Blognotice 14.10.2012: encore une nouvelle librairie à Leucate

Durant mon dernier séjour à Leucate j’ai découvert la librairie L’An Demain à Leucate-village. En fait, la librairie existe déjà depuis juillet 2012, – mais apparemment je ne l’avais pas encore découverte. Donc à Leucate village, nous avons déjà trois librairies – la librairie Adamus, la librairie Entrez libres – au clos de Ninon, – et maintenant la librairie galerie l’An Demain. Avec la librairie du Centre Commercial de Port Leucate, la commune de Leucate est donc en train de devenir un vrai centre du livre, – « Leucate – capitale du livre des Corbières maritimes ?».

J’admire le courage des deux nouveaux libraires à Leucate (Entrez libres – au clos de Ninon, L’An Demain), car le métier de librairie devient de plus en plus difficile. La librairie galerie l’An Demain est une librairie spécialisée dans les secteurs « nature, écologie, paysages » secteurs qui ne sont pas les branches principales des autres librairies à Leucate. Une bonne place pour trouver un livre spécial sur l’écologie des paysages méditerranéens hors d’une librairie universitaire. En plus c’est aussi une librairie bloggeur, – le libraire Martin Guillemot publie aussi un petit blog, – « le blog de la librairie L’An demain ». Je pense que vu la spécialisation des trois librairies à Leucate-village, il y aura assez de place pour les trois (Librairie Adamus petite librairie générale avec un grand rayon presse incluant aussi la presse internationale (allemande, anglaise etc.) ;  Entrez libres – au clos de Ninon librairie spécialisée dans les livres pour enfants, livres de poches et livres de poésie, beaux livres – et l’An Demain avec la spécialisation déjà décrite et de plus un rayon de livres d’occasion en anglais.). Donc si tout va bien,  Leucate,  Leucate village pourrait devenir  une véritable capitale du livre dans les Corbières maritimes, – une cité du livre et de la lecture – entre Montagne, Etang et Mer. La seule chose qui manque un peu, c’est un véritable guide naturaliste du pays  Leucatois,  un guide qui décrit aux intéressés les beautés des paysages Leucatois et de ses environs,  un guide qui parle aussi des problèmes et dangers environnementaux, car ces dangers existent  et cela ne sert à rien de les balayer sous le tapis. Un tel guide devrait être si possible un guide bilingue (anglais/Français) pour pouvoir se trouver une clientèle internationale.  Si un jour j’atteins l’âge de  ma retraite, je pourrais moi-même écrire un tel guide naturaliste (Titre potentiel: Guide naturaliste des paysages du Leucatois/naturalist guide of the landscapes of Leucate), – mais j’atteindrai mon âge de retraite dans une vingtaine d’années. Il faut donc espérer, si on veut voir naître un tel guide naturaliste des paysages du pays Leucatois dans un plus bref délai, qu’un autre auteur s’attaque à l’écriture de l’ouvrage.

Photo:  © C. Neff – Vue sur la Librairie Galerie d’art l’Ain demain, Leucate, rue de l’Eglise, 5.10.2012

 

Christophe Neff, 14.10.2012

Paysages forecast for Nobel Prize in Literature 2012

In some hours, at 13.00 Stockholm time, the winner of this year Nobel Prize in Literature will be announced. As every year, paysages (see here: 1, 2, 3 ) tries to forecast the winner, or authors which seem to have good chances to get the Nobel Prize in Literature. Two days ago M.A. Orthofer has published a list of potential winners in the Literary Saloon. The Ladbrokes odds currently put Haruki Murakami as a potential winner for the price. My personal favorites for this year Nobel Prize in Literature are Haruki Murakami, Ngũgĩ wa Thiong’o, Assia Djebar, Mo Yan and Péter Nádas. Perhaps Philip Roth has also some chances to get the price, – recently Alain Finkielkraut has published a review of Roth work “Malheur et châtiment. „Némésis“, Philip Roth in Le Monde des Livres, – reading this review, I thought maybe this year, – Roth perhaps will get the price. If I would have the chance to choose the Nobel Prize in Literature, I would choose Ali Ahmad Said Esber (Adonis)! I consider him as one of the greatest living poets – his work is well known in the francophone and Arabic world. The poetry and work of Adonis could also be considered as symbol for liberty, freedom and humanity in the Arabic World.

In some hours we will know the happy winner of Nobel Prize in Literature 2012.

Christophe Neff, le 11.10.2012

P.S.: (11.10.2012; 13.05) Mo Yan has been awarded the Nobel Price in Literature 2012.

 

Commentaire sur les évènements de la journée du 14.09.2012 à Tunis.

Le vendredi 14.09.2012 fut une journée de colère dans le Monde Musulman, la vidéo «L’innocence des musulmans » avait provoqué une réaction vive, manifestations, émeutes, mises à sac d’ambassades, destruction de l’école américaine de Tunis.  En Allemagne le réveil fut particulièrement rude, car on se croyait être hors de cible, mais la mise à sac de l’ambassade allemande au Soudan montrait bien que tous l’occident était ciblé – et que cette mise à sac de l’ambassade à Khartoum ne fut pas l’œuvre d’un évènement de colère spontané, mais  bien préparé et orchestré en avance. La même chose semble avoir lieu à Benghazi.

Naturellement on pourrait se demander pourquoi cette vidéo, ce brûlot  islamophobe, déchaîne tant de  passion,   et en même temps la guerre civile en Syrie, où les bourreaux du boucher de Damas, tuent, massacrent jour après jour, n’ont  jusqu’à présent engendré  aucune démonstration de solidarité visible et audible  dans le monde arabe avec les victimes des massacres commis par les troupes de Bachar el-Assad. Cette question mériterait surement une réflexion approfondie (voire aussi ici).

La destruction des mausolées et de mosquées de Tombouctou par Ansar ed-Dine  en Juin/Juillet dernier n’a que je ne sache pas provoqué une telle indignation furieuse dans le monde islamique! En fait qui encore pense aux destins de manuscrits millénaires, qui fut le trésor de cette ville, qui de nos jours sont menacées par l’obscurantisme le plus arriérée !

On pourrait aussi demander à qui réellement profite la mise en circulation de la vidéo?

Personnellement la mort de John Christopher Stevens à Benghazi, et de voir l’ambassade américaine de Tunis saccagée, de voir partir l’école américaine partir en fumée, m’ont fortement touché. J’avais suivit les évènements de Tunis via le „live“ du Monde, et quelques sources twitter et j’étais littéralement foudroyé  par ce que j’ai pu suivre via twitter etc. Voici des extrais du reportage de Isabelle Mandraud (2012b) paru dans la version papier du Monde du 16.09.2012 : « Fenêtres brisées sur toute une façade, drapeau arraché, sol jonché de pierres mais aussi de douilles de balles et de cartouches de chevrotine, voitures en feu sur le parking… Des annexes continuaient à brûler, tandis que montait de l’école américaine toute proche, entièrement pillée et incendiée, un épais nuage noir visible à plusieurs kilomètres. …. A Tunis, avec une violence inouïe, des groupes de salafistes et de casseurs ont tenté de prendre d’assaut le bâtiment diplomatique américain aux cris d’«Allah Akbar» et «Obama, nous sommes tous des Oussama ». (Version électronique chargeable pour les abonnées le Monde.fr)

Pendant mes années tunisiennes, entre 2005 et 2008, – il y avait des périodes, où je passais plusieurs fois par jour devant les bâtiments de l’ambassade U.S., et devant l’école américaine, la  «American Cooperative School of Tunis» en faisant le trajet la Marsa – Tunis Ville et retour en voiture, car souvent  pendant cette période tunisienne j’habitais à la Marsa-Corniche.  La destruction de l’école américaine, est d’ailleurs un symbole très fort, car c’est un symbole du savoir qui fut mis à feu. Les lieux du savoir étant depuis tout temps cibles des violences déclenchées par l’obscurantisme de tout bord. Néanmoins, même si je considère que les évènements de Tunis du vendredi 14.09.2012 sont très graves, je pense, et là je rejoins l’analyse et le cri de cœur d’Isabelle Mandraud –« Sur la Tunisie, halte au feu ! » (Article réservé aux abonnés Le Monde/payant), que la Tunisie a encore toutes les chances d’évoluer vers une vraie démocratie, comme je l’avais déjà écrit dans les lumières du Fohrenbühl. Naturellement le danger salafiste a pris de l’ampleur, mais cela était prévisible. En plus, depuis le début du printemps arabe l’environnement géopolitique a fortement changé, la désintégration du Mali met en danger aussi bien l’Afrique subsaharienne et le Grand Maghreb, même l’Egypte et le Machrek, et je dirais même que l’Europe n’est pas à l’abri des conséquences des évènements dans le Nord du Sahel. La désintégration du Mali, l’infiltration de la mouvance  Touareg par AQMI au Nord du Sahel n’est d’ailleurs pas liée aux évènements en Lybie, car ceci s’est annoncé longtemps avant la chute du régime de Khadafi,  j’y avais même dédié un petit billet en février 2010. La chute du régime de Khadafi a peut-être précipité les choses, mais les failles et les structures annonçant des lourds problèmes au Nord du Sahel, la désintégration du Mali etc., étaient déjà bien visibles  avant,  il suffisait d’avoir un œil géopolitique attentif. La présence accrue d’AQMI dans le Nord du Sahel, la désintégration du Mali  font de cette partie du Monde un véritable « porte d’avion », un « terrain de refuge » pour AQMI  et les mouvances salafistes, d’où il est possible de s’infiltrer dans les états avoisinants pour les déstabiliser.

Donc depuis le début de la révolution jasmin en Tunisie, l’environnement géopolitique s’est nettement assombri pour la Tunisie. En plus à la question socio-économique, cette question fondamentale pour la survie durable d’un état démocratique, à cette question, le nouveau gouvernement tunisien, ce premier gouvernement tunisien issu d’une vraie élection démocratique, n’a jusqu’à présent trouvé aucune réponse significative. Ajoutons à cela que le dernier hiver fut , de plus, particulièrement  rude  dans le Nord de la Tunisie, par endroits il y avait plus de neige qu’ en Allemagne, par surcroît  il y avait une pénurie de bouteilles de gaz (voir aussi Blognotice 22.12.2011) : donc une grande partie de la population n’a guère l’impression que les changements politiques aient engendré une amélioration de leur situation socio-économique personnelle , bien au contraire. Et si par malchance la Tunisie devait encore affronter un hiver rude comme l’hiver 2011/12 on aurait vraiment  à se faire des soucis.

Mais je pense que l’avenir du printemps arabe en Tunisie  se jouera principalement sur l’évolution socio-économique du pays. Pendant mes années tunisiennes, j’avais aussi la chance de travailler dans les ruraux tunisiens, du Sud au Nord, et toutes ces fortes impressions que les ruraux tunisiens m’avaient  laissé je les avais inclus dans mes cours sur la géographie du Maghreb, spécialement dans le chapitre que j’avais dénommé « le Djebel a faim ». En fait j’avais emprunté le titre de ce chapitre au livre de Serge Moati « Du Côté des vivants », livre que j’avais acheté à la librairie Milles-feuilles à la Marsa, – et dont la lecture m’accompagnait pendant mes travaux dans les ruraux brûlants de Tunisie. Je me permets de citer quelques passages d’un chapitre qui m’a fortement marqué, car j’avais l’impression qu’ en fait les choses n’avaient guère changé loin des côtes qui s’étaient enrichies avec le tourisme, mais qu’une grande partie de l’intérieur du pays, n’avait guère profité des retombées du tourisme. L’intérieur de terres tunisiennes, c’était des pays  bien loin des côtes touristiques,  de véritables planètes à part.

Précisons que ce que Serge Moati fils nous raconte se passe pendant le protectorat français.

« Il y avait aussi parmi eux quelques évadés politiques, je vous le concède. Beaucoup venaient de Tripolitaine. Ceux-là ont composé le premier noyau de ces bandes armées. Et puis, ils ont recruté ce qu’ils ont pu et comme ils ont pu, y compris des gamins excités et désœuvrés… – Ils ont trouvé des volontaires dans les bleds les plus perdus … Ils leur disaient : « Tu n’es pas content de ton sort, la récolte a été mauvaise ou il y de la sécheresse, ton patron, ce salaud de colon, t’a renvoyé, viens avec nous dans le maquis… » L’action pourrait se passer à l’identique en Calabre, en Sicile, en Corse…

Rejoindre les fellaghas devient pour des types paumés une façon de s’opposer de manière forte et, si j’ose dire, romantique, à la présence française…

– Je me permets de vous donner une preuve de ce que j’avance, enchaine Papa. Au printemps dernier, vous le savez, le recrutement des fellaghas s’est accru. Pourquoi, selon vous ? …

Parce que c’était la période de chômage la plus terrible ! Entre la récolte de l’alfa et la moisson. On rejoint les rangs des fellaghas aussi parce que l’on a faim et que l’on se sent abandonné ! Voilà !

-« Voilà ! » Dites-moi, Monsieur Moati, vous pourriez écrire une thèse sur les fellaghas! Vous semblez si bien les connaître ! Curieux, d’ailleurs ce savoir presque intime…

– Je sens les choses. Je connais mon pays. Je suis Tunisien, après tout…

– Je vous croyais Français ?

– Je suis franco-tunisien. Voilà ce que je suis. Et juif

– Je sais

– Et livournais. Et arabe.

– Tout ça ?

– Tout ça. Et j’en suis fier !

Le problème est social ! Il faut reclasser les fellaghas, leur trouver du travail, leur donner de quoi manger ! Ce serait tout à l’honneur de l’administration française et des nouveaux pouvoirs tunisiens! Comme dit le secrétaire général de mon parti, Elie Cohen-Hadria : « Rendre nourricière la steppe brûlante, c’est en fin de compte en arracher pour l’éternité, la semence des fellaghas ! »

-C’est beau comme l’antique.

– C’est surtout vrai » (Citations extraites des pages 253-257 du livre « Du côté des vivants » de Serge Moati).

Cette conversation entre Serge Moati père et un colonel de l’armée française, dont nous parle Serge Moati fils dans son roman autobiographique « Du Côté des Vivants », s’est passée  durant les années cinquante du dernier siècle et depuis beaucoup de choses ont changé: la présence française, les colons français ont disparu, les fellaghas pour ainsi dire aussi. Le récit de Moati, – fiction ou réalité vécue, – cela n’a aucune importance – car ce fut ce fut une des réalités vécues des ruraux tunisiens d’après-guerre.

Mais la steppe est restée aussi brûlante de nos jours,  et je crois que ces professions  de foi de Serge Moati père rapportées par son fils Serge – sont toujours valables  c’est au moins ce que je ressentais pendant mes séjours dans les ruraux tunisiens. Et je me disais, si un jour la Tunisie devenait  par chance un état véritablement démocratique,  se débarrassant  de son lourd historique autocratique, il faudra absolument trouver une solution pour les populations des ruraux marginaux, les faire participer à la richesse nationale!

Car si la « steppe brûlante » pour utiliser les mots de Serge Moati père et de Elie Cohen-Hadria, si la faim, les sentiments d’abandon,  tous ces maux persistent en Tunisie,  ne disparaissent pas aussi bien du Djebel, des bleds, que des quartiers pauvres du grand Tunis,  l’avenir pour la jeune démocratie tunisienne s’annonce  plutôt sombre. Ceci dit, cela ne se limite pas au cas tunisien, mais ces problèmes se posent dans tous les états du Maghreb et bien au-delà !

C’est vraiment un grand défi,  et franchement l’actuel gouvernement, premier gouvernement tunisien issu  d’une élection libre et démocratique, le Gouvernement Hamadi Jebali semble avoir des grandes difficultés à trouver des réponses adéquates à  ces problèmes difficiles et cruciaux pour l’avenir de la Tunisie. Mais à ceux qui voient le printemps arabe tourner au  cauchemar, – il faudrait peut-être rappeler que la voie vers la démocratie de nos états occidentaux fut aussi un chemin long, périlleux, plein de dangers, de déceptions, de violences … tout cela ce ne s’est pas construit du jour au lendemain. Cela a pris du temps, même beaucoup de temps, de grandes lenteurs!

Personnellement, je crois que la société tunisienne peut réussir sa transition démocratique même si le chemin à parcourir sera long et difficile. Même très difficile, – voir partir l’American Cooperative School of Tunis en fumée  cela affecte d’une certaine manière mon optimisme, mais néanmoins je veux bien croire aux mots que je prononçais dans les lumières du Fohrenbühl : « je ne suis pas voyant, je ne partage pas le pouvoir clairvoyant de tant d‘ « experts du monde arabe » mais je pense que, si il y a actuellement une société du monde arabe qui pourrait réussir à construire une véritable démocratie laïque et une société libre c’est bel et bien la société tunisienne – le peuple tunisien . »

Je me permets de finir ce billet avec une citation d’Isabelle Mandraud « Les islamistes n’ont pas pris le pouvoir avec le couteau entre les dents: ils ont été élus, démocratiquement. Ils ne sont d’ailleurs pas majoritaires, ce qui les a contraints à nouer une triple alliance pour gouverner un pays encore déstabilisé, qui tâtonne et qui se cherche aujourd’hui une identité. Comment pourrait-il en être autrement dans une petite république qui n’a jamais connu la démocratie, même au temps de Bourguiba? Oui, l’islamisation de la société est un sujet sensible, mais qui mérite mieux que des caricatures. (Mandraud, I. 2012a, p.1) ». Oui je pense, que ces mots écrits par Isabelle Mandraud, même après les évènements d’hier, n’ont rien perdu de leur signification – bien au contraire !

Œuvres & sources citées :

Mandraud, Isabelle (2012a) : Sur la Tunisie, halte au feu! Le Monde Géopolitique, N˚ 21038 daté Dimanche 9 – Lundi 10 septembre 2012, page 1. (Version électronique chargeable pour les abonnées le Monde.fr)

Mandraud, Isabelle (2012b) : Tunis touchée par les violences anti américaines – Trois personnes sont décédées dans l’attaque de l’ambassade des Etats-Unis par des groupes salafistes et des casseurs. Le Monde, Dimanche16- Lundi 17 septembre 2012, page 3. (Version électronique chargeable pour les abonnées le Monde.fr)

Moati, Serge (2006) : Du côté des vivants. Paris, Librairie Artheme Fayard, ISBN 2-213-63087-9

Christophe Neff, écrit le 15.09.2012, publié le 16.09.2012

Blognotice 10.09.2012: Changements de Paysages dans la Raumschaft Schramberg

Schramberg - Blick auf die Steighäuslefläche 16.8.2012Des changements des paysages, il y en a aussi dans la Raumschaft Schramberg, petit terroir de la Forêt Noire dans lequel j’ai passé une grande partie de mon enfance. J’ai eu  dernièrement, durant un cours pratique sur les changements de paysages dans le « Mittlerer Schwarzwald », cours pratique qui eut lieu du 15 au 19.8.2012,  l’occasion de le constater. Le but de ce cours était d’initier les étudiants à la pratique de la cartographie du paysage et de la dynamique végétale. Nous avons donc travaillé sur deux chantiers distincts – l’un sur la reprise végétale du feu de forêt de Hornberg-Niederwasser –  et l’autre sur la coupe blanche du Steighäusle à Schramberg (voir aussi la notice: La Forêt progresse à Schramberg). Donc deux chantiers dédiés à la dynamique végétale et à la fermeture du paysage.

La Forêt Noire est aussi une terre de Feux de Forêts, même si cela a presque disparu complètement de la mémoire collective  et la recherche scientifique jusqu’ à présent n’a pas encore écrit l’histoire des incendies de forêts en Forêt Noire. Le Brandenkopf, – la tête brûlée, porte le souvenir du grand incendie de 1730 dans son nom, avant il s’appelait Varnlehenskopf. Le plus grand incendie fut certainement le grand incendie de Baiersbronn-Schönmünzach qui dévasta une grande partie des forêts du Grindenschwarzwald et de la Murg en 1800. Le nouveau livre de Wolfgang Schlund & Georg Jehle & Charly Ebel,  „100 Jahre Bannwald Wilder See„, dédié au centenaire de la réserve forestière du « Bannwald Wilder See »  a le mérite de dédier un chapitre entier à l’incendie oublié de Baiersbronn-Schönmünzach. En dehors de l’aspect feu de forêt, le livre est aussi une magnifique initiation aux paysages du nord de la Forêt Noire.

L’incendie de Hornberg – Niederwasser, éclata en Avril 1997 le long de la Schwarzwaldbahn, – dû à un blocage de freins d’un train de marchandise – il  brûla à peu près 100 ha de Forêt de Montagne (voir aussi ici). Depuis, la reconquête végétale a repris ses droits  et une nouvelle forêt émerge lentement des brûlis. Cette reconquête naturelle, seulement une partie infime du terrain incendié, fut replantée par des Sapins de Douglas (Pseudotsuga mensziesii), de la végétation que j’observe depuis avec l’aide des étudiants. Des connaissances approfondies sur l’historique de feux de forêts de la Forêt-Noire ou des Vosges avoisinantes pourraient aussi nous donner des enseignements précieux sur ce qui nous attend, car si les prévisions climatologiques s’avèrent être correctes, il y aura de plus en plus d’incendies de forêts dans ces deux massif montagneux.

Le site du Steighäusle à Schramberg est une coupe blanche que la ville de Schramberg a établie entre la Talstadt Schramberg et le Sulgen pour gagner de l’espace ouvert, lumière et air frais pour la ville de Schramberg, qui, encaissée dans le Talkessel de la Schiltach, entourée de forêts et de montagnes, manque d’air et de lumière.  Dans le livre de Cornelia Stubbe sur la géographie industrielle de la Forêt Noire on trouve une belle phrase sur la structure géographique de Schramberg – «Une répartition des rôles semble s’effectuer : Schramberg la vielle ville, rassemble les fonctions administratives, commerciales et sanitaires, donc l’ensemble du tertiaire, tandis que Sulgen, sur les hauteurs, avec une belle vue et davantage de soleil, offres des espaces à vocations industrielles, résidentielles et récréatives.» (Cornelia Stubbe:« L’Industrie en Forêt Noire », Paris 2005, p. 12) même si depuis, le rôle sanitaire de la vielle ville, la Talstadt, se beaucoup rétréci car l’Hôpital de Schramberg, le Kreiskrankenhaus Schramberg a disparu.

La coupe blanche du Steighäusle, est entretenue périodiquement par un petit troupeau de chèvres pour freiner la reprise de la forêt. Il était prévu d’installer un chantier de brûlage dirigé pour pouvoir plus efficacement gérer la reconquête végétale, mais il y avait tellement d’obstacles bureaucratiques, que l’entretien de ce terrain se résume à  des passages périodiques d’un troupeau de chèvres. Comme pour le terrain de Hornberg-Niederwasser, nous observons sur la « Steighäuslefläche» la dynamique végétale. Cette fois ci, nous avons surtout travaillé sur des relevés témoins à gauche et à droite de la « Steighäuslefläche » – le long du Steighäusleweg et de la Charlottenhöhe. Le Steighäusleweg,  chemin pédestre entre la Bergvorstadt Sulgen et la Talstadt Schramberg, ce fut pendant 9 ans mon chemin d’écolier, chemin que je descendais presque tous les jours pour descendre au Gymnasium Schramberg, lycée où j’ai passé le bac (Abitur) en 1984. Pour le retour, les 5 km de chemin, ont un dénivelé de presque 400metres, c’était la voiture de mon père, qui était enseignant dans ce même lycée, ou dans des voitures d’un de  ces collègues qui en majorité résidaient aussi au Sulgen, ou parfois le bus, mais je  faisais à pied assez souvent le retour en hauteur au Sulgen. Ces kilomètres de marche à pied, c’était surement une bonne préparation pour mon service militaire et la formation d’officier de réserve chez les paras de la Bundeswehr au sein de la Luftlandebrigade 25 à Nagold et à Calw. Donc beaucoup de souvenirs personnels pour dresser un tableau subjectif des changements de paysages depuis que j’ai quitté l’école en 1984. En plus, nous avons exploré le « Broghammerweiher » – ou les vestiges du Broghammerweiher car, en fait, il  ne reste que quelques vestiges de l’étang de mon enfance. C’est sur les falaises entourant l’étang que j’avais découvert mes premières salamandres de feu, capturé des tritons dans la mare d’eau, observé les grenouilles. C’est grâce à mon ami d’enfance, Dirk S., qui habitait aussi comme moi jadis au Lärchenweg au Sulgen, qui m’avait fait découvrir le Broghammerweiher durant l’été 1972. Donc depuis que j’ai quitté le Gymnasium Schramberg, le paysage le long de mon chemin d’écolier a manifestement changé, la forêt, sauf sur la coupe blanche du Steighäusle, a progressé, le paysage s’est renfermé, le Broghammerweiher étouffe sous un manteau végétal, la forêt s’est visiblement refermée, là où l’homme l’a laissée se développer librement. Et des nouvelles espèces apparaissent, – les châtaignes (Castanea sativa), qu’on ne trouvait pas sur les flancs est de la vallée de la Schiltach, mis à part les trois exemplaires que j’avais plantés dans notre jardin au Lärchenweg, mais il y avait de beaux exemplaires entre Schramberg et Lauterbach au Schloßberg sur la façade ouest de la vallée de la Schiltach, font  partie de la dynamique végétale entre Schramberg et Sulgen. Et les espèces exogènes – les « Neophyten » comme on dit en allemand, sont en nette progression, dont le Laurier-cerise (Prunus laurocerasus)  et surtout la Balsamine de l’Himayala (Impatiens glandulifera). Mais il y  a aussi des plantes qui semblent avoir disparu, – les échappés de jardins de Rhododendron ponticum du « Stadtpark » de Schramberg sur la Charlottenhöhe – je ne les ai plus retrouvées. Ils ont peut-être disparu à cause de l’entretien du paysage par les chèvres, – car ici aussi la ville de Schramberg essaie de contenir la progression de la forêt  par des chantiers d’entretien du paysage. La Rhododendronblüte au Stadtpark, fin mai et début juin, ce fut  longtemps la fierté de la ville de Schramberg, – on organisait même de voyage pour la Schramberger Rhododendronblüte – mais tout cela est un peu tombé à l’oubli même si la collection de Rhodedendrons est encore en place au Stadtpark, parc qui se dénomme de nos jours « Park der Zeiten » en souvenir de l’industrie horlogère, dont Schramberg fut une fois le fief incontestable au moins en Allemagne. Dans cette belle collection de Rhododendrons, les Rhododendrons ponticum en place avait donné lieu à quelques échappées de jardin et une petite colonisation subspontanée de Rhododendron de la Charlottenhöhe. Le changement le plus spectaculaire, à part la fermeture du paysage, est sûrement la progression de la Balsamine de l’Himalaya. Cette plante était tout simplement inexistante le long de mon chemin d’écolier, que fut le Steighäusle entre 1975 et 1984. De nos jours, elle est quasiment omniprésente le long de chemins, des trouées, des cours d’eau, par endroits on a vraiment le sentiment de se retrouver face à une vraie espèce envahissante.

Durant presque trente ans, les paysages le long de mon chemin d’écolier que fut le Steighäusleweg, se sont renfermés (sauf naturellement sur la coupe blanche de la Steighäuslefläche), la forêt progresse,  des espèces thermophiles (Châtaignes) et exotiques comme le Laurier-cerise et la Balsamine de l’Himalaya sont apparues, progressent, et comme la Balsamine de Himalaya deviennent par endroits invasives. Durant ces presque trente ans, la ville de Schramberg a perdu sa gare, son hôpital ; oui, le paysage a beaucoup changé pendant ce temps, qui est, avec presque trente ans, le temps d’une génération. Quelques jours après ce travail de terrain, j’avais écouté une pièce radiophonique (Hörspiel)  sur le fictif retour du Loup en Forêt Noire «Der Schwarzwald-Ranger – Die Wölfe kommen ». Cette pièce fut écrit par Daniel Bachmann, écrivain-réalisateur avec le quel j’ai passé le bac au Gymnasium Schramberg en 1984. La pièce radiophonique de Daniel Bachmann est une pure fiction, mais des loups, ces fameux loups dont on parlait temps durant cet été en France (le Harro sur le Loup de Louis Bové)(voir aussi ma dernière note), je pense qu’ils pourraient bien apparaitre un jour ou l’autre en Foret Noire. D’ailleurs il s’est déjà manifesté aussi bien dans le Jura que dans les Vosges, donc le Loup est actuellement présent dans presque la totalité des massifs montagneux français, – c’est donc seulement une question de temps, il arrivera dans les massifs montagneux de l’Allemagne – aussi bien dans le Pfälzer Wald qu’en Forêt Noire.

L’entretien des paysages en Forêt Noire par des troupeaux de chèvres sans protection sera sûrement incompatible avec la réapparition probable du Loup. La fermeture du paysage, la progression de la foret  est aussi l’ image  d’une transformation socio-économique de l’espace, disparitions des infrastructures,  gares, hôpitaux, écoles, postes de polices, gendarmeries etc., un changement qui n’est pas restreint à la Raumschaft Schramberg, ce petit pays de Forêt Noire où j’ai passé une grande partie de mon enfance; cette transformation du paysage, nous la retrouvons un peu partout dans les ruraux de montagne en Allemagne, en France, en Suisse, oui, dans une grande partie de l’Europe rurale nous pouvons observer ce changement de paysages profond. Les paysages se referment et l’homme se sent terriblement seul et à l’abandon, cela attire les Loups. De ces loups, le vrai Loup, le Canis lupus, ne me semble pas être l’espèce la plus nuisible, car d’autres loups, bien plus dangereux,  nous attendent!

Sources & Ouvrages cités :

Bachmann, Daniel (2012): Der Schwarzwald-Ranger – Die Wölfe kommen. Badisches Mundarthörspiel. Pièce radiophonique émise par SWR4  Baden-Württemberg le Samedi 1.9.2012 à 21.00.  Livestream ici (7 eme emisson).

Schlund, Wolfgang ; Jehle, Georg ; Ebel, Charly (2012): 100 Jahre Bannwald Wilder See. Naturschutzzentrum Ruhestein & Landesbetrieb Forst BW Stuttgart, ISBN 978-3-00-035118-1

Stubbe, Cornelia (2005): L’Industrie en Forêt Noire, le defi d’une industrie en moyenne montagne. Paris (L’Harmattan), ISBN 2-296-00071-1

Photo:  © C. Neff – Vue sur la Steighäuslefläche et le Eckenhof à Schramberg-Sulgen depuis le Schloßberg-Hohenschramberg  16.8.2012. (Minolta 7000AF, Kodak Elite Chrome)

Christophe Neff, le 10.09.2012

Blognotice 11.08.2012: La Raumschaft Schramberg & Gerbersau

La Raumschaft Schramberg n’est certainement pas Gerbersau (Vallée des tanneurs – durant la jeunesse de Hesse à CalwCalw et ses environs fut encore un important centre de la tannerie de la vallée de la Nagold(voire aussi Schnierle – Lutz 2011)), – synonyme que Hermann Hesse utilisait pour décrire Calw et ses environs dans le Nord de la Forêt Noire, – mais le jour où l’Allemagne littéraire se souvenait de Hermann Hesse (50ème  anniversaire du  décès de Hermann Hesse), j’avais écrit par coïncidence un petit article sur la Raumschaft Schramberg pour la Wikipedia.fr. En fait l’Allemagne littéraire & culturelle commémorait ce jour l’écrivain suisse mort à Montagnola le 9. Aout 1962, né à Calw le 2 juillet 1877, dont l’œuvre est considérée comme une des plus lues (et connues/traduites) des écrivains de langue allemande  au niveau mondial actuellement.  Nous avons donc eu droit ce jour, cette semaine, – dans les medias allemands  à des billets, textes,  émissions de radios, un film de télévision (Die Heimkehr ),  en mémoire de Hermann Hesse. Personnellement j’ai particulièrement aimé le texte de Matthias Matussek  dans le dernier Spiegel «Ich mach mein Ding».  Mais on pourrait naturellement aussi se demander, qui en dehors du reliquat du Bildungsbürgertum, lit encore Hesse de nos jours en Allemagne. La Raumschaft Schramberg n’est pas Gerbersau, –  mais c’est entre les vallées étroites et les forêts sombres, les sapinières des Monts & Montagnes de la Raumschaft Schramberg, – que j’avais dévoré mes premiers Hesse, – Peter Camenzind, Narziß und Goldmund (Narcisse et Goldmund), der Steppenwolf (Le Loup des steppes) et surtout « Unterm Rad (L’Ornière), Unterm Rad, – comme le Schüler Gerber de Friedrich Torberg, étaient durant mes années lycéennes au Gymnasium Schramberg une de mes lectures préférés, – comme Hermann Hesse j’étais plutôt mauvais  élève, – ayant redoublé la 8ème  classe (achte Klasse) – et ayant durant une grande partie de ma carrière scolaire des relations plutôt difficiles avec une partie du corps enseignant. Le gymnasium Schramberg, les montres & horloges Junghans, la gare de chemins de fer, le Krankenhaus Schramberg, – tout cela représentait jadis le centre de la Raumschaft Schramberg. Le trafic voyageur de ligne de chemin de fer Schiltach-Schramberg fut abandonné en 1959, le trafic marchandises en 1989, la ligne fut fermée à tout trafic en 1991, – et la ligne partiellement déferrée en 1992. L’ horlogerie Junghans, qui était  jadis le symbole de la Raumschaft et de la ville de Schramberg, – la Raumschaft Schramberg était le bassin employeur des Junghans Uhren, – ont vécu déjà une histoire houleuse,  mais les montres Junghans ont le mérite d’exister encore. Il y a quelques années la Raumschaft Schramberg était considérée comme le bassin  de drainage (Einzugsbereich) du Schramberger Krankenhaus, l’ Hôpital de Schramberg, – mais une fois un des symboles de la Raumschaft Schramberg,  le Schramberger Krankenhaus fut victime des changements globaux, de la désertification médicale  ,il  fut fermé en Octobre 2011. A part les restes de Junghans Uhren, – qui doivent leur  survie économique après la faillite d’ août 2008  à l’ entrepreneur Hans-Jochem Steim qui reprit  le Junghans Uhren avec son fils Hannes Steim en février 2009, il ne reste donc en fait que le lycée de Schramberg, -le Gymnasium Schramberg – cet endroit où je découvris l’œuvre de Hermann Hesse dans les étagères de la bibliothèque de cette école (Schülerbibliothek des Gymnasium Schramberg) – plus trop de l’importance socio-économique de ce qui fut une fois la Raumschaft Schramberg, – une importante région géographique, une région industrielle historique de l’horlogerie et de la mécanique fine de la moyenne Forêt noire (mittlerer Schwarzwald). De nos jours donc – la Raumschaft Schramberg qu’on pourrait peut-être  caractériser avec le « Einzugsbereich » du Gymnasium Schramberg – la zone de rayonnement du Schramberger Gymnasium. Et si on me demandait – quels paysages fondent la matrice de la Raumschaft Schramberg – je répondrais peut-être  les fonds de vallées abruptes (vallée de la Schiltach, vallée de la Berneck, Schramberger Talkessel) – les sapinières des flancs de montagne, – les « Buntsandsteinsargdeckel (les couvert de cercueils en Grès bigarré qui forment les hauteurs de la Raumschaft Schramberg), les paysages, prés, forêts du Fohrenbühl avec ses boqueteaus  d‘Houx, – et peut être les floraisons de Rhododendron au Stadtpark (Rhododendronblüte), parc qui se dénomme jadis Park der Zeiten (parc des temps) – nom qui rappelle  l’importance historique de l’industrie horlogère et de mécanique fine. Non la Raumschaft Schramberg n’est certainement pas «Gerbersau» – mais c’est dans les paysages de la Raumschaft Schramberg que je découvris l’œuvre d’Hermann Hesse. Comme Gerbersau la Raumschaft Schramberg fait partie de la Forêt Noire. A Gerbersau dans l’imaginaire de Hermann Hesse se mélangeait réalité personnelle vécue avec la réalité géographique et historique d’une entité géographique fortement influencée par le piétisme souabe, la Raumschaft Schramberg n’a apparemment pas encore laissé de grande traces dans l’histoire littéraire allemande (à part le roman « Größer als des Menschen Herz » de Vinzenz Erath) – mais au contraire de Gerbersau la Raumschaft Schramberg a le mérite d’avoir une existence réelle au-delà de l’ imaginaire, – même si son importance socio-économique actuellement semble de se rétrécir comme une peau de chagrin! Dans mon imaginaire personnel, – la Raumschaft Schramberg a des traits communs avec le Gerbersau de Hesse, il faudrait peut-être une fois de plus relire «unterm Rad» et autres écrits de Hesse – que j’avais dévorés pendant ma jeunesse lycéenne dans la Raumschaft Schramberg.

Ouvrage cité :

Matussek, Matthias (2012): Ich mach mein Ding. Hermann Hesse gehört nach seinem Tod zu den auflagenstärksten Schriftstellern der Welt – in seiner Heimat wird es bis heute verachtet oder verklärt und fast immer missverstanden. Eine Rechtfertigung. In: Der Spiegel, 32/2012, 125-132. (lien vers le texte, sans images, ici chez Matussek)

Schnierle-Lutz, Herbert (2011): Hermann Hesse und seine Heimatstadt Calw. Chronologie eines wechselvollen Verhältnisses. Kleine Reihe, Archiv der Stadt Calw, 26. ISBN 978-3-939148-29-6.

Christophe Neff, le 11.8.2012

En souvenir d’André Weckmann – der Sprachbrückenbauer – le bâtisseur de passerelles linguistiques

En revenant de deux semaines de vacances en France, je découvris en lisant la Wochenendausgabe de la Rheinpfalz qu’André Weckmann était décédé le 29 juillet à Strasbourg. La Rheinpfalz avait publié un belle nécrologie d‘ André Weckmann écrite par Bärbel Nückler sous le titre « Der Sprach-Brückenbauer – Nachruf: – In dieser Woche starb der elsässische Dichter André Weckmann- Erinnerung an eine große literarische Stimme am Oberrhein». La nouvelle ne parvenait pas dans le Midi français, – les medias nationaux n’avaient pas transporté le triste message du décès d’André Weckmann, – celui-ci restait confinée entre les Vosges et la plaine rhénane. J’aurais tellement aimé  lire une belle nécrologie dans le Monde, ou dans la République des lettres,- mais presque rien – sauf  la très réussie nécrologie de Claude Keiflin « André Weckmann: « J’ai toujours eu de la chance » » publiée dans les blogs le Monde. Est-ce  que la France médiatique aurait un une fois de plus peu oublié l’Alsace, – oublié l’ancien malgré-nous qui déserta pour rejoindre les FFI, le chantre du bilinguisme, le poète des messages d’espérances et d’humanisme. En fait le grand public français avait que  découvert André Weckmann grâce à sa lettre de soutien à Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier pendant leur enlèvement en Afghanistan – lettre qui fut lue le 28 février 2011, par le comédien Charles Berling à Paris et l’enregistrement fut diffusé sur RFI. Dans cette lettre André Weckmann nous parle des peurs et des angoisses qu’il ressentit dans la cave à Steinbourg où il se cachait pour se soustraire à la Wehrmacht – après avoir déjà été blessé à trois reprises sur le front de l’est comme incorporé de force dans l’armée hitlérienne , sachant bien que, si l’occupant allemand l’attrapait il serait exécuté, pendu – un châtiment exemplaire pour disséminer la peur en Alsace. Après la guerre André Weckmann, devenu Professeur d’Allemand, écrivain, poète, humaniste , fut aussi un des bâtisseurs de la réconciliation franco-allemande. J’aurais aimé qu’on  parle  plus du décès d’André Weckmann dans la France de nos jours, sur l’œuvre littéraire, sur l’homme qui contribua à la réconciliation franco-allemande. J’ai parfois l’impression que l’œuvre littéraire de Weckmann est actuellement plus présente dans les milieux littéraires allemands que français. Mais peut-être  me trompé-je. Peut-être pourrait- on rééditer son premier roman « Les Nuits de Fastov » pour que l’auteur ne sombre  pas dans l’oubli en dehors de ses terres natales entre Steinbourg et Strasbourg.

Le dernier récit de Weckmann que j’ai lu était le « Babbaschott » publié dans un numéro spécial du magazine littéraire « Allmende » consacré à la littérature & paysages alsaciens (Allmende 87/Literarische Landschaften-das Elsass). C’est une fable sur les paysages ruraux de l’Alsace contemporaine, écrit en « Hochdeutsch » mélangé ici et là avec des expressions françaises, parsemé de  vers en « Elsässerditsch » – dont je me permets de reproduire le dernier publié dans le récit « Babbaschot ».

« Luej

dr owed het saim

heer

der wind raitzelt in de baim

spier

d wärme von der letschte traim (Weckmann, André 2011, 58).»

 

Textes cités:

Nückler, Bärbel (2012): Der Sprach-Brückenbauer – Nachruf: – In dieser Woche starb der elsässische Dichter André Weckmann- Erinnerung an eine große literarische Stimme am Oberrhein. In : Die Rheinpfalz Nr. 180, – Balkon: Über Grenzen. Samstag 4. August 2012.

Weckmann, André (2011): Babbaschott. In: Allmende, Zeitschrift für Literatur, 87, 31. Jahr, Juli 2011: Literarische Landschaften – Das Elsass, p. 45- 58, Karlsruhe, ISBN 978-3-88190-639-5

Christophe Neff, le 7.08.2012

Blognotice 21.7.2012

C’est en sortant de Karlsruhe,  le mercredi soir 18.7.2012, vers Graben que je découvris les premières moissonneuses-batteuses  de cet été, jeudi soir aussi quelques rare exemplaires dans le Leiningerland. Enfin, avec le début de la moisson des céréales d’hiver surtout la Wintergerste (orge d’hiver) et le Winterweizen (blé d’hiver) le Hochsommer (plein été) débute réellement en Allemagne,  ceci avec quelques semaines de retard, car la pluie presque incessante a retardé la moisson. Et en plus, la pluie et l’humidité gênent la moisson : les lourdes moissonneuses – batteuses sont handicapées par l’humidité – et elles risquent de s’enfoncer dans les champs. Donc dans beaucoup d’endroits en Allemagne la moisson de céréales attend de meilleurs jours,  surtout un peu plus de soleil pour que les moissonneuses puissent enfin commencer à travailler réellement. Pendant ce temps les allemands partent en vacances : à la recherche du soleil – si on en croit le SPON – « Bloß weg: Deutsche Urlauber fliehen vor Regensommer » ils sont en train de prendre les rives de la méditerrané à l’ assaut. Les céréales en Allemagne pourrissent sur les champs, faute de moissonneuses adaptées, légères qui pourraient aussi s’aventurer dans les champs humides  et les cours mondiaux des céréales ne cessent de grimper. Aux Etats-Unis, une grande sècheresse est en train d’assécher les Midwest,  cela n’a pas encore atteint les dimensions du Great Dust Bowl, les scènes de désolation dans les plaines du Oklahoma que John Steinbeck décrit majestueusement dans « les raisins de la colère » , mais les images se ressemblent  et les cours des céréales flambent. Cela me rappelle un peu le film « Septemberweizen (blé de septembre) » de Peter Krieg. C’est un film sur la faim, la spéculation des céréales  qui sortit au début des années 1980,et a reçu beaucoup des prix et de récompenses ,mais le film est complètement tombé à l’oubli de nos jours. Cependant les mécanismes décrits dans ce film n’ont guère changé depuis. Cet été les prix de céréales vont flamber, à cause de la sècheresse aux U.S.A, ici en Allemagne à cause d’un temps trop humide, – quelques rares « traders » vont se frotter les mains et encore une fois de plus rapporter une grosse cagnotte, – et beaucoup d’hommes, de femmes et d’enfants vont avoir faim, très faim. « Panem nostrum quotidianum da nobis hodie – Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour, – unser tägliches Brot gib uns heute – c’est à ces mots que je pense – quand je vois les champs de céréales dans le « Oberrheingraben », qui attendent qu’enfin l’humidité disparaisse et que les moissonneuses-batteuses puissent commencer leur vrai travail, afin qu’il ne soit pas trop tard et que le grain pourrisse sur la tige.  L’homme ne pourra jamais influencer les fluctuations du climat, les caprices de la météo, mais il pourrait certainement arrêter la spéculation des céréales si seulement il en avait la réelle volonté.

Christophe Neff, le 21.7.2012

Été 2012: foudres et orages sur le Fohrenbühl

Nous passions la nuit du 28 au 29 juin 2012 à l’hôtel Adler au Fohrenbühl. Nous, c’était un petit groupe d’étudiants et moi en tournée de prospection pour un petit projet de recherche de dynamique végétale & dynamique de paysages dans la Raumschaft Schramberg. Le soir du 28 juin il faisait assez lourd, – et déjà ici et là  les premiers orages éclataient sur la partie nord de la Forêt Noire. Nous regardions avec le « Stammtisch » de l’Adler le match Allemagne – Italie. L’ambiance était électrique – le Stammtisch avait assez vite « découvert » que « Mario Balotelli » était une menace pour la Mannschaft. En  fin de match c’était une certitude, – Super Mario  avait littéralement achevé la Mannschaft. Le Stammtisch se levaient, déprimés – fatigués, – et prirent  le chemin vers les fermes isolées entre Windkapf, Fohrenbühl, Schondelhöhe et Moosenmättle. Une dernière bière, – un dernier Willi, – et la lourde nuit s’étalait sur les cimes des Pins sylvestres et  des Sapins du Fohrenbühl. Il faisait chaud et lourd. Lentement le sommeil s’emparait du paysage. A deux heures et demie  du matin, 2.30 exactement les fermes isolées du Fohrenbühl furent réveillées par un énorme coup de tonnerre, – la foudre venait  pour une fois de plus d’atterrir sur les sommets du Fohrenbühl. C’est ainsi que débuta une vague d’orages et une période de mauvais temps sur le Sud de l’Allemagne, qui depuis perdure plus ou moins. Orages, averses orageuse depuis sont à l’ordre du jour, et ici et la foudre tue – comme le 1.7.2012 – quand la foudre atteignit un groupe de « golfeuses » dans le land de Hesse. En Allemagne on  redécouvrait une fois de plus que la foudre  peut être mortelle , car les sociétés industrielles  ont tendance à sous-estimer les risques  que peuvent engendrer les orages. Le matin du 29.6 au Fohrenbühl, – Mario Balotelli, la défaite de la Mannschaft, – la crise de l’euro – tout cela semblait être oublié – reculait au second plan devant la force de la nature. On se téléphonait, pour savoir si tout allait bien, – pour s’assurer que ni ferme, étable et bêtes n’ étaient touchés par la foudre. En fait la foudre était descendue  dans une des forêts limitrophes , la terre avait tremblé, – le tonnerre avait déchiré le ciel et la lourdeur de l’air. Le Adlerwirt m’expliquait que depuis l’électrification de la Schwarzwaldbahn, et  la construction d’une ligne de Haute tension pour alimenter cette ligne de chemins de fer en électricité, les trajets de ces fameux orages remontant de France par la vallée de la Kinzig ( Orages dont j’avais déjà un peu parlé entre autres dans la Blognotice 19.5.2012: décidément la météo  ! ) avaient changé de trajectoire. La ligne de Haut-tension construite pour l’alimentation en énergie électrique de la Schwarzwaldbahn, d’après son impression, attirait systématique les orages et la foudre. En plus la Schondelhöhe essuyait de plus en plus de « foudre ».

Depuis cette nuit du 28 au 29. Juin 2012 – orages, averses orageuses etc. se succédaient dans le Sud de l’Allemagne- et en ce moment même où j’écris ces lignes une nouvelle bande orageuse traverse la Forêt noire. Orages, averses orageuses et beaucoup de pluies ,ce pluies qui  font ressurgir le souvenir d’un livre que j’avais dévoré dans ma jeunesse adolescente –  A Farewell to Arms – et qui vient d’être réédité dans une version bibliophile qui contient en version facsimilée une partie des manuscrits originaux et la couverture originale du livre de Hemingway, – dont un article de Julie Bosmann de la NYT et un billet de la RDL nous annonce l’existence. Cette nouvelle édition pourrait peut-être me rafraîchir la mémoire,  et de voir si vraiment ce roman d’inspiration autobiographique de Hemingway se passe réellement  sous la pluie comme les souvenirs de mes lectures me le font croire. J’avais lu le livre dans sa traduction allemande – In einem anderem Land – et il y a quelques années quelques chapitres dans la version originale.

En attendant la sortie de cette version « bibliophile » de « A Farewell to Arms » –  une fois de plus –pendant que j’écris ces mots, le tonnerre gronde sur le Leiningerland et je pense à un autre pays actuellement submergé par des pluies et flots diluviens –  le Sud-Ouest du Japon. On n’en parle guère ici en Europe. Apres le Tsunami, Fukushima – même si cette « catastrophe naturelle » n’a pas le même ordre de grandeur que le Tsunami et la catastrophe de Fukushima – le Japon est une fois de plus confronté aux « démons » de la nature. Je me rappelle  encore ces images parvenant du Japon juste après le Tsunami – un pays en détresse – couvert par des chutes des neiges incessantes – me rappelant d’autres lectures,  aux « pays de neige » de Kawabata. L’orage gronde encore sur le Leinigerland, – le DWD vient de sortir une « Amtliche WARNUNG vor GEWITTER mit STARKREGEN“ pour l’arrondissement de Bad Dürkheim ; le ciel s’assombrit, la période de mauvais temps sur le Sud de l’Allemagne semble perdurer  encore pour  quelque temps. Même dans nos sociétés post-industrielles, nous ne  sommes jamais à l’abri des caprices de la météo, de l’humeur de la nature.

Ecrit pendant un orage de juillet à Grünstadt, le 15.07.2012, publié le 15.07.2012

Christophe Neff.

Blognotice 1.07.2012: orages sur l’Allemagne …

L’Allemagne est actuellement touchée par une vague d’orages, faisant ici et de considérables dégâts. Travaillant avec des étudiants en Forêt Noire pendant les derniers jours de la semaine dernière, nous fûmes aussi concernés pas ces orages, car nos travaux de terrains sur quelques sites botaniques de la Raumschaft Schramberg furent aussi quelques peu perturbés par ces orages. Pendant que les sapinières suant d’humidité, crachant des vapeurs de nuage, – la radio nous apprit une bonne nouvelle de l’autre part de l’atlantique – la Cour suprême des Etats Unis vient de valider la réforme de l’assurance-maladie, le projet emblématique du mandat de Barack Obama. Je me réjouissais de cette bonne nouvelle – et me revinrent les souvenirs des premières phrases des raisins de la colère, du périple de la famille « Joad » à travers les Etats Unis. « To the red country and a part to the gray country of Oklahoma, the last rains came gently, and they did not cut the scarred earth. The plows crossed  and recrossed the rivulets marks(Steinbeck, J. 2000, 3)”.  Enfin, presque 80 ans après le Great Dust Bowl et le New Deal de Franklin Delano Roosevelt , – les Etats Unis se dotent enfin d’un système d’assurance maladie digne de ce nom. A  mon retour de Forêt Noire je découvris aussi le très bon commentaire «  The Real Winners » de Paul Krugman dans la NYT sur cette décision historique du Supreme Court.

Mais  je découvris une autre nouvelle, – bien plus négative – qui me rappelait la  destruction des Bouddhas de Bamyan, dans le centre de l’Afghanistan en mars 2001, –   à Tombouctou, les islamistes détruisent les mausolées musulmans. Je l’avais déjà écrit il y a quelques semaines –  nous sommes les témoins d’une réelle afghanisation de la région du Sahel sous la main mise de  AQMI ! Notons que même le SPON a mis les événements de Tomboctou à la une !

Afghanisation ou Somalisation les images se ressemblent –  l’afghanisation du Sahel   va certainement nous encore faire payer un prix fort ! Même s’il n’y a priori pas de lien direct – les propos  de  Abdou Diouf dénonçant le désintérêt de la France pour la francophonie sont alarmants, il faudrait aussi se souvenir qu’une grande partie du Sahel ce sont aussi des états francophones. Le Mali est aussi un état francophone, il faudrait peut-être le rappeler ici et là à Paris.  Et il faudrait aussi constater que l’avenir du français est en Afrique et enfin s’intéresser un peu de plus près à ce qui se  passe en Afrique avant qu’il ne soit trop tard !

Je finis cette petite blog notice – on nous annonce encore de forts orages dans le Sud de l’Allemagne. Je vais essayer de finir le dernier Bienzle – « Adieu Bienzle » – j’avais débuter les Bienzle – avec « Bienzle und die schöne Lau » – c’est un ami de Schramberg avec lequel je passai mes années étudiantes à Mannheim qui m’avait offert « Bienzle und die schöne Lau », – et c’est avec ce livre que je découvris la série des Blienzle, – mais aussi l’œuvre et la poésie de Eduard Mörike – car Bienzle und die schöne Lau – c’est une réminiscence du Stuttgarter Hutzelmännchen – l’ Histoire de Lau la Belle (Die schöne Lau)  de Mörike.

Livres  cités :

Huby, Felix (1985): Bienzle und die schöne Lau.

Huby, Felix(2011): Adieu Bienzle. Fischer Taschenbuchverlag Frankfurt am Main. ISBN 978-3-596-19142-0

Steinbeck, John (2000) : The Grapes of Wrath. Penguin Books.  Copyright John Steinbeck 1939, first published in the United States of America by the Viking Press 1939. ISBN 0-140-29292-6

Christophe Neff, 1.07.2012

Blognotice 23.6.2012: „Frei-Bild für alle!“ – un petit commentaire

Ce Samedi matin 23.06.2012 dans notre boîte aux lettres, nous avons trouvé un journal inhabituel, – nous avons eu droit comme 41 millions d’autre ménages allemands à un exemplaire du fameux „Bild“ – une Sonderausgabe (édition spéciale) pour le soixantième anniversaire du tabloïd allemand – que la maison Springer a offerte à tous les ménages allemands. Dans cette Sonderausgabe – pas beaucoup de lecture – Bild – c’est l’image et la photo – sauf peut-être l’interview de l’ex- chancelier Gerhard Schröder « Warum braucht man zum Regieren Bild, BamS und Glotze Herr Schröder ? (Pourquoi pour gouverner a-t-on besoin de Bild, Bild am Sonntag et de la Télé Monsieur Schröder ?). En dehors de cela – rien de nouveau sur la planète Bild ! Mon avis personnel sur « la Bildzeitung »n’a pas changé depuis ce jour où j’empruntai ce petit livre de poche dans la bibliothèque de mon père au Lärchenweg – sur la couverture du livre entre deux chaises vides une dame vêtue de noir, tenant un journal sur le genou gauche   –  die verlorene Ehre der Katharina Blum (L’Honneur perdu de Katharina Blum) – et  où j’ai lu ces mots dans « prolog » de ce petit roman de Heinrich Böll „Personen und Handlung dieser Erzählung sind frei erfunden. Sollten sich bei der Schilderung gewisser journalistischer Praktiken Ähnlichkeiten mit den Praktiken der Bild-Zeitung ergeben haben, so sind diese Ähnlichkeiten weder beabsichtigt noch zufällig, sondern unvermeidlich.“ (« L’action et les personnages de ce récit sont imaginaires. Si certaines pratiques journalistiques décrites dans ces pages offrent des ressemblances avec celles du journal Bild, ces ressemblances ne sont ni intentionnelles ni fortuites mais tout bonnement inévitables. »). Le roman de Heinrich Böll « die verlorene Ehre der Katharina Blum » est quasiment tombé à l’oubli en Allemagne, et néanmoins Bild fait toujours partie du paysage médiatique allemand. Ajoutons à cela que l’œuvre littéraire de Böll en dehors de quelques cercles littéraires ne fait guère partie du bagage littéraire allemand contemporain.

Concernant le Bild, je ne le lis pas. Pour les interviews c’est un peu plus difficile. Pendant l’été 2006, – le fameux Saharasommer – le Bild voulait faire une interview sur les incendies de forêts ravageant différents pays méditerranéen. J’avais prié les services presse de l’université de Karlsruhe de ne pas accepter les demandes d’interview du Bild, mais impossible,  j’y étais obligé , car comme mes recherches étaient financées  par le contribuable allemand, pas de choix  la Bild avait droit à une interview. Mais comme je ne prévoyais pas d’incendie catastrophique, ni la fin du monde pour les forêts portugaises, espagnoles … en fait après tout il n’était pas trop intéressé vu que je n’annonçais pas un Armageddon pour les forêts méditerranéennes. Car le Bild c’est ça : scandale, catastrophe, fin du monde permanente. Et gare aux « personnages » qui sont dans le collimateur du Bild – ils sont réduits au néant médiatique, au néant tout simplement! La façon dont la Bild traita l’ancien président Christian Wulff durant sa chute, pour évoquer un exemple récent, montra que depuis le récit de Böll en fait rien n’a changé au Bild. Ne partageant pourtant pas les opinions politiques de Monsieur Wulff je fus scandalisé par la manière dont l’ancien président allemand fut « achevé médiatiquement » par le  Bild.

Même chose pour cette monstrueuse campagne contre la Grèce, – même Schröder dans l’interview dans « la Frei – Bild für alle » l’a remarqué « Bild hat beim Thema Griechenland keine gute Rolle gespielt (La Bild na pas joue un rôle positive dans le thème grecque/crise grecque) » évoquant ce rôle douteux du Bild pendant les débuts de la crise grecque.

Donc pour conclure cette petite remarque sur le soixantième anniversaire du  Bild,   peut-être faudrait-il en ces jours relire le récit de Böll ( j’avais douze ans quand j’empruntai le livre dans la bibliothèque de mon père ) je me souviens encore de la place du livre dans l’étagère de la bibliothèque. La France et les français peuvent se sentir heureux de n’avoir pas de « Bild » français – ou quelque chose de semblable !

Œuvres et Interviews citées:

Bild (23.6.2012): Warum braucht man zum Regieren Bild, Bams und Glotze Herr Schröder? Interview von Kai Diekmann, Jörg Quoos und Frank Zauritz (Foto) mit Gerhard Schröder.

Böll, Heinrich (1974) : Die verlorene Ehre der Katharina Blum oder : Wie Gewalt enstehen und wohin Sie führen kann. Erzählung. München, Deutscher Taschenbuch Verlag  4. Auflage März 1976.

Ecrit le 23.6.2012, publié le 24.6.2012

Christophe Neff, Grünstadt