Les 100 premiers jours du gouvernement vert – rouge Kretschmann à Stuttgart (20.8.2011)

Le gouvernement Kretschmann vient de passer la barre des ses premiers 100 jours de gouvernance. Les medias allemands jusqu’à présent sont plutôt favorables à ce premier Gouvernement vert – rouge en Allemagne  et un sondage commandé par la Stuttgarter Zeitung pour les 100 premier jours du gouvernement Kretschmann souligne l’image très positive du gouvernement Kretschmann. D’après ce sondage cette image positive est surtout à l’effet Kretschmann – Winfried Kretschmann est devenu une vrai star de la vie politique allemande.  Même l’initiative pour la double nationalité devant le Bundesrat de la ministre de l’intégration Bilkay Öney, initiative que j’approuve personnellement,  car jusqu’ à présent la double nationalité était un fait exceptionnel et  rarissime en Allemagne,  n’a pas terni l’image positive du gouvernement Kretschmann. On aurait pu croire que dans un Land comme le Baden-Württemberg qui est considéré comme extrêmement conservateur et dans ce contexte on parlait aussi du CDU Staat, une initiative comme celle engagée par Bilkay Öney aurait pu avoir des conséquences négatives dans les sondages, mais il n’en est rien. Ceci montre peut-être a quel point les résultats des dernières élections ne furent pas seulement dûs au Fall – Out politique de Fukushima  mais aussi aux fissures qui gangrenaient de plus en plus le CDU-Staat. Après 60 ans de pouvoir la CDU avait de plus en plus perdu le contact avec ses électeurs plus que le fameux débat sur Stuttgart 21, la décision de fermer l’Hôpital de Schramberg (Fermeture du Kreiskrankenhaus Schramberg – j’en parlais ici dans les posts 1, 2 ,3, 4, 5, 6, 7, 8, 9)  montre à quel point le fameux CDU Staat sous le gouvernement Mappus avait pris de sérieuses fissures ;  les prédécesseurs  de Mappus auraient tout fait pour   éviter la fermeture d’un hôpital dans les fiefs ruraux de la CDU, ou auraient au moins essayer de compenser une telle fermeture par la création d’une Fachhochschule ou d’un autre établissement publique.

La décision de fermer l’Hôpital de Schramberg est seulement un exemple, mais il montre très bien que sous le gouvernement Mappus le CDU Staat avait atteint ses limites. L’ancien député de la FDP Dieter Kleinmann qui fut un de protagoniste de la fermeture de l’Hôpital de Schramberg paya cher son combat pour la fermeture de l’Hôpital de Schramberg, il ne fut plus réélu au Landtag aux élections régionales du 27 mars 2011. En tout FDP et CDU avaient perdu plus que 10 % de voix  résultats d’un pouvoir trop sûr de lui et qui s’était éloigné de ses propres bases électorales. Ce fut la fin du CDU Staat. En fait, à part l’initiative Bilkay Öney pour l’établissement de la double-nationalité – le gouvernement Kretschmann n’a jusqu’à présent pas encore pris de grandes initiatives législatives. Mais c’est à l’intérieur du pouvoir exécutif, là où le CDU Staat se manifestait le plus  dans les postes clefs de la haute fonction publique, les vrais changements politiques se font sentir de plus en plus. Le départ de Zinelli le rouge, Herbert Zinell, – l’ancien maire SPD de Schramberg vers Stuttgart pour devenir Ministerialdirektor au Ministère de l’intérieur  donc Amtschef , le plus haut fonctionnaire du  Ministère de l’intérieur qui est dirigé par Reinhold Gall  est plus qu’ un symbole. C’est ici chez les hauts fonctionnaires que le changement politique à Stuttgart se fait réellement sentir, car c’est le fin rouage entre la Ministerialbürokratie et la CDU qui à condition de savoir jouer habilement sur se clavier  était crucial, ce qui ne fut pas le cas pour le malheureux Stefan Mappus  – le garant du succès politique du CDU Staat.  Chaque jour que le gouvernement Kretschmann réussit à gouverner, à survivre politiquement (car il ne faut pas être dupe, l’épée de Damoclès pour le gouvernement Kretschmann – reste la fameuse question de Stuttgart 21) les structures du CDU Staat solidement ancrées dans  les 60 ans de gouvernement CDU vont peu à peu disparaitre. Les bons sondages et la bonne image médiatique des premiers 100 jours du gouvernement Kretschmann  ne doivent pas faire oublier  que Stuttgart 21 est devenu un défi quasiment insurmontable les verts sont contre , l’actuel ministre des Transports et des Infrastructures Winfried Hermann est un farouche opposant du projet Stuttgart 21  et la SPD est pour le projet Stuttgart 21. Je ne vois pas comment Winfried Kretschmann pourra combler le fossé profond qui sépare les Verts et la SPD dans la question du projet Stuttgart 21. Stuttgart 21 est le Talon d’Achille du premier gouvernement vert – rouge en Allemagne ! Actuellement aucune issue politique à ce problème clef ne semble être en vue.

Pour finir ce billet, pour tous ceux qui lisent l’allemand  et qui s’intéressent de plus près au phénomène Winfried Kretschmann , je suggère de lire la biographie « Winfried Kretschmann. Das Portrait» écrite par les époux Henkel.

Source :

Henkel, Peter; Henkel-Waidhofer, Johanna (2011) : Winfried Kretschmann. Das Portrai.     ISBN 978-3-451-33255-5 (Herder), Freiburg 2011.

Christophe Neff 20.8.2011

Blognotice : 30.7.2011 les jours de marchés de la saison estivale 2011 à Leucate

Pendant que le mauvais temps baigne une  grande partie de l’Europe centrale, – surtout l’Allemagne a subi un juillet maussade avec  froids, pluies et inondations les Corbières maritimes et le pays de Leucate fut un ilot de soleil et de vents. Oui,  beaucoup de tramontane, – qui pendant que les pluies interminables inondaient une grande partie de l’Allemagne la tramontane chassait les nuages dans le pays leucatois. Donc des vacances pleines de vent et de soleil – et comme si souvent dédiées à la lecture  attentive de la version papier du Monde – découverte du magnifique feuilleton d’été du monde – la fin de l’euro – un vrai feuilleton franco-allemand. Lecture de la lettre d’Allemagne de Frédéric Lemaitre « „Atmosphäre, atmosphäre…“ » sur le livre de  Klaus Harpprecht sur Arletty. Malheureusement on y trouve un petit erreur cruciale – „Le président a dit : l’axe franco-allemand sera la priorité de mes successeurs quelle que soit leur appartenance politique, à l’exception de l’extrême droite et du Parti communiste. Pouvez-vous en dire autant ? Brandt a pris le temps de la réflexion et a répondu : je peux m’engager pour tous les chanceliers, y compris Franz Josef Strauss„. Franz Josef Strauss ne fut jamais chancelier de la BRD – heureusement , – là Lemaitre se trompe – ou cite mal Klaus Harpprecht.  Mais cette petite lettre d’Allemagne – écrite dans le Var – donne vraiment envie de lire l’ouvrage de Harpprecht sur Arletty – « Arletty und ihr deutscher Offizier:  Eine Liebe in Zeiten des Krieges ».  Une autre lecture que je suggère pour les vacanciers passant leurs vacances dans le pays leucatois est le petit livre «une gare de briques roses – voyages dans les Pyrénées Orientales – avec des écrivains d’hier et d’aujourd’hui » de Michel Wallon. Ce voyage littéraire à travers les paysages littéraires du Roussillon – paysages qui se trouvent à peine une dizaine de kilomètres du pays Leucatois – nous permet de découvrir le Roussillon par les verbes des écrivains. En plus ce livre est partiellement une vraie  anthologie littéraire franco-allemande.

Pour finir – vu du succès de la petite notice « Eté 2010 : les jours de marché à Leucate Village »,  je publie ici les jours de marchés de la saison estivale 2011 à Leucate.

Leucate Village : mardis, vendredis et dimanche (Place de république),

La Franqui : lundis et jeudis (Place de la Poste),

Leucate Plage : mercredis et samedis (Place de tennis)

Port Leucate : mercredis et dimanches (Place des Arènes) ; lundis et jeudis (Rue de Canelou)

Livres & ouvrages cités :

Harprecht, Klaus (2011) : Arletty und ihr deutscher Offizier:  Eine Liebe in Zeiten des Krieges. Frankfurt, (Fischer), ISBN 978-310030062.

Wallon, Michel (2011) : une gare de briques roses – voyages dans les Pyrénées Orientales – avec des écrivains d’hier et d’aujourd’hui.  Perpignan, (Éditions Talaia), ISBN 978-2-917859-20-9

Photo: © C. Neff. 22.7.2011: le marché de Leucate Village, – le vendredi 22.07.2011 sur la place de la république sous le regard vaillant de Francoise de Cezelli.

Christophe Neff,  le 30.7.2011

Blognotice 11.7.2011 – quelques mots sur le « Gedächtnishaus Fohrenbühl »

En écrivant mon dernier billet j’ai pensé instinctivement au Turm (dont je parlais  déjà ici), plus correctement au„Gedächtnishaus der Gefallenen des Weltkrieges 1914-18 vom Württembergischen Schwarzwaldverein“ – ou Gedächtnishaus Fohrenbühl comme on dit dans la Raumschaft Schramberg. En fait en 1923, le württembergische Schwarzwaldverein fit construire sur la base de la vielle Turmhütte (alte Turmhütte) sur le Mooswaldkopf le « Gedächtnishaus Fohrenbühl (Maison du souvenir du Fohrenbühl) à la mémoire des morts des régiments du Württemberg durant la guerre de 1914-18. La décision de construire un tel monument fut prise lors de l’ assemblée générale , Hauptversammlung ,du württembergische Schwarzwaldverein le 17.6.1923. Le Gedächtnishaus fut construit à partir des plans et de la conception de Paul Bonatz et fut inauguré en août 1924. Dans le formidable livre de  Wolfgang Voigt & Roland May sur Paul Bonatz (Paul Bonatz 1877 – 1956    ), livre avec un « komplettes Werkverzeichnis » nous trouvons en page 208 les mots „Gedächtnishaus der Gefallenen des Weltkrieges 1914-18 vom Württembergischen Schwarzwaldverein“ Lauterbach Fohrenbühl. Malheureusement on ne trouve pas plus d’info sur le Turm dans cette véritable bible de l’œuvre de Paul Bonatz, qui est en plus un livre bilingue (allemand-anglais).  En fait le Fohrenbühl était une des rares place de l’ancien Württemberg depuis laquelle on pouvait voir la chaîne des Vosges, la ligne des crêtes, – mais surtout le Sud de la chaîne des Vosges – Hohneck, Petit Ballon, Grand Ballon etc. Le Sud des Vosges, là où durant la guerre de 1914-18 la bataille des Vosges fit rage,  et où une partie des régiments  du« royaume du Württemberg » périrent. C’est ici sur les Mooswaldkopf que les anciens combattants du royaume du Wurttemberg se recueillaient, entourés des forêts du Fohrenbühl avec la vue imprenable sur la ligne des crêtes vosgiennes, pour se souvenir de leurs camarades tombés sur le front des Vosges et ailleurs. De nous jours la plupart des visiteurs du Gedächtnishaus Fohrenbühl ont oublié le sens des mots «Gedächtnishaus der Gefallenen des Weltkrieges 1914-18 vom Württembergischen Schwarzwaldverein (maison du souvenir des morts de la guerre mondiale 1924-18 du Schwarzwaldverein du Württemberg)» mais le site, les paysages n’ont guère changé. Le Gedächtnishaus est entouré de sapinières majestueuses, la vue (par temps clair) sur la chaîne des Alpes et les Vosges est toujours imprenable. Et c’est surtout un site silencieux, le vent qui bouge les branches des arbres, les oiseaux chantant  , et surtout le soir et la nuit , on n’ entend que le chant des forêts. Depuis le Turm, la tour du Gedächtnishaus  immergé en pleine forêt, immergé dans les silencieux chants des sapinières, en voyant la ligne bleue des crêtes des Vosges enneigée on peut encore très bien ressentir cette ambiance de derniers adieux et de mémoire que les anciens combattants du royaume du Wurtemberg ressentaient quand ils se souvenaient ,leurs regards tournés vers l’ouest, de leurs camarades tombés sur le front des Vosges (et ailleurs) !

En dehors de toute considérations historique – les paysages du Fohrenbühl, le Mooswaldkopf, – le Gedächtnishaus Fohrenbühl, le col du Fohrenbühl avec ses trois restaurant Adler, Schwanen et le Landhaus Lauble  sont des paysages typiques de la Moyenne Forêt Noire  avec des belles Sapinières pleines de Houx et des belles clairières, prés de vaches garnie d’ éoliennes , les « Kimmichginster » véritables paysages de promenade de moyenne montagne  qui valent sûrement quelques jours de vacances , surtout quand on recherche détente et paysages silencieux.

Photos :

Vue sur le Turm, – la Tour du Gedächtnishaus Fohrenbühl.  © C. Neff. 24.8.2008

Lumières matinales dans les Sapinières du Mooswaldkopf. © Car. Weiß-Neff. 24.8.2008

Sources :

a.) Sources ecrites – livres, articles etc.

Neff, C. (2004): Kimmichginster und Global Change. Presseinfo zur Global Change Exkursion der Universität Mannheim am 28.5.2004.

Scherfling, Karlheinz (2007): Das Gedächtnishaus auf dem Fohrenbühl. Ein gastliches Haus am Mittelweg gelegen.  In: Der Schwarzwald, 6 – 9, 2007-1, (download ici)

Voigt, Wolfgang ; May, Roland (Eds.) (2010): Paul Bonatz 1877 – 1956 . Tübingen ; Berlin : Wasmuth, ISBN: 978-3-8030-0729-2 ; 978-3-8030-0730-8.

b.: liens internet

Chronologie du Gedächtnishaus sur le site du Schwarzwaldverein Ortsgruppe Schramberg (en allemand)

Histoire du Gedächtnishaus Fohrenbühl sur le site de la Famille King les actuelle gérant du Gedächtnishaus Turm (en allemand).

Les lumières du Fohrenbühl et la révolution tunisienne sur le paysages-blog

Paysages et géographie gastronomique du Fohrenbühl sur le paysages-blog

Christophe Neff, Grünstadt le 11.7.2011

Blognotice 1.7.2011 – l‘Allemagne vote le „Ausstieg“

Le jeudi 30 Juin 2011 fut une véritable journée historique en Allemagne. Le Bundestag vota « le Ausstieg » la sortie du nucléaire. 513 parlementaires de la CDU, de la FDP, de la SPD et des verts ont voté pour le Ausstieg, – 79 parlementaires – surtout issus de la Linke ont voté contre – et 8 parlementaires se sont abstenus.  Le chef de file de l’opposition social-démocrate (SPD), Sigmar Gabriel, en salue ce jour „historique“, tout en égratignant le gouvernement d’Angela Merkel : „Nous soutenons cette décision par conviction, vous seulement par opportunisme » a bien raison, car il faut le rappeler qu’il y a à peine quelques mois le gouverment Merkel  avait aboli la sortie du nucléaire (Ausstieg aus dem Ausstieg) voté par le premier Gouvernement Schröder en 2002.  La sortie du nucléaire allemand, le virage à 90% du gouvernement  Merkel,  c’était déjà prévisible quelques jours après la catastrophe de Fukushima, je l’avais déjà écrit dans la Blognotice du 14.3.2011. La sortie du nucléaire de l’Allemagne comme le premier Ministerpräsident vert Winfried Kretschmann en Bade-Würtemberg sont en première ligne dûs aux retombées politiques de la catastrophe de Fukushima en Allemagne.  Cette catastrophe a provoqué un véritable raz-marée politique en Allemagne, car les images venant du Japon meurtri ont touché profondément l’Allemagne.  L’ ampleur de cette blessure qu’une grande partie de l’Allemagne a ressentie  en voyant les conséquences du tsunami meurtrier au Japon est à l’origine du petit livret de Daniel de Roulet « Tu n’as rien vu à Fukushima » (voir le petit résumé dans le Blog de TKT et la critique détaillée de Pierre Assouline « Fukushima mon amour »)  qui vient d’être traduit en Allemand (traduction: Maria Hoffmann-Dartevelle) sous le titre « Fukushima mon amour. Brief an eine japanische Freundin  » (ce qui est la traduction littérale du titre de la critique du livre dans la république de livres.), quelques semaines après sa parution en France. Qu’un livre français soit aussi rapidement traduit en Allemand après sa première parution n’est vraiment pas coutume – si je ne me trompe , « indignez vous » de Stéphane Hessel ne fut pas traduit en allemand dans le même délai court que « Tu n’as rien vu à Fukushima ».  Le Fallout politique de la catastrophe nucléaire de Fukushima a profondément bouleversé, touché l’Allemagne, est -ce pour cela que le Bundestag a voté la sortie du nucléaire le jeudi 30 juin2011. Apparemment ce « fallout politique » de la catastrophe de Fukushima s’est arrêté juste au-dessus du Rhin, – comme jadis durant l’accident de Tchernobyl il y a juste 25 ans – car un veritable débat politique sur la sortie du nucléaire de la France  ne semble pas être à l’ordre du jour en France.

Livres cités

De Roulet, Daniel (2011): Fukushima mon amour. Brief an eine japanische Freundin. Hoffmann und Campe, Hamburg, ISBN 978-3-455-40352-7 (Übersetzung: Hoffmann-Dartevelle, Maria)

De Roulet, Daniel (2011): Tu n’as rien vu à Fukushima. Paris. Buchet & Castell. ISBN 978-2-283-02528-4

Christophe Neff, Grünstadt le 1.7.2011

Quelques mots sur le billet « Gracq en guerre ou comment Louis devient écrivain » de la République des livres

Les vastes paysages du Pfälzerwald en tête, revenant de la sortie avec la Pollichia au Grünstadter Berg dimanche le 15.5.2011 je découvris un billet de la République de livres rempli de paysages et de géographie. Naturellement la caravane des commentateurs sur la RDL s’est déplacée depuis vers d’autre lieux – en ce moment chez un libraire en colère dans un quartier du bas des Champs Elysées. Mais le billet « Gracq en guerre ou comment Louis devient écrivain » était tellement rempli de « paysages » que le verbe en tremble; que j’ai laissé les mots suivants dans les commentaires « Revenant d’une longue ballade à travers le Grünstadter Berg – avec ces beaux panoramas qui s’ouvrent vers l’Ouest, le Mont Tonnerre, le Pfälzer Wald et tout au fond à l’ouest la Lorraine et la France – cette lecture paysagère parachevait un beau matin de dimanche ! Belle Phrase « Au fond, l’œuvre de Julien Gracq Français viscéralement attaché à l’Ouest, ne serait-elle pas la démonstration que « la géographie, ça sert aussi à faire la littérature ? ». Et toujours cette guerre, partout cette guerre …. » –

« Et c’est ainsi que le billet de Pierre Assouline commence « La guerre, la guerre, la guerre. Il est peu de visiteurs de Julien Gracq , à Paris comme à Saint-Florent-le-Vieil, qui ne se souviennent l’avoir écouté parler de la guerre. Ou plutôt des guerres, la grande et la dernière. La première fois, il avait 8 ans lorsqu’il entendit les volées de cloches et les sonneries de clairons annonçant la signature de l’armistice à travers tout le pays et, partant, le début du XXème siècle ; la seconde fois, il avait 29 ans lorsqu’il assista impuissant et les armes à la main à l’effondrement de son pays et de son peuple. Comment la guerre aurait-elle jamais pu le lâcher ? » – toujours cette guerre, le soir même de ce dimanche 15 mai je remontai vers le Grünstadter Berg, pour prendre encore quelques photos, et en voyant le Donnersberg, le Mont Tonnerre en français , lieu qui donna son nom au Département historique du Mont Tonnerre, je me souvenais qu‘ une semaine avant, le 8.5.2011, j’avais participé à la cérémonie d’honneur pour Libéro Casciola à Hussigny, Libéro Casciola mort en déportation dans un camp en Allemagne, toujours ces souvenirs de guerre que je n’ai pas vécu mais qui sont toujours omniprésents.

Il y a quelques jours en revenant d’une sortie en Alsace , précisément le delta de la Sauer, roulant sur la Weinstraße, quelques kilomètres avant Grünstadt, entre les villages de Herxheim an der Weinstraße et de Kirchheim an der Weinstraße, je découvris perdu dans les vignes le petit cimetière juif de Kirchheim an der Weinstraße. Il n y a plus de communauté juife à Kirchheim depuis la période tragique de 1933 – 1945 ; au milieu des tombes, une petite plaque commémorative de 1947 rappelle l’existence de la petite commune juive de Kirchheim.

Durch Menschenhand wurde auch dieser jüdische Friedhof im Nov. 1938 vollständig zerstört. Selbst den Toten nahm man ihren Frieden.

Dieses Monument wurde durch die Gemeinde Kirchheim A.D. Eck im Jahr 1947 als Wiedergutmachung errichtet. Es soll eine ewige Mahnung sein, dass eine Schändung des Menschenantlitzes wie in den Jahren 1933- 1945 geschehen, sich niemals wieder ereignen möge, denn alle Menschen sind doch Brüder und haben einen Gott„.

« Par la main de l’homme ce cimetière juif fut complètement détruit en Novembre 1938. Même aux morts on vola leur paix.

Ce monument fut érigé par la commune de Kirchheim A.D. Eck (aujourd’hui Kirchheim an der Weinstraße) comme acte de repentance. Le monument veut servir d’appel éternel, pour qu’une profanation de l‘ « humain « comme cela eut lieu pendant les années 1993 – 45 ne se répéte plus jamais, car tous les hommes sont frères et ils ont un seul dieu ». (trad. C.Neff)

Ceux qui sont en train de fossoyer le rêve d’une Europe citoyenne unie et sans frontière devraient peut- être un jour se souvenir du « jamais plus cela » et traverser les vignes de la Unterhaardt en silence pour retrouver le vieux cimetière juif de Kirchheim et se rappeler pourquoi Konrad Adenauer, Charles de Gaulle, Willy Brandt, François Mitterrand et Helmut Kohl (et tant d’autres) ont tant œuvré pour ce rêve d’une Europe sans frontières.

Photos :

Vue sur le Mont Tonnerre. © C. Neff 15.5.2011

Plaque commémorative au vieux cimetière juif de Kirchheim an der Weinstraße. Vue sur le Mont Tonnerre. © C. Neff 17.5.2011

Au coeur des vignes – les tombes du vieux cimetière juif de Kirchheim an der Weinstraße. © C. Neff 17.5.2011

Christophe Neff, Grünstadt le 22.5.2011

P.S : Très bon interview de Franz Walther Steinmeier dans le SPON sur l’etat actuelle de l‘ Europe politique.

Blognotice 6.5.2011 : – souvenir d’une longue attente pour un enfant du Pays-Haut mort en déportation

Le 8 mai 2011 une stèle en l’honneur de Monsieur CASCIOLA LIBERO, enfant de Hussigny-Godbrange décédé en déportation, sera inaugurée à Hussigny-Godbrange devant le groupe scolaire.

La semaine dernière, vers le mercredi le 27.4.2011 je m’apercevais que l’article, Quelques nouvelles de Grünstadt (26.9.2009), était d’un jour à l’autre visité plusieurs fois par jours, alors qu‘ avant cette date cette petite notice de blog ne recevait presque pas de visite (15 depuis la création le 26.9.2009 jusqu’au 27.4.2011). Je m’aperçus donc sur mon wordpress « dashboard » dans la rubrique « Mots clefs utilisés pour trouver votre blog » que le mot « Libéro Casciola » était de plus en plus présent, – et effectivement dans la petite notice de blog du 26.9.2010 je parlais entre autres de Libéro Casciola, – cousin de mon grand père Jean Migliori – Libéro Casciola mort en déportation en Allemagne. Après une petite recherche Google je découvris sur la homepage de la commune d‘ Hussigny-Godbrange, qu’en fait la commune de Hussigny allait commémorer le sort tragique du cousin de mon grand-père Jean Migliori avec une petite cérémonie le dimanche 8.5.2011.Cérémonies du 8 mai 1945

Le Maire et son Conseil Municipal invitent toute la population à participer aux cérémonies du 8 mai 1945 ainsi que celle des victimes de la déportation qui auront lieu le dimanche 8 mai 2011 à 10h30 au sein de l’école Jacques Prévert.

A cette occasion, une stèle en l’honneur de Monsieur CASCIOLA LIBERO, enfant de Hussigny-Godbrange décédé en déportation, sera inaugurée devant le groupe scolaire.

A l’issue de ces cérémonies, un vin d’honneur sera offert dans le cour de l’école.

(Source: Site officiel de la Mairie de Hussigny-Godbrange , dernière consultation le 6.5.2011 vers 7:00)

Et comme on ne trouve pas grand-chose dans le web sur Libéro Casciola – une copie de la déclaration de décès du journal officiel du 7 aout 2007 dans le site morts dans les camps – les quelques internautes qui cherchent à en savoir plus sur l’histoire de Libéro Casciola atterrissent chez paysages, la plupart du temps dans le billet du 26.9.2009. C’est ainsi que je découvris la cérémonie d’honneur que la mairie de Hussigny préparait pour le 8.5.2011. Cette découverte je la fis, – il y a parfois vraiment d’étranges coïncidences – en lisant les derniers chapitres du roman « Lutetia » de Pierre Assouline qui décrit  les jours de 1945 où l’hôtel Lutetia fut un centre de « rapatriés ». « « Ne dites pas « déporte » mais « rapatrié ». C’est le terme que nous avons adopté dans nos rapports, lettres et circulaires. Alors dites « rapatrié » vous aussi, sinon vous ne vous comprendrez pas (Assouline, P. 2006, p. 336). » Les souvenirs d’enfance d‘ Eckbolsheim, c’est ici que j’appris la première fois l’histoire tragique de Libéro Casciola, par la voix de mes grands-parents, – histoire qui depuis m’a poursuivi comme une ombre invisible – se mêlaient avec le récit, les yeux, les impressions du personnage fictif d‘ « Édouard Kiefer » – voyant les « déportées » arrivées au Lutetia – et voyant les proches, les familles, les amis attendre l’arrivée d’un proche. L’attente infinie d’un proche – qui ne reviendra peut être jamais. Comme gamin en 1968 à Eckbolsheim, j’avais eu le sentiment que dans ma famille, comme dans la fameuse chanson J’attendrai interprétée par Rina Ketty, on attendait encore le retour de Libéro.

J’attendrai,

Le jour et la nuit,

j’attendrai toujours

Ton retour …

J’attendrai

Car l’oiseau qui s’enfuit vient chercher l’oubli

Dans son nid

Le temps passe et court

En battant tristement

Dans mon coeur plus lourd

Et pourtant, j’attendrai

Ton retour

(Dino Olivieri (music), Nino Rastelli (paroles italiennes de l’originale italien Tornerai),  Louis Potérat (paroles françaises)).

Et depuis, cette histoire du « cousin Libéro Casciola » mort en déportation à Bergen-Belsen n’a cessé de me poursuivre.  C‘ est comme petit gamin dans la rue de pommes à Eckbolsheim que je compris qu’il y avait eu durant les années 1940 un triste événement qui avait déchiré l’Europe, – une barbarie sans précédent – et que le responsable de cette barbarie était l’Allemagne nazie. C’est là (et à Schramberg – Sulgen et à Saulgau) que j’entendis la première fois les mots, camps, déportation, résistance, le Struthof, Bergen-Belsen, Dachau, le Heuberg  – mais aussi des noms comme Stalingrad et Tambov – le camp N° 188 dit camps des français. Et c’est peut-être encore une coïncidence de plus,  le vendredi 29.4.2011 le soir sur Arte je regardai le film policier « Hunkeler et l’affaire Livius » de Stefan Jäger avec Matthias Gnädiger dans le rôle principal du commissaire Peter Hunkeler – film qui se base de sur le roman de Hansjörg Schneider « Hunkeler und der Fall Livius » – et c’est encore une fois de plus les ombres de l’histoire franco-allemandes, les ombres personnelles de ma famille qui réapparaissent. En regardant le film,  je me demande pourquoi les réalisateurs ont transformé le nom de Baldersdorf en Balderskirch dans le film. Car c’est  bien le massacre de Baldersdorf qui est au cœur du roman de Hansjörg Schneider.

Er schob das eiserne Tor zum Friedhof auf. Die Gräber lagen in Reih und Glied. Viele von Ihnen waren kürzlich besucht worden, die Querwege waren gepfadet. Hinten an der Rückwand stand ein großes Kreuz. A la mémoire de nos enfants fusilles au camp de Struthof war zu lesen, in Erinnerung an unsere Kinder, die im Lager Struthof fusiliert worden sind. Zehn Namen waren aufgelistet, es waren die Namen der Burschen aus Ballersdorf. Die Schneefläche davon war unberührt, niemand hatte den Fuß hineingesetzt. (Schneider, HJ. 2009, p. 189)

Il remua la porte en fer du cimetière. Les tombes étaient allongées une après l’autre. Beaucoup de tombes avait reçu des visites récemment, les chemins couverts de neige ressemblaient à des sentiers. Derrière il y avait une grande croix. On pouvait lire « A la mémoire de nos enfants fusillés au camp de Struthof ». Il y avait dix noms, c’était les noms des garçons de Ballersdorf. La neige devant la croix était vierge, personne n’avait mis le pied. (Traduction C. Neff d’après «Hunkeler und der Fall Livius» de Hansjörg Schneider).

Pourquoi le film cache- t-il le nom de Baldersdorf ? Pourquoi tant de morts, pourquoi Libéro Casciola n’est il pas revenu ? En fait je ne connais pas l’histoire de Libéro Casciola, je connais seulement l’histoire d’une immense attente sans fin, que ma grand-mère me racontait encore durant les années 1990. Des peurs, des angoisses, des souvenirs :  Libéro Casciola mourut en déportation en Allemagne en 1945, la fin d’un long voyage depuis l’Italie dans le Pays-Haut , pour finir dans un camp en Allemagne. « Ils s’en allèrent mourir au fonds de camps allemands sans avoir revu le cœur vert de l’Italie » comme l’écrit Aurélie Filippetti (2003 :26) dans son roman autobiographique en mémoire a l’immigration italienne dans le Pays-Haut. Ils mouraient dans les camps allemands sans revoir ceux qu’ils les aimaient, qui les attendaient dans le Pays-Haut, – que se soit à Hussigny, à Godbrange, à Villerupt – qui les attendaient même encore beaucoup plus tard à Eckbolsheim, Aubord, Port Leucate et ailleurs dans des lieux inconnus.

« Dans un murmure, que la nuit transformait en une longue plainte, des absents demandaient juste qu’on les oublie pas. (Assouline, P. 2006, p. 362). Libéro Casciola n’est pas retourné au Pays-Haut, mais nous ne l’avons jamais oublies, même moi qui connaissais simplement l’ombre invisible que son souvenir a laissée sur notre famille.

Bibliographie & Sources :

Assouline, Pierre (2006): Lutetia. Folio Poches/Gallimard, Paris, ISBN  978-2-07-032097-4

Filippetti, Aurélie (2003) : Les derniers Jours de la classe ouvrière. (Stock – Le Livre de Poche), ISBN 2-253-10859-6

Schneider, Hansjörg (2009): Hunkeler und der Fall Livius. Bastei Lübbe, ISBN 978-3-404-15983-3 (Taschenbuchversion)

Christophe Neff, Grünstadt le 6.5.2011

Les cloches de Pâques introuvables sur Wikipedia.fr (24.4.2011)

En écrivant mon dernier billet je me rendais compte qu’en fait il y n’avait pas d’article dans la Wikipedia.fr sur les cloches de Pâques. Il y a une petite ébauche sur le film de Louis Feuillade éponyme, mais pas d’article sur les cloches de Pâques. Dans l’article Pâques on trouve dans le chapitre « Fêtes et traditions populaires » les phrases suivantes (dernière consultation 24.4.2011 21:15): « En Belgique et en France, ce sont les cloches de Pâques qui apportent les œufs de Pâques. Depuis le jeudi saint, les cloches sont silencieuses, en signe de deuil. On dit qu’elles sont parties pour Rome, et qu’elles reviennent le jour de Pâques en ramenant des œufs qu’elles sèment à leur passage. En Allemagne et en France, le repas de Pâques est souvent l’occasion de partager un gigot d’agneau rôti accompagné de flageolets ». Ce n’est pas grand-chose, aucune source indiquée et en plus, concernant le repas de Pâques en Allemagne, c’est faux,  le gigot d’agneau pour le repas de Pâques n’est pas une tradition allemande,  peut être est-ce en train de le devenir sous l’impulsion de « live-style » magazine, mais ce que les auteurs de wikipedia – en fait l’auteur Gwalarn le 27.3.2005  à 19 :10  révèlent, relève en ce qui concerne l’Allemagne de la pure fiction. Donc ce qu’on trouve dans la wikipedia sur les cloches de Pâques est bien maigre ! C’est un peu dommage, car personnellement je crois qu’autrefois il y avait en effet un vrai fossé culturel – une sorte de röschti-graben qui séparait la culture francophone (catholique) – celle des cloches de Pâques – et allemande (protestante) celle du lièvre de Pâques – le fameux Osterhase. Déjà comme petit gamin durant les week-ends pascaux à Eckbolsheim, je m’apercevais de cette différence fondamentale entre l’Allemagne et la France. En fait, qu’on parlait français à Strasbourg, – grandissant dans un ménage bilingue cela ne m’a pas étonné, en plus le dialecte alsacien qu’on entendait ici et la dans la rue ne m’était pas étranger, car le Schramberger Schwäbisch est linguistiquement relativement proche du dialecte alsacien comme on le pratique à Strasbourg et dans une partie du Bas – Rhin. C’est la tradition des cloches de Pâques qui n’existait pas en Allemagne, qui m’a fait ressentir comme gamin de 4 ou 5 ans que Strasbourg et la France étaient donc un autre univers, l’univers où les œufs de pâques étaient rapportés par les cloches. En plus pour mes copains du Kindergarten St. Maria au Sulgen, – aussi bien qu’à la Grundschule Sulgen – la tradition de cloches était totalement inconnue. C’est Jean Egen dans les Tilleuls de Lautenbach qui a très bien décrit ce phénomène de frontière culturelle entre cloches de pâques et lièvre de pâques que j’ai moi-même connu comme gamin. « Le lièvre de Pâques, c’est comme la cigogne et Saint Nicolas, mes copains francs-comtois ne le connaissent pas, ils disent que les œufs sont apportes par les cloches, ce qui est difficile ä croire – comment feraient les cloches pour les retenir sous leur jupe et comment feraient les œufs pour ne pas se casser en tombant ? En Alsace, on est quand même plus sérieux, le jour de Pâques, après la grand-messe, mes Cousins, mon petit frère et moi, nous faisions chacun notre nid de paille dans le verger de grand-mère, puis nous passions à table en attendant que le lièvre distribue les trésors de sa hotte. » et quelques phrases plus tard « Nous courions vers les nids, ils étaient pleins d’œufs, de poissons, de lapins et de cocottes en sucre, en frangipane, en chocolat, il y avait aussi un agneau pascal en génoise et de véritables œufs durs qu’en temps ordinaire nous aurions dédaignés mais que nous engloutissions jusqu’ä l’étouffement parce qu’ils étaient peints en rouge ou en bleu » (Egen, Jean 1992, p.142-143). Chez mes grands-parents à Eckbolsheim, cela se passait semblablement, – sauf à un détail près, très important, – ma grand mère de souche lorraine, – qui avait déjà intégré avec grande habileté toutes ces pâtes italiennes (capeletti , gniocchi, etc. etc.) (dans ce contexte voir ici et ici) dans son ménage,  et ces pâtes- la elle les faisait encore elle-même jusque à la fin des années 1990, – elle intégra les lièvres de pâques alemano-alsaciens dans les cloches franco – françaises. Naturellement c’était les cloches qui nous rapportaient les lièvres rouges en sucre que nos parents transportaient depuis Schramberg pour approvisionner les cloches d’Eckbolsheim. Les cloches qui lâchaient toutes ces friandises dans le grand jardin de la maison familiale rue des pommes à Eckbolsheim, sous le grand cerisier, sous les buissons de groseilliers – et il y en avait des groseilliers – des noirs (cassis), des rouges, et même des Groseilliers à maquereau.

Au début des années 1970 mes grand – parents déménagèrent vers le Midi français, – un pays où le lièvre de pâques était un vrai inconnu,  sauf naturellement dans notre famille où les cloches franco-allemandes avaient toujours un « Osterhase » dans leurs bagages, que se soit à Aubord ou à Port Leucate. Si je me souviens bien, je crois avoir aperçu les premiers lièvres de pâques en chocolat dans le midi, au début des années 1980 – juste quelque temps avant l’élection de François Mitterrand, chez quelques pâtissiers-confiseurs. C’était pour ainsi dire un des avant-signes de la mondialisation. Entre-temps le « Osterhase » allemand devenait un article de la consommation de masse , le lièvre de pâques en chocolat qu’on trouve en Allemagne de nos jours dès début février dans les Supermarchés a presque failli faire disparaitre les rote Zuckerhasen de mon enfance. C’est devenu tellement rare que les rares pâtissiers-confiseurs qui prennent encore le temps de faire des rote Zuckerhasen, sont présenté dans des articles de presse (p.Ex. ici) – les rote Zuckerhasen autrefois une spécialité de l’Allemagne du Sud-  sont de nos jours une espèce en voie de disparition.

Dans notre monde mondialisé  où les coutumes disparaissent ou se transforment en mode de consommation de masse,  l’histoire du père noël en chocolat qui finit en lièvre de chocolat et qui est présent dans les étalages de supermarchés allemands de début Septembre jusque début mai est un triste exemple, il est clair que les différences culturelles, ce röschti-graben culturel entre le monde germanophone et francophone que j’ai moi-même encore connu entre le Osterhase et les cloches et qui est si bien décrit par Jean Egen dans les Tilleuls de Lautenbach se rétrécit de plus en plus.

Je pense quand même que les cloches de pâques mériteraient un bon article dans la wiki.fr. – si même le lièvre de pâques en a un (même si l’article se dénomme lapin de pâques – ce qui est historiquement faux – car c’est  bien le lièvre de pâques qui fut le premier à s’établir dans le vocabulaire, puisque c’est bien la traduction littérale du terme Osterhase  et  par la porte de l’Alsace le lièvre de pâques débarquait donc dans la langue française); mais un article bien sourcé qui nous raconte l’origine historique et religieux des cloches de pâques qui ramenaient les œufs de pâques serait certainement le bienvenu. Naturellement il reste la question de savoir si ces fameuses cloches de pâques sont simplement une tradition franco-française, ou si on trouve cette tradition dans la partie francophone de la Belgique, au Québec, en Suisse romande, ou même en Afrique francophone, – où la France n’a pas seulement laissé sa langue mais aussi partiellement le catholicisme comme par exemple dans le Sud de la Côte d‘ Ivoire.

Source & Citations :

Egen, Jean (1992) : Les tilleuls de Lautenbach. Mémoires d‘ Alscae. T 1. 3ème édition. Paris, Stock, ISBN 2-234-02523-0.

Joyeuses Pâques à tous mes lecteurs et toutes mes lectrices

Christophe Neff, Grünstadt le  24.4.2011

Quelques mots sur l’interview de Jens-Uwe Hettmann, représentant de la Friedrich Ebert Stiftung à Abidjan, dans le Spiegelonline du 8.04.2011

Comme je l’avais déjà écrit dans mon dernier billet, la couverture médiatique de la crise ivoirienne, personnellement je préfère de parler, de la guerre civile en Cote d‘ Ivoire,  est assez remarquable dans les medias allemands (p.Ex. Elfenbeinküste – Gbagbo kämpft sich zurück nach Abidjan).L‘ intérêt de l’Allemagne s’explique peut-être par le fait que l’Allemagne est devenue un important partenaire commercial de la Cote d‘ Ivoire durant les années Gbagbo.  D‘ après Stephen Smith  « les principaux débouchés des exportations ivoiriennes étaient, en 2008, l’Allemagne (9,7%), le Nigeria (9,2%), les Pays-Bas (8,4) et seulement en quatrième position, la France (7,3) suivi de près par les Etats-Unis (7%) (Smith, Stephen 2010, p. 72). Peut être cela explique- t’il l’intérêt des medias allemands  pour la guerre civile en Côte d‘ Ivoire.  Le Spon publiait même dans sa version internationale en anglais un article « The World from Berlin – UN Intervention in Ivory Coast ‚Correct and Justified‘ sur l’intervention armée de l‘ ONU à Abidjan – en fait une intervention de l’armée française – qui fut majoritairement vue d’un  œil positif par la presse allemande (voir l’arcticle du SPON cité, qui est en fait une revue de presse, sur couverture des événements en Côte d‘ Ivoire). Le Vendredi 8.4.2011 SPON présentait un Interview avec  Jens-Uwe Hettmann, représentant de la Friedrich Ebert Stiftung à Abidjan, avec comme titre dans le style de la Bildzeitung : « Elfenbeinküste – Ouattara ist genauso blutrünstig wie sein Widersacher(Ouattara est aussi sanguinaire que son adversaire) » – et ce titre a eu un effet de bombe en Allemagne.  Dans le texte- je cite la version allemande (+ ma traduction française) :

«SPIEGEL ONLINE: Französische Truppen greifen Gbagbos Palast an, wollen mit aller Macht den Wahlsieger Ouattara stärken – was halten Sie von dem Einsatz?

Les troupes  françaises attaquent le palais de Gbagbo, ils veulent à tout prix renforcer le vainqueurs des élections Ouattara – que pensez-vous de cette action ?

Hettmann: Das ist eine heikle Frage. Denn hinter dem Engagement der Franzosen stecken offensichtlich auch wirtschaftliche Interessen. Mit Ouattara unterstützen die Franzosen einen Mann, der genauso blutrünstig ist wie Gbagbo.

C’est une question délicate. L‘ engagement des français est aussi guidé par des intérêts économiques. Avec Ouattara les français soutiennent un homme qui est aussi sanguinaire que Gbagbo. »

Je ne vais pas traduire l’interview en toute sa longueur, – l’interview est assez long  (le Spiegel pourrait bien le traduire en anglais pour sa version internationale) – mais ce sont surement les phrases clefs de l’interview de Heckmann dans le SPON, Interview qui du reste n’est pas très optimiste sur les chances de voir la Cote d’Ivoire retrouver un solide chemin vers la paix intérieure. Il est difficile d’évaluer la situation à une distance de plusieurs milliers de kilomètres, – mais les infos qui me parviennent, que se soit de  Duékoué (le rapport de Human Rights watch sur les massacre de Duékoué – en anglais + en francais) , de Cocody (ou d’autres quartiers d’Abidjan ) – ou même de Touba, me font croire que malheureusement les avis et jugements de Jens-Uwe Hettmann sur la situation en Côte d’Ivoire (massacres, executions, tortures, pillages etc.) sont bien fondées.  Ce n’est pas l’intervention de l’ONU respectivement les militaires français à Abidjan qui ont terni l’image du soit disant démocrate Ouattara vainqueur de soi-disants élections libres. Ce sont les massacres de sa soldatesca, – ses Lansquenets incontrôlables qui sèment la terreur partout où  ils maitrisent le terrain – qui font qu‘ aujourd’hui au moins dans une partie de l’opinion internationale ,en Allemagne ceci est aussi une conséquence de  l’interview de Hettmann  dans le SPON ,Allassane Ouattara  est plutôt vu comme un homme politique incourtournable pour la Côte d’Ivoire, mais un homme politique que vaut guère mieux que Laurent Gbagbo.

Sources citées :

Smith, Stephen : Voyage en postcolonie – le nouveau Monde franco-africain. Paris, (Grasset), ISBN 978-2-246-75971-6

Spiegel- Online (8. 4.2011):  Elfenbeinküste – Ouattara ist genauso blutrünstig wie sein Widersacher. Interview de Spiegel-Online avec  Jens-Uwe Hettmann, représentant de la Friedrich Ebert Stiftung à Abidjan.

Christophe Neff, Grünstadt le 10.4.2011

P.S.: Voici le lien vers la Friedrich Ebert Stiftung à Abidjan.

Blogostatistique 50.000

Le jeudi 24.3.2011, le blog „paysages“ vient de dépasser le seuil des 50.000 visites. Je remercie mes lecteurs pour leur fidélité. Les  cinq articles ayant jusqu‘ au vendredi 24.3.2011 reçu le plus de visites se retrouvent dans le tableau suivant.

Pl. Article %
1.) Sturm Xynthia : Blick von der Unterhaardt auf La Faute-sur-Mer, L’Aiguillon und Port Leucate 8,13%
2.) 1949 – l‘incendie meurtrier dans la Forêt des Landes                                                                             6,55%
3.) De la neige entre Jendouba, Aïn Draham et Tabarka 4,48%
4.) Ein paar Worte zur Resonanz des Buches „Indignez- vous!“ von Stéphane Hessel in der Rheinpfalz vom 4.1.2011 3,87%
5.) Le 8 mars 2010 – de la neige à Port Leucate 2,98%
    26,01%

Donc a priori pas grand changement depuis la dernière blog statistique, la blogostatistique 40.000 qui date du 3.12.2010. L’écart entre  Sturm Xynthia : Blick von der Unterhaardt auf La Faute-sur-Mer, L’Aiguillon und Port Leucate et 1949 – l‘incendie meurtrier dans la Forêt des Landes  s’est un peu resserré. En plus il y avec un Ein paar Worte zur Resonanz des Buches „Indignez- vous!“ von Stéphane Hessel in der Rheinpfalz vom 4.1.2011 un deuxième article écrit en allemand qui entre dans la blog statistique. Il faut dire que le petit livre de Stéphane Hessel a fait beaucoup de bruit en Allemagne (p.ex. voir le commentaire de Jakob Augstein « im Land der Niedertracht » dans le SPON) – il existe désormais aussi  une version allemande du livre, traduit par Michael Kogon, le fils de Egon Kogon. Peut-être ces discussions sur le petit livre de Stephane Hessel en Allemagne étaient-elles un des premiers signes qui annonçaient la défaite historique de la CDU au élections régionales du Baden-Württemberg le 27.3.2011 et le triomphe électoral des verts  dans ces mêmes élections ainsi qu‘aux élections régionales du Rhénanie-Palatinat.

Christophe Neff, Grünstadt le 1.4.2011

Il est Mort Demain – en souvenir du rêve d’une Libye libre !

Il est Mort Demain – est un poème du poète soudano – libyen Mohammed al-Faytouri. J’ai découvert le poème durant la lecture de l’Anthologie « les poètes de la Mediterranée ». En lisant le poème je pensais aux libyens qui essaient de se soulever contre Kadhafi et son clan – mais le destin de ce soulèvement semble être décidé : dans quelques jours Benghazi le dernier bastion de la rébellion libyenne va, sauf miracle, tomber ! En réalité nous ne savons guère grand-chose sur cette rébellion contre Kadhafi.

Mais nous savons tous que la vengeance du colonel Kadhafi envers les rebelles, envers la ville de Benghazi véritable capitale du soulèvement libyen sera terrible. L’édito du Monde du 15.3.2011 « Il est temps d’aider la rébellion libyenne » vient beaucoup trop tard – le rêve d’une Libye un peu plus libre semble vivre ses derniers heures. Je reprends ici les premiers couplets du poème « il est mort » de Mohammed al – Faytouri pour que les espoirs de liberté à Benghazi, dans toute la Libye ne tombent pas dans l’oubli. On peut trouver la totalité des vers entre autre ici dans le Blog de Patricia Tutoy.

Il est mort

Aucune goutte de pluie ne s’est attristée

Aucun visage humain ne s’est assombri

La lune n’a pas survolé sa tombe de nuit

Aucun ver paresseux n’y a déployé son corps

Aucune pierre ne s’est fendue

Il est mort demain

cadavre sali

linceul oublié

tel un rêve…

le peuple s’est réveillé

et a traversé le champ des roses au crépuscule

comme un ouragan

il est mort

dans son âme noircie incendiée un passé de sang

et de gibets suspendus

des cris de révolte dans les prisons

visages douloureux et fendillés des vieilles

bras tordus dressés comme des faucilles

yeux où plonge l’ombre des potences

ô mon fils

en quel lieu les soldats ont-ils emmené ton visage

pourquoi m’ont-ils privé de l’odeur de ta chemise ?

mon fils si beau dans l’éclat de sa jeunesse

marchait sur les élans des coeurs

le geôlier a cadenassé la porte de sa grande prison

une chaîne a rampé

et le fouet a enveloppé la nuit de lamentations.

Source :

Al – Faytouri, Mohammed : Il est Mort demain. In : Bonnefoy, Y. (Eds) : Les Poètes de la Méditerrannée. Anthologie. Paris, Gallimard Culturesfrance, p. 382-387. ISBN 978-2-07-043597

Christophe Neff, Grünstadt le 16.3.2011