Blognotice 28.09.2026 : quelques mots sur la création littéraire et l’intelligence artificielle

Le mercredi 23 septembre, j’apprends par Le Monde, dans l’article « Thélyson Orélien accusé d’avoir utilisé l’IA pour son livre „C’était ça ou mourir„ », qu’on accuse l’écrivain Thélyson Orélien d’avoir utilisé l’intelligence artificielle pour l’écriture de son livre « C’était ça ou mourir ». Je me rappelais la notice de Pierre Assouline « Le choc Thélyson Orélien » dans La République des livres sur le livre. En plus, j’avais déjà réservé le livre sur ma « Merkliste » dans le système « Tolino » de Hugendubel – un des rares livres français qu’on trouve dans le système Tolino. Je dirais même que l’euphorie envers le système Tolino que j’avais décrite dans « Une liseuse „Tolino“ pour délester ma bibliothèque » s’est beaucoup refroidie, mais ceci, on pourra en discuter dans un autre billet. Ce mercredi matin, je me dis : ce livre, indépendamment des accusations d’utilisation de l’IA, entrera dans l’histoire littéraire – et peut-être même dans l’histoire tout court ! Je décide donc de l’acheter pour ma liseuse « Tolino ». Mais après l’avoir acheté, quelle déception – impossible de lire le livre sur ma nouvelle liseuse Tolino en couleur, ne parlons pas de le lire, car tout simplement on ne pouvait pas ouvrir le livre. Sur l’ancienne liseuse en noir et blanc, par contre, je pouvais ouvrir le livre. Il était aussi impossible de faire une sauvegarde du document sur le disque dur. Depuis ce mercredi 23 septembre, Hugendubel ebooks a cherché à corriger l’erreur – et je peux lire le livre sur mes deux liseuses Tolino. Concernant la sauvegarde sur le disque dur, ça fonctionne – mais malheureusement il y a encore des erreurs. Il me semble bien que l’ebook, le document epub fourni par les éditions Grasset à Hugendubel, contenait des erreurs. Entre-temps, vu le tournant qu’a pris la discussion sur le livre en France, j’ai en plus commandé une version papier du livre. On ne sait jamais ce qu’il adviendra du livre. Le « Kindlegate » avec le livre 1984 de juillet 2009 – où Amazon avait retiré le livre 1984 de ses liseuses Kindle – me reste gravé dans mes souvenirs ; c’est d’ailleurs, entre autres, pour cela que j’ai préféré une liseuse hors du circuit Kindle/Amazon. Mais honnêtement, si j’avais plus de place pour « stocker » de livres chez moi, j’achèterais tous mes livres en « version papier ». Depuis ce mercredi 23 septembre, en plus, concernant ce livre beaucoup de choses se sont passées : le livre a été retiré de la liste du Goncourt 2026, on connaît depuis l’auteur du tweet anonyme de « balance ton Claude » – il s’agit de Samuel Fitoussi, jeune chroniqueur du Figaro. Depuis, on parle beaucoup d’IA, de plagiat – mais presque plus du contenu du livre. Jusqu’à présent, comme je n’ai pas encore lu le livre, je peux difficilement dire si le livre me plaît, m’impressionne, ou me déçoit…. Mais concernant l’IA, il me semble plus que logique, vu comment l’IA est en train d’envahir notre vie courante, que d’une manière ou d’une autre, cela affecte aussi la création littéraire ! Malheureusement, dans la discussion sur le livre de Thélyson Orélien, on n’en parle presque pas – à l’exception de la chronique de Lisbeth Koutchoumoff Arman « Affaire Thélyson Orélien : les écrivains utilisent l’IA. Et alors ? » dans Le Temps. Ou de ce texte de Serge Mahugnon « Comment écrire un roman avec l’IA ? », publié sur la plateforme « Substack ».

Il faut toujours se rappeler que, même avant l’avènement massif de l’IA, des discussions sur les « vrais auteurs » resurgissaient de temps en temps dans le monde littéraire. Qui est l’auteur véritable d’un livre (littéraire) – pas toujours facile à trancher ! Pendant ma jeunesse – j’ai beaucoup aimé – le chef-d’œuvre « Le Don paisible » de Mikhaïl Cholokhov (translittération allemande du russe = Michail Alexandrowitsch Scholochow). Je l’ai lu dans une traduction allemande en version de poche éditée en deux volumes par DTV. Ces deux volumes, avec les très belles couvertures de Celestino Piatti, je les lisais pendant mon service militaire et ma formation d’officier de réserve entre 1984 et 1990 dans la Bundeswehr. C’est donc dans la traduction allemande de l’œuvre de Cholokhov (le volume/Band I a été traduit par Olga Halpern, le volume II par E. Margolis et R. Czora) que j’ai suivi les multiples périples de la vie de Grigori Melekhov pendant la Première Guerre mondiale et la révolution russe. Beaucoup plus tard, j’ai appris qu’on doutait de plus en plus que Mikhaïl Cholokhov ait vraiment écrit ce livre sans aide. Personnellement, je pense que le « Don paisible », indépendamment de la question de savoir si Cholokhov a réellement écrit le livre lui-même, ou peut-être avec l’aide d’une « fabrique à livres », « fabrique d’écriture », reste un chef-d’œuvre de la « Weltliteratur ». D’ailleurs, c’est entre autres pour ce livre que Mikhaïl Cholokhov a reçu le prix Nobel de littérature en 1965.

Naturellement, pour les prix littéraires, comme par exemple le Goncourt ou le prix Nobel de littérature, il faudrait fixer de nouvelles règles du jeu. Je pense qu’un texte qui utilise simplement l’IA pour corriger les fautes de frappe, fautes d’orthographe, etc. peut être admis sans problèmes. Pour la recherche approfondie comme l’a faite, par exemple, la prix Nobel de littérature Olga Tokarczuk, on peut longuement discuter – mais il faudrait le fixer pour chaque prix littéraire. Pour l’écriture elle-même, je pense qu’il faudrait plutôt prohiber l’application systématique de l’intelligence artificielle. Et naturellement, on devrait fixer ces règles avant que les maisons d’édition, les auteurs, les comités de rédaction ne présentent leurs « livres » !

Concernant le blog paysages, comme je l’ai déjà décrit dans le billet « Le Piranga vermillon, un migrateur aux couleurs de feu, à Porto au Portugal » – tous mes billets sont écrits par moi-même sans aide de l’IA. « Le seul domaine où j’utilise l’IA, c’est la relecture – pour détecter les fautes d’orthographe ou de grammaire ! C’est ainsi que Le Chat de Mistral épargne à ma famille et à mes ami(e)s la corvée de corriger mes textes pour le blog paysages ! »

Et concernant le livre « C’était ça ou mourir » – la critique de Pierre Assouline dans La République des livres, mais aussi la critique de Gladys Marivat « Avec „C’était ça ou mourir“, Thélyson Orélien livre le puissant roman d’un migrant haïtien en quête d’espoir » dans le Monde des Livres m’ont persuadé de lire ce livre, indépendamment de la question de l’utilisation de l’intelligence artificielle. De ce que je ressens dans ces critiques, et bien d’autres critiques littéraires, ce livre peut aussi être lu comme nouvelle « géographie humaine » fictive, car naturellement c’est un roman, un récit, qui nous parle d’une nouvelle géographie ressentie tous les jours par des milliers de migrants qui essaient d’atterrir dans le Nord de l’Amérique.

Et en ce qui me concerne personnellement comme lecteur, je ne vais sûrement pas laisser l’intelligence artificielle me dicter mes lectures de mon temps libre hors obligations professionnelles !

En dehors des questions d’IA et de plagiat concernant le livre « C’était ça ou mourir » de Thélyson Orélien, c’est l’acharnement envers l’auteur[1] – qui ressemble parfois à une véritable chasse à l’homme sur certains réseaux sociaux – qui m’intrigue fortement !

Bibliographie :

Orélien, Thélyson (2026) : C’était ça ou mourir. Paris, 2026. © Les Éditions du Boréal, 2026 ; © Éditions Grasset & Fasquelle 2026, tous droits français et dans tous les pays à l’exception de l’Amérique du Nord et d’Haïti. ISBN 978-2-246-84707-6

Scholochow, Michail (1980) : Der stille Don. Roman Band 1. Deutsch von Olga Halpern. München, 1980. Deutscher Taschenbuchverlag München, 2. Auflage 1980, Lizenzausgabe Paul List Verlag München, ISBN 3-423-01313-8, dtv 1313.

Scholochow, Michail (1980) : Der stille Don. Roman Band 2. Deutsch von E. Margolis und R. Czora. München, 1980. Deutscher Taschenbuchverlag München, 2. Auflage 1980, Lizenzausgabe Paul List Verlag München, ISBN 3-423-01314-1, dtv 1314.

Christophe Neff, septembre 2026 (week-end 26-27.09.2026), publié le 28.09.2026


[1] Voir aussi „Thélyson Orélien a plagié. C’est le temps de l’aimer“, Fabrice Vil sur Substack.com , 25.09.2026