Villa Jasmin – quelques pensées personnelles en vagabondant sur le téléfilm de Férid Boughedir

Le téléfilm de Férid Bougehedir , « Villa Jasmin » est passé Samedi dernier 30.5.2009 à la télévision- la critique de Véronique Cauhape dans le Monde Télévision reprise ici en bas dit presque tout.

Villa Jasmin un homme revient dans son pays, sur les traces familiales

»Serge et sa femme, enceinte de leur premier bébé, débarquent dans le port de la Goulette, à Tunis. Voilà vingt ans que Serge n’est pas revenu dans ce pays qu’il a dû quitter à l’âge de 11 ans, à la mort de ses parents, tout juste avant l’indépendance que son père espérait tant. Ses bagages à peine posés, le jeune homme part sur les traces de son enfance.

Chaque lieu fait remonter son lot de souvenirs : l’insouciance de l’avant-guerre, la douce présence de sa mère, le courage et l’enthousiasme de son père juif, socialiste et franc-maçon, résistant, déporté en Allemagne, relâché par miracle et libérateur de Paris. Adapté du roman de Serge Moati, Villa Jasmin (Fayard), le téléfilm de Férid Boughedir restitue assez bien le voyage intime d’un fils qui tente de rétablir le lien avec ceux qui l’ont laissé trop tôt orphelin, de recoller les deux morceaux de son histoire : l’avant et l’après de la mort de ses parents. Il perd hélas l’humour et le souffle romanesque qui portaient le livre et le coloraient de toutes sortes d’émotions. Ni rires ni larmes dans ce téléfilm. Seulement les belles couleurs de la Tunisie. » Veronique Cauhape Le Monde Television, 24.5.2009, p. 15 les choix du Samedi.

 

Presque tout, à rajouter quelques détails, idées et pensées personnelles. D’ abord en raison des circonstances expliquées dans le billet précédent je n’ai pas pu voir la totalité du film : pour moi le téléfilm s’arrête donc à la libération. Mais on pourrait espérer une version DVD, pour voir la fin du film, -comme j’attends encore une réédition de la DVD d’un été à la Goulette et Halfaouine l’enfant des terrasses , les deux grands films de Férid Boughedir.

Les belles couleurs de la Tunisie, du Golf de Tunis, de Sidi Bou Said, de la Marsa , de Tunis, – oui, la lumière du ciel au-dessus de Tunis, cette lumière d’été, cette atmosphère a été très bien reconstituée. Pour le reste, disons, que comme toujours dans les cas d’une adaptation littéraire en film ou téléfilm, – c’est toujours l’image transférée que le réalisateur se fait de l’œuvre originale, c’est la vision du réalisateur.

Dans le cas, de « Villa jasmin », tout laisse croire que Férid Boughedir a fait le film en collaboration avec Serge Moati . Ce que j’ai vu du film, m’a beaucoup plus, au point que s’il sortait un DVD du film, je serai sûrement acheteur. Naturellement si par chance, j’avais eu l’occasion de faire un film sur ma vision de Villa Jasmin, j’aurais mis plus d’importance à la communauté juive de Tunis, son histoire, ses vies ; le front populaire ; Serge Moati père (dans le Film Serge Boccara) le socialiste, l’homme de gauche qui vivait sur le rêve d’un monde meilleur, – et d’une autre façon j’aurais un plus détaillé le personnage de Rahn, – mais surtout Georges Guilbaud – le communiste devenue milicien, – dans un certain sens – l’anti- figure de Serge Moati père, – Georges Guilbaud figure complexe, qui devient porteur du mal. Mais je n’écris pas le billet du roman autobiographique de Moati, – ce sera peut être pour un autre article. J’ai fini donc ce billet, en me souvenant comment j’ai acheté le livre de Moati en juillet 2005 à la libraire Mille feuilles à la Marsa Gare, face à la Gare du TGM, comme je remontais via la corniche à l’Hôtel, – Hôtel Sidi Bou Saïd sur la colline de Sidi Dhrif où la GTZ loge habituellement ses experts scientifiques. Je suis souvent retourné depuis à l’hôtel Sidi Bou Saïd à Shidi Dhriff, et chaque fois que possible, quand j’avais une heure de libre entre deux rendez-vous, j’essayai de retourner, de descendre a travers les ruelles de Marsa la Corniche pour aller à la librairie Mille feuilles en face de la Gare du TGM.

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Vue sur la libraire „Mille feuilles à la Marsa Gare“. Photo et Copyright: www.nachoua.com . Photo publiée avec l‘ autorisation de nachoua.com. (email du 31.5.2009)

En Juillet 2005 donc, j’avais acheté la version poche du livre de Serge Moati , avec comme couverture la Peinture de Didier Paquignon , – couverture de livre que j’utilise depuis comme transparent PowerPoint introduisant mes cours magistraux sur la géographie régionale du Maghreb.

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 Copie du transparent PowerPoint introduisant mon cour magistral sur la géographie régionale du Maghreb du semestre d’éte 2008.

 

J’ai lu l’ouvrage dans les trois nuits suivantes à l hôtel, – et pendant la lecture je retrouvais un peu le monde perdu de mon enfance quand mon grand – père me racontait sa gauche. Les mémoires d’une gauche, d’un monde meilleur, mais aussi cette vision d’une France- pays des droits de l’homme, pays du progrès, – ceci fut le monde de Jean Migliori, mon grand père, immigré italien, macaroni, rêveur marxist, résistant, socialiste, mitterrandiste avant que le mot « génération Mitterrand » fut invente. Monde, idées et histoires de mon grand père qui il me racontait, – le Journal Le Monde à l’appui, – et qui ressurgissait pendant ma lecture de l’ouvrage de Moati sur la colline de Sidi Dhrif surplombant Marsa la Corniche et Marsa Plage.

La seule critique que je me permettrai donc de formuler envers la réalisation de Férid Boughedir, c’est qu’à mon goût le personnage de Serge Bocara (alias Serge Maoti) ne ressort pas assez comme homme de gauche, comme socialiste pur et dur. Naturellement ceci reflète aussi l’image que je me faisais de Serge Moati père pendant ma lecture de Villa Jasmin à l’Hôtel Sidi Bou Said, – et cette image q’ on se construit pendant la lecture d’un roman n’est pas seulement le reflet de l’ouvrage lui-même, mais aussi du bagage culturel et socio-historique du lecteur.

Finissons donc avec une fin de note très personnelle, même ci cela n’ a à priori plus grand-chose à faire avec la réalisation du téléfilm « Villa Jasmin » de Férid Boughedir – ce que j’ avais aussi un peu retrouvé, ressenti dans le roman autobiographique de Serge Moati « Villa Jasmin », – c’ était d’ une part cette image d’une France imaginaire, porteur de civilisation positive, des droits de l’ homme, l’ école républicaine et laïque, aussi d’ une France qui accepta le rôle d’ un havre de paix et d’ un potentiel de réussite socio-économique, d’ autre part cette idée de la gauche, le rêve mobilisateur d’ un monde meilleur, d’ une société plus humaine, plus juste. Ces rêves et images que les Migliori, les Casciolas, les Moati, les Filipetti, et tous les autres que je ne connais pas, les juifs d’ Europe de l’ Est qui fuyaient les cauchemars d’ un Volodja parsemant les steppes ukrainiennes de pogromes, les italiens qui fuyaient la misère toute crue de leurs montagnes austères de l’Apennin, les arméniens qui cherchaient un havre de paix sûr, les portugais fuyant la misère de la vie rurale dans le Portugal de Salazar et le service militaire dans les colonies lointaines : ils portaient dans leur cœur ce rêve – cette image d‘ une France prometteuse qui fait encore rêver des oubliés et des perdus des nos jours quelque part en Afrique, les Harragas , – les passagers des pateras qui ,au moment où j’ écris ces phrases, divaguent, sombrent quelque part en Méditerranée, au détroit de Gibraltar ou sur l’ Océan atlantique . Naturellement , je sais bien que cette image d’une France offrant havre de paix et potentiel de réussite socio-économique, pays de la liberté et des droits de l’homme, était souvent une image chaste, loin des réalités vécues, mais ces rêves et images d’une France meilleure existaient et je suis sur qu’ils existent encore. En ce qui concerne la gauche socialiste, vu l’état actuel du P.S., j’ai malheureusement l’impression que le tableau s’est nettement assombri.

Et en écrivant ces dernières phrases, juste une semaine avant les élections européennes je me demande si en France il y a tout simplement encore une gauche, – une gauche qui peut mobiliser les rêves, les idées, les hommes. Vu d’Allemagne on a l’impression que le P.S. a cessé d’exister comme véritable force politique, comme parti rassemblant la gauche, des centristes, des libéraux avec le cœur à gauche (les Sozialliberale en allemand), jusque aux marge du P.C. Espérons que mon impression me trompe !

Une Europe unie, libre, démocratique, juste et sociale – ceci pourrait être une image pour une gauche visionnaire qui est encore capable de mobiliser des hommes et des idées un peu comme les valeurs et les idées qui ont mobilisé Serge Moati père et ses camarades socialistes, mon grand père Jean Migliori et tous les autres pendant les années 30 et 40 d’une autre ère.

Bibliographie et sources :

Cauhape, V. (2009) : Le Monde Television, 24.5.2009, p. 15 les choix du Samedi.

Moati, S. (2003) : Villa Jasmin, Paris (Fayard, le livre de Poche).

Christophe Neff, Grünstadt le 2.6.2009

P.S. : Des très belles photos de la Marsa se trouvent sur ici .

Comment fait-il ?- Wie macht er das ? – une petite note personnelle – eine kleine persönliche Notiz.

 

unsere Birke 31.5.2009
Notre bouleau , unsere Birke (Photo © C. Neff, 31.5.2009 Grünstadt)

J‘ ai reçu des emails d‘ amis qui savent que j‘ ai eu un accident le 2.5. et que je suis plus au moins collé au lit depuis. Ils me demandent comment je fais pour écrire le blog (et tous autres textes). C’est assez simple, allongé au lit, le notebook sur les genoux. C’est une technique que j’ai remarquée chez mes étudiants : ils manipulent leur notebook dans presque toutes les positions possibles. Ils vivent pratiquement avec leur notebook.

Il me semble que les étudiants d’aujourd’hui vivent dans une réelle symbiose avec leur notebook, leur téléphone portable, leur clef USB (et parfois leur i-pod). Un mode de vie qui est loin du mien, par la force des choses, j’ai emprunté la technique d’écriture sur notebook en position allongée à la génération étudiante actuelle.

 

Mais ce n’est pas si facile, d’écrire des textes d’une telle manière j’ai l’ impression que je dois m’arracher chaque phrase. Pour revenir aux paysages, comme mon champ de vision est assez restreint, en ce moment les paysages auxquels je travaille sont les paysages imaginaires de mes lectures (hier je viens de finir « Harraga » de Boulem Sansal) et de mes pensées. C’est dur pour une personne qui aime voyager (certainement une des raisons pour avoir choisi le métier de géographe) – de restreindre le champ de vision à une ou deux fenêtres. Mon réel cadre de regard actuel sont les ombres et reflets de couleurs et de lumières se reflétant dans le bouleau de notre jardin à Grünstadt . Quand je me lève, si les brumes du Oberrheingraben ne sont pas trop épaisses, je peux voire apparaitre à l’horizon la ligne vert foncé de l’Odenwald .

Ich habe emails von Freunden und Bekannten bekommen, die wissen, dass ich am 2.5. einen Unfall hatte, und die auch wissen, dass ich seitdem mehr oder weniger ans Bett gebunden bin (das franz. collé au lit = wortwörtlich ans Bett geklebt hört sich viel besser an), und die mich fragen, wie ich denn das mit dem Schreiben mache . Eigentlich ganz einfach, ich liege im Bett, und habe das Notebook auf den angewinkelten Knie liegen, – und schreibe dann. Eine Technik die ich den Studierenden abgeschaut habe, – Sie bedienen ihr Notebook in eigentlich fast allen erdenklichen Positionen und Stellungen. Überhaupt habe ich den Eindruck, dass die heutige Studentengeneration in einer regelrechten Symbiose mit Notebook, Handy, USB-Stick (und manchmal gibt’s noch ein I-Pod) lebt. Ein Lebensstil der bestimmt sehr weit von dem meinigem entfernt ist, aber die Technik, das Notebook im Liegen zu bedienen, das habe ich mir, von der heutigen Studentischen Generation abgeschaut bzw. „ausgeliehen“.

Es fällt mir aber auch schwer so im Liegen zu schreiben, – ich muss mir regelrecht jeden Satz auf der Tastatur erkämpfen. Was die Paysage, die Landschaften betrifft, – da mein geographisches Auge kaum ein Sehfeld hat, beschränken sich meine „Landschaftseindrücke“, auf die imaginären Landschaftsen meiner Lektüren (gestern beendete ich „Harraga“ von Boualem Sansal.) und meiner Gedanken. Es ist nicht einfach für jemanden der gern reist (das Reisen war bestimmt einer der Gründe, weshalb ich den Beruf des Geographen aufgriff) das Sichtfeld auf ein oder zwei Fenster beschränkt zu haben. Mein reelles aktuelles Seh und Sichtfeld beschränkt sich auf die Farben des Lichtes, dass sich in Licht und Schattenspielen im Blattwerk der Birke in unserem Garten in Grünstadt wiederspiegelt. Wenn ich aufstehen, und der Oberrheingraben noch nicht zu dunstig ist, kann ich in der Ferne die dunkelgrüne Linie des Odenwaldes erkennen !

abendlicher Blick über die Dächer von Grünstadt auf den Odenwald 31.5.2009
Vue tardive sur les toits de Grünstadt et l‘ Odenwald, abendlicher Blick über die Dächer von Grünstadt und den Odenwald. (Photo ©  C. Neff 31.5.2009 Grünstadt)

Sources/Quellen/Hinweise:

Sansal, B. (2005): Harraga. Paris (Gallimard – Folio)

Christophe Neff, Grünstadt le 31.5.2009

Élections Européennes 2009 : Le Wahl – O-Mat et le Vote Match Europe 2009

En France comme en Allemagne l’intérêt pour les prochaines élections européennes ne semble pas être trop grand. En ce qui concerne l’Allemagne Spiegel– online propose a ses lecteur d’utiliser un Wahl-O-Mat pour tester les choix individuels politiques pour l’Europe – welches Europa hätten Sie den gern ?

La Bundeszentrale für politische Bildung avec d’autre partenaires propose un instrument semblable le Vote –Match disponible en français.

Je ne sais pas si ces instruments augmenteront le taux de participations aux élections européennes, mais en testant les deux instruments j’ai eu l’impression que les résultats qu’y sortent, les préférences politiques, étaient assez intéressants.

Christophe Neff, Grünstadt le 27.5.2009

 


 

I. Un blog sur les paysages : un petit début – ou quelle langue choisir ?

Aujourd’hui où j‘ écris mes premières phrases dans mon blog, – l‘ Allemagne, la République fédérale d‘ Allemagne, die Bundesrepublik Deutschland fête ses soixante ans d‘ existence. J‘ ai l‘ impression qu‘ ici en Allemagne on ne fête guère cet événement. Dommage en fait, eigentlich schade, – car on pourrait être fier de ce qu’on a construit au cours de ces 60 ans. Depuis que j’ai eu l‘ idée d‘ écrire un blog, je me suis toujours heurté à la question de la langue – dans quelle langue écrire. En français, ma vraie langue maternelle, la langue que j‘ ai parlé avec ma mère, pendant les premières années de mon existence, à Tübingen, à Eckbolsheim, à Schramberg-Sulgen où j‘ ai appris à rêver des paysages mediterranéens perdus, accompagnés des chansons mélancoliques d’Enrico Macias, que ma mère écoutait pendent des heures, peut- être pour se souvenir de son identité méridionale franco-italienne qui sombrait dans une Allemagne qui se remettait lentement de ses blessures de guerre . Les deux chansons d’Enrico Macias, qui depuis me accompagnent pendant mes voyages dans les paysages lointains, me rappelant mon identité franco-italienne, sont «Paris tu m’as pris dans tes bras » et «l’amour c’est pour rien».

Ou en dialecte romagnol, parsemé de mots francais, italiens, – la langue dans laquelle mon arrière grand-père me racontait ses histoires, ses voyages, ses paysages, ses géographies lointaines dans un temps où l‘ empire austro-hongrois existait encore. Ou en allemand, la langue que j‘ ai commencé à apprendre le jour où nous débarquons à Schramberg-Sulgen, quand ma mère jouait pendent des longues heures du Schubert, et que j‘ imaginais entendre la houle d‘ une mer invisible quand les tempêtes venues de l‘ ouest balayaient les cimes des arbres, sapins, épicéas, des pins sylvestres du «Feurenmoos» dont ,quand les grandes tempêtes remuent des fonds de sombres forêts, les arbres orchestrent un boucan d’enfer ressemblant à une mer se dechaînant pendant une grande tempête. Cette musique que les tempêtes provoquent dans les forêts de forêt noire est particulièrement bien décrite dans le Roman de Vincenz Erath , «größer als des Menschen Herz», – un très beau roman d‘ une enfance en forêt noire dans le environs de Schramberg , roman et auteur qui sont malheureusement presque tombés en oubli en Allemagne.

Et plus tard à l‘ école, ou j’ai réellement appris l‘ allemand: avant , c’était plutôt le Schramberger Schwäbisch, même le Sulgenerisch, à ne pas confondre avec le Sulgerenisch de Saulgau le lieu de naissance et d‘ enfance de mon père. Oui ,c’est à l’école que j‘ ai réellement appris à parler, lire et écrire la langue de Goethe, – à la Grundschule Sulgen au Kirchplatz à Sulgen, – une paisible école de campagne entourée de beaux marronniers d‘ inde et d‘ une vielle Église. Au lycée vient l‘ anglais et plus tard le latin. Le latin ne me rappelle guère de bons souvenirs d’école. Pour l‘ anglais, même si j‘ étais au début plutôt un élève médiocre, l’anglais est peut être la seule langue où je maîtrise approximativement l‘ orthographe. Une langue devenue langue de travail, langue de lecture, langue dans laquelle je commence parfois à rêver, comme dernièrement après la lecture d‘ une des 40 pages du livre « the conquest of nature – Water, Landscape and the Making of modern Germany » de David Blackbourn.

Après le bac et le service militaire, pendant les études universitaires à Mannheim, parallèlement à mes études de géographie, j‘ avais commencé à étudier les langues romanes, un peu d‘ italien, mais vers la fin des années quatre-vingt l‘ italien était tellement à la mode en Allemagne (ce fut les temps de la „Toskana-fraktion “ de la SPD, de carborna de Spliff , que ,du moins à l‘ université de Mannheim , les cours étaient super pleins), faute d‘ avoir l‘ occasion de parler on n‘ apprenait pas grand-chose. Le peu d‘ italien qui me reste est plutôt dû aux vestiges de mes fonds familiaux, aux multiples vacances passées en Italie, et de mes essais d‘ imiter svalution de Adriano Celentano pendant ma phase de chanteur rock qui dura à peu près de 1980 – 1990.

J‘ ai donc filé vers les cours de portugais, en me souvenant que, quand j‘ étais gamin, je lisais avec mon grand – père dans son journal à Aubord , on disait toujours le journal du pépère, dans le Monde , les progrès de la révolution des oeillets. Salgueiro Maia était un des mes héros de jeunesse, mais je me demande qui au Portugal se souvient encore de son histoire. Plus tard pendant mes divers voyages d‘ études au Cabo de Rocca, mais surtout au Cabo de Sao Vicente et le long de toute Costa Vicentina je me mettais à rêver de voyages lointains, de rêver mes Luisades « Onde a terra acaba e o mar começa (Os Luisadas, III, 20 ) ». Entre temps le Portugal continental, à part quelques ilôts de résistance est devenue une terre anglophone, – à force de ne plus pratiquer le portugais, j’ai presque perdu ma maitrise active du portugais. Les quelques mots et phrases qui me restent, sont dues au fait que sur les îles lointaines des Açores comme Pico, Faial ou Flores il reste de minuscules pays où il est absolument nécessaire de parler portugais si on veut communiquer.

Revenant aux paysages, en lisant il y a quelques jours les Les Derniers Jours de la Classe ouvrière de Aurélie Filippetti, je commence à replonger dans les paysages imaginaires de mon enfance, les paysages des histoires de mes grand parents, de l‘ immigration italienne en Lorraine, de la résistance, du combat politique de la classe ouvrière. Je n‘ ai jamais mis les pieds dans ce pays, mais en lisant le livre de Aurélie Fillppetti, j‘ avais l‘ impression de connaître chaque ruelle de la Basse – Italie d‘ Hussigny, la cour de l‘ ecole d‘ Hussigny , les cheminées du four crématoire du camp de Thil , les mines de fer, les peurs de la gestapo, des SS, – à vrai dire une géographie imaginaire qui n‘ existait que dans ma mémoire d‘ enfant, mais qui a survécu à l‘ enfance et qui ressurgit pendant la lecture du livre de Fillipetti. C’est en fait aussi la lecture du roman autobiographique de Fillipetti, qui m’a donné le courage de m‘ attaquer à ce blog sur les paysages, – même si je n‘ ai pas encore résolu le problème de la langue d‘ écriture adéquate. Notons que dans ma perception, le livre de Fillipetti est une rare sources écrites et disponibles sur l‘ immigration italienne dans le Haut-Pays de Lorraine, et à ce titre ce livre est déjà cité comme source scientifique, comme par exemple dans l‘ article de Pierre Schill (2003) sur la résistance ouvrière en Moselle de 1940 à 1945.

En fait ce blog est un peu dédié à la construction des paysages, de nos paysages imaginaires, et ici je reviens à David Blackbourn «Many historians have devoted themselves in recent years to mental topographies, and with good reason. What we call landscapes are neither natural nor innocent ; they are human constructs. How and why they were constructed (many would say „imagine“ even „invented“)belongs to the stuff of history (Blackbourn 2007: 16). Blackbourn a parfaitement raison, mais je pense également que ce type d‘ analyse fait aussi partie du devoir de lecture et d‘ interpretation des paysages par la géographie et les sciences de l‘ écologie du paysage. La géographie , dans le sens d‘ une science naturelle et les sciences du paysage ont tout interêt à intégrer ce concept de Blackbourn, – car en se réduisant aux aspects physique ou biologique d‘ un paysage, la lecture du paysage devient illisible, il reste au moins partiellement indéchiffrable, – ou simplement mal interprété. Notons aussi qu‘ au moins une partie du concept de Blackbourn se retrouvait au moins partiellement dans la théorie de la « Wesenheit der Landschaft » (Paffen 1973) de l‘ ancienne école de géographie allemande, mais qui est completement tombée en oubli en Allemagne.

Ce blog sera multilingual, donc allemand, francais et anglais, et il sera en partie dédié aux paysages imaginaires que nous construisons chaque jour, et d’autre part, à mes lectures , dans le sens de Golo Mann « wir alle sind was wir gelesen », qui est en fait un titre de livre emprunté à une citation de Eichendorff. Naturellement ce blog est aussi consacré à mes point de vue politiques , culturels et artistiques , les opinions d‘ un citoyen européen de double nationalité franco -allemande.

Et pour bien feter les 60 ans de la Bundesrepublik Deutschland voici – en mémoire de nos paysages imaginaires d‘ Allemagne – écoutons Patricia Kaas, qui nous chante ces paysages allemands imaginaires que nous véhiculons aves nous.

Sources :

Livres et autres ouvrages ecrites :

Blackbourn, D. (2007): The Conquest of Nature. Water, Landscape and the Making of Modern Germany. New York (Norton Paperback)

Erath, V. (1951): Größer als des Menschen Herz. Das Buch vom wahren Leben. Tübingen (Rainer Wunderlich Verlag)

Filippetti, A. (2003): Les derniers jours de la classe ouvrière. (Stock, le livre de poche)

Mann, G. (1991): Wir alle sind war wir gelesen. Aufsätze und Reden zur Literatur. Berlin (Verlag der Nation).

Paffen, K.H. (1973) : Das Wesen der Landschaft. Darmstadt (Wissenschaftliche Buchgesellschaft)

Schill, P. (2003) : Antifascisme et résistance ouvrière organisés autour de la CGT et du Parti communiste en Moselle annexée (1940-1945), entre histoire et mémoire. In : Schirmann, S. (Ed.) Annexion et nazification en Europe, Actes du colloque de Metz, 7-8 Novembre 2003, p. 173 à 187. Document téléchargeable sous l’adresse : (http://www.memorial-alsace-moselle.com/f/colloque.html )

Sources Internet:

Centro Virtual Camoes – Biblioteca Digital Camoes: Luis de Camoes, Os Luisadas (et autres œuvres) (version wayback machine),  et Os Luisadas (CAMOES, Luís de, 1524-1580, Os Lusiadas / de Luis de Camões dans la Bibliothèque nationale du Portugal / Biblioteca Nacional de Portugal copie digital.) (Révision du lien datant du 23.5.2009 16 :20 et correction 19.03.2023 9 :00 et le 25.04.2023 11:30)

Christophe, Neff, Grünstadt, le 23.5.2009

P.S. (26.04.2023) : Dépôt de l’article dans la bibliothèque KIT-Open. Premier billet du blog paysages, qui a débuté en mai 2009 comme blog abonné le Monde.fr .  Un PDF (copie de la version du 26.04.2033) du billet sera/est disponible sous DOI: 10.5445/IR/1000158169.