La nouvelle année commença avec quelques flocons de neiges à Grünstadt le 2 janvier 2017. Depuis il fait très froid, pendant les nuits le thermomètre tombe vers les moins dix – et occasionnellement il y quelques flocons qui tombent sur Grünstadt et ses vignobles. Comparé au reste de l’Allemagne néanmoins Grünstadt et la Unterhaardt sont plus au moins à l’abri de la vague de froid et des chutes de neiges assez importantes qui ont touché une très grande partie de l’Allemagne[1] et de l’Europe de l’Est[2]. La Unterhaardt souvent dénommée la Toskana allemand fait encore une fois de plus honneur à son nom[3].
[3] La Unterhardt n’est pas la seule région que utilise le nom « Toskana Deutschlands » pour de fins touristiques, cette autoproclamation est aussi utilise par d’autre regions comme par example le Kraichgau, le Kaiserstuhl, le Markgräflerland etc..
Dans paysages je ne parle presque pas de mon métier de géographe – botaniste universitaire. Naturellement dans divers « post » on trouve des liens plus ou moins forts avec mes activités professionnelles. Il y a quelque temps, j’ai découvert le très beau billet de Fiamma Luzzati « Les fleurs qui rendent immortel » – une invitation à un voyage de découverte de l’herbier national et d’une petite initiation à l’histoire de la botanique. En lisant le père David prononcer les paroles « Mais elle ne s’enrichit pas, parce-que on n’envoie plus de botaniste comme moi sur le terrain » – je me rappelai les paroles d’un collège tunisien qui me disait « en fait Christophe, tu es une espèce en voie de disparation, tu appartiens à une espèce en danger critique d’extinction – des scientifiques comme toi, qui vont sur le terrain, étudier la végétation, les arbres, les fleurs et les hommes, les paysages et leurs descriptions littéraires,- qui essaient de comprendre l’empreinte de l’homme sur les paysages – ils n’ont plus de place dans la science moderne ». Les temps modernes ont sonné le glas pour les « Feld-Wald – und Wiesen Geographen » (les géographes des champs, des bois & forêts et des prés). L’ami tunisien avait certainement raison, même si personnellement je pense que le travail de terrain peut, même de nos jours, enrichir la science. En fait je ne suis pas botaniste pur, mais un géographe avec une formation de botaniste. Durant mes études, il y a maintenant presque trente ans, pour les géographes voulant se spécialiser dans la biogéographie et l’écologie de paysages des cours de botanique était plus ou moins obligatoires, l’objectif était d’être capable de déterminer une plante sur le terrain avec une flore comprenant un clé de détermination dichotomique, en occurrence le « Schmeil-Fitschen », – et de synthétiser ses observations de terrain dans une cartographie floristique. Ce que j’ai appris appris à faire durant la deuxième partie des années 1980 à l’université de Mannheim est très bien décrit dans le chapitre « la géographie-botanique » du livre « les botanistes – contribution à une ethnologie des passions naturalistes » de Sylvia Magnanon. Ce livre est d’ailleurs une très belle « ethnographie » de l’état de la botanique francophone actuelle et en plus il décrit l’histoire de la botanique francophone. Au-delà de la disparition des « Feld-Wald – und Wiesen Geographen » et je pense aussi à cela en visionnant le billet de Fiamma Luzzati c’est l’espèce de géographes-botanistes-explorateurs universitaires qui disparaît lentement, -au moins en Allemagne- où jadis il existait une vraie branche d’explorateurs de terres africaines – je me souviens encore bien il y a maintenant presque 25 ans, je sillonnais brousse sénégalaise, forêt ivoirienne le « Maydell[1]» en main pour approvisionne entre autres l’herbier de Dieter Anhuf. Le géographe Erhard Schulz de l’Université de Würzburg a par exemple par ses diverses publications contribué à la connaissance scientifique des terres lointaines et inconnues des Adrar des Ifoghas au Mali[2]. Tout cela me semble déjà appartenir à une autre époque comme l’histoire de l’herbier national dont nous parle Fiamma Luzzati.
Le récit de Fiamma Luzzati sur les fleurs qui rendent immortel, m’a fait revivre mes sorties avec René Jeantet[3] dans la garrigue nîmoise, découvertes des fabuleuses Gorges du Gardon, les Costières, la Vaunage. C’est lui qui m’a initié à découvrir la garrigue à travers ses plantes, – m’a fait découvrir les Costières avec leurs étranges forêts de Pins parasols, d’Arbousiers, de Chênes pubescents, des lambeaux bois de Chênes – lièges, mais aussi ses colonies de Guêpier d’Europe etc. Même si Monsieur Jeantet n’était pas botaniste au sens strict, il prenait son temps pour m’initier à la flore méditerranéenne, à l’utilisation de la flore portative de Bonnier & Layens (Flore complète portative de la France, de la Suisse et de la Belgique) sur le terrain[4], – et à réanalyser des « découvertes » avec la « Flore complète illustrée en couleurs de France, Suisse et Belgique » à la Bibliothèque du Museum d’histoire naturelle à Nîmes – et si nécessaire nous consultions les divers herbiers du muséum. Pour ainsi dire, c’est Monsieur Jeantet qui m’a donné le goût des senteurs de garrigues et de forêts méditerranéennes pendant mes années nîmoises[5]. C’est aussi grâce à ces premiers pas à travers les Garrigues de Nîmes en compagnie de Monsieur Jeantet que se traça la voie vers mon métier de géographe-botaniste universitaire.
Mais des découvertes botaniques on ne les trouve pas seulement dans les contrées lointaines, – il suffit simplement de se promener les yeux ouverts. Ainsi à Grünstadt, la ville dans laquelle j’habite depuis 1999, – pourrait aussi se dénommer « Grünstadt unter Palmen (Grünstadt sous les palmiers)» vu le nombre de Palmiers[6] dans les jardins et espaces verts publiques, mais pas seulement des Palmiers, – ici et là on y trouve des Chênes verts, des Arbousiers, des Lauriers – tins – et depuis quelques années les Bambous sacrés (Nandina domestica) se font de plus en plus remarquer. A première vue on pourrait croire que c’est peut-être le changement climatique qui en est responsable, – mais ce sont plus les diverses modes de jardins d’ornement qui sont responsables de ce goût pour les plantes exotiques à Grünstadt et dans une grande partie de la Unterhaardt. Voir un peu de vert, voir les fruits de l’arbousier, les fleurs du Laurier-tin, – pour faire oublier la tristesse des hivers rhénans. D’ailleurs même si cela n’est pas connu par le grand public, le palmier chanvre par exemple est considéré comme un des palmiers les plus rustiques – on le cultivera sans problèmes dans les régions viticoles de l’Europe centrale – à l’âge adulte il supporte sans problèmes quelques jours de grands froids (-15 à – 18, exceptionnellement – 22).
Dans une quinzaine d’années je suis supposé de prendre ma retraite. Ce ne sera certainement pas un « Feld-Wald – und Wiesen Geograph » – un géographe-botaniste qui prendra ma relève. Peut-être un géographe-écologue spécialiste en modélisation ou en télédetection, – mais je ne peux m’imaginer que ce sera un géographe-botaniste qui me succédera. Mais au fur et à mesure que cette tendance, de ne plus enseigner la botanique de terrain au niveau universitaire[7] –se développe, la biologie se transforme en life science – la géographie physique & environnementale en science de modélisation & géomatique – c’est au moins ma perception personnelle – qui dans une vingtaine d’années enseignera encore la botanique de terrain au niveau universitaire ? Comment parler d’une écologie scientifique si au fur et mesure la science de déterminer les plantes sur le terrain se perd– si ces aptitudes sont de moins en moins enseignées ? Le botaniste-géographe, on le retrouvera dans quelques années dans un coin perdu d’un musée naturaliste, près de l’herbier – un peu comme nous le raconte si délicatement Fiamma Luzzati dans son blog – le géographe-botaniste une espèce en voie de disparition comme le disait il y a quelques années l’ami tunisien.
Pour revenir au Père David, – ce que Fiamma Luzatti aura peut-être pu mentionner dans son petit billet, c’est que pour le grand public le nom du Père David est associé au Buddleia du père David aussi dénommé aux papillons (Buddleja davidii). J’en ai d’ailleurs planté un dans mon jardin pour attirer les papillons pour que mes enfants puissent les observer dans notre jardin – et ceci en sachant que cette plante est considérée par beaucoup de collègues comme une espèce envahissante.
Je finis avec cette photo des fleurs de la Violette ligneuse (Viola arborescens) , prises dans les falaises du Cap Leucate en octobre 2016, simplement pour montrer que la botanique de terrain – c’est l’art de découvrir et d’observer silencieusement son environnement – que ce soit en forêt ombrophile dans la Montagne de Man en Côte d’Ivoire, dans la laurisilvae des Azores, des falaises du Cap Leucate, les garrigues des Nîmes, les flancs du Stromboli, des forêts de Sapins de la forêt Noire dans la Raumschaft Schramberg, le delta de la Sauer, aussi bien que la flore et les fleurs des villes comme Mannheim, Grünstadt, Nîmes, Lisbonne etc. C’est aussi sortir des sentiers habituels et de découvrir l’Oiseau de paradis (Caesalpinia gilliesii) en fleurs sur les remblais du pont de la Corrège à Port Leucate[8].
Magnanon, Sylvie (2015) : Les botanistes. Contribution à une ethnologie des passions naturalistes, Paris, L’Harmattan, 978-2-343-05389-9
Maydell, Hans-Jürgen von (1990) : Arbres et Arbustes du Sahel – leurs caractéristiques et leurs utilisation. GTZ, Eschborn, ISBN 3-8236-1197-6
Neff, C., Scheid, A. (2005): Der mediterrane Süden Frankreichs. Vegetationsdynamik und Kulturlandschaft im Languedoc-Roussillon. Geographische Rundschau 57(9), S. 38–44.
Schulz, E., Adamou, A., Ousseini, I. 2001. Air et Adrar des Iforas: une comparaison de deux montagnes du sud du Sahara et de leur évolution actuelle. In: Bart, F., Salomon, N.(Hrsg.) Les montagnes tropicales:identités,mutations, développement. Espaces Tropicaux 16, Talence, 219-232
P.S. : Pour en savoir plus sur l’herbier national qui est hébergé au Museum national d’histoire naturelle je suggère fortement la lecture du très beau livre «l’Herbier du Muséum » édité par Lucile Allorge et al. (2013).
[1] Le « Maydell » ainsi fut dénommé le livre de terrain – guide dendroécologique « Arbres et Arbustes du Sahel – leurs caractéristiques et leurs utilisation » écrit par Hans –Jürgen von Maydell et édité par la GTZ.
[2] Notons qu’on retrouve encore des traces de ces géographes-explorateurs dans « l’Afrikazentrum der Universität Würzburg », centre interdisciplinaire universitaire regroupant les recherches de l’Université de Würzburg où la Géographie et la Biologie sont très bien représentées !
[3] René Jeantet était Conservateur du Museum d’histoire naturelle de Nîmes de 1948 à 1995.
[4] Avant de m’acheter ma propre flore de terrain « Bonnier & Layens » , j’utilisais le « Bonnier & Layens » de ma grand-mère, Germaine Migliori (née Monasse). Dans sa jeunesse elle était intéressée par la botanique, – elle entretenait même son herbier personnel. Et elle aimait peindre les fleurs – ce qu’elle faisait encore quelques mois avant sa mort en 2011.
[7] Voir aussi ce que écrit Sylvia Magnanon (2015:102) dans son livre « les botanistes » sur la situation en France : « Mais il est vrai que le fait que les organismes de formation scientifique n’enseignent quasiment plus aujourd’hui la botanique de terrain en France et que par conséquent, aucun diplôme national de botanique soit délivré (pas plus que d’ornithologue ou d’entomologue) peut poser un problème de reconnaissance du statut de botaniste en tant que chercheur scientifique ». Ma perception personnelle est que cette situation se retrouve dans beaucoup de pays européens.
[8] Description (avec photo) dans: Neff, C., Scheid, A. (2005): Der mediterrane Süden Frankreichs. Vegetationsdynamik und Kulturlandschaft im Languedoc-Roussillon. Geographische Rundschau 57(9), S. 38–44.
La mer déferle sur les plages leucatoises. Il y a six ans j’avais assisté au une tempête semblable, – à laquelle j’avais dédié deux petits billets « Lundi 11 octobre 2010 – la mer se déchaîne sur la plage de Port Leucate [1]» et « Notice de blog 17.10.2010 – mémoires collectives et tempêtes oubliées à Leucate». Dans la notice du 11.10.2010 j’avais aussi signalé le risque de submersions marines sur le lido séparant l’étang de Leucate et la pleine mer où se trouvent les sites de Port Leucate et de Port Barcarès. La situation que j’ai rencontrée aujourd’hui jeudi 13 octobre 2016 ressemble beaucoup à celle que j’avais observée en octobre 2010. Ce qui m’a frappé aujourd’hui c’est de voir à quelle vitesse la mer a submergé la plage de Port Leucate. Suivent quelques impressions photographiques de la mer déferlante sur les plages leucatoises – toutes prises durant la journée du 13.10.2016.
Les images, les témoignages qui nous parviennent d’Alep et d’autres villes syriennes meurtries, villes martyrisées par des années de guerre civiles sanglantes, me font ressurgir les images de Grozny, les reportages de Natalie Nougayrède de Beslan, de Tchétchénie. La Préface d’André Glucksmann du livre « Tchétchénie le déshonneur russe » de Anna Politkovskaïa . Du déjà vu en pire … Alep, Grozny, Beslan ….
The images, the reports reaching us from Aleppo and other Syrian cities ravaged, cities tormented by years of bloody civil war, make me reappear the images of Grozny, the reports written by Natalie Nougayrède from Beslan, from Chechnya. The Preface of André Glucksmann’s of the book „Tchétchénie, le déshonneur russe (Chechnya Russian dishonour)“ written by Anna Politkovskaya. A feeling of “déjà vu » in worse … Aleppo, Grozny, Beslan ….
Référence :
Glucksmann, André (2003) : Le syndrome du chardon tchétchène. In : Politkovskaïa, Anna : Tchétchénie, le déshonneur russe, p. 9- 18, Paris, collection folio, ISBN 2-07-030551-1
Elle s’appelle Nadia Murad. Elle est une des milliers de victimes de l’Etat islamique en Irak. Elle eut la chance de survivre aux atrocités commises par Daech, de s’échapper à ses geôliers. En France – et aussi dans une grande partie du monde francophone Nadia Murad est encore presqu’ une inconnue. Hier vendredi, le 16. Septembre 2016 Nadia Murad fut nommée « Ambassadrice de bonne volonté de l’Office des Nations Unies pour la lutte contre la drogue et le crime (ONUDC) pour la dignité des survivants de la traite des êtres humains » par les Nations unies. C’est elle qui a fait pleurer le conseil de sécurité le 16 décembre 2015 en témoignant de son calvaire, – vendue, violée et exploitée comme esclave sexuelle par les tortionnaires de Daech[1]. Nadia Murad a été nominée pour le Prix Nobel de la Paix par l’Irak le 5 janvier 2016[2]. Elle se bat pour que les massacres commis par l’état islamique soient reconnus comme génocide, que les responsables du génocide vers le Yézidis, que les responsables de l’esclavage sexuel soient un jour jugés pour leurs crimes.
La France est après les Etats-Unis un des principaux contributeurs militaires de la coalition contre l’État islamique et la France fait déjà un travail remarquable avec ses forces armées, il faut le reconnaitre. Il est d’ailleurs illusoire et même dangereux de croire qu’on vaincra Daech avec un credo pacifiste et en allument des bougies. Mais j’aurais quand même aimé voir le gouvernement français de faire en geste humanitaire envers les yazidis, envers les chrétiens d’orient[6], les chiites qui sont les premiers victimes de Daech, comme l’avait fait Wilfried Kretschmann et son gouvernement après l’été 2014. Avoir le courage de dire, nous sommes prêts en France à accueillir les victimes de Daech. D’ailleurs il n’est pas trop tard, à ma connaissance, les communautés chrétiennes de la plaine de Ninive souffrent encore énormément…..
J’ai simplement écrit ce petit billet pour soutenir le combat de Nadia Murad et faire connaître Nadia Murad en France et dans le monde francophone !
[3] Ces deux billets (1, 2) que j’avais écrits durant l’été 2014 font partie depuis des billets les plus consultées (et peut – être même lus) du blog paysages.
[4] La décision de monter un programme spécial pour les jeunes filles et femmes victimes violences sexuelles en Irak et en Syrie fut pris durant le « Flüchtlingsgipfel » du gouvernement vert-rouge de W.Kretschmann en octobre 2014. Voir ici (en allemand).
[5] Dans son discours du 16.12.2015 devant le Conseil de Sécurité Nadia Murad remercie l’Allemagne pour avoir accueilli les victimes les femmes Yazidis victimes de l’Etat islamique.
[6] Concernant la situation le livre « Chrétiens d’Orient – résister sur notre terre » (le Cherche Midi, Paris2016, ISBN 978-2-7491-4991-2 de Pascal Gollnisch dresse une tableau alarmant, – et ceci ne concerne pas seulement les Chrétiens d’Orient de Syrie et de l’Irak.
Dans les années 1970 la station de Port Leucate faisait de la publicité dans toute la France avec le slogan « Port Leucate pays de la liberté » – mettant en avant des adolescents à poil[1]. Durant l’été 2013 on pouvait voir quelques unes de ces affiches dans l’exposition « Exposition centenaire Georges Candilis Architecture & Design » expo, dont j’ai parlé un petit peu dans le billet « Les cigales de Port Leucate». Leucate, pays des plages de la liberté, avec cet arrêté anti burkini , c’est définitivement du « has-been » – car avec cet arrêté municipal « anti – burkini » promulgué à Leucate (comme dans 31 autres communes françaises[2]) la liberté de profiter librement des plaisirs de la plage dans l’habit qu’on choisit est partie en fumée. Peut-être faudrait –il rappeler à Monsieur le Maire de la commune de Leucate Michel Py, qu’au début de la station de la Franqui, une des premières stations balnéaires du Languedoc, le plagiste se baignait encore tout habillé. Dans le livre « La nature et le balnéaire – le littoral de l’Aude[3], [4]» – qui est d’ailleurs une excellente étude de géographie historique sur l’évolution de la côte audoise – on trouve une très belle photo « baigneurs et pécheurs cohabitent a la Franqui vers 1910 » qui nous rappelle à quel point les tenues de bains ont changé sur la côte audoise [5] , [6]. Mais même de nos jours on voit ici et là des plagistes habillé en « vêtements de rue » profitant de la plage. Ceci parfois je l’ai déjà pratiqué moi-même pour me protéger du soleil et du vent sur les plages leucatoises. En plus on voit de plus en plus d’enfants sur les plages françaises portant une combinaison néoprène pour se protéger du soleil. Cela se rencontre aussi sur les plages Leucatoises. L’envie de choper quelques voix au FN, de voir le nom de Leucate effleurer les medias nationaux, a certainement eu sa responsabilité dans la promulgation de cet arrêté municipal malheureux. Parfois je me demande, ce que arriverait à un prêtre en soutane, qui profite des plaisirs de la plage sur les plages leucatoises en aout 2016 comme le fit mon oncle durant les années 1970 – serait-il verbalisé par les agents de la police municipale de Leucate ? Dans les années 1970 mon oncle Jean-Pierre Migliori[7], prêtre de l’Église vieille-catholique – se baladait coiffé de son bonnet ecclésiastique, la barrette, et en soutane – parfois sur les plages leucatoises. En fait il n’aimait pas trop la plage, mais il voulait faire plaisir à ses neveux et nièces en les accompagnants à la plage. Ou une jeune femme juive orthodoxe se baignant sur une plage leucatois en « maillot pudique » qui n’est rien d’autre que le « cousin juif du burkini[8]» est-ce qu’elle se ferait verbaliser à Leucate ? De vouloir faire de la tenue vestimentaire sur les plages françaises un pilier dans le combat anti-djihadiste, – là il y a certainement mieux à faire – et c’est même contreproductif si on veut vraiment combattre l’intégrisme religieux islamique! D’une certaine façon, et ceci au-delà de l’édile de Leucate, comme Monsieur Py est dénommé dans un article du Monde, tous ces maires qui ont promulgué des arrêtés anti-burkini ont ,par ignorance fait le jeu des monarchies wahhabites les plus arriérées – car en Arabie saoudite – la conduite d’une voiture ou une baignade en burkini est simplement interdite pour toutes les femmes. Olivier Roy récemment dans une interview va encore plus loin « Le groupe Etat islamique où les talibans n’autoriseraient jamais le burkini. Au contraire, cette tenue est l’exemple même de la gentrification de la pratique religieuse musulmane dans l’espace occidental. Ce maillot de bain couvrant est symboliquement lié l’ascension sociale de certaines musulmanes. Le porter représente une tentative, pour des femmes, plutôt jeunes, de poser un signe religieux sur une pratique moderne, c’est-à-dire la baignade en famille….. Non. Les débats sur le port du burkini et de la burka, par exemple, doivent être distingués, car le burkini est une invention récente [créé en 2003 en Australie], qui fait sauter les fondamentalistes au plafond. Pour ces derniers, une femme n’a pas à se promener sur la plage, et encore moins se baigner ! Donc le burkini est, au contraire, une tenue moderne, qui n’a rien de traditionnel ou de fondamentaliste. ».
Au-delà de la polémique « anti-burkini » – je crois que le maillot couvrant une partie intégrale du corps a encore de beaux jours devant lui – les risques de cancer de la peau qu’une exposition trop longue au soleil peut engendrer vont booster le port du maillot de bain intégral sur nos plages. Profiter de la plage, d’une baignade en mer sans prendre de risque d’attraper un cancer de la peau – ceci est aussi une des promesses d’un maillot de bain intégral comme le burkini ou le maillot pudique juif en sont. D’ailleurs cette sorte de maillot de bain intégral que portent les maitres-nageurs sauveteurs (féminin et masculin) de la SNSM a une forte ressemblance avec le burkini. Au Barcarès, commune avoisinante de Leucate, ces maitres-nageurs ont partiellement assuré la surveillance de plages durant l’été 2016[9].
Référence :
Andreu-Boussut, Vincent (2008) : La nature et le balnéaire. Le littoral de l’Aude. Paris, l’Harmattan, ISBN 978-2-296-07604-4
[4] Dans ce livre de Vincent Andreu-Boussut on trouve aussi un tres beau chapitre sur les debuts de la station de la Franqui , l’histoire de l’hotel Excelsior, de la familie Bertand etc. « chapitre : La Franqui-plage : un essor en demi-teinte orchestré par la famile Bertrand (Andreu-Boussut, 2008, 44-47)»
[5] Dans la version (Thèse) du livre de Vincent Andreu-Boussut on trouve sur la page 78 la planche 16 « l’essor des bains de mers : Invention de la plage et nouveaux liens – sociaux spatiaux ». Download ici.
[9] Sur le site de Martial Guerin on trouve un reportage TFI sur les sauveteurs de la SNSM au Barcarès, dans le quel la sauveteuse maitre – nageur « Laura Lanvin » en maillot intégral est interviewée! (A voir ici).
Pour son départ de Berlin, Frédéric Lemaître, correspondant du Monde à Berlin, nous a laissé un dernier mot de souvenirs dans son blog, sur ses six années passées en Allemagne pour Le Monde avant de réintégrer la rédaction parisienne du Monde[1]. J’avais découvert son blog en décembre 2012 et depuis j’étais un lecteur régulier de son blog, qui au début s’appelait encore « regard d’Allemagne »[2]. Très rarement parfois, je me suis permis de commentes ces posts, – je préférais lire les commentaires …. et assez souvent les commentaires me donnaient l’impression que pour beaucoup de lecteurs français l’Allemagne reste un pays indéchiffrable. Je me permets de citer le commentaire de Frédéric Durieux qui écrit « Souvent, je me dis que le Rhin est grand comme un océan tant il reste difficile de se comprendre, ne fût-ce que par la langue »[3] – le blog de Frédéric Lemaître a certainement permis de réduire un peu l’étendue de cet océan de frontière qui sépare l’Allemagne et la France. Dommage que ce blog va cesser d’être « alimenté » avec le retour de Monsieur Lemaître dans la rédaction parisienne du Monde. Naturellement j’étais un lecteur régulier des articles sur l’Allemagne de F. Lemaître. C’est grâce à ses articles que j’ai découvert le livre de Klaus Harpprecht sur Arletty[4] , et le livre de Guillaume Duval « Made in Germany – le modèle allemand au-delà des Mythes »[5]. D’ailleurs je considère que le livre de Guillaume Duval est une très bonne analyse du système économique allemand durant les années Schröder & Merkel – et même si le livre date de 2013, et d’ailleurs il contient une erreur d’approximation concernant la FDP durant les années Willy Brandt[6], mais néanmoins ce livre mérite encore largement la lecture de nos jours trois ans après sa parution.
Je remercie Monsieur Lemaitre pour son travail remarquable, ses articles déchiffrant un peu ce pays « indéchiffrable » qui est l’Allemagne aux yeux de beaucoup de Français. Et bon courage à Thomas Wieder pour son début à Berlin. Finissant cette petite notice, je pense que Frédéric Lemaitre devrait réunir ses souvenirs des « années Merkel » dans un livre, – un tel livre pourrait peut-être aussi contribuer à réduire le fossé culturel qui sépare Français et Allemands !
Livres cités :
Duval, Guillaume (2013): Made in Germany. Le Modèle allemand au-delà des Mythes. Paris, Éditions du Seuil, janvier 2013, ISBN 978-2-02-109779-5
Harpprecht, Klaus (2012) : Arletty und ihr deutscher Offizier. Eine Liebe in Zeiten des Krieges. Frankfurt am Main, Fischer Taschenbuchverlag, Oktober 2012, ISBN 978-3-596-18863-5
Il y maintenant un peu plus de sept ans, débutait le 24.05.2009 avec le post « I. Un blog sur les paysages : un petit début – ou quelle langue choisir ? » le blog paysages sur le Monde.fr /les blogs le Monde. Depuis 383 articles ont vu le jour, la plupart écrits en français, occasionnellement en allemand et très rarement des articles publiés en anglais[1]. 383 articles, lus par approximativement 182.615 lecteurs[2]. Sept ans de billets et petites notices écrits entre Rhin et Danube, Seine et Neckar, Aude, Moselle et Kinzig, sur les rives de la Méditerranée ….. Lectures de paysages et des livres ….. Souvenirs personnels franco-allemands – le temps passe et les paysages changent.
Voyantle Zouave du Pont de l’Alma à Paris les Pieds dans l’eau, résistant aux flots de la Seine, pas loin de boire sa Tasse d’eau de Seine comme en 1910, je me souviens d’une lecture d’hiver de 1995/1996 – sur Paris l’Atlantide.
« Je devais avoir à l’époque presque le même âge que vous. C’était en hiver 1910. La Seine s’était transformée en une vraie mer. Les Parisiens naviguaient en barque.
Les rues ressemblaient à des rivières, les places -à de grands lacs. Et ce qui m’étonnait le plus, c’était le silence … Sur notre balcon, nous entendions ce silence sommeillant de Paris inondé. Quelques clapotis de vagues au passage d’une barque, une voix assourdie au bout d’une avenue noyée. La France de notre grand-mère, telle une Atlantide brumeuse, sortait des flots » (Makine, 1995, p.25-26)
D’ailleurs ces pluies orageuses, elles ne se déversent pas seulement en France, sur le bassin de la Seine, – mais sur toute une partie de l’Europe centrale dont l’Allemagne. Et en Allemagne on découvre que la gestion de risques ne semble pas toujours à la hauteur des défis[3].
Mais ce n’était pas seulement le Zouave du Pont de l’Alma résistant aux flots de la Seine[4], – ou les souvenirs de lecture du Testament français de Makine, – ses description de Paris l’Atlantide – qui m’ont fait ressurgir la France de mes grands-parents. Il y a exactement quatre-vingts ans, le 04.06.1936 – que Léon Blum fut nommé président du Conseil par le Président de la République Albert Lebrun. Cet évènement politique avait fortement marqué les souvenirs de mes grandparents – les souvenirs du gouvernement Blum, du Front Populaire – combien de fois je fus auditeur des récits des toutes les couleurs les plus vivantes – dans la maison familiale à Aubord et aussi à la Griffoulière à Port Leucate[5].
En 1936 ma Grand-Mère avait 20ans, – vivant sa jeunesse bourgeoise dans une belle demeure de la place Place Broglie à Strasbourg – en 1936 elle n’aurait sûrement jamais osé rêver épouser un « Macaroni » et en plus « un Macaroni dit d’extrême gauche ». Quelques mois plus tard tout changeait …. Mais en fait ceci une autre histoire[6].
Livres cités :
Makine, Andreï (1995) : Le Testament français. Paris, ISBN 2-7152-1936-9
Billet écrit le 04.06.2016 à Grünstadt, 80 ans après que Léon Blum fut nommé président du Conseil par le Président de la République Albert Lebrun – et publié le Dimanche le 05.06.2016.
Il y a deux ans, le 14 avril 2014 276 lycéennes sont tirées de leur sommeil dans un dortoir de l’école secondaire de Chibok, dans le nord-est du Nigeria. Elles sont prises en otage par les terroristes islamistes de Boko Haram, – et depuis c’est le grand silence. 57 lycéennes de Chibok ont réussi à fuir leurs geôliers, les 219 restantes, d’après ce que nous savons, ont été transformées en esclaves sexuelles. Mais les lycéennes de Chibok ne sont pas les seules victimes de Boko Haram. Comme le décrit Pierre Lepidi dans son article « Nigeria : deux ans de recherche pour retrouver les lycéennes de Chibok » : « selon les ONG qui militent pour les droits de l’homme, plusieurs milliers de femmes et de jeunes filles ont été enlevées depuis le début du conflit. Boko Haram en fait des esclaves sexuelles ou des bombes humaines, tandis que les garçons et les hommes sont enrôlés de force pour combattre et instaurer un Etat islamique dans le nord-est du Nigeria ». C’est une guerre qui se passe loin de nos yeux, – à peine remarqué par les medias internationaux, – qui transforme toute un pays en champs de mort, depuis 2009 on compte plus que 20.000 morts, de vies brisées, des cœurs attristés …. et surtout un silence médiatique international hors du commun !
Heureusement que dans les medias francophones et anglophones[1], on a eu droit à quelques reportages et analyses sur le sort des lycéens de Chibok, pour ce triste deuxième anniversaire de leur enlèvement. En Allemagne, malheureusement ce triste anniversaire était presque oublié, – peut être due à l’enchaînement des medias sur « l’affaire Böhmermann ». Personnellement, je suis l’affaire des lycéennes de Chibook depuis le printemps 2014, j’ai mis le logo « Bring Back our Girls[2] » a la une de mon compte publique Google+ et de mon compte privée Facebook. On me demandera – et cela sera à quoi ?
– et je réponds – que durant la guerre civile dans l’ex Yougoslavie, après le Massacre de Srebrenica, je faisais part de ces « activistes email » qui envoient ces dizaines, voire centaines d’emails à leurs amies, leurs connaissances[3], – mais surtout aux hommes et aux femmes du monde politique. Nous n’avons certes empêché aucun massacre, – mais de voir Radovan Karadžić et Ratko Mladić devant le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, de voir Radovan Karadžić condamné à 40 ans d’emprisonnement, me laisse penser que tous ces email ont peut-être contribué à ce que la conscience international ne s’endorme pas ! Peut-être le jour viendra – où les responsables de tous ces massacres qui sont perpétués au nom de Boko-Haram dans le Nord du Nigeria devront aussi se justifier pour leurs actes devant un tribunal international !
Je finis ce billet avec une citation d’un appel publié dans le Monde du 14.06.2014 intitulé « Leur crime : être filles et aller à l’école [4]» dont l’accès est restreint au abonné du Monde, ce qui est fort dommage – car le message suivant aurait dû largement circuler : « La barbarie du mouvement criminel de Boko Haram au Nigeria est sans limite. En face, une impuissance meurtrie des nations civilisées. Le 14 avril dernier des hordes sauvages ont envahi un lycée de Chibok et ont capturé 276 filles âgées entre 12 et 17 ans. 53 parmi elles parviendront à s’échapper. Les autres sont violées, battues en attendant qu’elles soient vendues comme esclaves. Leur crime ? Etre filles et aller au lycée. Pour le champion toute catégorie de la régression et de la sauvagerie, ce sont là deux choses insupportables. » En relisant cette appel après presque deux ans passées, on se demande, ce qui a vraiment changé dans le Nord du Nigeria ….. L’appel qui finit avec les mots « Pourtant nous savons que dans leur sommeil agité, dans leurs rêves brûlés, dans leur espoir haletant, les 223 lycéennes regardent vers cet Occident, vers la liberté, vers les valeurs d’humanisme et de solidarité. Que pouvons nous faire ? Nous entendons leurs voix, nous imaginons leurs souffrances. Alors demandons à l’Europe, à l’Amérique, demandons au monde humilié par ces crimes de faire pression sur les responsables nigérians et aussi sur l’ONU qui, pour une fois, pourra prendre une initiative qui sorte de l’ordinaire et qu’elle fasse ce qu’il faut pour ramener ces filles dans leurs familles. »
Pour finir, – ce billet est aussi une petite voix pour contrer l’indifférence internationale envers la situation tragique que subissent les populations du Nord du Nigeria !
N’oublions pas les lycéennes de Chibok ! Bring back our Girls!
[3] Mes thèmes privilégies durant les années 1990 furent appart la situation en Yougoslavie, la décennie noire en Algérie, la talibanisation rampante de l’Afghanistan, et la situation au Timor oriental pour en citer les « principaux orientations géographiques ».