Souvenir du Samedi 14.11.2015 – visite de la Bibliothèque française de Spire

Le matin du samedi 14.11.2015 j’ai pris ma petite Peugeot blanche pour enfin me rendre à la Bibliothèque française de Spire. Il y a quelques années, au tout début de mon aventure comme bloggeur sur le monde.fr[1], j’ai reçu un email d’ Agnès Wittner la fondatrice de cette bibliothèque[2] et quelques années plus tard je suis devenu membre de l’association Französische Bibliothek Speyer e. V. sans avoir jamais mis les pieds dans ladite bibliothèque. Mais l’idée courageuse de vouloir créer un espace francophone dans une Allemagne où le français se voit de plus en plus rétrogradé comme langue étrangère – et en plus une bibliothèque où le livre et la lecture se livrent aussi une bataille de retraite – cette idée m’avait beaucoup séduit. Depuis un moment la Bibliothèque ouvre ses portes les samedis, – et début novembre je me suis dit qu’il faudrait bien un jour visiter la Bibliothèque française à Speyer – en plus mon épouse aimerait bien que j’achète un peu moins de livres : la place pour ranger les livres manque de plus en plus, j’avais donc décidé au milieu de la semaine de me rendre à Speyer le samedi 14.11.2015 pour enfin visiter cette bibliothèque.

Mais le matin du Samedi 14.11.2015, le lendemain de l’attaque terroriste de la soirée du vendredi 13 novembre 2015 – véritable déclaration de guerre L’État islamique à la France et au monde libre – j’avais passé une bonne partie de la nuit à écouter France Info et à suivre les évènements tragiques à Paris – j’avais simplement éprouvé le besoin de me plonger dans un monde francophone, – d’échanger quelques mots en français, cette langue française qui fut pour moi à la différence de ma fratrie langue maternelle. Concernant l’attaque terroriste du 13.11.2015 je n’ai pas été trop surpris – je m’attendais même à voir surgir une telle attaque en France, à Paris. En fait il y a maintenant plus de 22 ans, je préparais mes épreuves finales universitaires et un des thèmes que je préparais était l’épreuve « der islamische Fundamentalismus als Bedrohung für die westlichen Demokratien (le fondamentalisme islamique comme menace pour les démocraties occidentales) chez le Professeur Wildenmann[3] . Depuis j’ai lu d’une part par nécessité professionnelle, mais aussi par intérêt personnel[4] car je considère tous les intégrismes religieux comme menace pour les démocraties – une grande partie de la littérature scientifique traitant le sujet du fondamentalisme islamique. Concernant l’Etat islamique – je pense qu’outre qu’il est une menace pour nos démocraties occidentales, une menace d’ailleurs trop longtemps sous-estimée , l’Etat islamique[5] veut tout simplement faire anéantir la liberté. Dans ce contexte, il faut malheureusement s’attendre à des nouvelles attaques djihadistes de l’Etat islamique sur le sol français, à Paris, – car la France et la ville de Paris sont dans un certain sens considérées dans une très grande partie du monde comme les symboles de la liberté. Mais même si je n’étais pas surpris par l’attaque terroriste qu’a dû subir la France durant la soirée du 13.11.2015, j’en fus profondément ému et bouleversé.

En arrivant à la bibliothèque française de Spire, je fus donc très heureux de pouvoir me plonger dans un milieu francophone, – de retrouver ces livres que me sont si chers – et naturellement de parler français avec les deux dames de l’association Französische Bibliothek Speyer e. V. qui tenaient la permanence du samedi matin. De voir « Une rage d’enfant » – l’autobiographie de André Glucksmann dans l’étagère des livres à la une – ce livre que j’avais lu il y a quelque temps, qui est aussi une hymne pour la liberté , m’a en plus réchauffé un peu le cœur. Et dans un coin de fenêtre, quelle coïncidence je découvris l’album « Paris – vue du ciel ».

En partant, – de retour dans ma 208 blanche, je me disais qu’Agnès Wittner et son équipe devraient peut-être essayer d’ouvrir un deuxième samedi et peut être aussi combiner cela avec une sorte de « salon de thé  francophone » –   un lieu d’échange libre des francophones de la Metropol region Rhein – Neckar. Pas un conversationszirkel a l’allemande, durant mes études j’avais fréquenté deux ou trois fois de tels « conversationszirkel » français et italien à Mannheim   et j’ai trouvé cela assez lourd  et même pénible. Donc plutôt un « salon de thé francophone libre » où les francophones de Metropol region Rhein-Neckar peuvent s’échanger librement.

En roulant sur l’Autoroute envers le Haardtrand, j’ai aussi pensé qu’ une bibliothèque, c’est aussi un signe fort de la liberté –   car les obscurantistes (et cela depuis fort longtemps) – avant de s’attaquer directement aux hommes, brûlaient les livres –   d’ailleurs en Allemagne il n’y a pas si longtemps qu’on brûlait des livres – et de nos jours c’est à Mossoul et à Racca qu’on brûle des livres et qu’ on assassine la liberté.

Si j’avais visité la bibliothèque française de Spire un autre jour, j’aurais certainement écrit un autre billet,   vu les évènements dramatiques du 13.11.2015/14.11.2015 – j’ai simplement noté ce que je pensais durant cette petite visite. Mais en dehors de ces circonstance dramatiques des attentats de Paris du 13.11.2015,- j’aimerais aussi faire passer le message qu’Agnès Wittner et son équipe font un travail admirable pour la langue et la littérature françaises et pour la francophonie. Au moins en ce qui concerne l’Allemagne du Sud-Ouest (Südwestdeutschland) à ma connaissance il n’existe pas de bibliothèque française semblable. Dans ce contexte ce lieu de la francophonie et du livre me semble être déjà remarquable !

Christophe Neff, écrit le Dimanche 15.11.2015 à Grünstadt, publié le 16.11.2015

[1] Sur l’histoire de l’aventure de bloggeur sur le Monde.fr voir aussi « Six ans de Blog paysages sur le Monde.fr (31.05.2015) »

[2] La bibliothèque a été créée en 2001 par Agnès Wittner.

[3] Voir aussi le billet „Mannemer Dreck- traumhafte Zeiten – eine autobiographische Zeitreise mit Musikbegleitung nach Mannheim“.

[4] Voir aussi le billet «  F comme Freidoune – et ouvrons-leur nos portes quand ils en auront besoin. »

[5] Les billets traitant l’Etat islamique dans paysages sont (liste incomplète) « Blognotice 28.07.2014: Bientôt le souvenir de l’église catholique chaldéenne et des églises syriaques (orthodoxes & catholiques) sera plus qu’un souffle de vent chaud dans le désert », «  Yazidis d’Irak – le cri d’angoisse d’une députée du parlement irakien », « Blognotice 14.08.2014 : Le Film de Michel Reimon sur le pont aérien pour les Yazidis refugiés dans les Montagnes du Sinjar », « Blognotice 10.11.2014: Le miracle de Tunis – souvenirs des lumières du Fohrenbühl », « Rétrospectives sur le blog paysages en 2014 – les billets les plus lus de paysages en 2014 », « Dimanche 11 Janvier 2015 – Le drapeau tricolore qui flotte devant le Mannheimer Rosengarten en hommage aux victimes des attentats de Charlie Hebdo, de Montrouge et du supermarché casher de la porte de Vincennes », «  Blognotice 06.09.2015: Petit commentaire sur « Les réfugiés d’aujourd’hui me rappellent mon père fuyant le nazisme » de Guy Sorman dans le Monde du Vendredi 4 septembre 2015. », « Commentaire sur « Le piège Daech – l’Etat islamique ou le retour de l’Histoire » de Pierre – Jean Luizard »,

Une reconnaissance et un encouragement pour le peuple tunisien: – le prix Nobel de la paix 2015 pour le Quartet du dialogue national tunisien

L’attribution du prix Nobel de la paix 2015 au Quartet du dialogue national tunisien est une reconnaissance pour les efforts de démocratisation et surtout un encouragement pour le peuple tunisien. Même si je suis assez souvent sceptique sur le mode d’attribution du Prix Nobel de la paix et de certains des lauréats de ce prix, – je pense que le Quartet du dialogue national entre dans la liste des personnalités ou organisations qui ont largement mérité ce prix – comme par exemple Martin Luther King (1964), Willy Brandt (1971), Andreï Sakharov (1975), Amnesty International (1977), Mikhaïl Gorbatchev (1990), Médecins sans frontières (1999), Liu Xiaobo (2010), Malala Yousafzai (2014), Kailash Satyarthi (2014) (cette petite liste de mes lauréats préférés du Prix Nobel de la paix débute en 1964, année de ma naissance – choix arbitraire et très personnel.). Je considère ce prix Nobel de la paix 2015 comme un soutien à un processus fragile – processus de démocratisation de la Tunisie qui débuta en hiver 2010/11 – et que je suis continuellement dans paysages depuis la blognotice du 4.1.2011 . Dans le billet les lumières du Fohrenbühl, – on trouve ce petit passage – « mais je pense que, si il y a actuellement une société du monde arabe qui pourrait réussir à construire une véritable démocratie laïque et une société libre c’est bel et bien la société tunisienne – le peuple tunisien » – et à la vue des évènements dans les autres sociétés arabes, je crois que ce que j’avais écrit en janvier 2011 n’a rien perdu de son actualité. Naturellement je sais très bien quels dangers et risques la société tunisienne a devant elle, – j’ai d’ailleurs à plusieurs reprises décrit ces dangers dans paysages – il faut trouver des réponses socio-économiques fortes pour les régions intérieures tunisiennes et leurs habitants qui sont à l’abandon – un défi difficile – car les solutions miracle n’existent pas[1]. Pour résoudre ce défi gigantesque la Tunisie aura besoin notre aide – comme l’écrivait Gero von Randow dans un article de la Zeit en Novembre 2014[2], – Gero von Randow que je considère d’ailleurs comme un des rares journalistes allemands qui possède une large compétence concernant la Tunisie – l’ Union européenne devrait ouvrir ses frontières pour les produits agricoles tunisiens et les services[3]. Personnellement j’irais encore beaucoup plus loin que Monsieur von Randow – je pense que l’Union européenne devrait aussi assouplir formalités d’entrée dans l’espace Schengen pour les Tunisiens.

Au niveau symbolique – on pourrait inciter les députes de l’Assemblée nationale, les députés francophones du Parlement européen, les députés francophones du Bundestag à passer un week-end, une petite semaine de vacances en Tunisie. Pour redémarrer, l’économie tunisienne aura besoin d’un secteur touristique fort – et des touristes européens qui visitent la Tunisie.

Au niveau personnel j’avais songé à y passer un week-end prolongé de vacances durant cet automne, – mais malheureusement pour des raisons personnelles ce voyage ne s’est pas fait. Dommage que ce voyage n’a pas pu se faire, –   j’avais déjà acheté le petit futé Tunisie 2015-16 – envisagé de prendre un hôtel à la Marsa,- pensé à revenir à la libraire mille feuilles en face de la gare TGM[4] de la Marsa plage comme je le faisais si souvent pendant mes années tunisiennes, voir des amis tunisiens dans les environs de Tunis, à Bizerte ….

Au niveau personnel, ne cesser de venir en Tunisie, – c’est peut -être une des rares choses que le citoyen lambda européen, qu’il soit français, allemand, italien etc. – puisse faire pour encourager le processus démocratique en Tunisie.

Pour finir ce petit billet sur l’attribution du prix Nobel de la paix 2015 au Quartet du dialogue national– oui je pense que cette attribution est une reconnaissance pour les efforts que la société tunisienne a engagés – et c’est un encouragement pour le difficile chemin que la Tunisie a encore devant elle.

Christophe Neff, billet écrit et publié à Grünstadt le 18 et 19.10.2015

P.S. : En écrivant ce petit billet très personnel sur l’attribution du prix Nobel de la paix 2015 au Quartet du dialogue national j’avais aussi une pensée pour Liu Xiaobo, prix Nobel de la paix en 2010, qui croupit quelque part dans une prison chinoise, – quel peu oublié par l’opinion publique internationale.

[1] Voir par exemple les billets « Blognotice 10.11.2014: Le miracle de Tunis – souvenirs des lumières du Fohrenbühl » et « Commentaire sur les évènements de la journée du 14.09.2012 à Tunis. ».

[2] « Arabischer Frühling: Wahl der Wunder – Fast alle Länder des Arabischen Frühlings ertranken in Blut. Allein Tunesien blieb stabil. Wie ist das möglich? 11. Dezember 2014, 1:22 Uhr DIE ZEIT Nr. 49/2014, 27. November 2014“. »

[3] Citation exacte des propos de Gerow von Randow dans la Zeit du 11. Dezember 2014, 49/2014 « Wir können ihnen helfen, dass es so bleibt. Die EU sollte endlich ihren Binnenmarkt für tunesische Agrarprodukte und Dienstleistungen öffnen. Außerdem haben die Tunesier mehr als zwei Millionen libysche Flüchtlinge aufgenommen, untergebracht, verköstigt; von dieser Last sollten wir ihnen einiges abnehmen. Auch unsretwegen, übrigens: Wir mögen die Tunesier bewundern, aber dass sie auch uns schätzen, das müssen wir Europäer uns noch verdienen. »

[4] Voir aussi le billet « Villa Jasmin – quelques pensées personnelles en vagabondant sur le téléfilm de Férid Boughedir ».

Blognotice 31.7.2015: Retour au pays du ciel bleu et des sapins

Ciel bleu et sapins 24.07.2015 (Halbmeil Kinzigtal)
Ciel bleu et sapins 24.07.2015 (Halbmeil Kinzigtal), © Christophe Neff 24.07.2015

Retour au pays du ciel bleu et des sapins – le pays où j’ai grandi la Raumschaft Schramberg a dernièrement subi un petit incendie de forêt. La ville de Schramberg qui est entièrement entourée de forêts est particulièrement sensible au risque d’incendie de forêts[1] et la vague de chaleur et de sècheresse qui sévit sur le Sud de l’Allemagne[2] ont donc contribué à l’éclatement de ce feu de forêts entre la Talstadt Schramberg et le Sulgen[3]. L’inspection du site de feux de forêt du « obere Göttelbach » avec la commandante des pompiers de la Talstadt Schramberg Annette Melvin et l’ ingénieur forestier Christoph Eberle était donc au centre d’une petite mission de terrain de deux jours[4] en Forêt – Noire – mission de terrain qui préparait un stage pratique pour un cours sur la cartographie de la dynamique végétale sur des anciens site de feux de forêts en Forêt Noire[5]. En plus je fus invité (avec 5 autres anciens élèves[6]) par mon ancienne école le Gymnasium Schramberg pour présenter dans un mini-exposé mon parcours académique et professionnel – lors d’un colloque organisé pour le 175ème anniversaire de ce lycée – qui débuta en 1840 comme Realschule[7] [8].

Brûlis, le paysage de forêt affecté par la sécheresse assez exceptionnelle (surtout les versant sud), souvenirs de lycéens, – mais après tout ce fut ce ciel bleu de Forêt Noire, – de voir une fois de plus ces magnifiques cimes de Sapins s’élancer dans le ciel bleu d’acier (stahlblau) de Forêt – Noire – couleur de ciel à laquelle nous n’avons droit que très rarement dans la Unterhaardt à Grünstadt. Le contraste des diverses touches de verts de la forêt de Sapins avec le ciel bleu – c’est une des mille images des paysages forestiers de la Forêt noire, – une image pour laquelle le retour au pays vaut toujours le voyage, – simplement pour voir et pour sentir – et même se mettre à l’écoute des chants de la forêt de sapins[9].

Photo: © Christophe Neff 24.07.2015: Ciel bleu et sapins 24.07.2015 dans la vallée de la Kinzig à Halbmeil (Kinzigtal (Wolfach))

Christophe Neff, le 31.07.2015

[1] Voir entre autre le post « La Forêt progresse à Schramberg – et les risques d‘ incendies aussi ».

[2] Voir entre autre le billet «Blognotice 04.07.2015: Vague de chaleur, canicule et risques d’incendies en Europe centrale»

[3] Il y eu aussi d’autres incendies de forêts en Allemagne pendant ce moi de juillet, voire entre autre le billet «  Blognotiz 19.07.2015: Hochsommerliche Temperaturen und Waldbrandrisiken in Südwestdeutschland »

[4] 24/25. Juillet 2015.

[5] La Forêt Noire est aussi un pays de feux de forêts, – meme si il y la mémoire collective a tendence a oublier ce fait, – voire aussi « Blognotice 10.09.2012: Changements de Paysages dans la Raumschaft Schramberg ».

[6] Entre autre avec Thomas Herzog juriste de formation et maire de la ville de Schramberg, Kerstin Andreae femme politique d’ Alliance 90 / Les Verts et membre du Bundestag (Kerstin Andreae est Diplom Volkswirtin), le Journaliste Stefan Ziegler, l’artiste Daniel Roth et le Professeur d’université de Physique Jochen Weller.

[7] Cet anniversaire „Jubiläum „175 Jahre Gymnasium Schramberg““ fut fêté le 24 et 25. Juillet 2015.

[8] Voir aussi dans la NRWZ « „Liegt der Elch noch da?

[9] Voir aussi le début du blog paysages – le billet « I. Un blog sur les paysages : un petit début – ou quelle langue choisir ? » et la notice « Blognotice 29.06.2014: Bala l’homme de la forêt ».

Blognotice 11.07.2015: Commentaire sur la réapparition du Loup au Bade – Wurtemberg après 150 d’ans d’absence

Eh bien, il vient de réapparaitre au Bade-Wurtemberg, après 150 d’années d’absence, le loup vient de faire parler de lui au Bade-Wurtemberg[1]. J’avais déjà parlé de la réapparition en 2012, même annoncé le retour du Loup en Forêt – Noire dans le billet « Changements de Paysages dans la Raumschaft Schramberg » – donc personnellement je ne suis pas très surpris de voir réapparaitre les Loups au Bade – Wurtemberg, – même si dans ce cas spécial, il s’agit d’un Loup écrasé retrouve sur le bord de l’Autoroute A 5 à la hauteur de la ville de Lahr – vraisemblablement un Loup de provenance française ou même helvétique, mais en tous cas il s’agit d’un loup de provenance alpine[2]. Concernant la Forêt Noire, on ne sait pas encore si le retour du Loup a déjà commencé, mais je pense que si il n’est vraiment pas encore là – se sera seulement une question de temps pour retrouver des traces du Loup en Forêt Noire. C’est la même chose pour le Pfälzerwald, qui est la prolongation naturelle du massif vosgien. Massif vosgien dans lequel une population de loup (autoreproductrice) est confirmée. En fait aucune barrière naturelle ou artificielle ne sépare les Vosges et le Pfälzerwald. Rien de plus facile pour les loups de migrer des Vosges dans le Pfälzerwald. Peut-être les loups sont-ils- déjà arrivés dans le Pfälzerwald, -mais à cause de la faible densité de la population du Pfälzerwald on ne s’est tout simplement pas encore aperçu de sa présence. Comme en Forêt Noire c’est plutôt une question de temps pour retrouver des traces de sa présence dans la Pfälzerwald.

Quant à la réapparition probable du Loup en Forêt – Noire, j’avais en 2004 fait une excursion avec des étudiants en géographie de Mannheim, à la recherche des habitats propices à la réapparition du Loup en Forêt Noire. Le journaliste Moni Marcel avait écrit un joli reportage pour la NRWZ, – mais ce reportage a disparu-ce qui reste dans les fonds de la bibliothèque du KIT – c’est l’info de presse que j’avais écrite –sous le titre de Kimmichginster und Global Change. Donc maintenant le loup semble vraiment arriver en Forêt – Noire, – et la cohabitation, – si il doit y avoir cohabitation, sera compliquée et complexe. Dans ce contexte je me permets de citer deux phrases d’un petit livre de Jean Marc Moriceau « Ni ange, ni démon, le loup échappe à toute vision réductrice. Notre perception, souvent uniformatrice, ne s’encombre guère de nuance et encore moins de d’une contextualisation spatiotemporelle »[3].

Concernant la société allemande, j’ai l’impression qu’il y a une grande tendance à une angélification du Loup, – le Loup est un Loup et ce n’est pas une figure de dessin animé, -parfois même le Loup attaque l’homme, cela arrive, même si cela arrive très rarement dans des pays occidentaux, – Candice Berger[4] attaqué par un Loup en 2010 fut à ma connaissance la dernière victime d’un attaque de loup dans un pays occidental[5]. Dans ce contexte je renvoie à l’interview fort intéressante de Kurt Kotrschal dans le Spiegel. Il pense que le loup peut très bien avoir sa place dans l’Europe contemporaine –d’après Kotrschal ils ont même un droit de vivre en Europe[6] , – mais dans les rares cas où le loup attaque l’homme, il préconise cependant d’abattre toute la meute[7]. Concernant aussi bien la Forêt -Noire que le Pfälzerwald – l’élevage extensif comme il est pratiqué dans un grande partie du Sud Est français n’existe presque plus –donc à priori nous ne serons pas confrontés aux mêmes problèmes de cohabitation – sauf dans les rares cas d’élevage extensif où elle a été introduite dans deux massifs forestiers allemands pour les besoins de la maintenance de l’ouverture du paysage. La « Landschaftspflege » (maintien des paysages) par troupeau de chèvre ou de mouton, comme il est par exemple pratiqué dans la Raumschaft Schramberg[8], est très difficilement compatible avec la présence du Loup. Mais dans les régions allemandes où une tradition d’élevage d’ovins existe, comme par exemple dans en Basse-Saxe nous commençons à être confronté aux mêmes problèmes que connaissent les éleveurs de montagne du midi français. Julia Koch du Spiegel vient de consacrer récemment un reportage à la cohabitation problématique ente Loup et élevage ovin en Basse – Saxe sous le titre « Lämmchen zum Dessert (petit agneau comme dessert) »[9][10].

A titre professionnel j’ai toujours un peu travaillé sur les changements des milieux environnementaux et sur la ré(apparition) des Loups, – mais jusqu’à présent je n’ai presque rien publié sur le sujet- sauf l’article[11] «Der rezente Landschaftswandel im westlichen Mediterranraum – Herausforderungen für Natur- und Landschaftsschutz » publié en 2001   – ou je me focalise sur les différentes perceptions des différents acteurs sur « les feux de forêts, les loups, les ours » – et je dirai même que depuis que l’article a été publié en 2001 les perceptions (et les problèmes) n’ont guère évolué. Concernant la présence du Loup dans le Pfälzerwald et dans la Forêt – Noire, je pense qu’il y beaucoup de risque que cela s’avére complexe et compliqué même si les administrations concernées prétendent y être excellemment préparées! Le Loup est un Loup, – c’est un super prédateur et ce n’est surtout pas un « Kuscheltier » (mots allemand pour Doudou, Peluche), même si certains medias et organisations de protection de la nature ont tendance à nous raconter de telles fables. La coexistence entre deux « super prédateurs » comme le Loup et l’homme n’est pas toujours facile, – il faut le reconnaitre. Personnellement je me sens proche de l’opinion de Kurt Kotrschal, le Loup a sa place en Europe, -mais il faut toujours maintenir son respect devant le prédateur (Raubtier dans le texte du Spiegel) – sans ce respect, la cohabitation peut tourner au drame.

Pour finir ce billet, pour ceux qui s’intéressent au sujet, je ne peux que recommander la lecture de ces deux livres :

Le petit livre « le loup en question » (livre cité dans ce texte ci-dessus) écrit par Jean Marc Moriceau réunit à peu les principales informations concernant la situation actuelle du Loup en France. Sachant bien que certains défenseurs du loup contestent la neutralité de Jean Marc Moriceau, je pense quand même que c’est un livre objectif qui met très bien en lumière la complexité du sujet.

L’histoire du Loup en Alsace et dans les Vosges est décrite dans le livre de Thomas Pfeiffer « Alsace le retour du Loup ». Concernant l’Allemagne jusqu’à présent, la cohabitation entre Homme et Loup, n’a pas (encore) provoqué de débats passionnels comme en France, et à ma connaissance, il n’existe pas encore d’ouvrage (livre) sur la réapparition du Loup en Allemagne.

Sources et ouvrages cités :

Becker, Markus (2012): Verhaltensforschung: Der Wolf offenbart die Natur des Menschen. (Dans le SPON du 21.09.2012). Reportage/Interviev avec Kurt Kotrschal.

Koch, Julia (2015): Lämmchen zum Dessert. Tiere. In Niedersachsen geht die Angst um: Der Wolf ist wieder da. Zwar haben die Räuber dort noch nie einen Menschen verletzt – aber sie töten Schafe. Vom richtigen Umgang mit einem alten Feind. In: Der Spiegel 28/2015, 108 – 110.

Moriceau, Jean Marc (2015) : Le Loup en question. Fantasme et réalité. Paris, (Libella/Buchet&Chastel), ISBN 978-2- 283-02791-2

Neff, Christophe (2000): MEDGROW. Vegetationsdynamik und Kulturlandschaftswandel im Mittelmeerraum. Mannheim (Mannheimer Geographische Arbeiten), ISBN 3-923750-80-3

Neff, Christophe (2001): Der rezente Landschaftswandel im westlichen Mediterranraum – Herausforderungen für Natur- und Landschaftsschutz. In Petermanns Geographische Mitteilungen 145, 72 – 83.

Pfeiffer, Thomas (2011): Alsace le retour du Loup. Un siècle après son éradication il revient, faut –il en avoir peur. Strasbourg, (la Nuée bleue), ISBN 978-2-7165-0796-7

Christophe Neff,   le 11.07.2015

P.S. : L’auteur de paysage et les Loups, c’est une vieille histoire[12], une vieille affaire de famille – souvenirs de débats passionnels avec mon grand- père Jean Migliori sur la présence de Loup en France et en Italie, sur la Bête des Vosges, sur les loups de Cévennes et le réalisme du téléfilm La Tuile à loups – durant les années 1970. Ce fut aussi un débat sur la perception de paysages et de la nature, mais aussi sur la pauvreté en milieux rurale en France et en Italie. Les souvenirs de ces débats, de ces discussions passionnées seront peut-être rassemblés dans un autre billet avant qu’ils ne tombent en oubli !

[1] Voir p. ex: « Raubtier: Wolf in Baden-Württemberg nachgewiesen“ dans le SPON, ou „Lahr Totes Tier war wirklich ein Wolf“ dans le Schwarzwälder Bote.

[2] Voir « Überfahrenes Tier bei Lahr war ein alpiner Wolf“.

[3] Moriceau, Jean Marc (2015) : Le Loup en question. Fantasme et réalité, p. 27. Paris

[4] Voir Wikipedia « List of wolf attacks in North America

[5] Pour les attaques de Loup sur les humains avant 2001 on consultera le document « The fear of wolves – a review on wolfattaks on humans » edité pas John Linell et al en 2001 , document chargeable sur Internet ici : http://www.wwf.de/fileadmin/fm-wwf/Publikationen-PDF/2002.Review.wolf.attacks.pdf

[6]Wölfe waren immer da“, sagt Kotrschal. „Sie haben das Recht, hier zu leben. Punkt./Les Loup etaient toujours la“ dit Kotrschal“ils ont le droit de vivre ici. Point ! (Traduction C.Neff)

[7]Sollte ein Wolf Menschen angreifen, kann das das Ende seines gesamten Rudels bedeuten. „Wölfe geben ihr Verhalten stark über Traditionen weiter“, sagt Kotrschal. „Wird ein Wolf übergriffig, ist es meist das Beste, das ganze Rudel abzuschießen./ Si un loup attaque un homme, cela peut mettre en péril l’ existence de toute la meute. „ Les loup transmettent leur comportement par tradition“, dit Kotrschal.“ Si le comportement d’un loup devient dangereux (übergriffig werden) – il faut dans la plupart des cas abattre toute la meute » (Traduction C.Neff)

[8] Dans la Raumschaft Schramberg ce sont surtout de troupeaux de chèvres qui sont utilisés pour le maintien du paysage (Landschaftsoffenhaltung.).

[9] Koch, Julia (2015): Lämmchen zum Dessert. Tiere. In Niedersachsen geht die Angst um: Der Wolf ist wieder da. Zwar haben die Räuber dort noch nie einen Menschen verletzt – aber sie töten Schafe. Vom richtigen Umgang mit einem alten Feind. In: Der Spiegel 28/2015, 108 – 110.

[10] Julia Koch a aussi publiée un interview intéressant avec Luigi Boitani (Professeur d’ecologie animale à l’Université de Rom) dans le SPON « Who’s Afraid of the Big Bad Wolf? Fears As Predator Returns To Europe – Interview with Luigi Boitani conducted by Julia Wolf »

[11] Et un demi-chapitre sur les dynamiques de paysages – voir les relations entre fermeture du paysage, risques de feux de forêts et réapparition du Loup dans les massifs des montagnes méditerranéennes françaises (Neff 2000).

[12] Jusqu’à présent dans paysages je n’ai écrit que très rarement sur le Loup, – quelque mots dans « Blognotice 01.09.2012: Commentaire sur la « modeste et provisoire » ristourne sur le prix des carburants » et le billet « Blognotice 10.09.2012: Changements de Paysages dans la Raumschaft Schramberg » dans le quelle j’annonce le retour du Loup en Forêt Noire et dans le Pfälzerwald.

Blognotice 25.04.2015: premières floraisons d’Arbre de Judée à Grünstadt dans la Unterhaardt

Premières floraisons de mon petit Arbre de Judée (Cercis siliquastrum), que j’avais planté il y maintenant deux ans dans notre jardin à Grünstadt[1]. En fait il n’y rien d’anodin à voir des Arbres de Judée dans la Pfalz, dans la Kurpfalz, – je pense que partout où la culture de la vigne est possible on peut très bien cultiver l’Arbre de Judée. D’ailleurs à Deidesheim dans la Mittelhaardt on peut en trouver de beaux exemplaires. Et même ici et là dans les villages des vignobles de la Unterhaardt, on peut en apercevoir ici et là. Et en se baladant dans les jardins publics de la ville de Mannheim, on en trouve aussi assez facilement, surtout pendant le printemps grâce à leur floraison caractéristique. Mais j’ai planté ce petit arbuste en souvenirs d’un Arbre de Judée très spécial, – celui qui pendant presque 25 ans fleurissait dans notre jardin à Schramberg-Sulgen dans le Lärchenweg[2]. De que les dernières chutes de neige de début mai s’éloignaient, notre petit arbre, avec les premiers orages d’été qui remontaient depuis la vallée de la Kinzig, commençait à fleurir et annonçait le début de l’été. C’est mon grand-père Jean Migliori qui avait apporté des graines d’Arbre de Judée du parc du château d’Aubord au début des années 1970 à ma mère dans un pot de yaourt et c’est a donc à partir de ces graines apportées d’Aubord à ma mère que naquit l’Arbre de Judée de Schramberg-Sulgen au Lärchenweg. Jean avait fait le trajet depuis Aubord et retour en deux jours à peine avec sa Citroën DS[3].

Mes grand parents, avant d’avoir déménagé dans leur maison «L’olivette[4] » dans l’ Impasse des Pins à Aubord, habitaient pendaient presque quatre ans et demi dans une très grande maison entourée d’un magnifique parc – je pense que c’était la demeure des propriétaires (ou des régisseurs) de l’ancien domaine St. Jean d’Aubord – et dans les années 1960/70 on l’appelait tout simplement le « château d’Aubord »[5]. Un parc magnifique – avec une collection de Pins, Cèdres, Arbres de Judée etc. et beaucoup d’autres espèces typiquement méditerranéennes (ou même exotiques). Le château et le parc existent encore, chaque fois que je passe devant le parc (dernièrement pour des raisons professionnelles et personnelles[6]) je pense que certains des Arbres de ces parcs pourraient peut-être bien figurer dans une réédition augmentée et revue de l’ ouvrage remarquable « Arbres remarquables du Gard[7] ». Mais revenons à l’Arbre de Judée du jardin de ma mère au Lärchenweg à Schramberg-Sulgen – d’ailleurs comparé aux « Arbres de Judées » du Gard atteignant largement entre 10 et 20 m d’auteurs, était plutôt un petit arbuste – mais c’était quand même un signe de « Méditerranée » dans les hauteurs de la Forêt Noire. Mais des signes de méditerranée – ou disons plutôt de « paysages subméditerranéens –subatlantiques » il y en avait aussi d’autres dans les paysages de la Raumschaft Schramberg, mais je mis plus longtemps à les découvrir ces signes -là – dans la ville de Schramberg dans le fameux Talkessel – on cultivait jusqu’à la dernière guerre mondiale un peu de vin – sur les collines du Schloßberg – et dans le Stadtpark – qui se nomme d’ailleurs maintenant Park der Zeiten (en hommage et en souvenirs de l’ancienne industrie d’horlogerie, car Schramberg fut jadis le centre de l’Horlogerie allemande avec ses usines Junghans) on trouve aussi une très belle collection d’Arbres subatlantiques-subméditerranéens – et de superbes Rhododendron de collection fleurissant fin mai à début juin[8] [9]. Les premières fleurs, les premières floraisons de mon petit arbuste de Judée se sont aussi les souvenirs de ces paysages d’enfance qui se pérennisent, – les souvenirs des recherches d’œufs de pâques dans le magnifique parc du château d’Aubord, – mais aussi les souvenirs de voir avec les premières fleurs de notre Arbre de Judée au Lärchenweg à Schramberg – Sulgen arriver debut Mai tout d’un coup l’été sur les hauteurs de la Forêt-Noire.

Livre :

Maccagno, Yves., Société d’Etude des Sciences Naturelles de Nîmes et du Gard (2013) : Arbres remarquables du Gard. Nîmes, Société d’Etude des Sciences Naturelles de Nîmes et du Gard, ISBN 978-2-746-66254-4

Photos: © Christophe Neff 2015, premières floraisons d’Arbre de Judée à Grünstadt

Christophe Neff, le 25.04.2015

[1] Ce n’est pas le seul Arbre de Judée a Grünstadt, il y en a d’autres p.ex. dans la Bitzenstraße près du Parking de la RV Bank.

[2] J‘ai déjà parlé un peu de ce Arbre de Judée dans cette notice «Blognotiz 14.12.2011 – Erinnerung an die fünf Platanen vom Schramberger Rathausplatz».

[3] En fait je ne sais pas, si cette voiture était vraiment un D.S. – ou simplement une I.D. – mais pour les petits enfants de Schramberg ce fut toujours la Citroën du Pépère, – la véritable « déesse » d’Aubord!

[4] Ou « l’Oliverai » voir aussi le billet « Aubord de « Macondo » (19.04.2014) »

[5] Le déménagement du château d’Aubord à l’Olivette dans l’Impasse de Pins, si je me souviens bien s’effectuait fin 1974.

[6] Voir les billets « Blognotice 08.09.2014: Quatre jours de vacances à Leucate, de très petites vacances …. » et « Gare de Gallician 27.09.2014 13 heures 20 ».

[7] Voir aussi le dans Telebotanica « Arbres remarquables du Gard ».

[8] Voir aussi le billet « Changements de Paysages dans la Raumschaft Schramberg ».

[9] On pourrait certainement embellir d’une certaine manière le Park der Zeiten à Schramberg avec quelques « Arbres de judées, Arbousiers (Arbutus unedo) et même pourquoi pas quelques palmiers de Chine (Trachycarpus fortunei) ». La combinaison Rhododendron + Palmier de Chine + Arbousier est d’ailleurs une de composantes des paysages de parc et jardins du Tessin.

Blognotice 11.04.2015: A la recherche des souvenirs d’un vieux texte de 2001 « Deux ou trois choses que j’ai vues de l’Algérie» de François Maspero

En regardant « Algérie, la mer retrouvée » dans l’émission Thalassa du 03.04.2015, en voyant la ville de Béjaïa et les images de la Kabylie défilaient sur l’écran devant moi, en écrivant mon dernier billet sur cet épisode de Thalassa, – les souvenirs d’un texte que j’avais lu il y a presque quatorze ans dans le Monde en novembre 2001, me ressurgissaient, me réapparaissaient car il y avait des phrases qui étaient comme gravées dans ma mémoire pour toujours, des phrases inoubliables ….comme par exemple « Sans qu’il soit besoin de recourir à l’atroce liste des journalistes, des professeurs, des médecins assassinés, toute une élite culturelle, il y a dans chaque famille algérienne la mémoire d’un drame. L’évocation des années récentes, où des quartiers entiers d’Alger étaient tenus par la terreur, où dans la Mitidja, des bandes tuaient familles et populations entières : à Benthala, à Raïs, à Sidi-Hammed, à Beni-Messous ou sur la route Alger-Larba, toujours à quelques kilomètres de la capitale. » C’est un texte de François Maspero, un texte que l’abonné au Monde peut encore trouver dans les archives du Monde, – un texte qu’on peut encore trouver sur le site d’Algeria Watch sous le titre « Deux ou trois choses que j’ai vues de l’Algérie » – un texte du Journal le Monde qui mériterait largement un accès libre sur le site du Monde.fr – pour que tous les intéressés puissent le lire en toute liberté. Ce texte de François Maspero, écrit en 2001 pour le Journal le Monde, un texte un peu oublié de nos jours, mais un texte qui mérite la (ré) lecture. En voyant les images de Béjaïa défiler devant moi dans l’écran du poste de télévision en regardant « Algérie, la mer retrouvée » – dans l’émission Thalassa du 03.04.2015, je pensai à ce texte, – même si je ne sais pas si le texte parle réellement de Béjaïa[1] – mais comme l’écrit Maspero ceci n’a aucune importance « Elle se trouve au centre d’Oued-Baïra (par respect pour la vie privée de ceux qui m’ont accueilli, j’ai changé le nom de la ville, qui pourrait être n’importe laquelle de celles qui se succèdent sur la côte algéroise, de Tipaza à Boumerdès), qui, avec ses quarante mille habitants, face à la mer et tournant le dos à la plaine de la Mitidja, garde des vestiges de ce qui fut une petite agglomération de colons et une station balnéaire accueillante ». Apres avoir écrit mon dernier billet, j’ai trouvé ce texte de Maspero cité dans un article d’Odile Berki (2004) sur une expérience paysagère à Béjaïa et de ses paysages environnantes. On pourrait donc penser que le texte de Maspero se situe réellement à Béjaïa. Mais l’important c’est, en relisant Maspero, de voir ce qui a changé en presque quinze ans sur les côtes algériennes, ce qui n’a pas changé et peut être ce qui devrait changer ! Le texte, ou disons l’essai « géographique » d’Odile Berki, mérite aussi la lecture. On devrait demander à l’auteur, ce qui a changé à Béjaïa depuis qu’elle a écrit son essai. Pour finir ce petit billet sur les traces des paysages Béjaïa, les souvenirs du texte « Deux ou trois choses que j’ai vues de l’Algérie » de François Maspero constatons qu’une géographie régionale moderne de l’Algérie, à ma connaissance, n’existe pas. Cette géographie régionale de l’Algérie attend encore d’être écrite. Pour ma part cela me renvoie à ma jeunesse, à mes débuts de géographe où parfois je rêvais d’écrire un livre sur les paysages méditerranéens de l’Algérie… mais comme je n’ai jamais mis les pieds en Algérie, ce livre n’a jamais vu le jour …. Dans ma petite bibliothèque il reste des traces de ces temps où je collectionnais un peu tout ce que je pouvais « attraper », qui me tombait dans les mains sur l’Algérie , comme ce petit livre « Lettres d’Algérie ». Lettres d’Algérie – rassemblées par Philippe Bernard et Nathaniel Herzberg – publié par le Monde et les éditions Gallimard en 1998. Ce livre aussi mérite une relecture, – peut être même une réédition augmentée avec si possible les témoignages des auteurs de ces lettres sur l’Algérie des années 2010-2015 …..

Sources:

Berki, Odile (2004): « Une expérience paysagère : Béjaïa et ses environs, entre violence et douceur de vivre », Strates [En ligne], 11 | 2004, mis en ligne le 14 janvier 2005, Consulté le 29 mars 2015. URL : http://strates.revues.org/437

Bernard, Philippe ; Herzberg, Nathaniel (1998) : Lettres d’Algérie. Rassemblées par Philippe Bernard et Nathaniel Herzberg. Paris, Gallimard-Le Monde, ISBN 2-07-040498-6

Maspero, François (2001): « Deux ou trois choses que j’ai vues de l’Algérie », Le Monde, 22.11.2001 (consulté via les archives Le Monde), consultable sous : http://www.algeria-watch.org/farticle/tribune/maspero.htm

Christophe Neff, le 11.04.2015

[1] Je pense même que le texte de Maspero ne parle pas de Béjaïa, mais bien d’une ville tournant le dos à la plaine de la Mitidja dans les environs d’Alger. Dans ce contexte je conseille aussi de lire ce reportage de Florence Beaugé « En Algérie, dans la Mitidja, ni pardon ni oubli » datant de septembre 2005.

Des paysages à l’infini – « Algérie, la mer retrouvée » – sur l’émission Thalassa du 03.04.2015

Des paysages à l’infini, des paysages d’une beauté inoubliable à perte de vue. En regardant le documentaire « Algérie, la mer retrouvée[1] » d’Alexis Marant et Guillaume Pitron sur Thalassa[2] vendredi 3.4.2015 je fus projeté 16, presque 17 ans en arrière. Le Professeur Manfred Meurer[3], membre de mon jury de thèse de doctorat[4] m’avait demandé, si je pourrais encadrer une de ses doctorantes, – une algérienne travaillant sur la flore algérienne. J’avais jusque-là lu presque tous les ouvrages sur la géographie et les paysages algériens, – et étant en charge de cette doctorante depuis 1999 – je voulais tout de suite saisir l’occasion pour faire un voyage d’étude en Algérie, pour connaitre de mes propres yeux ce pays que je considérais comme un des plus beaux pays monde. Mais Abida Z., la doctorante algéroise du Prof. Meurer me disait, – Monsieur Neff, n’y aller pas, – vous avez des enfants … vous savez les islamistes, le GIA   ….c’est trop dangereux – vous risquez de ne plus voir vos enfants de ne jamais revenir en Allemagne, de ne jamais revoir votre épouse, votre mère, votre grand-mère. C’était le temps où l’Algérie fut déchirée par une terrible guerre civile – ce fut la décennie noire qui ensanglanta l’Algérie. En regardant les belles images du film d’Alexis Marant et Guillaume Pitron on pourrait croire, que ces années cauchemardesques, sont des souvenirs d’un autre temps, presque oublié, – mais l’assassinat de Hervé Gourdel en Septembre 2014 en Kabylie dans le massif de Djurdjura par les soldats du califat, nous a rappelé que ces cauchemars des années 1990 sont encore bien vivants et réapparaissent brusquement de temps en temps. Finalement donc je ne suis jamais parti en Algérie. En 2005[5] je commençais dans l’équipe du Professeur Meurer à l’ancienne Université de Karlsruhe[6], devenue depuis le KIT, en charge de de plusieurs projets de recherche en Tunisie, ainsi commençèrent mes années tunisiennes, – mes rêves d’Algérie s’éloignaient de plus en plus – et j’apprenais à aimer la Tunisie et ses paysages – ce qui me valut à la longue d’être considéré en Allemagne comme un des rares spécialistes allemands de la Tunisie. Durant l’année 2007 j’aurais encore eu l’occasion de travailler dans un projet de recherche écologique appliquée avec Gonzague Pillet à Annaba en Algérie, mais Gonzague Pillet décéda brusquement en automne 2007, et l’Algérie s’éloigna définitivement de mes intérêts et obligations professionnelles.

En voyant les magnifiques images des côtes algériennes du reportage d’Alexis Marant et Guillaume Pitron sur la cote algéroise, – je me suis dit, qu’un jour je ferai ce voyage en Algérie, dont j’ai toujours rêvé, au plus tard à l’Age de la retraite. Ma retraite je pourrais la prendre dans 17 ans, – espérons qu’ entre-temps les autorités algériennes ne vont dilapider, bétonner cette merveilleuse côte qui est un vrai trésor. Ne surtout pas commettre les erreurs espagnoles, – succomber à l’argent facile du tourisme de masse – et d’abandonner cette merveilleuse côte à la littoralisation, californisation – au bétonnage tout court. Ce littoral mérite mieux que l’exemple effrayant des côtes méditerranéennes espagnoles. Je pense qu’ en développant un tourisme durable on pourrait très bien développer les côtes algériennes sans mettre en péril la valeur écologique et esthétique de ses paysages côtiers uniques. D’Oran jusque à Annaba le film d’Alexis Marant et Guillaume Pitron nous a fait découvrir une cote merveilleuse, mais aussi une jeunesse, des femmes et des hommes, qui prennent leurs destins en main pour un meilleur avenir. Enfin le film m’a donné envie de ne pas attendre jusqu’à ma retraite pour découvrir l’Algérie, ces merveilleuse côtes, découvrir les paysages du Parc national de Gouraya ….. et encore beaucoup plus. De prendre le ferry depuis Marseille, me réveiller à l’aube à Alger la blanche, de monter à la Basilique Notre-Dame d’Afrique, de faire le voyage à Tibhirine pour déposer une gerbe à l’ Abbaye Notre-Dame de l’Atlas en mémoire des sept moines de Tibhirine assassinés, de poursuivre la route traversant toute l’Algérie d’ ouest en est pour finalement après avoir visité le parc national d’El-Kala, d’arriver à Tabarka en Tunisie. On peut toujours rêver ….

Christophe Neff, le 05.04.2015

[1] Voir aussi « L’Algérie à la reconquête de son littoral »

[2] Ce n’est pas la première fois que j’écris sur un épisode de l’émission Thalassa, voir : Quelques remarques sur Thalassa à Lisbonne (émission du 11.9.2009) et la littoralisation du Cap Saint – Vincent (Cabo de São Vicente) ; Quelques remarques sur Thalassa : escale à Tunis (émission du 16.10.2009) ; Quelques mots sur le reportage « la route australe » d’Emilio Pacull dans l’émission Thalassa du vendredi 26.11.2010

[3] Le Professeur Manfred Meurer était considéré en Allemagne comme un spécialiste des écosystèmes méditerranéens, de l’Afrique francophone et surtout de la Tunisie.

[4] Les membres du jury de ma thèse de doctorat furent entre autres les Professeurs suivant: Wolfgang Cramer, Peter Frankenberg, Reinhard Männer (Doyen), et Manfred Meurer.

[5] Jusque en mars 2005 j’étais Post-Doc en géographie à l’ Université de Mannheim.

[6] De nos jours l’Université de Karlsruhe se dénomme Institut de technologie de Karlsruhe ( KIT).

Vue de Grünstadt 02.04.2015: Vue sur le paysage urbain de Grünstadt

Confiné pendant plusieurs jours dans une chambre de l’Hôpital de Grünstadt (Kreiskrankenhaus Grünstadt) après une opération chirurgicale au genou, j’ai essayé de prendre tous les jours une photo du paysage urbain de Grünstadt depuis mon lit d’Hôpital. Tous les jours, même tous les heures des couleurs différentes, la lumière changeant dans un paysages structuré urbain, structuré par le « Westring » – l’autoroute A 6 (d’ailleurs une des plus anciennes autoroutes allemandes), les deux églises – l’église protestante de St.Martin (clocher couleur brun-rouge de grès) et l’église catholique St. Peter (clocher couleur blanc) – au fond, les vignobles de la Unterhaardt, et parfois même à l’horizon, on peut même reconnaitre les cheminées du Großkraftwerk (centrale electrique) à Mannheim-Neckarau et ainsi que la ville de Ludwigshafen avec le grand complexe industriel de la BASF. Dans cette vue du paysage urbain de Grünstadt, la vue d’ensemble est séparée par une ligne imaginaire, où on peut reconnaitre avec un peu de « Ortskenntnis » (connaissance des lieux) la ligne de chemin de fer Grünstadt – Bad Dürkheim.

Vue de Grünstadt 9 22.03.2015 17.27

Notons que la Unterhaardt, ces coteaux à caractère subméditerranéen entre Grünstadt et Bad Dürkheim, qui est un des rares paysages allemands presque entièrement dominés par le vignoble, n’a jusqu’à présent pas d’article sur la wikipedia allemande. On trouve un peu de tout sur la Wikipédia allemande, mais sur la Unterhaardt on ne trouve absolument rien, ceci me semble assez étrange[1].

En regardant les lumières et couleurs changeantes du paysage urbain de Grünstadt, je pensais aussi à Christoph Jentsch, professeur de géographie humaine, récemment décédé qui fut un de mes maitres. Je me souviens, qu’il disait – „Landschaft ist ein Bildauschnitt, ein Blickwinkel“ – le paysage est une partie d’un tableau, un angle de vue. Donc la notion de paysage est toujours liée à l’homme, à l’inverse de l’écosystème – qui existe et qui existera sans l’intervention de l’homme. Sans la vue de l’homme sur un espace – pas de Landschaft, pas de paysage, pas de landscape. Ces paroles furent, si je me souviens bien, prononcées pendant la préparation du projet de recherche « Neuscape » – « Nested ecological understanding of changing cultural landscapes”. Comme assistant de Peter Frankenberg, à la chaire de géographie physique de l’Université de Mannheim[2], je fus chargé de préparer pour Peter Frankenberg et Christoph Jentsch en collaboration avec Shivcharn S. Dhillion[3], James Aronson, François Romane, Edouard Le Floc’h et Anne Grossmann[4] une demande de financement de la Communauté européenne pour un projet de recherche sur un transecte de paysages européens allant de la Norvège à l’Espagne du Sud, incluant des paysages en Norvège, Allemagne (Palatinat et Forêt Noire), France (Midi français incluant les garrigues de Nîmes, les Costières de Nîmes, les site Cazarils du CEFE, Corbières et Cap Leucate,) – les paysages de Montado au Portugal et des paysages espagnols de l’Andalousie méridionale. Finalement le projet ne fut jamais financé par la communauté européenne, mais à titre personnel, en préparant cette demande de financement j’ai beaucoup appris sur les paysages européens et aussi sur le fonctionnement de la fameuse DG XII pendant les années Cresson. L’acronyme du projet « Neuscape » étaient d’ailleurs librement inspiré du Netscape navigator, – qui était durant les années 1990 le navigateur web dominant. Tout cela maintenant appartient à l’histoire, mais les mots du Professeur Jentsch sur la « Landschaft » me semblent inoubliables.

Donc en prenant en photo les différents couleurs des paysages urbains de Grünstadt avec mon smartphone, je pensais à ces mots que le Professeur Jentsch avait exprimés durant les années 1990 sur les paysages et Landschaften. Beaucoup de lecture aussi, durant ces jours dans mon lit d’hôpital. Je finissais les derniers chapitres du « dictionnaire amoureux du Brésil », dont j’avais déjà parle dans Bala l’homme de la forêt. Je traversais le paysages de cimetières sous-marins avec « Edgar Bentler dit Ed » entre Hiddensee, Rügen et le Danemark (l’ile de Møn) , – dernier chapitre du roman « Kruso » de Lutz Seiler, dans lequel est thématisé le destin tragique de « Republikflüchtlinge», qui essayèrent de traverser la mer baltique pour fuir la DDR et de rejoindre le Danemark à la nage, en planche à voile, etc. et dont la fuite pour la plus grande majorité trouva une fin tragique dans les fonds de la mer baltique. Le roman de Lutz Seiler qui fut récompensé par le Uwe Johnson Literaturpreis et le Deutsche Buchpreis 2014, mériterait certainement une traduction en français.

Un autre paysage que je traversais avec l’aide d’une lecture fort intéressante, fut la carte cognitive des fonds philosophiques des pensées Poutinienes, que je découvris dans le petit livre de Michel Eltchaninoff[5] qui porte le titre programmatique « Dans la tête de Vladimir Poutine ». Ayant comparé dans une petite notice de blog publié en décembre 2013, Monsieur Poutine avec Nicolas Ier de Russie, cette lecture du livre de Michel Eltchaninoff, semble confirmer mes pensées (et même au-delà) assez sceptiques envers la politique neo-imperialiste du nouveau Tsar. Le livre finit avec ces phrases remarquables « Désormais, grâce au plan le plus nationaliste et pseudoscientifique de la philosophie russe, Poutine rend à la Russie sa vocation idéologique internationale. Le conservatisme identitaire doit devenir un phare pour tous les peuples du monde.  La mobilisation conservatrice, initiée et dirigée par le Kremlin, n’a plus de frontières. L’URSS n’était pas un pays, mais un concept. Avec Poutine, la Russie est à nouveau le nom d’une idée. » Un livre intéressant, -un livre qui mériterait une traduction anglaise, allemande, – et même au-delà. En ce qui concerne une traduction allemande potentielle du livre de Michel Eltchaninoff, celle-ci devrait être lue par tous les membres du Auswärtiger Ausschuss du Bundestag. Et pour finir je commençai les premiers chapitres de « Schubert’s Winter Journey » de IAN Bostridge, livre que j’avais découvert il y a quelques semaines dans la République des Livres – grâce au billet au titre prometteur « Schubert tel que vous ne l’avez jamais lu » – ce billet, et cela mérite d’être signalé, est ,si je suis bien renseigné, un des rares billets de Pierre Assouline, qui nous présente un livre anglais dont la traduction française se fait attendre. Mais peut être le billet enthousiaste de P.A. incitera un éditeur français ou francophone de se lancer dans la traduction de l’ouvrage.

Le jour où je sortais de l’Hôpital je découvre les premiers Forsythia de Paris (Mimosa de Paris) en fleurs à Grünstadt, -et dans mon jardin je découvre les premières branches de notre Abricotier qui commence à fleurir – le printemps semble réellement s’installer dans les paysages de la Unterhaardt. Mais ce même jour je découvrais aussi à quel point la tragédie du vol vol 4U9525 Germanwings qui s’est écrasé dans le Massif des Trois-Évêchés avait traumatisé l’Allemagne. Mais ceci est une autre histoire. D’ailleurs Dirk Kurbjuweit dans le dernier Spiegel (14/2015) a écrit un commentaire intéressant sous le titre « Ohne festen Boden – Das Flugzeugunglück beendet den Mythos von deutscher Sicherheit ». Depuis quelques jours ont passé, – l’ouragan Niklas vient de traverser l’Allemagne, mais notre Abricotier en pleines fleurs maintenant a bien résisté, – le printemps est maintenant bel et bien arrivé sur les coteaux de la Unterhaardt, même si nous risquons peut être encore de voir tomber quelques flocons de neiges pendant le week-end pascal. Mon radius d’action est encore assez limité, je viens de commencer un nouveau livre … –  « le dictionnaire amoureux de l’Alsace » de Gilles Pudlowski. C’est un livre qui nous parle avec amours des paysages alsaciens, de ses villes et villages, de ses écrivains et artistes, de son art gastronomique … un livre qui mérite encore la lecture et qui mériterait aussi une traduction et adaptation allemande, même si il y déjà été édité en 2010 – je crois même qu’une édition allemande pourrait devenir un succès commercial dans le « Buchhandel » allemand. C’est aussi un livre plein de découvertes, – au moins pour moi, – et c’est ainsi que j’ai découvert le poète-écrivain-résistant Jean Paul de Dadelsen.

Dans ce livre de Gilles Pudlwoski j’ai particulièrement savouré le chapitre dédie à la ville de Wissembourg. Passer une belle journée a Wissembourg, voir ce qu’il y de nouveau dans la librairie «à livre ouvert» chez Willy Hahn, est ce que je trouverai « Goethe en Alsace » de Jean Paul de Dadelsen ? Déjeuner au Cygne – peut être une Grumbeeredetchl » au saumon fumé, chantilly au raifort et petite salade de saison – et après passer chez la pâtisserie – chocolaterie Rebert pour quelques gourmandises avant de faire une belle promenade entre Rott, Cleebourg et Drachenbronn longeant les vignes et les lisières des belles forêts des Vosges du Nord. Naturellement je rêve, – en ce moment je marche avec des béquilles, et pour le Week-end les services météorologiques allemands nous annoncent des chutes de neige même en plaine … mais le dictionnaire amoureux de l’alsace est un livre qui nous invite à rêver de ce beau paysage, ce beau jardin l’Alsace !

Photos sélectionnées du paysage urbain de Grünstadt prise depuis ma chambre d’hôpital entre le 20.3 – 26.3.2015.

Vue  sur Grünstadt, 21.03.2015  6:44

Vue  sur Grünstadt, 21.03.2015  6:48

Vue  sur Grünstadt, 21.03.2015  16:28

Vue  sur Grünstadt, 22.03.2015  8:43

Vue  sur Grünstadt, 22.03.2015  16:22

Vue  sur Grünstadt, 22.03.2015  17:27

Vue  sur Grünstadt, 23.03.2015  13:18

Vue  sur Grünstadt, 23.03.2015  16:48

Vue  sur Grünstadt, 23.03.2015  19:01

Vue  sur Grünstadt, 25.03.2015 15.37

Vue  sur Grünstadt, 26.03.2015  7:06

Photos: toutes © Christophe Neff 2015

Sources, livres etc. :

Bostridge, Ian (2015) : Schubert’s Winter Journey. Anatomy of an Obsession. London, (Faber & Faber), ISBN 978-0-571-28280-7

Eltchaninoff, Michel (2015): Dans la tête de Vladimir Poutine. Essai. Arles (Solin/Actes Sud), ISBN 978-2-330-03972-1

Lapouge, Gilles (2011):   Dictionnaire amoureux du Brésil, Paris, (Plon), ISBN 978-2-259-20925-0

Kurbujuweit, Dirk (2015): Ohne festen Boden – das Flugzeugunglück beendet den Mythos von deutscher Sicherheit. In: Der Spiegel, 14/2015, p. 14

Pudlowski, Gilles (2010): Dictionnaire amoureux de l’Alsace. Dessin d’Alain Bouldouyre. Paris, (Plon), ISBN 978-2-259-20947-2

Seiler, Lutz (2014): Kruso. Roman. Berlin (Suhrkamp Verlag Berlin), ISBN 978-3-518-42447-6

Christophe Neff, le 02.04.2015

P.S. (05.04.2015 11:00): Le billet fut publié le 02.04.2015, depuis le 04.04.2015 nous trouvons dans la Wikipédia française un article sur « Michel Eltchaninoff ».

[1] On trouve une description des paysages de la Unterhaardt sur le site Lanis (Landschaftsinformationssystems der Naturschutzverwaltung Rheinland-Pfalz) ici.

[2] L’institut de géographie de l’Université de Mannheim fut fermé du au mesure de restructuration universitaire entame pas le rectorat Arndt. Christoph Jentsch en 2009 à édite un livre sur l’histoire de la géographie à l’Université de Mannheim sous le titre: « Das Fach Geographie an der Mannheimer Hochschule 1907 bis 2006. Eine Dokumentation von Christoph Jentsch ». Dans paysages j’ai consacré en 2009 un article (en allemand) a cette documentation édité pas Christophe Jentsch sous le titre « Das Fach Geographie an der Mannheimer Hochschule ».

[3] Durant la préparation de Neuscape Shivcharn S. Dhillion était chercheur – enseignant à l’université de Oslo en Norvège.

[4] James Aronson, François Romane, Edouard Le Floc’h et Anne Grossmann étaient à cette époque membres du CNRS-CEFE à Montpellier. Dans les années le CEFE s’appelait encore Centre d’Ecologie Fonctionnelle & Evolutive, CEPE Louis Emberger en mémoire du phytogéographe Louis Emberger.

[5] En écrivant ce texte, je découvre qu’il n’existe pas d’article sur Michel Eltchaninoff dans la Wikipedia française. Dommage, – car Eltchaninoff aurait surement mérité un article dans la wikipedia.fr

Blognotice 03.12.2014: La traduction allemande de « La fin de la classe ouvrière » d’Aurèlie Filippetti dans les 20 livres à lire du Literaturherbst 2014 du Spiegel-online

En Allemagne nous avons le Bücherherbst ou Literaturherbst, – l’automne des livres. Cette saison de lecture débute avec la Frankfurter Buchmesse – et finit pendant l’Avent quand les journaux (quotidiens et hebdomadaires) nous inondent avec leurs pernicieux conseils pour les « livres-cadeaux » pour les fêtes de noël. D’ailleurs la Zeit a déjà fait un début cette année en publiant dans le dernier Zeit Literatur – 20 Schriftsteller empfehlen Bücher zu Weihnachten (20  écrivains nous recommandent des livres pour noël)(2014). Mais avant noël et pendant l’Avent il y a donc ce fameux Bücherherbst. A Grünstadt, – véritable trou de brouillard (Nebelloch) où pendant les mois d’automne le soleil  ne se montre que très rarement – cette saison est vraiment une saison particulièrement propice pour la lecture. Naturellement toute l’Allemagne n’est pas couverte  de brouillard pendant les mois, d’automne,  – personnellement la région où j’ai grandi la Raumschaft Schramberg dans la Forêt – Noire connaissait et connaît aussi pendant l’automne de belles éclaircies, – même parfois de véritables périodes de chaleurs automnales, pendant que la plaine rhénane, la vallée de la Kinzig sont couvertes  de brumes et de brouillards. Mais même dans cette  région plutôt ensoleille pendant l’automne, – le Bücherherbst invite le lecteur a la lecture.

C’est donc au début de ce Bücher & Literaturherbstes 2014 que je découvris début octobre 2014 dans l’article de Sebastian Hammelehle « Hits des Literaturherbstes: Die 20 wichtigsten neuen Bücher » du SPON  dans le 17 eme des 20 livres à lire pendant le Bücherherbst 2014 (d’après le SPON) la traduction allemande de       .  Der Untergang einer ganzen Welt, geschildert mit Pathos und Melancholie: In „Das Ende der Arbeiterklasse“ schildert Aurélie Filippetti am Beispiel der eigenen Familie den Niedergang der stolzen Französischen Linken. Lesen Sie hier die Rezension des Buches (La fin de tout  un monde,  nous est racontée  avec pathos et mélancolie. Dans « La fin de classe ouvrière » Aurélie Filippetti nous raconte à travers l’exemple de sa propre famille le déclin de la gauche française, de la fiiére gauche française (trad. C.Neff) »[1].

Donc je retrouve dans les critiques du SPON la traduction allemand du livre « la fin de la classe ouvrière » les souvenirs de mes premiers billets de paysages[2]  – dans lesquels le livre d’Aurèlie Filippetti et le monde qu’elle décrivait prenait une place considérable. Quand je lisais le livre d’Aurèlie Filippetti à la fin du printemps 2009, – débutant dans les blogs le monde, – encore traumatisé par un accident grave, – en mai 2009 je n’étais pas  sûr de retrouver mes capacités motrices pour enfin pouvoir  remarcher  de mes propres pieds.

Souvenirs de la mines et des mineurs sur les murs d’Hussigny, © C.Neff 8.5.2011

Dans le livre de Filippetti je retrouvais le monde dans lequel j’avais grandi,- ces histoires du Pays-Haut – de mineurs, de la minette, du fer – de l’Italie – même si tous ces paysages d’enfance  ne se passaient pas à Villerupt mais dans un village un peu plus à l’ouest, – à Hussigny-Godbrange, donc à peine quelques kilomètres près de Villerupt. Des autres noms, des autres villages de souvenirs en Italie, un décor  et des paysages semblables – mais le même monde, – qui était en train de disparaitre. En lisant la critique de Felix Bayer sur la traduction allemande du livre, je me disais qu’enfin je pourrais faire cadeau de ce livre à des amis, aux amis allemand de la Famille Neff, pour qu’ils découvrent ce monde, – dont on parlait aussi bien à Eckbolsheim, qu’à Aubord et à Port Leucate dans la famille des Migliori – et que ma mère avait importé  dans les profondeurs de la Forêt Noire et de l’aile gauche de la SPD à Schramberg, dans les Kreisverband Rottweil et même dans le « Landesvorstand » de SPD du Bade-Wurtemberg des années 1970. En quelque sorte les souvenirs de ce monde, – Hussigny – centre d’un paysage virtuel oublié – ressurgissait durant la lecture du livre de Filippetti – pendant le printemps 2009 – même si le centre littéraire du livre se situe plutôt entre Villerupt et Audun-le-Tiche.

La traduction d’Angela Sanman me semble être correcte, redonnant un peu le rythme du livre, même si personnellement je préfère la version originale écrite en français avec ces minuscules incursions en italien. D’ailleurs la traduction allemande contient un glossaire où les incursions italiennes sont traduites en allemand, et en plus quelques lieux géographiques et historiques sont expliqués au lecteur allemand. Bonne idée, mais on aurait pu un peu mieux détailler certaines explications. Dommage qu’on ne trouve pas de « Vorwort » ou de « Nachwort » d’Aurèlie Filippetti pour cette traduction.  Lisant régulièrement les blogs littéraires de Paul Edel et de Pierre Assouline, – on y rencontre assez souvent des discussions de commentateurs des deux blogs sur la qualité de traduction des œuvres littéraires. Je me demande, comment peuvent-ils juger sur la qualité littéraire d’une traduction – ont-ils lu la version originale et la traduction ? Comment pouvoir donner un jugement sans connaitre l’original et la traduction ? Cela me semble assez difficile.

En tous cas ce que me plaît beaucoup dans la RDL, c’est la version du traducteur , véritable coin du traducteur – car traduire un œuvre littéraire c’est un véritable art, qui n’ est malheureusement pas reconnu comme tel.  Là Pierre Assouline a eu une très bonne idée d’ouvrir son blog aux traducteurs littéraires.

Concernant la traduction du livre d’Aurèlie Filippetti j’ai le sentiment que c’est assez réussi et vais certainement faire cadeaux du livre (pour noël ? ou un anniversaire ?) à un de mes amis.

Pour finir, – personnellement j’aurais préféré voir Aurèlie Filippetti rester au gouvernement comme ministre de la culture. Je comprends ses raisons  d’avoir préféré retrouver de son siège de parlementaire – personnellement je suis plutôt favorable  au tournant social-libéral du nouveau gouvernement Valls II – même se je crains que le réseau ferré français, ce qu’ il reste des lignes de chemins de fers traversant les ruraux français auront un fort prix à payer –  oui je pense, que si le gouvernement ne change pas de politique  de transports – le chemin de fer va tout simplement disparaitre des paysages français, des campagnes françaises  –  combien de temps encore les trains circuleront encore sur la ligne des Causses  – est-ce que dans dix ans il y aura encore de trains empruntant le viaduc du Garabit pour simplement citer un exemple.

Le livre « la fin de la classe ouvrière » écrit par Aurèlie Filippetti il y a presque quinze ans est un peu tombé à l’oubli en France.  C’est un peu dommage – car ce livre est d’une part un voyage dans les paysages oubliés du Pays Haut « du Texas français, redevenu désert (Filippetti 2003, 11) » – d’une autre part la lecture de ce livre permet de mieux comprendre  les récentes choix politiques d’Aurélie Filippetti.

Notons à la fin de ce billet,  que la FAZ, quotidien allemand de tendance assez conservateur, nous livre une très bonne critique du livre par la plume de Lena Bopp – « Der Schatten eines Unterschiedes – In der Mine ist man solidarisch oder tot- : Wie die einstige französische Kulturministerin Aurélie Filippetti ihrer lothringischen Heimat ein Denkmal setzt (L’ombre d’une différence –  dans la mine on est solidaire ou on est mort – comment l’ancienne ministre de la culture française Aurélie Filippetti  a écrit un livre mémoire pour sa lorraine natale (trad. C. Neff).

Oui, on peut aussi lire ce livre, aussi bien dans sa traduction allemande comme dans l’originale français comme une géographie historique des paysages disparus du Pays Haut entre Longwy et Metz et partir en voyage.

Relire ce livre[3], personnellement pour moi, –  c’est une sorte de voyage de retour de à Hussigny, – dans le pays des mineurs de fer, le pays des hauts-fourneaux, le pays de de la petite Italie – encaisse entre la France et le Luxembourg –  un voyage que j’ai fait le 8.5.2011 en mémoire d’un lointain cousin mort en déportation à Bergen – Belsen ……. voyage que je referai certainement un jour – dans mes bagages le livre « Les Derniers Jours de la classe ouvrière » – qui m’accompagnera comme guide à travers les paysages oubliées du Pays Haut , et des ces hommes et femmes venue d’Italie pour en extraire de ses entrailles, le minerai de fer de la minette pour les besoins de l’industrie de l’acier français …..  Les paroles « Angelo, filio mio, quanto mi ha mancato ! sono fiero de te, sai, di tutto quel che hai fatto. Adesso, viene col babo, che ti aspetto da tanti anni ….. (Filippetti 2003, 47) » qui résonnent comme souvenir d’une lecture, d’un livre, – et la mémoire du gout des Gnocchi du Dimanche qui m’ont accompagné durant ma jeunesse à Eckbolsheim, à Aubord, à Port Leucate, à Schramberg-Sulgen ….

Sources :

Bayer, Felix (2014): Hollandes Ex-Ministerin als Romanautorin: Das letzte Hurra der Linken. Spiegel-online. 29.9.2014

Bopp, Lena (2014) : Der Schatten eines Unterschiedes – In der Mine ist man solidarisch oder tot- : Wie die einstige französische Kulturministerin Aurélie Filippetti ihrer lothringischen Heimat ein Denkmal setzt. In: Frankfurter Allgemeine Zeitung, Literatur 1.6, Samstag, 29. November 2014, Nr. 278

Filippetti, Aurélie (2003) : Les derniers Jours de la classe ouvrière. (Stock – Le Livre de Poche), ISBN 2-253-10859-6

Filippetti, Aurélie (2014) : Das Ende der Arbeiterklasse. Ein Familienroman. Aus dem Französischen von Angela Sanmann, S. Fischerverlag Frankfurt am Main, ISBN 978-3-10-002213-4

Zeit Literatur (2014): Schriftsteller empfehlen Bücher zu Weihnachten. N. 49, November 2014

Photos:  Souvenirs de la mines et des mineurs sur les murs d’Hussigny, Hussigny – Godbrange toutes © C.Neff  8.5.2011

Christophe Neff,  03.12.2014

27.10.2012: les premiers flocons de neige de l’hiver 2012-13 arrivent à Grünstadt

Le matin  de ce samedi 27.10.2012 nous avons eu droit aux premiers flocons de neige de cet hiver (2012-13) à Grünstadt. En 2009 nous avons eu droit aux premières neiges dans la nuit du 12 au 13 décembre, et en 2010 les premiers flocons arrivaient le 27. Novembre, en 2011 les premières neiges arrivent à Grünstadt le 18.12.2011, mais c’était quasiment le seul jour de neige de l’hiver dernier, car l’hiver 2011-12 fut ici dans la Unterhaardt un hiver exceptionnellement froid mais un hiver sans neige.

Pour ce week-end, on nous annonce des chutes de neige de 20-30 cm en Forêt – Noire et dans les Alpes bavaroises. Pour  la Forêt-Noire les chutes de neige fin octobre n’ont rien d’exceptionnel, – les chants de Kilbe, le fameux « Kilbesingen » dans la Raumschaft Schramberg  annonçaient le début de l’hiver et parfois quelques jours après que les bougies des Rübengeister et les Lanternes de la Kilbe avaient une dernière fois à la nuit tombante  d’automne   traversé  bourgs, champs et forêts des environs de Schramberg, les premières neiges couvraient les montagnes et forêts de la Raumschaft Schramberg. Par contre ici en Palatinat, les neiges d’Octobre ont quelque chose d’assez exceptionnel. Notons pour finir cette petite note qui nous annonce le début de l’hiver dans la Unterhaardt – la Kilbe cette coutume des pays de la Raumschaft Schramberg est en train de disparaître – mais la Narrenzunft Schramberg essaie de faire revivre cette tradition – qui est aussi menacée par les potirons de Halloween , a ainsi organisé  une Kilbesingen à Schramberg ce dernier mardi (23.10.2012). J’aurais bien aimé de participer à ce Kilbesingen, mais malheureusement les obligations professionnelles en  ont décidé autrement. Mais d’après ce que j’ai pu lire dans la presse locale ce « Kilbesingen » organisé par la Narrenzunft Schramberg fut un grand succès. Il ne me reste que les souvenirs d’enfant,-observant à travers les vitres  les petites lumières  qui traversaient la nuit entre le Schoren, le Feurenmoos et la Hutneck à Schramberg – Sulgen – les chants qui traversaient le silence de la nuit – « Hit isch Kilbe, morga isch Kilbe, bis am Middwoch Obend… Ich geh’ mit meiner Laterne und meine Laterne mit mir. Dort oben leuchten die Sterne und unten leuchten wir. Mein Licht geht aus, wir geh’ n nach Haus, ra bimmel ra bammel ra bum bum bum.“   on sentait l’hiver arrivé.

Photos: 1.) Neiges d’Octobre dans le Linange entre Grünstadt et Höningen 27.10.2012/Oktoberschnee im Leiningerland zwischen Grünstadt und Höningen 27.10.2012. © C. Neff 2.) Flyer de la Narrenzunft Schramberg pour le „Kilbesingen“ du 23.10.2012. Flyer der Narrenzunft Schramberg für das „Kilbesingen“ am 23.10.2012. © Narrenzunft Schramberg.

Christophe Neff, le 27.10.2012