Blognotice 7.08.2013: Les cigales de Port Leucate

Espaces verts Port Leucate (Rue de la Mayral) 26.07.2013
Espaces verts Port Leucate (Rue de la Mayral) © C. Neff 26.7.2013

Ce fut en 1968 (si mes souvenirs sont corrects)  que mes grands-parents ont acheté une villa à Port Leucate. C’était une villa dans la résidence de La Griffoulière. La Griffoulière était une des premières résidences de la nouvelle unité touristique Leucate –  Barcarès (aussi dénommée  unité touristique Port Leucate –Port Barcarès) construite dans le cadre de la mission Racine  et dont l’architecte en chef fut Georges Candilis. La résidence de la Griffoulière fut commercialisée par la société Pippi frères,  surtout dans le Grand Est (Metz, Nancy, Strasbourg) et c’est ainsi que mes grand parents débarquèrent comme beaucoup d’autres premiers « acheteurs » venus du Grand Est français à Port Leucate et découvrirent un pays de sable et de vent, un véritable paysage semi-désertique,  un paysage africain (Conill 1933, Neff & Scheid 2005) en pleine France. Mon premier souvenir de Port Leucate, nous passions  quelques jours de vacances en 1969 chez les grands-parents à Port Leucate sont les véritables tempêtes de sable qui interdisaient l’accès à la plage du Kyklos, ce qui assez souvent nous mettait en pleurs et obligeait mes parents et grands- parents à  « fuir » à la Plage de Leucate – Plage pour les délices des plages et les bains de mer, mieux abrité de la Tramontane. Au Kyklos il y avait la plage, souvent rendue  inaccessible par des rafales de Tramontane foudroyante, et au début de la station c’est au Kyklos que la messe dominicale avait lieu. Mais ce qui impressionnait le plus les premiers vacanciers de la nouvelle station de Port Leucate, c’était ce manque de verdure, pas un arbre, – un paysage quasiment semi-désertique – balayé par la Tramontane, et aucune  cigale qui chantait. Cette atmosphère étrange, on peut un peu la retrouver dans l’exposition « Exposition centenaire Georges Candilis Architecture & Design[1]» qui a actuellement lieu à la marie annexe de Leucate, à Port Leucate dans l’espace culturel Henry de Monfreid. Au début de années 1970 mes grands-parents quittaient Eckbolsheim,  pour des raisons professionnelles et déménageaient  dans la région nîmoise, à Aubord entre Costière et Vistrenque, avec ses été torrides  et depuis, la Griffoulière leur servait  comme lieu de villégiature pour fuir les vagues de chaleurs estivales du Bas-Languedoc. Pour les enfants et les petits enfants et même arrière -petit enfants de mes grands-parents Port Leucate devenait la station balnéaire de référence.

Espaces verts Port Leucate (Avenue de la Septimanie-  Rue de la
Espaces verts Port Leucate (Avenue de la Septimanie- Rue de la Vixiege), © C. Neff 26.07.2013

A Port Leucate le thermomètre dépassait très très rarement les 30 C., le vent, que ce soit Tramontane ou Marin ne cessait  guère  de souffler – il y avait toujours du mouvement dans l’air. Mais les cigales, si présentes dans le Gard,  ont toujours manqué à Port Leucate, – a tel point qu’ils avaient même essayé de les naturaliser à Port Leucate, mais sans réel succès. Port Leucate était resté un paysage sans  chants de cigales pendant plus de quarante ans. Ceci vient de changer, -cet été durant les deux dernières semaines de juillet on pouvait enfin entendre le chant des cigales à Port Leucate. Ce n’était pas encore le concert symphonique comme en Provence, dans les garrigues de Nîmes ou même sur le plateau de Leucate, – mais c’était déjà un beau début, – mes grands-parents auraient sûrement aimé  entendre le chant des cigales sous leurs deux palmiers à la Griffoulière. 45 années après les débuts de la station de Port Leucate,  le chant des cigales peut être aussi considéré comme une réussite des idées de Candilis. Le paysage du Lido entre Leucate et le Barcarès s’est au niveau esthétique complétement métamorphosé, – avant la mission Racine et au début de la station de Port Leucate  le paysage ressemblait plus au sud Tunisien, véritable Jeffara française – c’est ainsi  que j’ai connu la station dans ses tout premiers débuts durant mon enfance. Aujourd’hui Port Leucate est entouré de belles Pinèdes peuplées de Pins parasols (Pinus pinea), de Pin d’Alep (Pinus halepensis), de Pin maritimes (Pinus pinaster) et de Cyprès (Cupressus sempervirens horizontalis). En plus, les espaces verts de Port Leucate aussi bien au niveau esthétique qu’au niveau écologique sont d’une qualité considérable. Jadis plutôt un paysage semi-désertique, sorte de Jeffara française, – Port Leucate est devenu un véritable îlot de verdure entre mer et étang. Naturellement l’aspect sauvage, ce semi-désert à la française, – la « wilderness » a presque disparu  pour laisser place à un paysage de verdure semi-urbain où les cigales semblent enfin se naturaliser et se sentir à l’aise. Du point de vue de touriste du Nord de l’Europe, Port Leucate et le pays Leucatois ressemble de plus en plus à cette vision de paysage méditerranéen héritée de voyages de « Grand tour », pinèdes et cigales, mer et architecture formant une unité esthétique harmonieuse.

Photos : Toutes © C. Neff (2013)

Sources :

Conill, L. (1933) : Végétation de la Salanque et des Corbières orientales Roussillonnaises. Commentaires botaniques de la Carte des productions végétales, Feuille XXV – 48, Perpignan N.W. Bulletin de la Société Agricole, Scientifique et Littéraire  des Pyrénées Orientales. Perpignan, p. 189 – 261.

Neff, C. & Scheid, A. (2005): Der mediterrane Süden Frankreichs. Vegetationsdynamik und Kulturlandschaft im Languedoc- Roussillon. In:  Geographische Rundschau, 57, Heft 9, 38-44.

Christophe Neff, le 07.08.2013

P.S. : D’après les chants, les cigales présentes à Port Leucate durant le mois de juillet 2013 appartenaient aux espèces   Lyristes plebejus (Cigale plébéienne) et  Cicada orni  (Cigale grise). Pour le chant voir aussi la page SONGS OF EUROPEAN SINGING CICADAS, – dont le chant de Lyristes plebejus et de Cicada orni.


[1] Du 06.07.2013 au 31.08.2013; Commissaire d’exposition Clément Cividino, plus d’info voire ici.

Blognotice 10.11.2012: back sight on a rainy November Wednesday morning in South West Germany

Daybreak in Grünstadt: 7. November 2012, 5.50 am. local time,  raindrops were falling on the roofs of a sleepy German town. Some minutes later I turned my notebook on to get news from the results of presidential election in the U.S. The first info I got was an alert message by email from le Monde.fr – sent by le Monde.fr  at 5.21 – “   “Barack Obama réélu président des Etats-Unis (Barack Obama reelected as President of the United Staates) . At the same moment my wife shouted, – Barack Obama wiedergewählt (Barack Obama reelected) – it was six a clock in the morning – she heard the message in the regional radio news.

At 6.22 am. I received an electronic message from U.S., from a former schoolmate now living in California “looks like Obama won”. At 6.30 arrived the New York Times Alarm – “Breaking News Alert – The New York Times Wednesday, November 7, 2012 — 12:13 AM EST Breaking News: President Obama Wins Re-election, The New York Times Projects”. At 7.01 I read the Le monde.fr alert messages announcing  Mitt Romney conceded (Mitt Romney reconnaît sa défaite face à Barack Obama) – and got the same info’s on the NYT live coverage.

At 7.15 am. I mailed back to California “Good Night in California, – ich freue mich für Amerika, – I feel glad for the U.S.!” In Grünstadt the black colors of night changed to diming grey daylight, and it was still raining. The projection of the victory of Barack Obama done in Blognotice 05.11.2012, – had become reality, – but the reelection was much more impressive than I projected it in paysages – because I thought (and wrote) that it could very narrow – similar as the reelection of Gerhard Schröder in 2002 as Chancelor in Germany after the Elbhochwasser . But the political impact of the Hurricane Sandy can’t be compared to situation in Germany in 2002 following the Elbhochwasser, – after all I have read the political impact of the Hurricane Sandy on Obamas Victory seemed to have been minimal – but without the Elbhochwasser Gerhard Schröder would have had enormous difficulties to be reelected as Chancellor . Being sure that Barack Obama was reelected I also remembered my souvenirs of the first election of Barack Obama four years ago. I had to work in Tunis in November 2008 and I followed the historical moment of Barak Obama election in French TV and on CNN. It was an unbelievable atmosphere in Tunisia at that time. I remember a rainy November week in Tunis and la Marsa – on one hand a beginning “fin de règne” ambience in Tunisia – and on the other hand – the United States people for the first time elected an Afro-American to hold the presidential office. Now four years later we know that this November 2008 election of Barack Obama was not an historical accident.

At about 7.50 am. I started my car ride to Office in Karlsruhe, – and it was still raining. Some hours later I learned that Jérôme Ferrari had won the 2012 Prix Goncourt for his novel “Le Sermon sur la chute de Rome” („The Sermon on the Fall of Rome“). So unfortunately the second forecast in paysages  Blognotice 05.11.2012 for the Prix Goncourt winner in 2012 was not as good as the projection for the U.S. presidential election. Neither «La vérité sur l’affaire Harry Quebert »  (Joël Dicker)   nor   « Lame de fond » ( Linda Lê) won the Prix Goncourt. Following Pierre Assouline in the Republique des Livres the novel of the Swiss-French writer Joel Dicker is a great American novel describing the 2008 electoral America. A great American novel written in French by a Swiss-French author – this sounds very strange. I have not read the book, but after all what Pierre Assouline wrote about the novel (see here; in French) it would merit a translation into English.

On that last Wednesday morning I also read in our local News Paper, die Rheinpfalz, in an article signed Dagmar Gilcher (Gilcher, D. 2012: Aber die Bilder bleiben) that the novel “L’Art français de la guerre” (Alexis Jenny), the Prix Goncourt winner 2011, has now been translated into German. “Die französische Kunst des Krieges” is the German title of the war novel written by Alexis Jenny . I have read the book in July 2012 and I think it was one of the best French novels I read in the last years. Of course this book would also merit an English translation. The German translation (translator = Uli Wittmann) was released in October 2012 on the German Book market.  L’Art français de la Guerre („The French art of war“) immerges deeply into the recent military past of France – and in that recent military past France had to suffer hard in Indochina and Algeria. In Indochina – as did the U.S. forces some years later what now was called Vietnam. The name of the region had changed, – but the place, the geography remained unchanged – Vietnam (and Laos & Cambodia). For both, the French colonial troupes in Indochina and the US-Forces in Vietnam it was a terrible experience – a war in foreign land. Indochina – or as we call it now – Vietnam – confronted the French – and later the U.S. Soldiers with a strange and unfamiliar geography, and an alien people – far away from European – French or U.S. American culture.  A very detailed critic of the “L’Art français de la guerre” can be read in “Le grand art si français d’Alexis Jenni (in French)” published in the Pierre Assouline book blog la Republique des livres in August 2011. It sounds strange that this book has not been translated into English, – it is an impressive novel which describes us how war scares over our cultural heritage and interior landscapes – I am sure that the story of Victorien Salagon would find a large audience in the English-speaking world, particularly in the U.S.A.

The morning of the Wednesday 7.11.2012 was a grey November morning in Southwest Germany. All over the morning we heard the rain falling on the autumn leaves. Now four days later as I write down this blognotice it’s still raining. Yesterday we have had some hours of sun shine, – but except this little time of sunshine – I have the feeling that the week of the reelection of Barak Obama for four more years – was a very rainy week – as it was in Tunis in November 2008.

Sources:

Gilcher, Dagmar (2012): Aber die Bilder bleiben. „Die französische Kunst des Krieges“: Alexis Jenny gefeiertes Romandebüt ist jetzt auf Deutsch erschienen. In: Die Rheinpfalz, Nr. 259, Kultur, Mittwoch, 7 November 2012.

Christophe Neff, 10. November 2012

Commentaire sur les évènements de la journée du 14.09.2012 à Tunis.

Le vendredi 14.09.2012 fut une journée de colère dans le Monde Musulman, la vidéo «L’innocence des musulmans » avait provoqué une réaction vive, manifestations, émeutes, mises à sac d’ambassades, destruction de l’école américaine de Tunis.  En Allemagne le réveil fut particulièrement rude, car on se croyait être hors de cible, mais la mise à sac de l’ambassade allemande au Soudan montrait bien que tous l’occident était ciblé – et que cette mise à sac de l’ambassade à Khartoum ne fut pas l’œuvre d’un évènement de colère spontané, mais  bien préparé et orchestré en avance. La même chose semble avoir lieu à Benghazi.

Naturellement on pourrait se demander pourquoi cette vidéo, ce brûlot  islamophobe, déchaîne tant de  passion,   et en même temps la guerre civile en Syrie, où les bourreaux du boucher de Damas, tuent, massacrent jour après jour, n’ont  jusqu’à présent engendré  aucune démonstration de solidarité visible et audible  dans le monde arabe avec les victimes des massacres commis par les troupes de Bachar el-Assad. Cette question mériterait surement une réflexion approfondie (voire aussi ici).

La destruction des mausolées et de mosquées de Tombouctou par Ansar ed-Dine  en Juin/Juillet dernier n’a que je ne sache pas provoqué une telle indignation furieuse dans le monde islamique! En fait qui encore pense aux destins de manuscrits millénaires, qui fut le trésor de cette ville, qui de nos jours sont menacées par l’obscurantisme le plus arriérée !

On pourrait aussi demander à qui réellement profite la mise en circulation de la vidéo?

Personnellement la mort de John Christopher Stevens à Benghazi, et de voir l’ambassade américaine de Tunis saccagée, de voir partir l’école américaine partir en fumée, m’ont fortement touché. J’avais suivit les évènements de Tunis via le „live“ du Monde, et quelques sources twitter et j’étais littéralement foudroyé  par ce que j’ai pu suivre via twitter etc. Voici des extrais du reportage de Isabelle Mandraud (2012b) paru dans la version papier du Monde du 16.09.2012 : « Fenêtres brisées sur toute une façade, drapeau arraché, sol jonché de pierres mais aussi de douilles de balles et de cartouches de chevrotine, voitures en feu sur le parking… Des annexes continuaient à brûler, tandis que montait de l’école américaine toute proche, entièrement pillée et incendiée, un épais nuage noir visible à plusieurs kilomètres. …. A Tunis, avec une violence inouïe, des groupes de salafistes et de casseurs ont tenté de prendre d’assaut le bâtiment diplomatique américain aux cris d’«Allah Akbar» et «Obama, nous sommes tous des Oussama ». (Version électronique chargeable pour les abonnées le Monde.fr)

Pendant mes années tunisiennes, entre 2005 et 2008, – il y avait des périodes, où je passais plusieurs fois par jour devant les bâtiments de l’ambassade U.S., et devant l’école américaine, la  «American Cooperative School of Tunis» en faisant le trajet la Marsa – Tunis Ville et retour en voiture, car souvent  pendant cette période tunisienne j’habitais à la Marsa-Corniche.  La destruction de l’école américaine, est d’ailleurs un symbole très fort, car c’est un symbole du savoir qui fut mis à feu. Les lieux du savoir étant depuis tout temps cibles des violences déclenchées par l’obscurantisme de tout bord. Néanmoins, même si je considère que les évènements de Tunis du vendredi 14.09.2012 sont très graves, je pense, et là je rejoins l’analyse et le cri de cœur d’Isabelle Mandraud –« Sur la Tunisie, halte au feu ! » (Article réservé aux abonnés Le Monde/payant), que la Tunisie a encore toutes les chances d’évoluer vers une vraie démocratie, comme je l’avais déjà écrit dans les lumières du Fohrenbühl. Naturellement le danger salafiste a pris de l’ampleur, mais cela était prévisible. En plus, depuis le début du printemps arabe l’environnement géopolitique a fortement changé, la désintégration du Mali met en danger aussi bien l’Afrique subsaharienne et le Grand Maghreb, même l’Egypte et le Machrek, et je dirais même que l’Europe n’est pas à l’abri des conséquences des évènements dans le Nord du Sahel. La désintégration du Mali, l’infiltration de la mouvance  Touareg par AQMI au Nord du Sahel n’est d’ailleurs pas liée aux évènements en Lybie, car ceci s’est annoncé longtemps avant la chute du régime de Khadafi,  j’y avais même dédié un petit billet en février 2010. La chute du régime de Khadafi a peut-être précipité les choses, mais les failles et les structures annonçant des lourds problèmes au Nord du Sahel, la désintégration du Mali etc., étaient déjà bien visibles  avant,  il suffisait d’avoir un œil géopolitique attentif. La présence accrue d’AQMI dans le Nord du Sahel, la désintégration du Mali  font de cette partie du Monde un véritable « porte d’avion », un « terrain de refuge » pour AQMI  et les mouvances salafistes, d’où il est possible de s’infiltrer dans les états avoisinants pour les déstabiliser.

Donc depuis le début de la révolution jasmin en Tunisie, l’environnement géopolitique s’est nettement assombri pour la Tunisie. En plus à la question socio-économique, cette question fondamentale pour la survie durable d’un état démocratique, à cette question, le nouveau gouvernement tunisien, ce premier gouvernement tunisien issu d’une vraie élection démocratique, n’a jusqu’à présent trouvé aucune réponse significative. Ajoutons à cela que le dernier hiver fut , de plus, particulièrement  rude  dans le Nord de la Tunisie, par endroits il y avait plus de neige qu’ en Allemagne, par surcroît  il y avait une pénurie de bouteilles de gaz (voir aussi Blognotice 22.12.2011) : donc une grande partie de la population n’a guère l’impression que les changements politiques aient engendré une amélioration de leur situation socio-économique personnelle , bien au contraire. Et si par malchance la Tunisie devait encore affronter un hiver rude comme l’hiver 2011/12 on aurait vraiment  à se faire des soucis.

Mais je pense que l’avenir du printemps arabe en Tunisie  se jouera principalement sur l’évolution socio-économique du pays. Pendant mes années tunisiennes, j’avais aussi la chance de travailler dans les ruraux tunisiens, du Sud au Nord, et toutes ces fortes impressions que les ruraux tunisiens m’avaient  laissé je les avais inclus dans mes cours sur la géographie du Maghreb, spécialement dans le chapitre que j’avais dénommé « le Djebel a faim ». En fait j’avais emprunté le titre de ce chapitre au livre de Serge Moati « Du Côté des vivants », livre que j’avais acheté à la librairie Milles-feuilles à la Marsa, – et dont la lecture m’accompagnait pendant mes travaux dans les ruraux brûlants de Tunisie. Je me permets de citer quelques passages d’un chapitre qui m’a fortement marqué, car j’avais l’impression qu’ en fait les choses n’avaient guère changé loin des côtes qui s’étaient enrichies avec le tourisme, mais qu’une grande partie de l’intérieur du pays, n’avait guère profité des retombées du tourisme. L’intérieur de terres tunisiennes, c’était des pays  bien loin des côtes touristiques,  de véritables planètes à part.

Précisons que ce que Serge Moati fils nous raconte se passe pendant le protectorat français.

« Il y avait aussi parmi eux quelques évadés politiques, je vous le concède. Beaucoup venaient de Tripolitaine. Ceux-là ont composé le premier noyau de ces bandes armées. Et puis, ils ont recruté ce qu’ils ont pu et comme ils ont pu, y compris des gamins excités et désœuvrés… – Ils ont trouvé des volontaires dans les bleds les plus perdus … Ils leur disaient : « Tu n’es pas content de ton sort, la récolte a été mauvaise ou il y de la sécheresse, ton patron, ce salaud de colon, t’a renvoyé, viens avec nous dans le maquis… » L’action pourrait se passer à l’identique en Calabre, en Sicile, en Corse…

Rejoindre les fellaghas devient pour des types paumés une façon de s’opposer de manière forte et, si j’ose dire, romantique, à la présence française…

– Je me permets de vous donner une preuve de ce que j’avance, enchaine Papa. Au printemps dernier, vous le savez, le recrutement des fellaghas s’est accru. Pourquoi, selon vous ? …

Parce que c’était la période de chômage la plus terrible ! Entre la récolte de l’alfa et la moisson. On rejoint les rangs des fellaghas aussi parce que l’on a faim et que l’on se sent abandonné ! Voilà !

-« Voilà ! » Dites-moi, Monsieur Moati, vous pourriez écrire une thèse sur les fellaghas! Vous semblez si bien les connaître ! Curieux, d’ailleurs ce savoir presque intime…

– Je sens les choses. Je connais mon pays. Je suis Tunisien, après tout…

– Je vous croyais Français ?

– Je suis franco-tunisien. Voilà ce que je suis. Et juif

– Je sais

– Et livournais. Et arabe.

– Tout ça ?

– Tout ça. Et j’en suis fier !

Le problème est social ! Il faut reclasser les fellaghas, leur trouver du travail, leur donner de quoi manger ! Ce serait tout à l’honneur de l’administration française et des nouveaux pouvoirs tunisiens! Comme dit le secrétaire général de mon parti, Elie Cohen-Hadria : « Rendre nourricière la steppe brûlante, c’est en fin de compte en arracher pour l’éternité, la semence des fellaghas ! »

-C’est beau comme l’antique.

– C’est surtout vrai » (Citations extraites des pages 253-257 du livre « Du côté des vivants » de Serge Moati).

Cette conversation entre Serge Moati père et un colonel de l’armée française, dont nous parle Serge Moati fils dans son roman autobiographique « Du Côté des Vivants », s’est passée  durant les années cinquante du dernier siècle et depuis beaucoup de choses ont changé: la présence française, les colons français ont disparu, les fellaghas pour ainsi dire aussi. Le récit de Moati, – fiction ou réalité vécue, – cela n’a aucune importance – car ce fut ce fut une des réalités vécues des ruraux tunisiens d’après-guerre.

Mais la steppe est restée aussi brûlante de nos jours,  et je crois que ces professions  de foi de Serge Moati père rapportées par son fils Serge – sont toujours valables  c’est au moins ce que je ressentais pendant mes séjours dans les ruraux tunisiens. Et je me disais, si un jour la Tunisie devenait  par chance un état véritablement démocratique,  se débarrassant  de son lourd historique autocratique, il faudra absolument trouver une solution pour les populations des ruraux marginaux, les faire participer à la richesse nationale!

Car si la « steppe brûlante » pour utiliser les mots de Serge Moati père et de Elie Cohen-Hadria, si la faim, les sentiments d’abandon,  tous ces maux persistent en Tunisie,  ne disparaissent pas aussi bien du Djebel, des bleds, que des quartiers pauvres du grand Tunis,  l’avenir pour la jeune démocratie tunisienne s’annonce  plutôt sombre. Ceci dit, cela ne se limite pas au cas tunisien, mais ces problèmes se posent dans tous les états du Maghreb et bien au-delà !

C’est vraiment un grand défi,  et franchement l’actuel gouvernement, premier gouvernement tunisien issu  d’une élection libre et démocratique, le Gouvernement Hamadi Jebali semble avoir des grandes difficultés à trouver des réponses adéquates à  ces problèmes difficiles et cruciaux pour l’avenir de la Tunisie. Mais à ceux qui voient le printemps arabe tourner au  cauchemar, – il faudrait peut-être rappeler que la voie vers la démocratie de nos états occidentaux fut aussi un chemin long, périlleux, plein de dangers, de déceptions, de violences … tout cela ce ne s’est pas construit du jour au lendemain. Cela a pris du temps, même beaucoup de temps, de grandes lenteurs!

Personnellement, je crois que la société tunisienne peut réussir sa transition démocratique même si le chemin à parcourir sera long et difficile. Même très difficile, – voir partir l’American Cooperative School of Tunis en fumée  cela affecte d’une certaine manière mon optimisme, mais néanmoins je veux bien croire aux mots que je prononçais dans les lumières du Fohrenbühl : « je ne suis pas voyant, je ne partage pas le pouvoir clairvoyant de tant d‘ « experts du monde arabe » mais je pense que, si il y a actuellement une société du monde arabe qui pourrait réussir à construire une véritable démocratie laïque et une société libre c’est bel et bien la société tunisienne – le peuple tunisien . »

Je me permets de finir ce billet avec une citation d’Isabelle Mandraud « Les islamistes n’ont pas pris le pouvoir avec le couteau entre les dents: ils ont été élus, démocratiquement. Ils ne sont d’ailleurs pas majoritaires, ce qui les a contraints à nouer une triple alliance pour gouverner un pays encore déstabilisé, qui tâtonne et qui se cherche aujourd’hui une identité. Comment pourrait-il en être autrement dans une petite république qui n’a jamais connu la démocratie, même au temps de Bourguiba? Oui, l’islamisation de la société est un sujet sensible, mais qui mérite mieux que des caricatures. (Mandraud, I. 2012a, p.1) ». Oui je pense, que ces mots écrits par Isabelle Mandraud, même après les évènements d’hier, n’ont rien perdu de leur signification – bien au contraire !

Œuvres & sources citées :

Mandraud, Isabelle (2012a) : Sur la Tunisie, halte au feu! Le Monde Géopolitique, N˚ 21038 daté Dimanche 9 – Lundi 10 septembre 2012, page 1. (Version électronique chargeable pour les abonnées le Monde.fr)

Mandraud, Isabelle (2012b) : Tunis touchée par les violences anti américaines – Trois personnes sont décédées dans l’attaque de l’ambassade des Etats-Unis par des groupes salafistes et des casseurs. Le Monde, Dimanche16- Lundi 17 septembre 2012, page 3. (Version électronique chargeable pour les abonnées le Monde.fr)

Moati, Serge (2006) : Du côté des vivants. Paris, Librairie Artheme Fayard, ISBN 2-213-63087-9

Christophe Neff, écrit le 15.09.2012, publié le 16.09.2012

Commentaire sur le «Guide des plantes invasives» de Guillaume Fried (20.4.2012)

couverture guide plantes invasives friedLe «Guide des plantes invasives» de Guillaume Fried est certainement une première pour la France métropolitaine. A ma connaissance même pour le reste de l’Europe un tel guide n’existe pas. Pour l’Allemagne j’en suis sûr, – actuellement il n’existe pas d’ouvrage sur les « plantes invasives » en Allemagne – la « Feldflora  zu den invasiven Pflanzenarten Mitteleuropas » attend encore sa naissance. Le livre de Guillaume Fried, – préfacée par Jacques Maillet nous présente sur 272 pages cent seize espèces invasives ou potentiellement invasives en France (France métropolitaine + Corse) et pays limitrophes. Le guide s’adresse au grand public. Après une petite introduction – les 116 espèces reconnues comme invasives ou potentiellement invasives sont décrites  dans des fiches de deux pages avec photos d’indentification. La fiche des plantes comprend 5 sections : impact, origine, répartition, habitat & risque de confusion.  Ces fiches sont relativement détaillées. Ils comprennent tous les informations nécessaires pour identifier ces « plantes exotiques » sur le terrain. L’introduction d’une dizaine de pages est une sorte de « review article » pour le grand public – où l’auteur nous rassemble les connaissances  actuelles de la recherche internationale sur les plantes invasives – et surtout les transpose aux réalités géographiques & environnementales de France métropolitaine et des pays limitrophes. Ainsi l’auteur nous présente une définition très utiles et applicables pour l’écologiste de terrain pour un premier « diagnostique de terrain » des « plantés invasives ». Je cite : « Une part plus restreinte des plantes introduites parvient à se reproduire de façon autonome et à persister sans intervention humaine. Après vingt-cinq ans de présence, elles sont considère par les botanistes comme naturalisées. Les plantes invasives sont un sous-ensemble de ces plantes naturalisées qui sont capables d’étendre rapidement leur aire de distribution ou elles sont introduites. Cette extension ce manifeste souvent par des populations de taille importante, qui s’accompagnent parfois d’impacts environnementaux ou économiques (Fried, 2012, 9). L’introduction finit par un remarquable chapitre final dénommé « Faut–il lutter contre les plantes invasives ? ».  Ce chapitre est un résumée sur notre responsabilité envers les écosystèmes – et il n’a rien à voir avec la « hystérie » de certain mouvement écologiste envers les  « néophytes invasives/invasive Néophyten » en Allemagne durant la décennie entre 1990 et 2000 – cette hystérie « anti néophytes » qui fut remarquablement bien analysé par Ute Eser dans son livre « Der Naturschutz und das Fremde » – bien au contraire. Je cite « En réalité, tout le monde s’accorde pour reconnaître que la grande majorité des introductions ont été bénéfiques. Il suffit de penser aux nombreuses plantes alimentaires tellement présentées dans notre quotidien que l’on oublie parfois qu’elles ont un jour été introduites (Tomates, Pomme de terre, Noyer etc.). Inversement, on peut noter qu’il existe aussi des plans de lutte contre des espèces indigènes comme la Fougère-aigle ou le Prunellier, qui peuvent envahir les milieux ouverts suite à l’abandon d’activités pastorales (la nécessité de lutter contre la fermeture naturelle des milieux est un autre débat … ). Cela montre bien que le critère déclenchant une intervention n’est pas le caractère étranger de la plante, mais bien son impact (mesurable) sur les milieux (Fried, 2012, 28).

Au niveau de plantes traitées, je crois que l’auteur a vraiment le mérite de décrire presque toutes les plantes invasives ou potentiellement invasives de France métropolitaine et des pays limitrophes. Je pense qu’en considérant que le guide s’adresse en partie aussi au pays francophones européens – (partie francophones de la Belgique, Luxembourg, Suisse romande, Val d’Aoste en Italie) – ou aux pays où le français est encore pratiqué par une partie considérable de la population – je pense au Tessin (suisse italienne) – il manque au moins le palmier de Chine (ou palmier à chanvre) (Trachycarpus fortunei). D’ailleurs dans le langage courant le palmier de Chine est aussi dénommée Palmier du Tessin. Concernant mes propres recherches dans le midi méditerranéen français je pense qu’il faudrait rajouter aux espèces traitées par Guillaume Fried – Phormium tenax, Saccharum spontaneum, Nicotiana glauca (Neff 2003), Aptenia cordifolia et Caesalpinia gilliesii (Neff & Scheid 2005). Ces espèces pourraient certainement être introduites dans une deuxième édition révisée et augmentée de l’ouvrage de Fried, édition qui serait certainement « une bienvenue ».

Critiques – en fait je ne trouve pas beaucoup de point de critique. On aurait pu ci et là – nommer les synonymes de certains noms scientifique – car si le livre est destiné au grand public il faudrait peut-être aussi faire apparaitre les synonymes scientifiques sous lesquelles les espèces sont peut être connues d’un plus grand public. Je pense par exemple au « Cyano »  Acacia cyanophylla Lindley – qui nous e présente sous « Acacia saligna (Labill.) H.L. Wendl.  Ce qui est certainement correct d’après la nomenclature botanique actuelle en service – mais le grand public – est-il vraiment au courant de cette nomenclature botanique? Et ne parlons pas – du nom vernaculaire utilisé pour Acacia saligna, – le Mimosa bleuâtre –  mais peut-être j’ai simplement trop longtemps travaillé en Afrique du Nord – ou disons-le – l’espèce c’est tout le simplement « le Cyano ». Mais tout ça, ce sont, comme par exemple le fait de traiter les cinq espèces de PhyllostachysPhyllostachys aurea, Phyllostachys viridiglaucens, Phyllostachys nigra, Phyllostachys pubescens et Phyllostachys bambusoides dans un seul fichier ne tache guerre l’impression très positives de l’ouvrage. Concernant Phyllostachys – je crois les diffèrent espèces de bambous  (Phyllostachys spec.) – très difficile à déterminer pour les non spécialistes sont peut-être les espèces avec un « potentiel invasive » sous- estimé. C’est mon impression que je rapporte aussi bien du Tessin, du pays de Gex, de l’Alsace (Neff 2007) et du Pays de Bade. Autre petit b-Moll que je rajouterai, – c’est la petite Bibliographie d’une page que je considère comme largement insuffisante. Un ouvrage grand public devrait aussi donner une orientation bibliographique plus large. Le nouveau Kowarik (2010)  « Biologische Invasionen – Neophyten und Neozoen in Mitteleuropa »  la soi-disant bible pour les espèces invasive en Moyenne Europe (Mitteleuropa) – devrait y être mentionnée – c’est une référence qui avec une bibliographie d’une cinquantaine de pages est une véritable mine d’or pour l’analyse des espèces invasives en Europe Centrale. Même si le livre est écrit en allemand – et les connaissances d’allemand se rétrécissent de plus en plus en France – je crois que l’ait encore assez de « botanistes de terrain » avec de solides connaissances d’allemand. Même chose pour le nouvel ouvrage de Rotherham & Lambert (2011) sur la perception des espèces invasives par l’homme. Je pense aussi que l’un ou l’autre article scientifique aurait certainement enrichit la bibliographie du livre. Vue de la médiatisation de L’ Ambrosie (Ambrosia artimisiifolia) en France (et en Suisse romande) – on aurait certainement y inclure l’article de Bruno Chauvel & Émilie Cadet « Introduction et dispersion d’une espèce envahissante : le cas de l’ambroisie  à feuilles d’armoise (Ambrosia artemisiifolia L.) en France » paru dans Acta botanica gallica. Mais ces petit b-Moll ne tache guerre l’impression positive du guide des espèces invasives écrit par Guillaume Fried.

Ce petit livre, – qui a aussi le mérite d’être « léger » et de trouver de la place dans un équipement de travail de terrain – est une prestigieuse aide pour le « géographe, botaniste, écologue  » professionnels travaillant (encore sur le terrain)  – ou tout simplement un bon guide de terrain pour toute amateur de la nature désirant savoir un peu plus sur les milieux qu’il fréquent.

Le guide s’adresse au grand publique de la France métropolitaine et des pays limitrophes – (partie francophones de la Belgique, Luxembourg, Suisse romande, Val d’Aoste) – ou au pays où le français est encore pratiqué par une partie considérable de la population – mais je pense que ce « guide & livre » peut très bien être utilisé en Espagne et au Portugal et même en Italie. Même chose pour le Maghreb. Connaissant assez bien la Tunisie, – je pense que c’est un guide idéal pour travailler sur l’impact des plantes invasives sur les écosystèmes tunisiens. Concernant la Suisse alémanique, – et considérant qu’en Suisse alémanique – les connaissances de français sont encore assez bonne – ce guide peut être une bonne aide de terrain pour des prospections de terrain sur les espèces invasives. Le guide de Guillaume Fried, peut aussi servir dans la partie Sud de l’Allemagne – (Baden-Würrtemberg, Rheinland –Pfalz, Hessen, Bayern) – peut-être même dans la partie septentrionale de Nordrhein Westfalen. Sachant bien que la connaissance du français en Allemagne sont en pleine dégringolade – je considère néanmoins – que le guide avec « ausreichenden Schulfranzösischkenntnissen » – faute d’une « Feldflora  zu den invasiven Pflanzenarten Mitteleuropas » actuellement disponible – peut être un aide précieuse pour la « Feldarbeit » – le travail de terrain.

Je résumé- le „Guide des plantes invasives „ de Guillaume Fried est une première pour la France métropolitaine (et peut-être pour une grand partie du reste de l’Europe). Je pense que ce petit livre est une vraie réussite, et qu’il vaut largement le prix de 18,90 Euro.

 

Fried, Guillaume (2012): Guide des plantes invasives.

Paris.  (Éditions Belin), 272 pages.  ISBN 978-2-7011-5793-1

Prix : 18,90 Euro

 

Literature et ouvrages citées :

Chauvel, Bruno; Cadet, Émilie (2011) : Introduction et dispersion d’une espèce envahissante : le cas de l’ambroisie  à feuilles d’armoise (Ambrosia artemisiifolia L.) en France. In : Acta Botanica Gallica, 158 (3), 309-327, 2011.

Eser, Ute (1999): Der Naturschutz und das Fremde. Ökologische und normative Grundlagen der Umweltethik. Frankfurt/New York (Campus Verlag). ISBN 3-593-36250-3.

Fried, Guillaume (2012): Guide des plantes invasives. Paris (Éditions Belin), 272 pages.  ISBN 978-2-7011-5793-1

Kowarik, Ingo (2010): Biologische Invasionen. Neophyten und Neozoen in Mitteleuropa. Mit Beiträgen von Wolfgang Rabitsch. 2. Wesentlich erweiterte Auflage. Stuttgart, (Eugen Ulmer), ISBN 978-3-8001-5889-8

Neff, C. (2003): Les Corbières maritimes – forment-elles un étage de végétation méditerranéenne thermophile masqué par la pression humaine ? In: Fouache, E. (Ed.): The Mediterranean World Environment and History. IAG Working Group on Geo-archeology, Symposium Proceedings. Environmental Dynamics and History in Mediterranean Areas, Paris, Université de Paris – Sorbonne 24 – 26 avril 2002. Paris, 191 – 202, (Elsevier France, ISBN 2-84299-452-3).

Neff, C. (2007) : Naturkundliche Beobachtungen in Munchhausen (Frankreich) Sauerdelta und Laurophyllisation in Munchhausen.. In: VOGT, J., D. BURGER, T.K. BUTTSCHARDT, A. MEGERLE (Eds): Karlsruhe, Stadt und Region. Ein Landeskundlicher Führer zu bekannten und unbekannten Exkursionszielen. Karlsruhe, Regionalwissenschaftlicher Fachverlag, p. 201 – 215, ISBN 978-3-9811189-2-6

Neff, C., Scheid, A. (2005): Der mediterrane Süden Frankreichs. Vegetationsdynamik und Kulturlandschaft im Languedoc- Roussillon. In: Geographische Rundschau, 57, Heft 9, 38-44.

Rotherham, I.D., Lambert, R.A. (Eds) (2011): Invasive & Introduced Plants & Animals. Human Perceptions, Attitudes and Approaches to Management. London, (Earthscan), ISBN 978-1-84971-071-8

Christophe Neff, le 20.4.2012

Blognotice 12.2.2012: la banquise bloque le Port de Port Leucate

La banquise bloque le Port de Port Leucate 11.2.2012Il fait froid en Europe – et même en Afrique du Nord le froid sévit.  Oui l’Afrique du Nord est sévèrement touchée même si les medias en Europe n’en parlent pas – situation dramatique dans la Wilaya de Tizi Ouzou en Algérie –  beaucoup de neige aussi dans la délégation d’Aïn Draham en Tunisie. Je ne sais pas pourquoi, mais chaque fois qu’il fait froid en Tunisie mon billet «De la neige entre Jendouba, Aïn Draham et Tabarka» est pris d’assaut. Et comme je l’écrivais dans la Blognotice 22.12.2011 «la faim et le froid sont un des dangers les plus redoutables  pour une jeune démocratie, pour une société que se reconstruit».  Mais aussi ici en Europe on subit les conséquences du froid. A Grünstadt – la piscine- tous temps – le fameux Allwetterbad Grünstadt – fut victime du grand froid et de l’incompétence des « édiles politiques locaux » (voir mon dernier billet (en allemand)). La nuit du mardi 7 au mercredi 8 février fut la nuit la plus froide de cet hiver à Grünstadt – avec – 18° – ce qui provoqua l’éclatement d’une partie de l’alimentation en eau de l’Hôpital. Et ces – 18 ° ont eu apparemment raison de mon petit Chamaerops humilis. On verra  si au printemps il reprendra de la souche. Par contre mes trois Trachycarpus fortunei  ont  assez bien supporté  cette vague de froid.  Mais c’est  dans le midi méditerranéen qu’on peut actuellement découvrir un des témoins les plus bizarres  de cette vague de froid qui sévit en Europe et Afrique du Nord – l’Etang de Leucate partiellement gelé, – « la banquise » qui bloque le Port de Leucate. Le froid et la neige dans les Montagnes de l’Afrique du Nord, en réalité ceci est phénomène naturel qui se reproduit de temps en temps.

La banquise au Port de Port Leucate 1 10.2.2012

La banquise au Port de Port Leucate 2 10.2.2012

La banquise au Port de Port Leucate 3 10.2.2012

Mais voir le Port de Port Leucate bloqué par la glace, formant une sorte de banquise, cela est assez exceptionnel, un véritable  événement centenaire. J’avoue n’avoir jamais vu cela, et je connais le site depuis plus de quarante ans !

Photos : Toutes © C. Neff 10.2.2012 & 11.2.2012  Série banquise à Port Leucate

Christophe Neff, le 12.2.2012

Blognotice 22.12.2011

La neige qui nous manque à Grünstadt elle est tombée à Aïn Draham en Tunisie. Les premiers flocons de neige qui sont tomés à Grünstadt le 18.12.2011 se sont vite transformés en pluie, – et depuis il pleut presque sans interruption sur la Unterhaardt. Par contre le Nord de la Tunisie était confronté durant ces jours à une véritable vague de froid, – et   Aïn Draham était couvert par un manteau de neige d’une épaisseur dépassant les vingt centimètres. Je me suis aperçu de cette vague de froid touchant le Nord de la Tunisie, car paysages – et plus particulièrement le petit billet « De la neige entre Jendouba, Aïn Draham et Tabarka » étaient véritablement pris d’assaut.  Il fait froid en Tunisie et il manque le gaz pour cuisiner & chauffer, car la Tunisie est actuellement confrontée à une véritable pénurie de bouteille de gaz. La faim et le froid sont un des dangers les plus redoutable pour une jeune démocratie, pour une société que se reconstruit.  Comme l’écrit Isabelle Mandraud dans son article « Retour à Sidi Bouzid, capitale des maux de la Tunisie » dans le Monde.fr  du 16.12.2011, reportage sur  l’anniversaire du printemps arabe qui débuta avec l’immolation de Mohamed Bouazizi à Sidi Bouzid le 17 décembre 2010 – anniversaire qui à reçu aucune  retombé médiatique en Allemagne il faut le préciser – la pauvreté rurale n’a pas disparu, au contraire – et le prix de bouteille de gaz a même doubleé! Une vague de froid, comme celle qui sévissait dernièrement sur le Nord de Tunisie, ne peut que empirer les choses.

Le grand défi du « printemps tunisien » sera de améliorer profondément  la situation  socio-économique de la Tunisie rurale, car si cette situation ne s’améliore pas visiblement – ce printemps démocratique tunisien aura des grandes difficultés à se pérenniser.

Christophe Neff,  le 22.12.2011

Blognotice 15.10.2011 : couverture des primaires socialistes par les medias allemands et couverture des élections en Tunisie par les medias allemands

Ce matin, samedi  15.10.2011, en feuilletant la Rheinpfalz  je découvre à la une  l’annonce du prévisible gagnant des primaires du PS en France, l’article de Axel Veiel  « Selbst die Ex-Frau sagt Oui – Francois Hollande hat beste Chancen für Frankreichs Sozialisten in die Präsidentenwahl 2012 zu ziehen  (Même son ex-compagne dit oui , François Hollande a les meilleurs chances de devenir le candidat des socialiste français pour les élections présidentielles)». Il faut dire que les primaires du P.S. ont été suives de près par une partie des medias allemands.

Mais dans tous ces débats passionnés que les primaires ont  occasionnés, j’avais l’impression qu’ un vrai débat sur l’avenir de la construction d’une Europe citoyenne  et la place des relations franco-allemandes manquait cruellement ! Je me trompe peut être mais  c’est l’impression qui se dessine pour l’observateur intéressé de la Unterhaardt.  Dans la même édition de la Rheinpfalz un très bel article de Caroline Mannweiler sur Boualem Sansal « Rebell ohne Bitterkeit, – Friedenspreis für den Algerier Boualem Sansal  ( Rebelle sans amertume, prix de la paix pour l’algérien Boualem Sansal)». Boualem Sansal qui  recevra demain le « Friedenspreis des deutschen Buchhandels 2011 ».  La presse francophone, voire française, je l’avais déjà écrit le 12.6.2011, ne s’est pas encore aperçu du fait qu’un auteur francophone est en train de décrocher un des plus importants prix littéraires allemands.

Mais parlons encore des medias allemands, du  quasi silence des medias allemands sur la campagne pour les élections tunisiennes du 23.10.2011. En faite cet événement historique, ce sont les premières élections libres  dans l’histoire de la Tunisie, ne semble pas intéresser  grand monde en Allemagne. Peut être la donne a-t-elle  changé cette nuit, avec l’attaque du  domicile du PDG Nébil  Karoui de la chaîne privée tunisienne Nessma, chaîne qui avait la semaine dernière diffusé le film franco-iranien Persépolis,  par des émeutiers salafistes (concernant l’affaire Nessma voir aussi l’analyse du blog printemps arabe : «  L’affaire Nessma et les maux de la société tunisienne »  ; et le blogposting de Isabelle Mandraud «Nessma TV dans la tourmente, Ennahda dénonce une « provocation» ). Le SPON, nous sort ce matin un article, Tunis – Demonstration gegen TV Film eskaliert in Gewalt  et dans le forum des commentaires liés à cet article  une grande partie des « foristes » voient déjà la Tunisie emprunter la voie de la révolution iranienne. Je crois que c’est  injuste de vouloir réduire le processus électoral  en Tunisie à la victoire présumée  d’Ennahda  et des activistes salafistes.  Par contre,  on trouve une  analyse beaucoup plus lucide d’Ali Benyahia dans El’Watan « Des milliers de manifestants contre Nessma TV : Mobilisation islamiste en Tunisie ».  Mais à vrai dire,  El’Watan ce n’est pas un journal allemand, mais un journal francophone algérois  qui suit l’évolution politique en Tunisie d’assez près !

Il me semble que cette dernière semaine avant les élections historiques du 23.10.2011 en Tunisie sera cruciale, car il y assez de groupes à  l’intérieur  de Tunisie et à  l’extérieur  de la Tunisie, pas seulement les salafistes, qui n‘ont aucun intérêt à voir s’établir une vraie démocratie laïque et  libre dans un état du Maghreb ou du Proche Orient.  Les adversaires d’un processus démocratique en Tunisie vont essayer de monter en puissance durant ces derniers jours de la campagne électorale et même après les élections du 23 octobre. Le chemin vers la démocratie et  la liberté sera certes rude et dangereux, car les ennemis d’une démocratisation de la Tunisie sont nombreux. Mais personnellement et je tiens encore à l e souligner, comme je l’écrivais hier dans le Blog de Isabelle Mandraud   et il y a déjà presque 10 mois dans les « Les lumières du Fohrenbühl et la révolution tunisienne »  « je pense que, si il y a actuellement une société du monde arabe qui pourrait réussir à construire une véritable démocratie laïque et une société libre c’est bel et bien la société tunisienne – le peuple tunisien » et j’en reste persuadé.

Sources citées :

Veiel, Axel (15.10.2011): Selbst die Ex-Frau sagt Oui. Francois Holland hat beste Chancen, für Frankreichs Sozialisten in die Präsidentenwahl 2012 zu ziehen. In: Die Rheinpfalz – Unterhaardter Rundschau, Seite 1, Samstag 15. Oktober 2011, Jahrgang 67, Nr. 240

Mannweiler, Caroline (15.10.2011): Rebell ohne Bitterkeit, – Friedenspreis für den Algerier Boualem Sansal. In:  Die Rheinpfalz – Unterhaardter Rundschau, Seite 6, Samstag 15. Oktober 2011, Jahrgang 67, Nr. 240

Christophe Neff le 15.10.2011

Blognotice 5.10.2011 – neiges automnales & prochain lauréat du Prix Nobel de littérature

Finies  les belles journées de fin d’été – l’automne n’est plus loin, pour jeudi le 6. Octobre 2011 on nous annonce de la neige à partir de 1200 mètres sur les sommets des Vosges et de la Forêt Noire.  Le jeudi  6. Octobre on nous annoncera aussi le prochain lauréat du Prix  Nobel de littérature.  En fait je n’ai aucune idée de qui pourrait se voir  attribuer le prix. Normalement un ou deux jours avant l’annonce on trouve quelques renseignements sur la RDL. Mais cette année au moment où j’écris ces lignes,  aucune annonce dans la RDL.  Un de meilleurs romans que j’aie lu durant ces dernières années, fut le roman Melnitz de Charles Lewinsky. Mais Charles Lewinsky ne figure sur aucune liste de potentiels lauréats du  Nobel de littérature. Chez Ladbrokes c’est Adonis qui figure actuellement en tête.  Mais M.A. Orthofer dans le Literary Saloon ne veut pas trop y croire, – ses favoris sont Ibrahim al-Koni et Ngũgĩ wa Thiong’o.  Le guardian nous présente Assia Djebar. En fait je n’ai aucune idée  mais une attribution du prix  Nobel de littérature à Adonis aurait au moins le charme de guider un peu plus l’opinion publique sur ce qui ce passe actuellement en Syrie.  Au début de l’été 2011, en signe de solidarité silencieuse aves le mouvement d’opposition je me suis mis à lire  « Mémoire du  vent » d’Adonis. Je sais bien que cela ne sert pas à grand-chose.  En fait cela ne sert à rien du tout,  le sang des innocents coule dans les villes syriennes, seul le vent emporte les cris des victimes du régime de  Bachar el-Assad  et j’ai l’impression que les massacres continueront encore longtemps. Au fait qui parle encore du printemps arabe ? Il y aura des élections en Tunisie le 23. Octobre 2011, mais on n’en parle guère dans la presse francophone.  Il semble que Ennahda puisse remporter les élections du 23.10.2011, – très belle analyse de Joshua Hammer dans la New York Review of Books – sur ce sujet.  Mais tout cela n’a rien à voir avec  l’annonce du lauréat du Nobel de Littérature 2011, mais on pourrait au moins espérer  autant d’attention médiatique pour les prochaines élections tunisiennes ou pour la tragédie que se passe en Syrie que pour l’annonce du lauréat du Nobel de Littérature 2011. Un lauréat du Maghreb, du Proche – Orient pourrait au moins porter  une lame d’espérance pour ce qui fut ce printemps , le début démocratique arabe.  Nefflinger tu rêves les yeux ouverts!

Pour finir : ma prévision personnelle  pour le Nobel de littérature 2011, ce ne sera ni Charles Lewinsky ni Serge Moati, mes trois – quatre favoris sont Assia Djebar, Adonis, Ibrahim al-Koni et Ngũgĩ wa Thiong’o.

Jeudi après midi – si les prévisions météo d’aujourd’hui ne se trompent pas trop, nous retrouvons la neige sur les sommets des Vosges et de la Forêt Noire et nous connaîtrons le lauréat du Nobel de Littérature 2011.

Christophe Neff, le 5.10.2011

Blognotice 12.2.2011 – un air de Vormärz dans le monde arabe

Nous avons vécu une vraie semaine de redoux, les premières perce-neiges ont commencé à fleurir dans les jardins de Grünstadt et l’Unterhaardt. A Karlsruhe même les helléborines sont en fleur. Le « Vorfrühling » a bel et bien commencé, même si le froid hivernal peut toujours revenir. Le terme phrénologique « Vorfrühling » n’existe malheureusement pas en français. Ce Vorfrühling, vu les événements en Tunisie, Egypte et maintenant aussi en Algérie,  me rappelle un peu le Vormärz allemand. Beaucoup d’espoir qui fut malheureusement trempé dans le sang par la « réaction » – Robert Blum fusillé par les troupes impériales autrichiennes, la Forteresse  de Rastatt prise le 23.7.1849 par les troupes prussiennes,  et les révolutionnaires badois fusillés. Les révolutionnaires du Sud de l’Allemagne qui ne furent pas fusillés ou incarcérés  cherchèrent à se refugier en France, en Suisse et aux Etats Unis. Dans le souvenir populaire (au moins  en ce qui concerne ma génération) reste « das Heckerlied ».

Donc hier, quand j’appris que Moubarak quittait le pouvoir, j’ouvris une bonne bouteille de Pfälzer Dornfelder et je me souvins des paroles du Heckerlied en espérant que tout cela finirait moins tragiquement que la révolution de Mars 1848/49 dans la confédération germanique.

Donc voici pour finir, les premiers vers du Heckerlied , ce chant révolutionnaire en souvenir de Friedrich Hecker qui survécut jusqu’à nos jours dans une partie de la mémoire collective de certains pays et régions du Sud de l’Allemagne.

1. Wenn die Leute fragen,

Lebt der Hecker noch?

Könnt ihr ihnen sagen:

Ja, er lebet noch.

Refrain:

Er hängt an keinem Baume,

Er hängt an keinem Strick.

Er hängt nur an dem Traume

Der deutschen Republik.

Et voici, mon adaptation &traduction française des premiers vers du Heckerlied

1.       Si les gens vous demandent

Est-ce que le Hecker vit encore

Vous pourrez leur répondre

Oui le Hecker vit encore

Il ne pend pas à un arbre

Il ne pend pas à une corde

Il se cramponne, il pend encore très fort

Au rêve d’une libre république (allemande)

(©Traduction & adaptation C. Neff Février 2011)

En Tunisie comme en Egypte, le chemin vers un avenir meilleur sera rude et dur et pas toujours facile. Comme je l’écrivais dans les lumières du Fohrenbühl,  je crois sincèrement que la Tunisie réunit les conditions nécessaires pour trouver son chemin vers un avenir démocratique. En ce qui concerne l’Egypte je suis beaucoup plus sceptique et je rejoins ici l’analyse de Gilles Kepel – les défis de la révolution. En fait, jusqu’à présent Moubarak a bel et bien quitté le pouvoir, mais la structure du système politique égyptien ne semble pas encore avoir bien changé pour l’heure. Les militaires gèrent actuellement le pouvoir directement,  c‘ est tout.

En ce qui concerne les « analyses politiques » de la situation politique actuelle dans le monde arabe je trouve celle de Ayaan HisriNon, le monde arabe n’est pas l’Europe de l’Est en 1989!et celle d‘ Olivier Roy „la révolution post islamiste “ particulièrement intéressante.

Revenons à la fin du billet au Heckerlied et à Friedrich Hecker. L’article Friedrich Hecker (article créé par l’utilisateur Jospe le 31.12.2008) dans la Wikipedia.fr est d’une très bonne qualité , c’est vraiment un article dont on peut vivement recommander la lecture.

Espérons que la révolution démocratique arabe naissante ne finira pas comme le Vormärz allemand ou la révolution de mars 1848/49 dans la confédération germanique.

Christophe Neff, Grünstadt le 12.2.2011

Les lumières du Fohrenbühl et la révolution tunisienne (21.1.2011)

Au cours de la troisième semaine de janvier 2011, pendant que le peuple tunisien se soulevait contre le régime Ben Ali, semaine fatidique, j’étais au Fohrenbühl tenant un séminaire sur les changements globaux. Je pensais beaucoup aux événements en Tunisie, car exactement ici, au Fohrenbühl j’avais organisé durant l’été 2006 pour la GTZ avec le défunt Professeur Gonzague Pillet et mon ancienne collaboratrice Anna Viola Mai un séminaire sur les changements climatiques en Tunisie. Donc pendant ces jours fatidiques pour la Tunisie, au Fohrenbühl, je pensais d‘ abord avec beaucoup d’inquiétude à mes amis et collègues tunisiens, est- ce que ils avaient perdu un proche, un ami, un enfant, – un fils, une fille, un cousin ?

Avant de partir au Fohrenbühl, sidéré par le silence des medias allemands et européens j‘ avais rédigé une petite notice intitulée « Blognotice 11.1.2011 – le silence des medias allemands sur la tragédie tunisienne de l’hiver 2010/11 », choqué par l‘ incompétence de la diplomatie française, choqué par le silence d’une grande partie de la classe politique française, le silence des dirigeants de l‘ Europe politique. Quand un régime tire systématiquement à balles réelles sur ces propres enfants, quelle que soit la nature politique du régime (démocratie, régime autoritaire, dictature) – il perd toute légitimité. Les premiers morts de Sidi Bouzid, les morts de Kasserine, de Thalia n’ont guère perturbé la connivence et complaisance des dirigeants européens envers le régime de Ben Ali. En ce qui concerne la couverture médiatique en Europe, les choses ont commencé à bouger avec la publication de photo de la jeune fille morte à Sidi Bouzid le 10 janvier – qui a été reprise par le Monde du 12.1.2011 et qui a fait le tour du monde – et la mort de l‘ universitaire franco-tunisien Hatem Bettahar. Là, lentement, les medias européens semblèrent avoir compris que les choses allaient peut être basculer – ou tout simplement avaient-ils enfin compris que « l’autocrate souriant Ben Ali » n‘ hésitait pas à tirer sur sa propre jeunesse – que l‘ ami tunisien utilisait massivement et sans modération la force pour mater le soulèvement de la jeunesse étudiante et lycéenne tunisienne.

Au Fohrenbühl un peu coupé du Monde, – au Naturfreundehaus (maison de la nature) Sommerecke il n’y même pas possibilité d’utiliser un portable, j’essayais de suivre aussi bien que possible les événements en Tunisie, et particulièrement à Tunis et dans les banlieues de Tunis. Ces lumières du soleil couchant à travers les sapinières du Fohrenbühl, lumières du Fohrenbühl , elles emportaient mes pensées vers Tunis, – vers mes collègues et amis que j’avais connus durant mes années tunisiennes que je sentais en danger. Quel soulagement, le vendredi soir 14.1.2011 vers 19 :44, quant j’écrivais depuis l’hôtel Adler, (où je logeais durant ce séminaire et où il y la possibilité de se brancher sur Internet) un petit email à un ami tunisien que Ben Ali avait quitté la Tunisie. Enfin peut être les choses pourraient peut être s’améliorer en Tunisie. Peut être !

En revenant du Fohrenbühl, je découvris à quel point la couverture de événements, de la révolution tunisienne en Allemagne avait changé. Du grand silence on est passé à une couverture médiatique assez large. Ce qui m‘ étonne surtout ce sont ces soi-disant experts « du monde du maghreb », « de la Tunisie », « du monde arabe » etc. qui sortent partout de leurs trous et qui voient dans révolution de jasmin – terme que je n‘ apprécie pas du tout – car cette révolution en Tunisie, s‘ est passée dans une grande douleur , un début de mouvement de soulèvement démocratique qui à partir de la Tunisie gagnerait le Maghreb et après, le reste du Monde arabe. Où était la voix de ces soi-disant experts du Monde arabe et de la Tunisie le 11 janvier, le 10 janvier, – pendant les événements de Kassarine et de Thalia, – où était ces voix d’experts au début du mois de janvier – quand j’écrivais sur la neige, le froid et le désespoir dans le djebel tunisien dans ma blognotice du 4.1.2011 ? Peut être bien que je me trompe, mais je ne crois pas qu’on puisse comparer la situation tunisienne, l’évolution des événements en Tunisie à celle d’autres états du monde arabe.

Personnellement, je pense que si il y a une société capable de construire une démocratie laïque, une société civile libre des ses propres mains et sans interventions externe, dans le Monde arabe et en Afrique c’est bien la société tunisienne. Naturellement il y a le risque qu’après un période de transition un nouveau clan, une nouvelle famille reprenne le pouvoir en main, il y a aussi ,il ne faut pas le négliger , le risque de voir les islamistes s’accaparer le mouvement révolutionnaire, car c’est une véritable révolution qui a eu lieu en Tunisie, et là je suis d‘ accord Jean Tulard qui désigne ce janvier 2011 comme l’an 1789 de la révolution tunisienne.

La société tunisienne est une des rares sociétés dans le monde arabe (et africain), où il y a vraiment une large « classe moyenne » – « La Mittelschicht » – comme on dit en allemand – et c’est cette « classe moyenne tunisienne » qui peut construire de ses propres mains, comme elle a renversé pacifiquement le régime mafieux du clan Ben Ali, une démocratie laïque, une société libre. C’est la société civile qui a renversé Ben Ali (avec l’aide de l’armée qui ne voulait pas tirer sur le soulèvement populaire à Tunis le 14.1.2011). C’est cette large couche moyenne, une société civile qui a progressé malgré la lourdeur des dernières années du régime Ben Ali, qui a porté les événements de janvier 2011 en Tunisie ; mais franchement je ne vois pas un état dans le monde arabe ou nous ayons une si forte « classe moyenne » et « Société civile » qu‘ actuellement en Tunisie. Donc malheureusement les autocrates et dictateurs du monde arabe ont encore de beaux jours devant eux.

Je ne suis pas voyant, je ne partage pas le pouvoir clairvoyant de tant d‘ « experts du monde arabe » mais je pense que, si il y a actuellement une société du monde arabe qui pourrait réussir à construire une véritable démocratie laïque et une société libre c’est bel et bien la société tunisienne – le peuple tunisien .

Pendant que les lumières de Fohrenbühl traversaient les sapinières du Mooswaldkopf le 13,14,15 et 16 janvier 2011 emportant mes pensées vers la Tunisie, mes collègues tunisiens et leurs proches que je sentais en danger , j‘ espérais fortement voir venir le jour où les tunisiens pourront enfin vivre en liberté, manger à leur faim, choisir leur gouvernement librement. Peut être ces jours- là ont – ils enfin commencé ! Espérons-le !

Les lumières du Fohrenbühl - sapinières du Mooswaldkopf 15.01.2011
Photo: Les sapinières du Mooswaldkopf illuminées par le crépuscule des lumières du Fohrenbühl © C. Neff 15.1.2011.

Photo: Les sapinières du Mooswaldkopf illuminées par le crépuscule des lumières du Fohrenbühl © C. Neff 15.1.2011.

Christophe Neff, Grünstadt le 21.1.2011