Blognotice 07.05.2026 : et les Martinets sont revenus dans le ciel de Grünstadt le 29.04.2026

Le mercredi 29 avril, je découvre les vols acrobatiques des premiers Martinets de 2026 dans le ciel de Grünstadt. D’ailleurs, en 2025, ils ont fait leur première apparition dans le ciel de Grünstadt le 29.04.2025. Comme j’observe le ciel de Grünstadt régulièrement depuis la crise du COVID-19 et que je note les divers oiseaux que je peux reconnaître visuellement ou phonétiquement, je peux assez bien cerner l’arrivée des Martinets[1], [2] !

Les Martinets annoncent la fin du printemps et le début du « Frühsommer ». Traduire « Frühsommer » en français n’est pas facile. « Été précoce » est plutôt une traduction littérale, – l’AI de Deep L traduit le terme avec « début de l’été ». L’horloge phénologique du DWD définit le « Frühsommer » comme le début de la floraison du Sureau noir, – le « Hochsommer », le plein été, avec le début de la floraison du tilleul à grandes feuilles. Ici, à Grünstadt, les Martinets commencent leur retour vers le Sud normalement vers la fin juillet/début août, au plus tard mi-aout.

En observant le vol acrobatique des Martinets dans le ciel de Grünstadt, je pense toujours un peu à Monsieur Gérard Gory, – avec qui j’avais fait connaissance durant mes séjours au Muséum d’histoire naturelle de Nîmes – vers la fin de la période « Jeantet »[3]  – donc la période pendant René Jeantet fut conservateur de 1959 à 1995 du Muséum de Nîmes –  suivi par son épouse Jacqueline qui entre 1995 – 1997 fut conservatrice du Muséum[4]. Gérard Gory c’était et c’est encore le Monsieur Martinets français. Dans ce contexte, j’aimerais aussi signaler un livre, – une véritable bible sur les Martinets – malheureusement seulement disponible en allemand – « Mauer- und Alpensegler. Flugakrobaten ohne Grenzen », écrit par l’ornithologue suisse Alfred Engler. Ce livre, qui contient aussi une importante bibliographie, mériterait une traduction française.

Le jour même de l’arrivée des martinets à Grünstadt, je reçois le livre « Traverser Tchernobyl » de Galia Ackerman. La plupart de mes livres français, je les achète chez Willy Hahn, dans la librairie « à livres ouverts » à Wissembourg. Mais il m’arrive de me commander des livres à la FNAC pour pouvoir les lire assez rapidement – sans faire le trajet en Outre-Forêt à Wissembourg.

La catastrophe nucléaire de Tchernobyl, je m’en rappelle encore bien : c’était le début de mes études de géographie à l’université de Mannheim[5]. L’Université de Mannheim était, durant les années 1980, l’une des rares universités allemandes à proposer des études de géographie qui commençaient aussi avec le « Sommersemester ». Mais tout cela fait, comme Tchernobyl, maintenant partie de l’histoire. L’Institut de Géographie de l’Université de Mannheim, «  Geographisches Institut der Universität Mannheim », fut fermé durant les années 2000  pendant le rectorat Arndt– pour libérer les postes d’enseignants afin de les transformer en professorats de gestion et de management, en sciences économiques – disons des « sciences » considérées comme plus utiles économiquement et plus valorisant que la « géographie ».

J’ai beaucoup pensé à mes débuts d’étudiant en géographie en 1986, – en raison des souvenirs de la catastrophe de Tchernobyl et du fait qu’un de mes condisciples – en Allemagne, on parle de « Kommilitone » – avec lequel j’avais partagé une partie majeure des cours en géographie, vient d’être emporté par un cancer fulgurant. Nous avons aussi partagé quelques semaines au « Centre Béthanie du Diocèse de Man » pour des relevés botaniques à la fin des années 1980 dans les montagnes de Man en Côte d’Ivoire . Je lui ai dédié une notice nécrologique sous le titre « Das Echo der Tams-Tams im Bergwald von Man – Erinnerungen an Rainer Frank » dans ce blog. Rainer Frank a été inhumé fin avril 2026 au Ruheforst de Bad Dürkheim, un cimetière naturel situé dans le Pfälzerwald,  lors d’une cérémonie d’adieu très émouvante, en présence de sa famille, de ses amis et de ses anciens camarades de promotion de l’Institut de Géographie de l’Université de Mannheim.

Les souvenirs qui restent, de l’année 1986, ce sont  les débuts de mes études de géographie à l’Université de Mannheim, ce sont  les souvenirs de la catastrophe nucleaire de Tchernobyl. Les images des « liquidateurs » que je retrouve dans l’ouvrage de Galia Ackerman, qui est un voyage dans le temps vers une sorte de Pompéi de l’ancienne Union soviétique. Je trouve assez dommage que l’ouvrage de Ackerman, d’après mes recherches dans le « KVK (Karlsruher Virtueller Katalog) », ne se retrouve dans aucune bibliothèque universitaire allemande. En réalité, cela n’est pas si surprenant, ceci confirme une fois de plus le « fossé culturel grandissant » entre l’Allemagne et la France[6].

Le livre de Galia Ackerman me permet aussi de me souvenir de mes lectures d’étudiant, des images des longs métrages de Cinéma, comme le film « Stalker » d’Andreï Tarkovski. Tchernobyl a transformé le monde, – c’était certainement le début de la chute de l’ancienne Union soviétique – et en conséquence de la réunification allemande. D’un point de vue franco-allemand, – sans les catastrophes nucléaires de Tchernobyl et de Fukushima[7], – les « Verts » allemands n’auraient jamais eu l’essor politique en Allemagne pendant les derniers décennies, – avec Joschka Fischer, vice-chancelier et ministre de l’extérieur des gouvernements Schröder, Winfried Kretschmann, qui a gouverné le Bade-Wurtemberg pendant 15 ans, de 2011 à 2026. Et aussi Cem Özdemir, qui est le successeur désigné de Winfried Kretschmann, – Özdemir, qui a gagné de justesse, d’une courte manche, les élections régionales du Bade-Wurtemberg en Mars 2026. Si tout va bien, Özdemir sera élu le 13 mai 2026 comme nouveau « Ministerpräsident » du Bade-Wurtemberg.

Quarante ans après la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, – la grande différence entre l’Allemagne – et la France, – à part le mythe du nuage radioactif de Tchernobyl qui s’est arrêté aux frontières de la France, – disons qui n’a jamais traversé le Rhin[8] – c’est que les retombées politiques, sociétales et environnementales en Allemagne étaient assez considérables ! En France, – presque rien,  aucun changement majeur politique ou sociétale, – on « croit » encore aux vertus de l’énergie nucléaire sans modération – et le mouvement politique écologiste en France, vu d’Allemagne, s’est partiellement transformé en organisation sectaire proche de l’extrême gauche, sans aucune importance politique majeure, ce qui est bien dommage.

Je ferme les yeux, – et je reviens quarante ans en arrière, durant le printemps & l’été 1986, c’était le début de mes études de géographie à Mannheim. C’étaient les images de télévision de la catastrophe de Tchernobyl, – les hélicoptères au-dessus des ruines de la centrale nucléaire, le dévouement héroïque des « liquidateurs ». À chaque page que je tourne dans le livre de Galia Ackerman, « Traverser Tchernobyl », mes pensées vont vers le sort tragique des liquidateurs et des victimes des régions limitrophes de Tchernobyl…pendant que le chant des martinets volant dans le ciel de Grünstadt me ramené vers la réalité des premiers jours de mai 2026. Le Monde annonce un« événement sanitaire « inédit et inquiétant » », – le Hantavirus découvert sur un bateau de croisière le MV Hondius au milieu de l’océan atlantique me rappelle un peu le début de la crise du Covid – 19[9].

Bibliographie

Ackerman, Galia (2022) : Traverser Tchernobyl. Nouvelle édition augmentée. Paris, © Éditions Premier Parallèle, 2016 ; © Éditions Premier Parallèle, 2022. ISBN 978-2-85061-068-4

Engler, Alfred (2025) : Mauer- und Alpensegler. Flugakrobaten ohne Grenzen*. Bern, © 2025, Haupt Verlag Bern, ISBN 978-3-258-08410-7

GOLONKA Janaïne, Étude de cas muséologique, Mémoire de M2 Stratégie du Développement Culturel, sous la direction de JACOBI Daniel, Université d’Avignon, 2011. (Version archivée sur Internetarchive, voir ici.)

Christophe Neff, Grünstadt, écrit en Avril/Mai 2026, publié le 07.05.2026


[1] Voir aussi „Se ressourcer – auftanken, – über versteckte Orte in der Zeit vom 14. Juli 2022 – und andere Ferne und Nahe „Aufladestationen““

[2][2] Voir aussi „Blognotiz 12.05.2020: Coronahimmelslandschaften über Grünstadt

[3] Le mémoire de muséologie de Janaïne Golonka (2011), consacré à l’histoire du Muséum d’histoire naturelle de Nîmes et du Gard, contient un petit chapitre   sur la période Jeantet au Muséum de Nîmes (page 20 du mémoire). Ce mémoire circule librement sur la toile, mais on ne le trouve malheureusement ni sur HAL-Open Archive, ni sur ResearchGate, ni sur Academia.edu. Voici un lien vers l’Internet Archive où le mémoire est archivé (voir ici) !

[4] René Jeantet m’avait pour ainsi dire m’ouvert les yeux sur la beauté et richesse des paysages & des écosystèmes des Garrigues de Nîmes et des Costière du Gard, voir aussi « Flâneries d’un phytogéographe sur le billet « Les fleurs qui rendent immortel » du blog « l’Aventura – le BD blog scientifique de Fiamma Luzzati » »

[5] Voir aussi « Saulgau Oberschwaben Oktober 2022: Photos, Buchlektüren und Kindheitserinnerungen».

[6] Voir aussi « La fin du blog paysages sur les blogs LeMonde.fr – Das Ende des Blog « paysages » auf den Blogs von Le Monde.fr » et « Ein persönlicher Rückblick auf sechzig Jahre Élysée-Vertrag ».

[7] Voir aussi « Fukushima pays de neige – Souvenirs du Vendredi 11 Mars 2011 ».

[8] Voir aussi le article tres instructive du Decodeurs du Monde « Le nuage radioactif de Tchernobyl qui s’est arrêté aux frontières de la France : itinéraire d’un mythe qui hante l’imaginaire national », par William Audureau, Le Monde, 27. Avril 2026.

[9] Voir : « Hantavirus : de nombreuses inconnues autour d’un événement sanitaire « inédit et inquiétant » ; l’OMS veut rassurer sur le risque pandémique. La souche des Andes, transmissible entre humains par des gouttelettes de salive, a été déterminée, mercredi, par séquençage chez trois malades ayant voyagé à bord du MV « Hondius », qui doit accoster dans les jours qui viennent aux Canaries. Le point sur les principales questions posées par ce foyer épidémique. Par Par Delphine Roucaute. Le Monde, 06.05.2026. »

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