoc- Roussillon. In: Geographische Rundschau, 57, Heft 9, 38-44.

Rotherham, I.D., Lambert, R.A. (Eds) (2011): Invasive & Introduced Plants & Animals. Human Perceptions, Attitudes and Approaches to Management. London, (Earthscan), ISBN 978-1-84971-071-8

Christophe Neff, le 20.4.2012

Blognotice 1.4.2012

Ce n’est malheureusement pas un poisson d’avril, – Kidal tombée, Gao abandonné, Tombouctou semble aussi partager le sort de Gao, – une junte militaire nébuleuse avec à sa tête un capitaine nébuleux sorti de nulle part et allant à nulle part, a pris le pouvoir à Bamako, – le Mali est en pleine désintégration. Est-ce que le Mali survivra-t-il cette crise majeure ? Cette crise, qui fut une crise annoncée depuis longtemps (voire aussi mes propres écrits : la malédiction jaune & retour-en-arrière-sur-les-évènements-de-Niamey   ) – dans ce contexte je renvoie à la carte publie dans le monde du 28.12.2012 – et surtout à l’analyse remarquable de Serge Michailof – concernant tout le Sahel, voire ce qu’autre fois le terme géographique du Soudan (bilād as-sūdān (بلاد السودان)) désignait, – donc une partie majeure de l’Afrique subsaharienne.  Le scenario d’une Afghanisation partielle du Sahel, voire du Soudan devient de plus en plus menaçant.  C’était prévisible, – l’état malien est en train de subir de plein fouet les conséquences de ces bouleversements géopolitiques annoncés. Au mieux les choses s’arrangent une fois de plus, – les tribus Touaregs gagneront un peu plus d’autonomie, – deuxième scenario serait de voire la naissance d’un état Touaregs indépendants sur le terroir nord d’un Mali en plein décomposition, – troisième scenario – une réelle afghanisation de la région sous la main mise de  AQMI. Ce troisième scenario serait un catastrophe, – donc les conséquences se ressentirai bien au-delà du Mali, au-delà de l’Afrique!

Concernant les dangers géopolitiques qui émergent des actuelles instabilités du Mali, je suis assez surpris, que les medias allemands sont quasiment muet sur la situation au Mali – on ne semble pas être trop concerné par la situation au Mali en Allemagne. Les medias anglophones par contre couvrent  la situation assez bien (voire : BBC  Mali rebels say they surround Timbuktu ; the Guardian  UK urges Britons to leave Mali amid coup chaos ; NYT Junta Leader in Mali Coup Vows to Keep Fighting Brief).

Observant la désintégration annoncée du Mali depuis la Unterhardt, – j’ai l’impression que le Monde occidentale semble déjà avoir abandonné le Mali. Constant amer – il me reste que de feuilleter le magnifique livre de Catherine et Bernard Desjeux « Fleuve Niger – Cœur du Mali » – et je me demande quand est ce que le Mali pourra vivre paisiblement au rythme du grand Fleuve – qui est le Cœur du Mali !

Ouvrages citées et consultées :

Desjeux, C. & B. (2011) : Fleuve Niger, Cœur du Mali. Brinon – sur- Sauldre (Grandvaux), ISBN 978-2-909550-73-2.

Lacoste, Y. (2011): Sahara : perspectives et illusions géopolitiques. In : Hérodote, revue de géographie et de géopolitique 142 — Géopolitique du Sahara.

Tisseron, A. (2011): Enchevêtrements géopolitiques autour de la lutte contre le terrorisme dans le Sahara. In : Hérodote, revue de géographie et de géopolitique 142 — Géopolitique du Sahara.

Christophe Neff, le 1.4.2012

Blognotice 22.2.2012

Le modèle allemand est en vogue en ce moment en France, ce fameux modèle allemand est même entré en grande pompe dans les discussions des élections présidentielles! Et naturellement les medias français en parlent, dernièrement Agnès Verdier-Molinié nous vantait le modèle allemand dans le Monde.  Même si les chiffres publiés par Madame Verdier sont corrects – je trouve l’analyse publiée par Michaël Foessel beaucoup plus proche de la réalité allemande, politiquement beaucoup plus pertinente.  Personnellement, j’ai l’impression que depuis le début du quinquennat du Président Sarkozy,  la fosse « socio-économique » qui sépare la France et l’Allemagne s’est élargie sensiblement, – oui, s’élargit de plus en plus au détriment de la France.  Si les diverses équipes gouvernementales de Monsieur Sarkozy ont vraiment essayé de réduire l’écart socio-économiques entre les deux pays, ils étaient fort « malchanceux » – ou peut être n’ont-ils jamais vraiment tenté l’effort de réduire cet écart. Mais parfois les réalités sont beaucoup plus complexes –  et c’est qu’en France on connait  le« Wissenschaftsprekariat »  allemand? Cette réalité allemande est très bien décrite dans l‘ Analyse « Enorm leidensfähig – Arbeitsbedingungen an Unis » dans la Zeit du 8.12.2011.  Mais j’aimerais faire découvrir une autre réalité aux lecteurs de paysages. Il y a en France encore des domaines – où la France – en dehors de toute querelle politicienne – peut encore servir de modèle: par exemple la politique de la Défense de la Forêt contre les Incendies – la DFCI. C’est ainsi que depuis des années je propose un cours universitaire sur la DFCI où nous descendons avec une quinzaine d’étudiants allemands dans le Sud de la France pour nous informer sur cette Défense de la Forêt contre les incendies,  pour participer à des chantiers de brûlage dirigé.  Ce cours est monté grâce à l’aide d’Eric Rigolot de l’INRA Avignon et de Jean-Paul Baylac de la cellule feu de forêt de l’ONF 11. Ce cours, ou disons la politique de la DFCI française a une telle renommée un Allemagne,  que le cours a déjà été couvert par une émission de radio (Deutschlandfunk – Feuerschutz mit Flammen en février 2006) et en 2011 nous avons été accompagnés par la commandante des pompiers de Schramberg Annette Melvin, qui craint les risques de feux de forets pour Schramberg et la Moyenne Forêt Noire. Donc dans le domaine de la défense de la Forêt contre l’incendie la France est un modèle incontestable.  L’Allemagne par contre, a oublié son histoire de feux de forêts, – l’incendie meurtrier de la Lüneburger Heide est tous simplement tombé à l’oubli –  a disparu de la mémoire collective.  Concernant le cours 2012 « brulage dirigé » nous fûmes un peu victimes des aléatoires météorologiques : le grand froid qui régnait sur le Midi méditerranéen – froid exceptionnel qui provoqua le blocage du Port de Leucate par la glace, donc  malheureusement nous n’ avons pas eu la chance de pouvoir participer à un chantier de brûlage dirigé. Mais nous avons quant même eu la chance de pouvoir visiter le centre de secours de Lézignan et le centre de secours de Leucate.  Les étudiants étaient impressionnés par les moyens et le matériel mis à disposition de la DFCI. La plupart d’eux n’avaient jamais vu un CCF (Camion citerne feux de forêts) car une grande partie des unités de pompiers allemand ne dispose pas d’un tel matériel.

Je finis donc  avec ce constat – à force de s’obstiner sur le fameux modèle allemand – on oublie parfois les réalités réelles qui se cachent derrière ces images  et phantasmes de l’autre. En Allemagne il n’existe pas de DFCI digne de ce nom, et en France heureusement il n’y a pas de Wissenschaftsprekariat, – le fameux Dr. Hartz IV – ou Privatdozent Dr. Hartz IV est encore un illustre inconnu en France.

Photos :

1.) © C. Neff:  CCF 6 Leucate du centre de secours de Leucate 17.2.2012

2.) © J.-F. Heger : Le cours chantiers de brûlage dirigé/ DFCI février 2012 du IFGG-KIT devant le CCF 6 Leucate 17.2.2012

Christophe Neff, le 22.2.2012

Blognotice 1.7.2011 – l‘Allemagne vote le „Ausstieg“

Le jeudi 30 Juin 2011 fut une véritable journée historique en Allemagne. Le Bundestag vota « le Ausstieg » la sortie du nucléaire. 513 parlementaires de la CDU, de la FDP, de la SPD et des verts ont voté pour le Ausstieg, – 79 parlementaires – surtout issus de la Linke ont voté contre – et 8 parlementaires se sont abstenus.  Le chef de file de l’opposition social-démocrate (SPD), Sigmar Gabriel, en salue ce jour „historique“, tout en égratignant le gouvernement d’Angela Merkel : „Nous soutenons cette décision par conviction, vous seulement par opportunisme » a bien raison, car il faut le rappeler qu’il y a à peine quelques mois le gouverment Merkel  avait aboli la sortie du nucléaire (Ausstieg aus dem Ausstieg) voté par le premier Gouvernement Schröder en 2002.  La sortie du nucléaire allemand, le virage à 90% du gouvernement  Merkel,  c’était déjà prévisible quelques jours après la catastrophe de Fukushima, je l’avais déjà écrit dans la Blognotice du 14.3.2011. La sortie du nucléaire de l’Allemagne comme le premier Ministerpräsident vert Winfried Kretschmann en Bade-Würtemberg sont en première ligne dûs aux retombées politiques de la catastrophe de Fukushima en Allemagne.  Cette catastrophe a provoqué un véritable raz-marée politique en Allemagne, car les images venant du Japon meurtri ont touché profondément l’Allemagne.  L’ ampleur de cette blessure qu’une grande partie de l’Allemagne a ressentie  en voyant les conséquences du tsunami meurtrier au Japon est à l’origine du petit livret de Daniel de Roulet « Tu n’as rien vu à Fukushima » (voir le petit résumé dans le Blog de TKT et la critique détaillée de Pierre Assouline « Fukushima mon amour »)  qui vient d’être traduit en Allemand (traduction: Maria Hoffmann-Dartevelle) sous le titre « Fukushima mon amour. Brief an eine japanische Freundin  » (ce qui est la traduction littérale du titre de la critique du livre dans la république de livres.), quelques semaines après sa parution en France. Qu’un livre français soit aussi rapidement traduit en Allemand après sa première parution n’est vraiment pas coutume – si je ne me trompe , « indignez vous » de Stéphane Hessel ne fut pas traduit en allemand dans le même délai court que « Tu n’as rien vu à Fukushima ».  Le Fallout politique de la catastrophe nucléaire de Fukushima a profondément bouleversé, touché l’Allemagne, est -ce pour cela que le Bundestag a voté la sortie du nucléaire le jeudi 30 juin2011. Apparemment ce « fallout politique » de la catastrophe de Fukushima s’est arrêté juste au-dessus du Rhin, – comme jadis durant l’accident de Tchernobyl il y a juste 25 ans – car un veritable débat politique sur la sortie du nucléaire de la France  ne semble pas être à l’ordre du jour en France.

Livres cités

De Roulet, Daniel (2011): Fukushima mon amour. Brief an eine japanische Freundin. Hoffmann und Campe, Hamburg, ISBN 978-3-455-40352-7 (Übersetzung: Hoffmann-Dartevelle, Maria)

De Roulet, Daniel (2011): Tu n’as rien vu à Fukushima. Paris. Buchet & Castell. ISBN 978-2-283-02528-4

Christophe Neff, Grünstadt le 1.7.2011

BB 67422 traçant le TER 830734 entre Mothern et Lauterbourg

BB 67422 vor TER 830734 zwischen Mothern und Lauterbourg 27.5.2011
BB 67422 entre Mothern et Lauterbourg traçant le TER 830734 vers le terminus de Lauterbourg. © C. Neff 27.5.2011

Ciel orageux en Outre – Forêt sur la ligne Strasbourg – Lauterbourg, – photo prise le vendredi 27.5.2011 en revenant d’une sortie dans le delta de la Sauer à  Munchhausen. En prenant diverses photos (en numérique et en diapositive) du TER 830734, – je me demandais, quand on verra de nouveau des trains de voyageurs directs entre Strasbourg et Woerth en Allemagne. Il y a à peu près 40 ans il y avait un express reliant Ludwigshafen via Spire, Woerth, Lauterbourg à Strasbourg, qui permettait aux familles des soldats français en garnison au Palatinat de passer la journée à Strasbourg et de rentrer le soir au Palatinat. Le nouveau gouvernement rouge-vert de Rheinland-Pfalz nous annonce dans le Koalitionsvertrag que la Bienwaldautobahn (Hagenbachvariante) ne sera définitivement pas construite (« B 9 – Bienwaldautobahn: Die beim Bund zur Linienbestimmung eingereichte Hagenbachvariante wird nicht weiter verfolgt. An der bestehenden B 9 zwischen Scheibenhard und der A 65 erfolgen lediglich Maßnahmen zur Verbesserung der Verkehrssicherheit.“ Source : Koalitionsvertrag Rheinlandpfalz 2011-2026 – den sozial-ökologischen Wandel gestalten, p. 64 ), – mais en contrepartie rien n’est dit sur la revalorisation des liaisons ferroviaires entre le Palatinat et l’Alsace.  Même si normalement je suis contre le bétonnage du paysage par des autoroutes, voies rapides etc.,  je pense que le Lückenschluß à travers le Bienwald entre Kandel et l’autoroute Lauterbourg – Strasbourg est vraiment nécessaire, car emprunter la Bundesstraße B. 9 entre Kandel et Lauterbourg en voiture particulière devient de plus en plus dangereux vu le flot incessant de camions empruntant cette route frontalière. Une vraie politique de transport « durable » aurait enfin tenté de construire ce raccord entre l’autoroute allemande et française, car la situation est vraiment intenable, et aurait surtout investi massivement dans la relation ferroviaire Woerth-Lauterbourg-Strasbourg. Dans un premier temps construction d’une deuxième voie entre Lauterbourg et Woerth, – et à moyenne échéance électrification de cette relation ferroviaire transfrontalière. La ligne de Chemins de Fer entre Karlsruhe et Bâle, la fameuse Rheintalbahn est complètement saturée, et même si cette ligne sera partiellement dédoublée par la Neu- und Ausbaustrecke Karlsruhe–Basel, – les forts problèmes de capacité sur cette magistrale ligne ferroviaire ne vont pas disparaitre.

Rücklichter TER 830734 zw. Mothern und Lauterbourg 27.5.2011
Les lanternes rouges du TER 839734 arrivant dans quelques minutes au terminus de Lauterbourg. © C. Neff 27.5.2011

Si on veut vraiment limiter les flots de camions entre Kandel, Lauterbourg et Strasbourg , il faut massivement investir dans la ligne de chemins de fer Strasbourg-Lauterbourg-Woerth, pour mettre à disposition cette ligne sous-utilisée, où actuellement quelques TER entre Strasbourg et Lauterbourg et quelques rare trains de marchandise circulent, pour un transport européen écologique et durable. Malheureusement nous ne trouvons pas un mot sur l’amélioration du trafic ferroviaire transfrontalier dans le Koaltionsvertrag du Cabinet Beck V. A priori si les données ne changent pas , les lignes de chemins de fer Strasbourg-Lauterbourg et Lauterbourg – Woerth resteront les lanternes rouges du trafic ferroviaires européen. Dommage que le nouveau gouvernement rouge vert de Rheinland-Pfalz n’ait pas saisi l’occasion de s’engager pour un véritable changement dans les transports transfrontaliers.

Photos:

BB 67422 entre Mothern et Lauterbourg traçant le TER 830734 vers le terminus de Lauterbourg. © C. Neff 27.5.2011

Les lanternes rouges du TER 839734 arrivant dans quelques minutes au terminus de Lauterbourg. © C. Neff 27.5.2011

Christophe Neff, Grünstadt le 30.5.2011

Vue de Grünstadt : – la saison des feux de forêts 2011 vient de commencer

Apparemment la saison 2011 des feux de forêts dans l’Europe francophone vient de commencer. (En 2010 cela débuta avec un feu de forêt dans les Landes à Garrosse). Durant l’après- midi du lundi de pâques (25.4.2011) un incendie s’est déclaré dans la réserve de Hautes Fanges en Belgique. On estime qu‘ à peu près 2400 ha de landes & tourbières ont été victimes des flammes. Cet incendie a aussi eu un effet médiatique en Allemagne – la Rheinpfalz (2011)lui a consacré une demie page – et même la Zeit-online y a contribué avec un article. C’est ainsi que j’appris que l’expression française de « Hohe Venn  (allemand)» était les Hautes Fanges – ou Fanges tout simplement. J’ai fait une petite recherche Google, – mais apparemment dans la presse française on ne trouve pas grand-chose sur cet incendie assez considérable pour la Moyenne-Europe (Mitteleuropa). Comme je l’ai déjà écrit dans un de mes premiers billets de blog, – si les scénarios des modèles climatiques s‘ avéraient corrects nous pourrions nous attendre à une plus forte probabilité de risques de feux de forêts aussi bien dans les midi français, la péninsule ibérique  que dans la Moyenne Europe, Grand Est de la France, Belgique, Allemagne, Suisse et Autriche. En plus, même sans changements climatiques  la moyenne Europe connait ses feux de forêts,  même si la mémoire collective les a plus ou moins oubliés. Le plus spectaculaire fut certainement le grand feu de la Lüneburger Heide durant l’été 1975  mais qui a disparu de la mémoire collective allemande , le seul souvenir en est la couverture du Spiegel « Das große Feuer – wer hat versagt ? (le grand feu – qui est responsable ?)». Lors d’un exposé sur les risques de feux de forêts pour le commandant de sapeurs – pompiers du Landkreis Rottweil, j’avais rappelé aux responsables  des sapeurs – pompiers que même la Forêt Noire et les Vosges avaient leur histoire de feu, qu’on a peut être un peu oubliée ; mais il suffirait juste d’une période de sécheresse un peu plus prononcée pour que l’historique des feux en forêts se réveille. Et comme ce fut durant l’incendie de Fanges cette semaine en Belgique – ou a Leuk-Albinen en août 2003, se serait certainement un réveil assez dur.

Sources citées :

Der Spiegel (1975): Das große Feuer, wer hat versagt ? Nr. 34, 18 August 1975.

Die Rheinpfalz (2011) : Brand wütet im deutsch-belgischen Naturpark. Die Rheinpfalz Nr. 97, Zeitgeschehen, Mittwoch 27. April 2011.

Die Zeit-Online (2011) : Hochmoor – Großfeuer im Naturschutzgebiet Hohes Venn. Ein Feuer hat ein Fünftel des geschützten deutsch-belgischen Hochmoors Hohes Venn zerstört. Die Brandursache ist noch unklar. Zeit-online. 26.4.2011 15:07.

Neff., C.: Waldbrände in Mitteleuropa Bestandsaufnahme und Zukunftsszenarien. Was kommt auf die Feuerwehren im Landkreis Rottweil zu? Vortrag beim Kreisfeuerwehrverband Rottweil/Kommandantentagung 10.11.2010 Rottweil.

Christophe Neff, Grünstadt le 29.4.2011

Les cloches de Pâques introuvables sur Wikipedia.fr (24.4.2011)

En écrivant mon dernier billet je me rendais compte qu’en fait il y n’avait pas d’article dans la Wikipedia.fr sur les cloches de Pâques. Il y a une petite ébauche sur le film de Louis Feuillade éponyme, mais pas d’article sur les cloches de Pâques. Dans l’article Pâques on trouve dans le chapitre « Fêtes et traditions populaires » les phrases suivantes (dernière consultation 24.4.2011 21:15): « En Belgique et en France, ce sont les cloches de Pâques qui apportent les œufs de Pâques. Depuis le jeudi saint, les cloches sont silencieuses, en signe de deuil. On dit qu’elles sont parties pour Rome, et qu’elles reviennent le jour de Pâques en ramenant des œufs qu’elles sèment à leur passage. En Allemagne et en France, le repas de Pâques est souvent l’occasion de partager un gigot d’agneau rôti accompagné de flageolets ». Ce n’est pas grand-chose, aucune source indiquée et en plus, concernant le repas de Pâques en Allemagne, c’est faux,  le gigot d’agneau pour le repas de Pâques n’est pas une tradition allemande,  peut être est-ce en train de le devenir sous l’impulsion de « live-style » magazine, mais ce que les auteurs de wikipedia – en fait l’auteur Gwalarn le 27.3.2005  à 19 :10  révèlent, relève en ce qui concerne l’Allemagne de la pure fiction. Donc ce qu’on trouve dans la wikipedia sur les cloches de Pâques est bien maigre ! C’est un peu dommage, car personnellement je crois qu’autrefois il y avait en effet un vrai fossé culturel – une sorte de röschti-graben qui séparait la culture francophone (catholique) – celle des cloches de Pâques – et allemande (protestante) celle du lièvre de Pâques – le fameux Osterhase. Déjà comme petit gamin durant les week-ends pascaux à Eckbolsheim, je m’apercevais de cette différence fondamentale entre l’Allemagne et la France. En fait, qu’on parlait français à Strasbourg, – grandissant dans un ménage bilingue cela ne m’a pas étonné, en plus le dialecte alsacien qu’on entendait ici et la dans la rue ne m’était pas étranger, car le Schramberger Schwäbisch est linguistiquement relativement proche du dialecte alsacien comme on le pratique à Strasbourg et dans une partie du Bas – Rhin. C’est la tradition des cloches de Pâques qui n’existait pas en Allemagne, qui m’a fait ressentir comme gamin de 4 ou 5 ans que Strasbourg et la France étaient donc un autre univers, l’univers où les œufs de pâques étaient rapportés par les cloches. En plus pour mes copains du Kindergarten St. Maria au Sulgen, – aussi bien qu’à la Grundschule Sulgen – la tradition de cloches était totalement inconnue. C’est Jean Egen dans les Tilleuls de Lautenbach qui a très bien décrit ce phénomène de frontière culturelle entre cloches de pâques et lièvre de pâques que j’ai moi-même connu comme gamin. « Le lièvre de Pâques, c’est comme la cigogne et Saint Nicolas, mes copains francs-comtois ne le connaissent pas, ils disent que les œufs sont apportes par les cloches, ce qui est difficile ä croire – comment feraient les cloches pour les retenir sous leur jupe et comment feraient les œufs pour ne pas se casser en tombant ? En Alsace, on est quand même plus sérieux, le jour de Pâques, après la grand-messe, mes Cousins, mon petit frère et moi, nous faisions chacun notre nid de paille dans le verger de grand-mère, puis nous passions à table en attendant que le lièvre distribue les trésors de sa hotte. » et quelques phrases plus tard « Nous courions vers les nids, ils étaient pleins d’œufs, de poissons, de lapins et de cocottes en sucre, en frangipane, en chocolat, il y avait aussi un agneau pascal en génoise et de véritables œufs durs qu’en temps ordinaire nous aurions dédaignés mais que nous engloutissions jusqu’ä l’étouffement parce qu’ils étaient peints en rouge ou en bleu » (Egen, Jean 1992, p.142-143). Chez mes grands-parents à Eckbolsheim, cela se passait semblablement, – sauf à un détail près, très important, – ma grand mère de souche lorraine, – qui avait déjà intégré avec grande habileté toutes ces pâtes italiennes (capeletti , gniocchi, etc. etc.) (dans ce contexte voir ici et ici) dans son ménage,  et ces pâtes- la elle les faisait encore elle-même jusque à la fin des années 1990, – elle intégra les lièvres de pâques alemano-alsaciens dans les cloches franco – françaises. Naturellement c’était les cloches qui nous rapportaient les lièvres rouges en sucre que nos parents transportaient depuis Schramberg pour approvisionner les cloches d’Eckbolsheim. Les cloches qui lâchaient toutes ces friandises dans le grand jardin de la maison familiale rue des pommes à Eckbolsheim, sous le grand cerisier, sous les buissons de groseilliers – et il y en avait des groseilliers – des noirs (cassis), des rouges, et même des Groseilliers à maquereau.

Au début des années 1970 mes grand – parents déménagèrent vers le Midi français, – un pays où le lièvre de pâques était un vrai inconnu,  sauf naturellement dans notre famille où les cloches franco-allemandes avaient toujours un « Osterhase » dans leurs bagages, que se soit à Aubord ou à Port Leucate. Si je me souviens bien, je crois avoir aperçu les premiers lièvres de pâques en chocolat dans le midi, au début des années 1980 – juste quelque temps avant l’élection de François Mitterrand, chez quelques pâtissiers-confiseurs. C’était pour ainsi dire un des avant-signes de la mondialisation. Entre-temps le « Osterhase » allemand devenait un article de la consommation de masse , le lièvre de pâques en chocolat qu’on trouve en Allemagne de nos jours dès début février dans les Supermarchés a presque failli faire disparaitre les rote Zuckerhasen de mon enfance. C’est devenu tellement rare que les rares pâtissiers-confiseurs qui prennent encore le temps de faire des rote Zuckerhasen, sont présenté dans des articles de presse (p.Ex. ici) – les rote Zuckerhasen autrefois une spécialité de l’Allemagne du Sud-  sont de nos jours une espèce en voie de disparition.

Dans notre monde mondialisé  où les coutumes disparaissent ou se transforment en mode de consommation de masse,  l’histoire du père noël en chocolat qui finit en lièvre de chocolat et qui est présent dans les étalages de supermarchés allemands de début Septembre jusque début mai est un triste exemple, il est clair que les différences culturelles, ce röschti-graben culturel entre le monde germanophone et francophone que j’ai moi-même encore connu entre le Osterhase et les cloches et qui est si bien décrit par Jean Egen dans les Tilleuls de Lautenbach se rétrécit de plus en plus.

Je pense quand même que les cloches de pâques mériteraient un bon article dans la wiki.fr. – si même le lièvre de pâques en a un (même si l’article se dénomme lapin de pâques – ce qui est historiquement faux – car c’est  bien le lièvre de pâques qui fut le premier à s’établir dans le vocabulaire, puisque c’est bien la traduction littérale du terme Osterhase  et  par la porte de l’Alsace le lièvre de pâques débarquait donc dans la langue française); mais un article bien sourcé qui nous raconte l’origine historique et religieux des cloches de pâques qui ramenaient les œufs de pâques serait certainement le bienvenu. Naturellement il reste la question de savoir si ces fameuses cloches de pâques sont simplement une tradition franco-française, ou si on trouve cette tradition dans la partie francophone de la Belgique, au Québec, en Suisse romande, ou même en Afrique francophone, – où la France n’a pas seulement laissé sa langue mais aussi partiellement le catholicisme comme par exemple dans le Sud de la Côte d‘ Ivoire.

Source & Citations :

Egen, Jean (1992) : Les tilleuls de Lautenbach. Mémoires d‘ Alscae. T 1. 3ème édition. Paris, Stock, ISBN 2-234-02523-0.

Joyeuses Pâques à tous mes lecteurs et toutes mes lectrices

Christophe Neff, Grünstadt le  24.4.2011