Blognotice 22.9.2011: – les pirates à Berlin

Dimanche dernier Berlin votait son Abgeordnetenhaus, – Klaus Wowereit sort vainqueur – même si il perd des voix,  la FDP est le grand perdant de ce dimanche électoral, -et à la grande surprise de tous «  les pirates »  le Landesverband Berlin der Piratenpartei Deutschlands avec comme tête de file Andreas Baum fut élu avec 8,9% des voix au Abgeordnetenhaus de Berlin. La surprise fut si grande que la wikipedia allemande mit presque deux heures à éditer un article sur le chef de file des pirates à Berlin Andreas Baum. En fait l’Allemagne découvre une nouvelle formation politique sur laquelle on ne sait pas grand-chose – jung, männlich, engagiert écrit le SPON (jeune, masculin, engagé). En fait parmi les élus, un trouve une seule femme – Susanne Graf – qui grâce à cela (femme, la benjamine de la liste)  a eu droit à un interview sur le SPON. En plus les pères ou mères de familles sont rarissimes, on en trouve un seul, Pavel Mayer sur cette liste de 15 élus.

Sur les objectifs politiques on n’en sait guère trop, – liberté sur internet, transports en commun gratuits à Berlin etc. et la publication d’un blog « Piratenfraktion Berlin » d’après le SPON, mais jusqu’à présent on ne trouve guère de contenu sur ce blog. Pour vraiment cerner le contenu politique de ce nouveau parti  il est intéressant de lire l’article de la Süddeutsche Zeitung sur Andreas Baum , nous y lisons qu’Andreas Baum se caractérise comme libéral (den Idealen des Liberalismus verpflichtet). Donc une sorte de libéral de gauche. Il y avait une fois, voilà presque quarante ans, un parti social-libéral en Allemagne – il s’appelait FDP – et son Ministre des affaires étrangères Walter Scheel était avec Willy Brandt un des architectes de la Entspannungspolitik, ce Walter Scheel qui signa avec Willy Brandt le traité de Varsovie. L’icône de cette FDP social-libérale fut certainement Gerhart Baum. Quel changement – la FDP de nos jours menait une campagne électorale populiste anti – euro à Berlin – le résultat fut une catastrophe , 1,8% des voix , mais cela montre bien à quel point la FDP a changé depuis le temps de Walter Scheel et de Gerhart Baum. Je ne sais pas si les pirates sont vraiment un parti social-libéral, peut être que l’interview de Andreas Baum dans la Süddeutsche reflétait seulement ses opinions personnelles. Mais si les pirates savent s’affranchir de leurs bases électorales assez étroites (jeunes, masculines, engagées – voire l’article de Lisa Erdmann dans le SPON) et remplir le vide d’un social-libéralisme manquant en Allemagne, ils pourront peut être devenir une force politique non-négligeable. Peut – être  oui  ou peut être non et dans 4 ans on ne se souviendra même plus de ce que fut le mouvement des Pirates. Néanmoins: 8,9 % de voix pour l’élection du 17ème Abgeordnetenhaus de Berlin est indiscutablement un succès assez remarquable !

Christophe Neff, le 22.9.2011

Les cloches de Pâques introuvables sur Wikipedia.fr (24.4.2011)

En écrivant mon dernier billet je me rendais compte qu’en fait il y n’avait pas d’article dans la Wikipedia.fr sur les cloches de Pâques. Il y a une petite ébauche sur le film de Louis Feuillade éponyme, mais pas d’article sur les cloches de Pâques. Dans l’article Pâques on trouve dans le chapitre « Fêtes et traditions populaires » les phrases suivantes (dernière consultation 24.4.2011 21:15): « En Belgique et en France, ce sont les cloches de Pâques qui apportent les œufs de Pâques. Depuis le jeudi saint, les cloches sont silencieuses, en signe de deuil. On dit qu’elles sont parties pour Rome, et qu’elles reviennent le jour de Pâques en ramenant des œufs qu’elles sèment à leur passage. En Allemagne et en France, le repas de Pâques est souvent l’occasion de partager un gigot d’agneau rôti accompagné de flageolets ». Ce n’est pas grand-chose, aucune source indiquée et en plus, concernant le repas de Pâques en Allemagne, c’est faux,  le gigot d’agneau pour le repas de Pâques n’est pas une tradition allemande,  peut être est-ce en train de le devenir sous l’impulsion de « live-style » magazine, mais ce que les auteurs de wikipedia – en fait l’auteur Gwalarn le 27.3.2005  à 19 :10  révèlent, relève en ce qui concerne l’Allemagne de la pure fiction. Donc ce qu’on trouve dans la wikipedia sur les cloches de Pâques est bien maigre ! C’est un peu dommage, car personnellement je crois qu’autrefois il y avait en effet un vrai fossé culturel – une sorte de röschti-graben qui séparait la culture francophone (catholique) – celle des cloches de Pâques – et allemande (protestante) celle du lièvre de Pâques – le fameux Osterhase. Déjà comme petit gamin durant les week-ends pascaux à Eckbolsheim, je m’apercevais de cette différence fondamentale entre l’Allemagne et la France. En fait, qu’on parlait français à Strasbourg, – grandissant dans un ménage bilingue cela ne m’a pas étonné, en plus le dialecte alsacien qu’on entendait ici et la dans la rue ne m’était pas étranger, car le Schramberger Schwäbisch est linguistiquement relativement proche du dialecte alsacien comme on le pratique à Strasbourg et dans une partie du Bas – Rhin. C’est la tradition des cloches de Pâques qui n’existait pas en Allemagne, qui m’a fait ressentir comme gamin de 4 ou 5 ans que Strasbourg et la France étaient donc un autre univers, l’univers où les œufs de pâques étaient rapportés par les cloches. En plus pour mes copains du Kindergarten St. Maria au Sulgen, – aussi bien qu’à la Grundschule Sulgen – la tradition de cloches était totalement inconnue. C’est Jean Egen dans les Tilleuls de Lautenbach qui a très bien décrit ce phénomène de frontière culturelle entre cloches de pâques et lièvre de pâques que j’ai moi-même connu comme gamin. « Le lièvre de Pâques, c’est comme la cigogne et Saint Nicolas, mes copains francs-comtois ne le connaissent pas, ils disent que les œufs sont apportes par les cloches, ce qui est difficile ä croire – comment feraient les cloches pour les retenir sous leur jupe et comment feraient les œufs pour ne pas se casser en tombant ? En Alsace, on est quand même plus sérieux, le jour de Pâques, après la grand-messe, mes Cousins, mon petit frère et moi, nous faisions chacun notre nid de paille dans le verger de grand-mère, puis nous passions à table en attendant que le lièvre distribue les trésors de sa hotte. » et quelques phrases plus tard « Nous courions vers les nids, ils étaient pleins d’œufs, de poissons, de lapins et de cocottes en sucre, en frangipane, en chocolat, il y avait aussi un agneau pascal en génoise et de véritables œufs durs qu’en temps ordinaire nous aurions dédaignés mais que nous engloutissions jusqu’ä l’étouffement parce qu’ils étaient peints en rouge ou en bleu » (Egen, Jean 1992, p.142-143). Chez mes grands-parents à Eckbolsheim, cela se passait semblablement, – sauf à un détail près, très important, – ma grand mère de souche lorraine, – qui avait déjà intégré avec grande habileté toutes ces pâtes italiennes (capeletti , gniocchi, etc. etc.) (dans ce contexte voir ici et ici) dans son ménage,  et ces pâtes- la elle les faisait encore elle-même jusque à la fin des années 1990, – elle intégra les lièvres de pâques alemano-alsaciens dans les cloches franco – françaises. Naturellement c’était les cloches qui nous rapportaient les lièvres rouges en sucre que nos parents transportaient depuis Schramberg pour approvisionner les cloches d’Eckbolsheim. Les cloches qui lâchaient toutes ces friandises dans le grand jardin de la maison familiale rue des pommes à Eckbolsheim, sous le grand cerisier, sous les buissons de groseilliers – et il y en avait des groseilliers – des noirs (cassis), des rouges, et même des Groseilliers à maquereau.

Au début des années 1970 mes grand – parents déménagèrent vers le Midi français, – un pays où le lièvre de pâques était un vrai inconnu,  sauf naturellement dans notre famille où les cloches franco-allemandes avaient toujours un « Osterhase » dans leurs bagages, que se soit à Aubord ou à Port Leucate. Si je me souviens bien, je crois avoir aperçu les premiers lièvres de pâques en chocolat dans le midi, au début des années 1980 – juste quelque temps avant l’élection de François Mitterrand, chez quelques pâtissiers-confiseurs. C’était pour ainsi dire un des avant-signes de la mondialisation. Entre-temps le « Osterhase » allemand devenait un article de la consommation de masse , le lièvre de pâques en chocolat qu’on trouve en Allemagne de nos jours dès début février dans les Supermarchés a presque failli faire disparaitre les rote Zuckerhasen de mon enfance. C’est devenu tellement rare que les rares pâtissiers-confiseurs qui prennent encore le temps de faire des rote Zuckerhasen, sont présenté dans des articles de presse (p.Ex. ici) – les rote Zuckerhasen autrefois une spécialité de l’Allemagne du Sud-  sont de nos jours une espèce en voie de disparition.

Dans notre monde mondialisé  où les coutumes disparaissent ou se transforment en mode de consommation de masse,  l’histoire du père noël en chocolat qui finit en lièvre de chocolat et qui est présent dans les étalages de supermarchés allemands de début Septembre jusque début mai est un triste exemple, il est clair que les différences culturelles, ce röschti-graben culturel entre le monde germanophone et francophone que j’ai moi-même encore connu entre le Osterhase et les cloches et qui est si bien décrit par Jean Egen dans les Tilleuls de Lautenbach se rétrécit de plus en plus.

Je pense quand même que les cloches de pâques mériteraient un bon article dans la wiki.fr. – si même le lièvre de pâques en a un (même si l’article se dénomme lapin de pâques – ce qui est historiquement faux – car c’est  bien le lièvre de pâques qui fut le premier à s’établir dans le vocabulaire, puisque c’est bien la traduction littérale du terme Osterhase  et  par la porte de l’Alsace le lièvre de pâques débarquait donc dans la langue française); mais un article bien sourcé qui nous raconte l’origine historique et religieux des cloches de pâques qui ramenaient les œufs de pâques serait certainement le bienvenu. Naturellement il reste la question de savoir si ces fameuses cloches de pâques sont simplement une tradition franco-française, ou si on trouve cette tradition dans la partie francophone de la Belgique, au Québec, en Suisse romande, ou même en Afrique francophone, – où la France n’a pas seulement laissé sa langue mais aussi partiellement le catholicisme comme par exemple dans le Sud de la Côte d‘ Ivoire.

Source & Citations :

Egen, Jean (1992) : Les tilleuls de Lautenbach. Mémoires d‘ Alscae. T 1. 3ème édition. Paris, Stock, ISBN 2-234-02523-0.

Joyeuses Pâques à tous mes lecteurs et toutes mes lectrices

Christophe Neff, Grünstadt le  24.4.2011

Blognotice 12.2.2011 – un air de Vormärz dans le monde arabe

Nous avons vécu une vraie semaine de redoux, les premières perce-neiges ont commencé à fleurir dans les jardins de Grünstadt et l’Unterhaardt. A Karlsruhe même les helléborines sont en fleur. Le « Vorfrühling » a bel et bien commencé, même si le froid hivernal peut toujours revenir. Le terme phrénologique « Vorfrühling » n’existe malheureusement pas en français. Ce Vorfrühling, vu les événements en Tunisie, Egypte et maintenant aussi en Algérie,  me rappelle un peu le Vormärz allemand. Beaucoup d’espoir qui fut malheureusement trempé dans le sang par la « réaction » – Robert Blum fusillé par les troupes impériales autrichiennes, la Forteresse  de Rastatt prise le 23.7.1849 par les troupes prussiennes,  et les révolutionnaires badois fusillés. Les révolutionnaires du Sud de l’Allemagne qui ne furent pas fusillés ou incarcérés  cherchèrent à se refugier en France, en Suisse et aux Etats Unis. Dans le souvenir populaire (au moins  en ce qui concerne ma génération) reste « das Heckerlied ».

Donc hier, quand j’appris que Moubarak quittait le pouvoir, j’ouvris une bonne bouteille de Pfälzer Dornfelder et je me souvins des paroles du Heckerlied en espérant que tout cela finirait moins tragiquement que la révolution de Mars 1848/49 dans la confédération germanique.

Donc voici pour finir, les premiers vers du Heckerlied , ce chant révolutionnaire en souvenir de Friedrich Hecker qui survécut jusqu’à nos jours dans une partie de la mémoire collective de certains pays et régions du Sud de l’Allemagne.

1. Wenn die Leute fragen,

Lebt der Hecker noch?

Könnt ihr ihnen sagen:

Ja, er lebet noch.

Refrain:

Er hängt an keinem Baume,

Er hängt an keinem Strick.

Er hängt nur an dem Traume

Der deutschen Republik.

Et voici, mon adaptation &traduction française des premiers vers du Heckerlied

1.       Si les gens vous demandent

Est-ce que le Hecker vit encore

Vous pourrez leur répondre

Oui le Hecker vit encore

Il ne pend pas à un arbre

Il ne pend pas à une corde

Il se cramponne, il pend encore très fort

Au rêve d’une libre république (allemande)

(©Traduction & adaptation C. Neff Février 2011)

En Tunisie comme en Egypte, le chemin vers un avenir meilleur sera rude et dur et pas toujours facile. Comme je l’écrivais dans les lumières du Fohrenbühl,  je crois sincèrement que la Tunisie réunit les conditions nécessaires pour trouver son chemin vers un avenir démocratique. En ce qui concerne l’Egypte je suis beaucoup plus sceptique et je rejoins ici l’analyse de Gilles Kepel – les défis de la révolution. En fait, jusqu’à présent Moubarak a bel et bien quitté le pouvoir, mais la structure du système politique égyptien ne semble pas encore avoir bien changé pour l’heure. Les militaires gèrent actuellement le pouvoir directement,  c‘ est tout.

En ce qui concerne les « analyses politiques » de la situation politique actuelle dans le monde arabe je trouve celle de Ayaan Hisri “ Non, le monde arabe n’est pas l’Europe de l’Est en 1989! “ et celle d‘ Olivier Roy „la révolution post islamiste “ particulièrement intéressante.

Revenons à la fin du billet au Heckerlied et à Friedrich Hecker. L’article Friedrich Hecker (article créé par l’utilisateur Jospe le 31.12.2008) dans la Wikipedia.fr est d’une très bonne qualité , c’est vraiment un article dont on peut vivement recommander la lecture.

Espérons que la révolution démocratique arabe naissante ne finira pas comme le Vormärz allemand ou la révolution de mars 1848/49 dans la confédération germanique.

Christophe Neff, Grünstadt le 12.2.2011

Blognotice 7.1.2011

Le redoux est revenu dans le palatinat, – hier matin nous avions encore à peu près une vingtaine de centimètres de neige à Grünstadt – aujourd’hui presque toute la neige a fondu. Le 5.1.2011 le blog paysages a reçu une audience particulièrement grande – un nouveau record avec 283 visites journalières fut établi. Une partie des visites venait du avant – dernier billet de la République de livres – est avait pour cible la petite notice « Indignez- vous ! – Empört euch ! Sur la une de la Rheinpfalz du Mardi 4. Janvier 2011 » – mais indépendamment des discussions «houleuse» de la RDL les articles « Ein paar Worte zur Resonanz des Buches „Indignez- vous!„ von Stéphane Hessel in der Rheinpfalz vom 4.1.2011 » , „Die deutschsprachige Bücherwelt wird kleiner: Ammann schließt 2010“ ainsi que la „Blognotice 4.1.2011“ fut particulièrement bien visité. Surprise de voire « Die deutschsprachige Bücherwelt wird kleiner: Ammann schließt 2010“  dans les articles particulièrement bien visités ce jour là, car ce petit article sur la disparation de la maison d’édition zurichoise fut jusqu’à présent presque pas lu. En ce qui concerne le petit livre « Indignez Vous ! de Stéphane Hessel », il y a en Allemagne une grande demande de voire le livre traduit en allemand, – et cette demande arrive partiellement sur le petit billet « Ein paar Worte zur Resonanz des Buches „Indignez- vous! » En plus notons le – il existe déjà un article wikipedia.de sur le livre. Mais jusqu‘ à présent que je le sache – il n‘ y a pas de traduction allemande disponible. Le livre est enfin arrivé à Grünstadt, – en faite c’était une commande amazon.fr – qui contenait aussi le nouveau CD « Come back » de Eddy Mitchell – et je pourrais après avoir suivit « les discussions houleuses » dans la RDL me forger mon opinion personnelle sur le petit livret. Notons que la caravane des « commentateurs » sur la RDL a changé de place – c’est les voyages au bout de l’Inuit – un très beau billet – qui donne envie de lire et feuilleter ces 6 kg de livre – mais je ne saurais vraiment pas ou placer 6 kg de livres supplémentaires chez moi !

Je finis cette petite blognotice en me demandent, après avoir lu – que les sites le Monde.fr ne sont que partiellement inaccessible depuis la Tunisie comment les choses la bas vont évoluer? Même chose pour les blogs Le Monde, – pas de blog paysages en Tunisie, pas de république des livres (dernier billet : Voyages au bout de l’Inuit) en Tunisie, pas de KunstStoff Thierry Kron sur toile Traube (très beaux paysages ici dans Western Australia: Nature is the real goal of a trip so far away),  pas de Géographie du Monde, pas de Lichtbild, pas de pres loin (nice to read Hemingway PPDA – Hemingway) de Paul Edel, pas de Yol (Kazim Koyuncu, le chanteur laze qui aimait Ernesto et Rimbaud et détestait le nucléaire – sur un des symbole des révoltes écologiques en Turquie), pas d‘ Au Jour de Jour en Tunisie – pour simplement citer quelques exemples de blog le Monde que je lis assez régulièrement! Pour le medias allemand pas de souci pour les autorités tunisiennes – c‘ est plutôt le silence absolue – aujourd’hui après des jours et semaines de silence enfin un petit article dans le Spiegel « Hohe Arbeitslosigkeit schürt Unruhen ».

Christophe Neff, Grünstadt le 7.1.2010

Notice de blog 17.10.2010 – mémoires collectives et tempêtes oubliées à Leucate

Tramontane et soleil sont revenus sur les plages de Leucate – la tempête du 10 au 11.10.2010 est presque déjà oubliée. Il y a des voix qui disent que c’était la tempête la plus violente depuis 50 ans. Ils ont la mémoire courte.

blick-auf-den-ponton-von-port-leucate-bei-schwerem-oktobersturm-11102010.1287431981.JPGIl y a eu la tempête du 12 au 13 novembre 1999  qui jeta  le Danube Voyager sur la plage des Coussoules, la tempête du 16 au 17 décembre 1997 où on mesurait des rafales  de vent de 180 km au Cap Leucate. Mais tout cela s’oublie très vite. Le seul événement qui semble s’être  gravé  dans la mémoire collective régionale est l’Aiguat de 1940 dans le Roussillon. Autrement tout souvenir de ces tempêtes et inondations semble avoir disparu de la mémoire collective. Si on considère que de nos jours Wikipedia reproduit dans un certain sens la mémoire collective, on ne sera pas trop surpris que même l’ inondation de Nîmes du 3 octobre 1988 n’ ait pas d’article dans la Wikipedia française,  ni la tempête du 12 au 13 novembre 1999 dans l’ Aude et les départements  avoisinants  qui pourtant  a laissé  un bien  lourd bilan de 19 morts ,l’ histoire du Danube Voyager qui fut jeté sur la plage des Coussoules entre la Franqui et Port la Nouvelle fut seulement une petite parenthèse pittoresque de cet événement tragique oublié de nos jours.  Notons que l’événement du 12-13. Novembre 1999 est aussi le thème du livre remarquable de Freddy Vinet «Géographie des risques. Crues et inondations dans la France méditerranéenne. Les crues torrentielles des 12 et 13. novembre 1999».

Sources :

Vinet, F. (2003) : Géographie des risques. Crues et inondations dans la France méditerranéenne. Les crues torrentielles des 12 et 13. novembre 1999 (Aude, Tarn, Pyrénées – Orientales, Hérault).  Nantes, Editions du Temps. ISBN 2-84274-252- 4.

Photo © Christophe Neff: Le Ponton de Port Leucate pendant la tempête du 11.10.2010 vers 16:18

Christophe Neff, Port Leucate 17.10.2010

Eté 2010 : les jours de marché à Leucate Village

Durant la saison d’été (2010) il y a trois journées de marché  à Leucate Village. Les dimanche, mardi et vendredi matin durant l’été sous la statue de Françoise de Cezelly et dans la rue de l‘ église nous trouvons un marché méditerranéen bien animé et bien fréquenté. Quel contraste avec l’image décrite dans Vendredi, journée de marché à Leucate (16.10.2009). Je ne sais pas comment on définit la saison d’été à Leucate – (15.7 – 30.8 ? )  – mais pendant  cette période estivale le marché de Leucate mérite certainement la visite.

Luc guerre -leucate - histoire de mon village Buchdeckel VorderseiteOn y trouve les produits du terroir, produits bios, fromages et charcuteries locales et régionales.  Les cafés sur la place de la république ont leurs terrasses ouvertes, la petite place de marché  sous le regard de  Françoise de Cezelly est pleine de vie. La libraire Adamus pleine à craquer.  Dans cette librairie pleine à craquer j’ai aussi par hasard trouvé le premier volume  1. Karl de la trilogie de BD de Arroyo–Hiron « le paquebot des sables ».  Notons en passant que l’article Le Paquebot des sables (bande dessinée) de wikipedia.fr mériterait une révision complète car le contenu est plutôt maigre. Dans la librairie Adamus on trouve aussi une petite histoire de Leucate écrite par Luc Guerre. Le livre de Luc Guerre (Leucate – Histoire de mon village) peut être une lecture intéressante pour tout lecteur  vacancier (et autres) intéressé par l’histoire de son lieu de vacances et de villégiature.

Livres cités :

Arroyo-Hiron (2004) : Le paquebot des sables. 1. Karl. Joker Editions, Bruxelles, ISBN 2-87265-267-1

Guerre, Luc (2009) : Leucate – Histoire de mon Village. Béziers, Imprimerie du Sud Offset et continue, ISBN 978-2-917212-10-3

Christophe Neff 29.7.2010

Georges Kuhnholtz – Lordat sur wikipedia.fr

En préparant la semaine dernière une intervention majeure sur les perspectives de recherche en écologie du feu pour un colloque sur l‘ écologie des perturbations (all. Störungsökologie, ang. Disturbance ecology ) à l’université de Bayreuth ,par curiosité, j’ai fait une demande Google pour savoir ce que la toile savait sur Georges Kuhnholtz-Lordat, que je considère personnellement comme un des pères-fondateurs de l’écologie du feu , et qui est systématiquement cité comme tel par la littérature scientifique anglo-américaine , mais qui est presque oublié en France et en Europe. Dernièrement par exemple dans „Fire ecology and fire politics in Mali and Madagascar » de Christian A. Kull et Paul Laris (Kull & Laris 2009) ou dans le mémorable livre de Christian A. Kull sur l‘ écologie politique du feu sur l’ile de Madagascar – « Isle of Fire » (Kull 2004),ou même dans le chapitre de l’historien du feu et de l’écologie du feu Stephen J. Pyne „Eternal Flame: An Introduction to the Fire History of the Mediterranean “ qui écrit « The one great innovation that emerged was the stimulus Greater France gave to the first systematic attempt to tabulate fire throughout the Earth, Georges Kuhnholtz-Lordat’s Le Terre Incendiée (1938) (Pyne 1997) » dans le livre „Earth Observation of wildland fires in Mediterranean Ecosystems“ édité par E. Chuvieco. En fait il s’agit d’un essay qui résume un chapitre beaucoup plus large sur les feux dans le monde méditerranéen dans le livre « Vestal fire » que Pyne publia déjà en 1997. Donc grande surprise de trouver un article dans la wikipedia.fr sur Kuhnholtz-Lordat, car personnellement j’ai l’impression que la wikipedia francophone a parfois un caractère anti- scientifique et anti-intelectuel. Chaque petite starlette de télés & cinémas, les footballeurs de 3 eme classe etc., ont droit à leur articles – mais il est rarissime de trouver un bon article sur un scientifique – sans parler de géographes, biogéographes ou écologues du paysage :rien ou presque rien , rien sur Pierre Quezel le grand maitre de la biogéographie des forêts méditerranéennes, rien sur Louis Trabaud qui fit renaitre l‘ écologie du feu en France et qui contribua ainsi à l‘ établissement d‘ une écologie du feu européenne et méditerranéenne, rien sur Marco Conedera qui a introduit l‘ écologie du feu en suisse et qui est reconnu internationalement comme un des premier écologues du feu européen , la même chose vaut pour Eric Rigolot : rien sur Eric Rigolot qui actuellement contribue au niveau européen au développement de l‘ écologie du feu et ainsi de suite – donc j‘ étais agréablement surpris de découvrir le petit article sur Georges Kuhnholtz – Lordat dans la wikipedia francophone. Malheureusement on ne trouve rien sur l’importance des travaux de Kuhnholtz-Lordat sur le développement de l’écologie du feu, – ni sur la valeur de son ouvrage la terre incendie ,premier livre traitant des feux végétaux au niveau global et mondial. Dans ce sens on pourrait même dire que le livre fut une des premières monographies de « global change ecology ». Vu sa valeur fondamentale pour le développement de la « Fire ecology » et la « disturbance ecology » anglo-américaine (et des citations dans les publications scientifiques internationales)- le livre lui-même vaudrait certainement aussi un article dans la wikipedia. Moi – même dans une de mes premiers publications scientifiques (Neff 1995) j‘ avais décrit la Terre incendiée comme la première monographie francophone dédiée entièrement aux Feux de forêts : « Kuhnholtz-Lordat’s « la Terre incendiée » war die erste französischsprachige Monographie, die sich auschließlich mit landschaftsökologischen Folgen und Risiken von Waldbränden auseinandersetzte ». (Neff 1995, 9).

Titelfolie für Blog - Ökologie der Wandels 21.6.2010 Bewerbungsvortrag W -2 Professur für Störungsökologie

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Pour préparer la conférence sur les perspectives de rechecherche en écologie du feu – je me suis donc procuré un exemplaire de « la terre incendiée (la Bibliothèque universitaire Mannheim a une photocopie du livre) » – et j’ai relu quelques chapitres – car l’expose à préparer contenait une section sur l’histoire du développement de l’écologie du feu en tant que science. Et là ,quelle surprise ;je découvre que Kuhnholtz – Lordat ,comme je l’avais fait dans Feux de forêts et lectures de paysages méditerranéens cite Maria Chapdelaine , cite le roman de Louis Hémon dans la terre incendiée. Cet ainsi que la première partie du livre , « le feu et la culture ,A. les incendies préculturaux sur Forêt » débute avec comme introduction un extrait du roman de Maria Chapdelaine – « Un beau morceau de terre qui a été plein de bois er de chicots et de racines et qu’on revoit une quinzaine après, nu comme la main, prêt pour la charrue, je suis sûre qu‘ il ne peut rien y avoir au monde de plus beau et plus aimable que ca » , disait la mère de Maria Chapdelaine. Louis Hémon » (Louis Hémon cité dans Kuhnholtz-Lordat 1939, p. 79). Même si Kuhnholtz-Lordat cite une autre partie de Maria Chapdelaine que celle citée par moi dans Feux de forêts et lectures de paysages , je ne me suis guère trompé en écrivant que le roman de Hémon était « certainement à ma connaissance une des premières descriptions « littéraires » de la dynamique végétale après incendies de forêts ».

71 années après son édition, la lecture du livre «la terre incendiée» de Kuhnholtz-Lordat, même si certain concepts d’un point de vue scientifique sont certainement dépassés , reste encore une lecture enrichissante et ce n’est pas sans raison que l’ouvrage est encore systématiquement cité dans la littérature scientifique internationale , même si je doute que tous les auteurs qui citent le livre aient réellement lu l’ouvrage. Néanmoins ,ce livre peut être considèré comme l‘ ouvrage fondamental qui donna naissance à ce qui s‘ appelle de nos jours dans le langage scientifique international « fire-ecology ».

Ouvrages et sources cités :

Kuhnholtz-Lordat, G. (1939) : La Terre incendiée. Essai d‘ agronomie comparée. Nîmes (Éditions de la Maison carrée)

Kull, C. A. (2004) : Isle of Fire. The political Ecology of Landscape Burning in Madagascar. Chicago (The University of Chicago Press), ISBN 0-226-46141-6

Kull, C.A., Laris, P. (2009): Fire ecology and fire politics in Mali and Madagascar. In : Cochrane, M.A. (Ed): Tropical Fire Ecology. Climate Change, Land-Use and Ecosystem Dynamics. Berlin, p. 171 – 226 (Springer), ISBN 978-3-540-77380-1

Neff, C. (1995): Waldbrandrisiken in den Garrigues de Nîmes (Südfrankreich) – eine geographische Analyse. Mannheim, ISBN 3-923750-50-1

Pyne, S.F (2009): Eternal Flame: An Introduction to the Fire History of the Mediterranean . In: Chuvieco, E. (Ed.): Earth Observation of wildland fires in Mediterranean Ecosystems, pp. 11- 26, (Springer), ISBN 978-3-642-01753-7.

Christophe Neff, Grünstadt le 27.6.2010

Vue depuis Grünstadt – lectures matinales de premier mai 2010

Le premier mai 2010 à Grünstadt a commençé avec de la pluie et un concert de Blasmusik (fanfare) du premier mai.  Petit tour de lecture de blog chez le Aufreger , Lichtbild et la République des livres .  Dans le « Aufreger  », – où le blog paysages a eu l’honneur d‘ apparaître dans le Blogroll « Paysages – Christophes französischer Geographie Blog » – on apprend sous le titre « Der Bestandskunde als Depp bei 1und1?!? » (Le client fidèle, un idiot chez 1& 1) les difficultés que l’Aufreger a avec le provider 1&1.  Concernant « Paysages -Christophes französischer Geographieblog », il faut préciser que depuis que j‘ ai écrit «Sturm Xynthia : Blick von der Unterhaardt auf La Faute-sur-Mer, L’Aiguillon » le Blog paysages a fait une réelle entrée dans la blog -scène allemande – car le billet est fortement visité – à croire que Xynthia et les événements de la Faute sur Mer semblent intéresser le public allemand. Avant ce billet sur la tempête Xynthia les billets allemands du blog paysages, étaient surtout lus par quelques amis & connaissances personnelles de l’auteur.  Les seuls articles (à part Sturm Xynthia ) écrits en allemand ayant attiré un public en dehors des réseaux personnels de l‘ auteur sont « TGV 2873 in Mannheim : Rückblende auf „un TGV POS chez la vielle dame de Göppingen ?„, Leb wohl mein Herz – Freya von Moltke geb. Deichmann (1911-2010),   Das Biafrakind , Mannemer Dreck- traumhafte Zeiten – eine autobiographische Zeitreise mit Musik et das Fach Geographie an der Mannheimer Hochschule.

Chez Lichtbild, quelques petits mots sur « Les m’r Ebs » sur le Don Quichotte, elsässisch, d’André WECKMANN.  Chez la RDL dans Pourquoi le Nebraska ? nous apprenons des détails intéressants sur la traduction des livres français et francophones aux U.S.A. En ce qui concerne l’Allemagne, je crois que « le petit prince » arrive surement  en tête dans un tel palmarès – s’il en existe un.  Die Wohlgesinnten (Les Bienveillantes ) de Jonathan Littell, était si je me souviens bien, quelques semaines  sur les « Bestellerlisten du Spiegel » – et le livre a même droit à un article dans la wikipedia allemande.  Un des livres français les plus lus en langue français en Allemagne est certainement le livre , « les petites enfants du siècle» de «Christiane Rochefort»  car ce livre fait part du canon littéraire des cours de français de l’Oberstufe dans différents Länder allemand.  Ceci est  certainement dû au fait que l’article de la wikipedia allemand sur les petits enfants du siècle est beaucoup plus élaboré que l’ébauche de la wikipedia française sur le livre, qui se résume à trois petites phrases. Je suis retombé sur le souvenir du livre dans l’ombre de la malheureuse discussion sur la Spätrömische Dekadenzdebatte & Hartz IV que Guido Westerwelle  initia en février 2010.

En lisant Pourquoi le Nebraska ? dans la RDL – et en faisant le lien virtuel avec l’Allemagne – je me disais que le grand public en Allemagne connait peut être Jonathan Littell – mais qui en Allemagne connait encore Hölderlin ?  Il se trouve que justement hier je passai chez mon libraire à Grünstadt – la librairie Frank – et demandai si il y avait encore une demande pour les œuvres de Hölderlin. La réponse de Monsieur Frank fut clairement non – Hölderlin ici n’est plus lu. Peut être  que dans une librairie de ville universitaire allemande – Heidelberg ou Tübingen ,on lit peut être plus de Hölderlin , mais dans la Unterhaardt entre Grünstadt et Bad Dürkheim je dirais que Hölderlin est devenu un illustre inconnu – et je crois que ce constat est valable pour une très grande partie du monde germanophone.

Hurra wir dürfen zahlen TitelblattFinissons ce billet de lecture matinale avec un petit coup d‘ Œil  sur un livre sur les classes moyennes en Allemagne (Hurra, wir dürfen zahlen – der Selbstbetrug der Mittelschicht de Ulrike Herrmann) – car je pense qu’en Allemagne ce sont surtout la Mittelschicht – et le Bildungsbürgertum – qui forment la grande masse de lecteurs et lectrices du livre et des livres – donc pour tous lecteurs qui possèdent  de bonnes connaissances de la langue allemande – et qui souhaitent avoir une image de l‘ actuel état socio-économique & sociopolitique & socio psychologique de la  « Mittelschicht » (classe moyenne) allemande actuelle, on ne peut que conseiller la lecture de ce livre.

Livres citées :

Herrmann, Ulrike (2010) : Hurra, wir dürfen zahlen – der Selbstbetrug der Mittelschicht. Frankfurt (Westendverlag), ISBN 978-3-938060-45-2

Christophe Neff, Grünstadt le 1.5.2010

Encore quelques mots sur Makombo (4.4.2010)

En écrivant dans mon dernier bulletin En souvenir de Makombo village oublié de la Haut – Uélé les mots : « La trace sanglante que le LRA a laissée dans la région de Makombo n’est pas la première de ces nouvelles cauchemardesques ( et malheureusement je crois ce ne sera certainement pas la dernière ), et notons que l’info même a mis presque trois mois pour nous parvenir » – je ne savais pas encore qu‘ en fait l‘ info sur le massacre de Makombo , comme on nomme cette tragédie au niveau international avait déjà été traitée par un article «Tapili: une cité sinistrée de plus»  dans le blog du journal  Zaïrois Itimbiri ya Sika . Cette info a été entre autres reprise par  radio Vatican (ceci en allemand)  et dans Sudan Tribune. Mais apparemment l’info n’a jamais atteint notre hémisphère occidental. Il fallait donc que Human Rights Watch publie le document « trail of death » pour que l’hémisphère occidental se réveille pour quelques petits moments avant de s’endormir de nouveau. Makombo est déjà oublié – mais apparemment la LRA est encore bien vivante. Dans ce contexte , je suggère aussi la lecture «Isiro menacé par les églises de réveille » du blog de Itimbiri ya Sika du Jeudi 25 mars 2010.  A l’auteur de cet article Dieudonné Lolémo Pilipíli on aimerait répondre « non les allemands n’ont pas fait la connaissance de Julien Andavo Mbia – ils ne savent certainement rien sur le personnage – mais du reste, c’est certainement valable pour une grande partie du monde francophone. Grâce à la publication de trail of death – ils vont peut- être peut garder dans leur mémoire que la LRA est une bande de criminels capables de violences particulière atroces. Peut être ! »

En écrivant mon dernier bulletin, et en écrivant la petite ébauche wikipedia sur le village de Makombo, je n‘ étais pas si sûr que Makombo existait réellement – Makombo (ou Macombo) ressemble à  Macondo – le village imaginaire de Cent ans de solitude – Cien años de soledad du roman de Gabriel García Márquez – car  Itimbiri ya Sika parle surtout de Tapili et Ndingba – mais grâce a au document de HRW ainsi qu’à la carte que comporte ce document – Makombo est devenu un des symboles oubliés  d‘ une interminable guerre de caractère préwestphalien & postmoderne pour utiliser les mots de Philippe Hugon (2009), – qui se passe à plusieurs centaines de siècles d’isolement  de notre espace et civilisations occidentales.

Sources :

Hugon, Ph. (2009) : Le rôle des ressources naturelles dans les conflits armés africains. In : Giblin, B. (Eds) : Pillages et Pirateries, Hérodote revue de géographie et de géopolitique, 3. Trimestre 2009, N. 134 , p. 63 – 78, (ISBN 978- 2-7071-5844-4).

Christophe Neff, Grünstadt le 4.4.2010

En souvenir de Makombo village oublié de la Haut – Uélé en République démocratique du Congo

Makombo est un village et une région dans l‘ est de la Haut – Uélé en République démocratique du Congo (RDC). Village et région inconnus ( même la Wikipedia française ne connait pas les lieux; – mais depuis le 28.3.2010 il existe un article Makombo massacre dans la Wikipedia anglaise ) mais depuis que Human Rights Watch vient de publier le rapport « Trail of death – LRA Atrocities in Northeastern Congo », rapport qui existe aussi en forme de résumé français « Le chemin de la mort – Atrocités commises par la LRA dans le Nord-est du Congo » Makombo a eu l’honneur d’ apparaitre pour quelques petites heures à la une de la presse internationale.

« Révélations sur un massacre de civils perpétré par des rebelles ougandais en RDC » dans le Monde.fr, « Fleeing Rebels Kill Hundreds of Congolese » dans la NYT, « Massaker an Hunderten Menschen im Kongo aufgedeckt » – dans le SPON, ou «Human Rights Watch dénonce les massacres de la LRA» dans Jeune Afrique.

Aujourd’ hui quelques jours après la publication des rapports de Human Rights Watch – on peut être sûr  que ces nouvelles nous provenant de la RDC sont déjà tombées dans l’oubli médiatique et politique. Et même sans les événements sanglants de Moscou du lundi 29.03.2010, l’effet serait certainement  le même. On pourrait même se demander  qelle est la demi-vie de ces nouvelles cauchemardesques qui nous arrivent de temps en temps de l’Est de la RDC, de la région des grand lacs. La trace sanglante que le LRA a laissée dans la région de Makombo n’est pas la première de ces nouvelles cauchemardesques ( et malheureusement je crois ce ne sera certainement pas la dernière ), et notons que l’info même a mis presque trois mois pour nous parvenir.

On parle beaucoup de la protection des Gorilles en Afrique équatoriale. Surtout dans les pays-anglo saxons et aussi en Allemagne (par exemple ici reportage radio du Deutschland Funk sur la situation des Gorilles en RDC ).  Peut -être qu’avant de parler de la situation des Gorilles il faudrait plutôt sortir de l’oubli le sort des populations humaines du bassin du Congo entier. Le jour où cette partie oubliée du Monde, les habitants de ces  pays lointains auront enfin la chance de sortir de ce rêve cauchemardesque  de pillages, vols, viols, esclavage et massacre  qui nous rappellent  bien  l’image de la guerre de 30 ans en Moyenne Europe, les gorilles aussi pourront espérer un avenir meilleur.

Je n’ ai pas de solutions clefs en main pour enfin en  finir  avec cette situation cauchemardesque, que se soit dans la Haut – Uélé, dans le Kivu, et dans les autres parties du bassin du Congo , cauchemar qui perdure depuis des décennies , mais nous n’ avons pas le droit d’oublier cette partie du monde.

« Nous avons été oubliés. C’est comme si nous n’existions pas. Le gouvernement dit que la LRA n’est plus un problème, mais je sais que ce n’est pas vrai. Je vous en prie, s’il vous plaît parlez à d’autres de ce qui nous est arrivé. » ‒ Chef traditionnel de 80 ans, pleurant son fils tué par la LRA, Niangara, le 19 février 2010 (Source: Résumée et préambule du document Human Rigth Watch «chemins de la Mort» New York Mars 2010).

Et au-delà  de toutes considérations humanitaires, car ne soyons pas dupes, les considérations humanitaires ne sont certainement pas des « strong drivers »  dans la politique internationale , finissons donc  avec quelques éléments de géopolitique.

Je me suis permis de faire la comparaison de la situation géopolitique actuelle des régions du bassin du Congo avec la guerre de trente ans. Le jour où  les grand joueurs de l’époque, La France, L’Espagne et la Suède se sont mis d’ accord lors du  Traité de Westphalie, là, enfin, les hordes de Lansquenets qui semaient la terreur dans les villes et campagnes de la Moyenne Europe pendant des décennies commencèrent  à se calmer  et ce qui restait de populations massacrées   pouvait enfin reconstruire ces pays du Saint Empire germanique. Le rapport de Human right watch appelle directement au leadership des Etats Unis « Take strong leadership in coordination efforts to resolve the LRA threat ».

L’Europe et tout particulièrement la France auront tous intérêt à s’engager avec un strong leadership dans la région, pas seulement pour bannir les démons de Lord Resistance Army,  mais pour enfin trouver une solution durable pour les multiples problèmes qui déchirent  cette région du monde.

Et pour finir , même si le français n’a pas encore là-bas la fonction de langue vernaculaire comme par exemple en Côte d’ Ivoire , Kinshasa la belle  est déjà la deuxième ville francophone du monde après Paris. Dans quelques années Kinshasa sera la plus grande métropole francophone du monde dépassant largement Paris en habitants. Nous nous payons le luxe d’oublier les souffrances et douleurs des habitants (et de leur environnement) du bassin du Congo. Mais si dans quelques décennies la région aura peut être vaincu ces vieux démons , nous serons peut être les oubliés, les perdants , car entre temps les grands partenaires  de la RDC  seront les Etats Unis, la Chine et le Brésil.

Pour une lecture plus approfondie et scientifique des problèmes qui ravagent l’est de la RDC je conseille le texte « Ressources minérales, armes et violences dans les Kivus (RDC) » de Pierre Jacquemot (2009) paru dans le numéro 134 de la revue Hérodote .

Sources :

Human Rights Watch (2010) (Ed): Trail of Death – LRA Atrocities in Northeastern Congo. March 28, 2010. ISBN: 1-56432-614-4 (printed copy).

Jacquemot, P. (2009): Ressources minérales, armes et violences dans les Kivus (RDC). In : Giblin, B. (Eds) : Pillages et Pirateries, Hérodote revue de géographie et de géopolitique, 3. Trimestre 2009, N. 134 , p. 38 – 62, (ISBN 978- 2-7071-5844-4). (Un petit résumé de l‘ article se trouce ici ).

Christophe Neff, Grünstadt le 31.3.2010

 

P.S. (31.3.2010 12:00): En ce qui concerne les données wikipedia sur Makombo je me suis permis de créer des ébauches géographiques Makombo dans fr. et en.

P.S. (31.3.2010 17:25) : Notons que le Blog du Journal nord-zaïrois Itimbiri ya Sika nous informait déjà le 31.12.2009 des « exactions criminelles » de la LRA en Haut – Uélé sous le titre de «Tapili: une cité sinistrée de plus ».