Les cloches de Pâques introuvables sur Wikipedia.fr (24.4.2011)

En écrivant mon dernier billet je me rendais compte qu’en fait il y n’avait pas d’article dans la Wikipedia.fr sur les cloches de Pâques. Il y a une petite ébauche sur le film de Louis Feuillade éponyme, mais pas d’article sur les cloches de Pâques. Dans l’article Pâques on trouve dans le chapitre « Fêtes et traditions populaires » les phrases suivantes (dernière consultation 24.4.2011 21:15): « En Belgique et en France, ce sont les cloches de Pâques qui apportent les œufs de Pâques. Depuis le jeudi saint, les cloches sont silencieuses, en signe de deuil. On dit qu’elles sont parties pour Rome, et qu’elles reviennent le jour de Pâques en ramenant des œufs qu’elles sèment à leur passage. En Allemagne et en France, le repas de Pâques est souvent l’occasion de partager un gigot d’agneau rôti accompagné de flageolets ». Ce n’est pas grand-chose, aucune source indiquée et en plus, concernant le repas de Pâques en Allemagne, c’est faux,  le gigot d’agneau pour le repas de Pâques n’est pas une tradition allemande,  peut être est-ce en train de le devenir sous l’impulsion de « live-style » magazine, mais ce que les auteurs de wikipedia – en fait l’auteur Gwalarn le 27.3.2005  à 19 :10  révèlent, relève en ce qui concerne l’Allemagne de la pure fiction. Donc ce qu’on trouve dans la wikipedia sur les cloches de Pâques est bien maigre ! C’est un peu dommage, car personnellement je crois qu’autrefois il y avait en effet un vrai fossé culturel – une sorte de röschti-graben qui séparait la culture francophone (catholique) – celle des cloches de Pâques – et allemande (protestante) celle du lièvre de Pâques – le fameux Osterhase. Déjà comme petit gamin durant les week-ends pascaux à Eckbolsheim, je m’apercevais de cette différence fondamentale entre l’Allemagne et la France. En fait, qu’on parlait français à Strasbourg, – grandissant dans un ménage bilingue cela ne m’a pas étonné, en plus le dialecte alsacien qu’on entendait ici et la dans la rue ne m’était pas étranger, car le Schramberger Schwäbisch est linguistiquement relativement proche du dialecte alsacien comme on le pratique à Strasbourg et dans une partie du Bas – Rhin. C’est la tradition des cloches de Pâques qui n’existait pas en Allemagne, qui m’a fait ressentir comme gamin de 4 ou 5 ans que Strasbourg et la France étaient donc un autre univers, l’univers où les œufs de pâques étaient rapportés par les cloches. En plus pour mes copains du Kindergarten St. Maria au Sulgen, – aussi bien qu’à la Grundschule Sulgen – la tradition de cloches était totalement inconnue. C’est Jean Egen dans les Tilleuls de Lautenbach qui a très bien décrit ce phénomène de frontière culturelle entre cloches de pâques et lièvre de pâques que j’ai moi-même connu comme gamin. « Le lièvre de Pâques, c’est comme la cigogne et Saint Nicolas, mes copains francs-comtois ne le connaissent pas, ils disent que les œufs sont apportes par les cloches, ce qui est difficile ä croire – comment feraient les cloches pour les retenir sous leur jupe et comment feraient les œufs pour ne pas se casser en tombant ? En Alsace, on est quand même plus sérieux, le jour de Pâques, après la grand-messe, mes Cousins, mon petit frère et moi, nous faisions chacun notre nid de paille dans le verger de grand-mère, puis nous passions à table en attendant que le lièvre distribue les trésors de sa hotte. » et quelques phrases plus tard « Nous courions vers les nids, ils étaient pleins d’œufs, de poissons, de lapins et de cocottes en sucre, en frangipane, en chocolat, il y avait aussi un agneau pascal en génoise et de véritables œufs durs qu’en temps ordinaire nous aurions dédaignés mais que nous engloutissions jusqu’ä l’étouffement parce qu’ils étaient peints en rouge ou en bleu » (Egen, Jean 1992, p.142-143). Chez mes grands-parents à Eckbolsheim, cela se passait semblablement, – sauf à un détail près, très important, – ma grand mère de souche lorraine, – qui avait déjà intégré avec grande habileté toutes ces pâtes italiennes (capeletti , gniocchi, etc. etc.) (dans ce contexte voir ici et ici) dans son ménage,  et ces pâtes- la elle les faisait encore elle-même jusque à la fin des années 1990, – elle intégra les lièvres de pâques alemano-alsaciens dans les cloches franco – françaises. Naturellement c’était les cloches qui nous rapportaient les lièvres rouges en sucre que nos parents transportaient depuis Schramberg pour approvisionner les cloches d’Eckbolsheim. Les cloches qui lâchaient toutes ces friandises dans le grand jardin de la maison familiale rue des pommes à Eckbolsheim, sous le grand cerisier, sous les buissons de groseilliers – et il y en avait des groseilliers – des noirs (cassis), des rouges, et même des Groseilliers à maquereau.

Au début des années 1970 mes grand – parents déménagèrent vers le Midi français, – un pays où le lièvre de pâques était un vrai inconnu,  sauf naturellement dans notre famille où les cloches franco-allemandes avaient toujours un « Osterhase » dans leurs bagages, que se soit à Aubord ou à Port Leucate. Si je me souviens bien, je crois avoir aperçu les premiers lièvres de pâques en chocolat dans le midi, au début des années 1980 – juste quelque temps avant l’élection de François Mitterrand, chez quelques pâtissiers-confiseurs. C’était pour ainsi dire un des avant-signes de la mondialisation. Entre-temps le « Osterhase » allemand devenait un article de la consommation de masse , le lièvre de pâques en chocolat qu’on trouve en Allemagne de nos jours dès début février dans les Supermarchés a presque failli faire disparaitre les rote Zuckerhasen de mon enfance. C’est devenu tellement rare que les rares pâtissiers-confiseurs qui prennent encore le temps de faire des rote Zuckerhasen, sont présenté dans des articles de presse (p.Ex. ici) – les rote Zuckerhasen autrefois une spécialité de l’Allemagne du Sud-  sont de nos jours une espèce en voie de disparition.

Dans notre monde mondialisé  où les coutumes disparaissent ou se transforment en mode de consommation de masse,  l’histoire du père noël en chocolat qui finit en lièvre de chocolat et qui est présent dans les étalages de supermarchés allemands de début Septembre jusque début mai est un triste exemple, il est clair que les différences culturelles, ce röschti-graben culturel entre le monde germanophone et francophone que j’ai moi-même encore connu entre le Osterhase et les cloches et qui est si bien décrit par Jean Egen dans les Tilleuls de Lautenbach se rétrécit de plus en plus.

Je pense quand même que les cloches de pâques mériteraient un bon article dans la wiki.fr. – si même le lièvre de pâques en a un (même si l’article se dénomme lapin de pâques – ce qui est historiquement faux – car c’est  bien le lièvre de pâques qui fut le premier à s’établir dans le vocabulaire, puisque c’est bien la traduction littérale du terme Osterhase  et  par la porte de l’Alsace le lièvre de pâques débarquait donc dans la langue française); mais un article bien sourcé qui nous raconte l’origine historique et religieux des cloches de pâques qui ramenaient les œufs de pâques serait certainement le bienvenu. Naturellement il reste la question de savoir si ces fameuses cloches de pâques sont simplement une tradition franco-française, ou si on trouve cette tradition dans la partie francophone de la Belgique, au Québec, en Suisse romande, ou même en Afrique francophone, – où la France n’a pas seulement laissé sa langue mais aussi partiellement le catholicisme comme par exemple dans le Sud de la Côte d‘ Ivoire.

Source & Citations :

Egen, Jean (1992) : Les tilleuls de Lautenbach. Mémoires d‘ Alscae. T 1. 3ème édition. Paris, Stock, ISBN 2-234-02523-0.

Joyeuses Pâques à tous mes lecteurs et toutes mes lectrices

Christophe Neff, Grünstadt le  24.4.2011

Billet de Gründonnerstag 2011

Gründonnerstag est le nom utilisé pour Jeudi saint en Allemagne. En Alsace autrefois le terme « Greendonnerschdaa » était aussi utilisé en Alsace. Comme en Allemagne c’était le Jour des Epinards – la Unterhaardter Rundschau y consacre aujourd’hui même un article sous le titre « Heute ist der Spinattag des Jahres  – Einem alten Brauch zufolge gibt es bei fast allen Familien, am Gründonnerstag Spinat, Kohl, Salate oder grüner Kräuter (Aujourd’hui c’est le jour des épinards – d’après une vielle tradition dans presque toutes les familles on sert des Epinards, Choux, Salades ou herbes vertes»).  Cette tradition est encore pratiquée en Allemagne dans certaines familles. Concernant les traditions pascales alsaciennes – il faudrait aussi mentionner que c’est ici que la tradition du lièvre de pâques est née, – même si la wikipedia francaise l’ignore (l’article wiki.fr est consacré au lapin de Pâques), – mais dans l’article de wikipedia.de sur l’Osterhase – l’histoire est bien décrite en citant même le récit de Georg Franck von Franckenau (De Ovis Paschalibus. Von Oster-Eyern (= Satyrae medicae, 18) (Heidelberg 1682, Dissertation des Johannes Richier)  qui décrivait la coutume (Volksglaube) des « Osterhasen » et des « Ostereier » dans certaines régions protestantes alsaciennes. Personnellement, pour revenir sur mon dernier billet, – j’ai passé beaucoup de week-ends pascaux en Alsace – car je n’ai pas seulement grandi dans la Raumschaft Schramberg, – à vrai dire avant que mes grands parents n’aient déménagé dans le Midi français au début des années 1970 – mon enfance, je la partageais entre Eckbolsheim et Schramberg-Sulgen. Je suivais le rhythme des saisons sous le grand cerisier dans le grand jardin de mes grand-parents à Eckbolsheim – et le chant des forêts du Feuerenmoos au Schoren à Schramberg – Sulgen en Forêt Noire. Mais cette histoire d’une enfance entre paysages de plaines alsaciennes pleins d’urbanité et les paysages ruraux de montagne de la Forêt Noire de la Raumschaft Schramberg, ce sera pour un autre billet. A Eckbolsheim c’était les cloches qui apportaient aussi bien des œufs de pâques et naturellement des „Osterlaemmele “ ainsi que des grands lièvres de pâques en sucre rouge. En fait ces grands lièvres en sucre rouge (rote Zuckerhasen ) étaient une spécialité de la maison « Café – Konditorei Brandtner » à Schramberg ( maison qui a disparu au moins dans sa formule pâtissier-salon de thé » depuis longtemps du paysage urbain de Schramberg) que mes parents rapportaient de Schramberg pour les cloches catholiques de Eckbolsheim.

Sources :

Die Rheinpfalz – Unterhaardter Rundschau : Heute ist der Spinattag des Jahres  – Einem alten Brauch zufolge gibt es bei fast allen Familien, am Gründonnerstag Spinat, Kohl, Salate oder grüne Kräuter. Donnerstag 21. April 2011

Christophe Neff, Grünstadt le 21.4.2011

Dimanche des rameaux 2011 à Grünstadt

Ici à Grünstadt le « Palmsonntag », le Dimanche des rameaux, se fête avec des petits bouquets de buis, comme dans une grande partie de l’Allemagne (catholique). Dans la Raumschaft Schramberg, où j’ai grandi, il y avait une autre tradition, là c’était (et c’est encore) des branches de Houx qui accompagnaient la procession des fidèles du dimanche des rameux. Des houx, il y en a assez dans le Raumschaft Schramberg, la région est connue pour les belles forêts de Sapins et de houx – parfois même on trouve de tres beaux houx dans les rares prés encore entretenus sur les hauteurs entre le Fohrenbühl et la vallée de la Kinzig, – par exemple au lieudit « auf der Grub » ,duquel on a une magnifique vue sur les Grinden de la Forêt Noire du Nord et le Brandenkopf ; Brandenkopf le nom témoigne d’un vaste incendie que décima la montagne en 1730. Le Palmsonntag, -que ce soit à Schramberg ou au Sulgen se passait souvent dans la neige. Dans la vallée de la Kinzig les cerisiers étaient déjà en fleurs et dans la Raumschaft Schramberg les montagnes portaient encore leur manteau de neige. Il faut dire que je n’ai pas trop de souvenir des Palmsonntage à Schramberg, car assez souvent nous passions pâques dans le Midi, où le dimanche des rameux se dénomme aussi Dimanche des palmes ( ce qui est la traduction littérale de Palmsonntag , des mots allemand du Dimanche des rameaux). La visite de la messe dominicale c’était en plus le domaine de ma mère, – qui comme vraie catholique de gauche et membre de la SPD (Linkskatholikin) y allait régulièrement. Par contre mon père ayant reçu un surdosage de catholicisme traditionnel souabe était un des vrais et rares laïques allemands que j’aie connus. Il faut préciser que le catholicisme traditionnel du Württemberg en Oberschwaben, même si il fut extrêmement conservateur (ce qu’il est en plus certainement encore) , il a eu quand même a le mérite de ne pas se compromettre aves le nazisme, durant les plus sombres années de l’Allemagne. Les accusations publiques de Joann Baptist Sproll contre le programme de l’action T 4 qui se déroula à Grafeneck fut un des rares actes de résistance publique pendant le troisième Reich en Allemagne. Soit, personnellement je vais occasionnellement aussi bien en Allemagne qu’en France à la messe. Et je constate que les messes se vident, au moins dans les paysages ruraux, de plus en plus. Il faut admettre qu’aujourd’hui la messe du Palmsonntag á St. Peter était assez bien remplie, et que j’ai déjà participé a des messes pleine à craquer à St. Jacques de Port Leucate . Les messes se vident, et les messes se vidant de plus en plus en plus, c’est une certaine ruralité qui s’endort : Messe und Frühschoppen ,ces traditions se perdent de plus en plus dans le Sud de l’Allemagne catholique. Et il y a des régions, où non seulement les messes se vident, mais où les infrastructures qui sont cruciales pour la survie de la vie rurale se perdent de plus en plus, bureau de postes, postes de gendarmerie, hôpital etc. Ainsi la Raumschaft Schramberg va sauf miracle perdre son hôpital – les grand houx dans les Sapinières entourant les montagnes de Schramberg vont perdurer et produire encore des bouquets de houx pour les dimanches des rameaux , mais sans hôpital ,sans le Kreiskrankenhaus Schramberg la vie quotidienne dans la Raumschaft Schramberg deviendra sûrement plus difficile. Oui, les messes se vident, et cette ruralité que ce soit en France ou en Allemagne s’endort de plus en plus.

Coïncidence , mais en revenant de la messe des rameux comme j’allais autrefois durant mes années étudiantes avec des amis au Frühschoppen(l’apéro, assez souvent on y allait sans détours par l’église) je me branche sur la république de livres – et je retrouve une phrase dans le billet sur les mémoires de Bernard Pivot – qui résume fort bien le petit microcosmes de cette ruralité en voie de disparition : « C’est un homme du centre du centre de la France, héritier d’une lignée de paysans au cul de plomb, enracinés sur leur terre au point de ne jamais s’interroger sur l’au-delà de leur ligne d’horizon, qui en concevra une secrète fascination pour les cosmopolites, les apatrides, les gens et les esprits venus d’ailleurs, ceux dont il dit joliment qu’ils sont nés dans les pliures de la géographie et qu’ils ont grandi dans les codicilles de l’Histoire. » – c’est très franco – français – mais c’est aussi valable pour les paysages ruraux du Sud de l’Allemagne.

Je finis ce petit billet de dimanche des rameaux en me rappelant la collecte faite à l’église de St. Peter de Grünstadt lors de la messe des rameaux , collecte pour les chrétiens de Terre sainte. Terre sainte cela veux dire Israël et Palestine : dans ces pays lointains les rares chrétiens n’ont pas la vie facile ,la communauté chrétienne se rétrécit comme une peau de chagrin.

Christophe Neff, Grünstadt le 18.4.2011

Quelques mots sur l’interview de Jens-Uwe Hettmann, représentant de la Friedrich Ebert Stiftung à Abidjan, dans le Spiegelonline du 8.04.2011

Comme je l’avais déjà écrit dans mon dernier billet, la couverture médiatique de la crise ivoirienne, personnellement je préfère de parler, de la guerre civile en Cote d‘ Ivoire,  est assez remarquable dans les medias allemands (p.Ex. Elfenbeinküste – Gbagbo kämpft sich zurück nach Abidjan).L‘ intérêt de l’Allemagne s’explique peut-être par le fait que l’Allemagne est devenue un important partenaire commercial de la Cote d‘ Ivoire durant les années Gbagbo.  D‘ après Stephen Smith  « les principaux débouchés des exportations ivoiriennes étaient, en 2008, l’Allemagne (9,7%), le Nigeria (9,2%), les Pays-Bas (8,4) et seulement en quatrième position, la France (7,3) suivi de près par les Etats-Unis (7%) (Smith, Stephen 2010, p. 72). Peut être cela explique- t’il l’intérêt des medias allemands  pour la guerre civile en Côte d‘ Ivoire.  Le Spon publiait même dans sa version internationale en anglais un article « The World from Berlin – UN Intervention in Ivory Coast ‚Correct and Justified‘ sur l’intervention armée de l‘ ONU à Abidjan – en fait une intervention de l’armée française – qui fut majoritairement vue d’un  œil positif par la presse allemande (voir l’arcticle du SPON cité, qui est en fait une revue de presse, sur couverture des événements en Côte d‘ Ivoire). Le Vendredi 8.4.2011 SPON présentait un Interview avec  Jens-Uwe Hettmann, représentant de la Friedrich Ebert Stiftung à Abidjan, avec comme titre dans le style de la Bildzeitung : « Elfenbeinküste – Ouattara ist genauso blutrünstig wie sein Widersacher(Ouattara est aussi sanguinaire que son adversaire) » – et ce titre a eu un effet de bombe en Allemagne.  Dans le texte- je cite la version allemande (+ ma traduction française) :

«SPIEGEL ONLINE: Französische Truppen greifen Gbagbos Palast an, wollen mit aller Macht den Wahlsieger Ouattara stärken – was halten Sie von dem Einsatz?

Les troupes  françaises attaquent le palais de Gbagbo, ils veulent à tout prix renforcer le vainqueurs des élections Ouattara – que pensez-vous de cette action ?

Hettmann: Das ist eine heikle Frage. Denn hinter dem Engagement der Franzosen stecken offensichtlich auch wirtschaftliche Interessen. Mit Ouattara unterstützen die Franzosen einen Mann, der genauso blutrünstig ist wie Gbagbo.

C’est une question délicate. L‘ engagement des français est aussi guidé par des intérêts économiques. Avec Ouattara les français soutiennent un homme qui est aussi sanguinaire que Gbagbo. »

Je ne vais pas traduire l’interview en toute sa longueur, – l’interview est assez long  (le Spiegel pourrait bien le traduire en anglais pour sa version internationale) – mais ce sont surement les phrases clefs de l’interview de Heckmann dans le SPON, Interview qui du reste n’est pas très optimiste sur les chances de voir la Cote d’Ivoire retrouver un solide chemin vers la paix intérieure. Il est difficile d’évaluer la situation à une distance de plusieurs milliers de kilomètres, – mais les infos qui me parviennent, que se soit de  Duékoué (le rapport de Human Rights watch sur les massacre de Duékoué – en anglais + en francais) , de Cocody (ou d’autres quartiers d’Abidjan ) – ou même de Touba, me font croire que malheureusement les avis et jugements de Jens-Uwe Hettmann sur la situation en Côte d’Ivoire (massacres, executions, tortures, pillages etc.) sont bien fondées.  Ce n’est pas l’intervention de l’ONU respectivement les militaires français à Abidjan qui ont terni l’image du soit disant démocrate Ouattara vainqueur de soi-disants élections libres. Ce sont les massacres de sa soldatesca, – ses Lansquenets incontrôlables qui sèment la terreur partout où  ils maitrisent le terrain – qui font qu‘ aujourd’hui au moins dans une partie de l’opinion internationale ,en Allemagne ceci est aussi une conséquence de  l’interview de Hettmann  dans le SPON ,Allassane Ouattara  est plutôt vu comme un homme politique incourtournable pour la Côte d’Ivoire, mais un homme politique que vaut guère mieux que Laurent Gbagbo.

Sources citées :

Smith, Stephen : Voyage en postcolonie – le nouveau Monde franco-africain. Paris, (Grasset), ISBN 978-2-246-75971-6

Spiegel- Online (8. 4.2011):  Elfenbeinküste – Ouattara ist genauso blutrünstig wie sein Widersacher. Interview de Spiegel-Online avec  Jens-Uwe Hettmann, représentant de la Friedrich Ebert Stiftung à Abidjan.

Christophe Neff, Grünstadt le 10.4.2011

P.S.: Voici le lien vers la Friedrich Ebert Stiftung à Abidjan.

Blognotice 6.4.2011

Jolies couleurs de printemps dans le palatinat. Les cerisiers en fleurs, les mirabelliers en fleurs, les pruniers en fleurs – tout cela rappelle un peu un pays de vergers et de jardins en fleur. Belles journées de printemps, avec déjà des journées pleines de soleil, qui nous apportent un premier goût d’été. Le dernier week-end les thermomètres dans le Linage avoisinaient le 25 C.

Mais le printemps n’est pas pour tout le monde.  Durant ces jours- ci je pensais  beaucoup au centre de la Béthanie à Man ou j’ai passé une partie du printemps 1990. Man qui se situe  au nord de Duékoué, où entre le 27 et 29 mars un nouveau massacre vient de se produire.  Un massacre de plus, dans cette sinistre guerre civile qui ravage la Côte d‘ Ivoire déjà depuis trop longtemps – et  malheureusement ce scénario de massacre était prévisible ; moi-même je le  craignais dans mes billets du 4.12.2010 & 5.12.2010 Dans la presse on parle de crise post- électorale – mais cette crise post- électorale a tous les ingrédients d’une guerre civile. Que se passe-t-il vraiment à Cocody ? Naturellement vu depuis les verges fleuris du palatinat on n’est qu‘ un  impuissant observateur – et on espère que tout cela trouvera  enfin sa fin,  que la Cote d‘ Ivoire puisse simplement trouver sa paix et  qu’Abidjan puisse redevenir la perle de l’Afrique occidentale comme jadis quand je l’aie connue.  Comparé à d’autres tristes événements en Afrique, particulièrement en Afrique francophone, la presse allemande couvre assez bien l’événement  – la crise jadis post électorale que je considère comme une vraie guerre civile , même la Rheinpfalz nous en parle presque tous les jours. Je ne sais pas pourquoi cet intérêt médiatique pour les événements en Côte d‘ Ivoire ; car un massacre de plus ou de moins dans la région des grands lacs dans le Kongo-Kinshasa  ici n’intéresse guère  grand monde en Allemagne (à voir  aussi ma note en souvenir de Makombo    ). Peut être est- ce la peur de voir le prix du cacao grimper, car l’Allemagne est un gros consommateur de chocolat au lait, qui explique l’intérêt médiatique pour la crise actuelle en Côte d‘ Ivoire . A signaler l’analyse « Frankreichs Einsatz in der Elfenbeinküste: Freiheit, Gleichheit, Profit“ de Stefan Simons du Spiegel – elle vaut certainement la lecture.

Loin de Cocody dans les verges fleuris du palatinat je ferme les yeux et espère que la Côte d‘ Ivoire pourra bientôt retrouver sa paix et sa liberté  et se reconstruire un meilleur  avenir. Mais à vrai dire, je ne me fais pas beaucoup d’illusions.

Christophe Neff, Grünstadt le 6.4.2011

Blogostatistique 50.000

Le jeudi 24.3.2011, le blog „paysages“ vient de dépasser le seuil des 50.000 visites. Je remercie mes lecteurs pour leur fidélité. Les  cinq articles ayant jusqu‘ au vendredi 24.3.2011 reçu le plus de visites se retrouvent dans le tableau suivant.

Pl. Article %
1.) Sturm Xynthia : Blick von der Unterhaardt auf La Faute-sur-Mer, L’Aiguillon und Port Leucate 8,13%
2.) 1949 – l‘incendie meurtrier dans la Forêt des Landes                                                                             6,55%
3.) De la neige entre Jendouba, Aïn Draham et Tabarka 4,48%
4.) Ein paar Worte zur Resonanz des Buches „Indignez- vous!“ von Stéphane Hessel in der Rheinpfalz vom 4.1.2011 3,87%
5.) Le 8 mars 2010 – de la neige à Port Leucate 2,98%
    26,01%

Donc a priori pas grand changement depuis la dernière blog statistique, la blogostatistique 40.000 qui date du 3.12.2010. L’écart entre  Sturm Xynthia : Blick von der Unterhaardt auf La Faute-sur-Mer, L’Aiguillon und Port Leucate et 1949 – l‘incendie meurtrier dans la Forêt des Landes  s’est un peu resserré. En plus il y avec un Ein paar Worte zur Resonanz des Buches „Indignez- vous!“ von Stéphane Hessel in der Rheinpfalz vom 4.1.2011 un deuxième article écrit en allemand qui entre dans la blog statistique. Il faut dire que le petit livre de Stéphane Hessel a fait beaucoup de bruit en Allemagne (p.ex. voir le commentaire de Jakob Augstein « im Land der Niedertracht » dans le SPON) – il existe désormais aussi  une version allemande du livre, traduit par Michael Kogon, le fils de Egon Kogon. Peut-être ces discussions sur le petit livre de Stephane Hessel en Allemagne étaient-elles un des premiers signes qui annonçaient la défaite historique de la CDU au élections régionales du Baden-Württemberg le 27.3.2011 et le triomphe électoral des verts  dans ces mêmes élections ainsi qu‘aux élections régionales du Rhénanie-Palatinat.

Christophe Neff, Grünstadt le 1.4.2011

Blognotice 27.3.2011 – journée historique au Baden-Württemberg – la CDU perd le pouvoir

Après presque 60 ans de pouvoir, la CDU dans l’Etat du Bade-Wurtemberg, perd le poste de Ministerpräsident au profit d’une coalition vert (Die Grünen) /rouge (SPD). Ceci est vraiment une date historique pour le Baden-Würrtemberg qui est consideré comme la région  (Bundesland) la plus riche de l’Allemagne et comme un fief historique de la CDU. Le prochain chef du gouvernement régional  (Ministerpräsident) sera vraisemblablement Winfried Kretschmann du parti des verts . Il sera donc le premier Ministerpräsident des verts (Grüne) dans un Bundesland allemand. Qui aurait pensé en 1977 lors de premiers émissions de Radio Verte Fessenheim – berceau de Radio Dreyeckland libre et Radio Dreyeckland Freiburg – que le Jour viendrait ou il y aurait un Ministerpräsident issue du mouvement anti-nucléaire aux Baden-Württemberg.

Christophe Neff, Grünstadt le 27.3.2011

PS;  et voici les résultats des élections régionales au Baden-Würrtemberg du 27.3.2011 :  CDU 39,0,  Grüne 24,2, SPD 23,1 FDP 5,3 (source = Vorläufiges Ergebnis der Landtagswahl am 27.03.2011 Statistisches Landesamt Baden-Württemberg)

Blognotice 23.3.2011

Le printemps débute avec la floraison des forsythias et des amandiers sur la Weinstrasse. Depuis mon dernier billet qui évoquait la menace d’un bain de sang à Benghazi la situation en Lybie a beaucoup évolué.  Après le coup de gueule de Martine Aubry, l’édito du Monde du 15.3.2011, le point de vue de personnalités  comme BHL, Daniel Cohn Bendit, Bernard Kouchner, André Glucksmann et beaucoup d‘ autres :oui, il faut intervenir en Lybie et vite  , et le coup de force de la diplomatie française, la résolution 1973 du conseil de sécurité des nations unies fut votée dans la nuit du jeudi 17.3.2011. Le samedi 19 mars les premier avions de chasse français patrouillaient dans le ciel de Benghazi pour ouvrir le feu vers 17.45 sur des véhicules blindés dans les environs de Benghazi. Depuis, le ciel de Lybie est sous contrôle des aviations alliées (française, Etats-Unis, Royaume-Uni principalement) – mais l’opération est en train de s’enliser et il semble y avoir des discordances entre les partenaires de cette coalition anti-Kadhafi et le reste de l’Otan. Précisons que l’intervention de cette coalition se fit attendre longtemps,  mais au moins à Benghazi ,un bain de sang fut évité de justesse. Le ciel de la Libye appartient maintenant aux avions de la coalition anti-Kadhafi  – et Kadhafi ne peut  plus utiliser son aviation pour bombarder sa propre population. Sur terre la situation est beaucoup plus complexe. En France (et dans une grand partie de la blogosphère internationale) il semble y avoir un consensus politique de droite à gauche qui soutient l‘ application de la résolution 1973 et en Allemagne c‘ est exactement le contraire :il n’y pas de consensus, le gouvernement de Merkel s‘ est abstenu lors du vote crucial au conseil de sécurité le 17.3.2011 ;mais ici et là on peut entendre des  voix divergentes dans une partie de la classe politique allemande. Le commentaire de l’ancien ministre des affaires étrangers Joschka Fischer dans la Süddeutsche Zeitung du 22.3.2011 « Deutsche Aussenpolitik  – eine Farce (la politique étrangère  allemande – une farce) »  est une véritable claque pour une grande partie de la classe politique allemande,  cela vaut pour le gouvernement d‘ Angela Merkel comme pour une grande partie de l’opposition.  Personnellement j’adhère pour 100% à l’argumentation de Joschka Fischer publiée dans la Süddeutsche Zeitung, et ce point de vue de Joschka Fischer mériterait une traduction en français.

L’application tardive de la résolution 1973 a évité un bain de sang à Benghazi ,c‘ est déjà un petit succès , mais pour le reste de l’évolution en Libye je ne me fais pas trop d’illusion  et je renvoie á  l’analyse de DAVID D. KIRKPATRICK  « Hopes for a Qaddafi Exit, and Worries of What Comes Next »     dans le NYT.

Christophe Neff, Grünstadt le 23.3.2011

Il est Mort Demain – en souvenir du rêve d’une Libye libre !

Il est Mort Demain – est un poème du poète soudano – libyen Mohammed al-Faytouri. J’ai découvert le poème durant la lecture de l’Anthologie « les poètes de la Mediterranée ». En lisant le poème je pensais aux libyens qui essaient de se soulever contre Kadhafi et son clan – mais le destin de ce soulèvement semble être décidé : dans quelques jours Benghazi le dernier bastion de la rébellion libyenne va, sauf miracle, tomber ! En réalité nous ne savons guère grand-chose sur cette rébellion contre Kadhafi.

Mais nous savons tous que la vengeance du colonel Kadhafi envers les rebelles, envers la ville de Benghazi véritable capitale du soulèvement libyen sera terrible. L’édito du Monde du 15.3.2011 « Il est temps d’aider la rébellion libyenne » vient beaucoup trop tard – le rêve d’une Libye un peu plus libre semble vivre ses derniers heures. Je reprends ici les premiers couplets du poème « il est mort » de Mohammed al – Faytouri pour que les espoirs de liberté à Benghazi, dans toute la Libye ne tombent pas dans l’oubli. On peut trouver la totalité des vers entre autre ici dans le Blog de Patricia Tutoy.

Il est mort

Aucune goutte de pluie ne s’est attristée

Aucun visage humain ne s’est assombri

La lune n’a pas survolé sa tombe de nuit

Aucun ver paresseux n’y a déployé son corps

Aucune pierre ne s’est fendue

Il est mort demain

cadavre sali

linceul oublié

tel un rêve…

le peuple s’est réveillé

et a traversé le champ des roses au crépuscule

comme un ouragan

il est mort

dans son âme noircie incendiée un passé de sang

et de gibets suspendus

des cris de révolte dans les prisons

visages douloureux et fendillés des vieilles

bras tordus dressés comme des faucilles

yeux où plonge l’ombre des potences

ô mon fils

en quel lieu les soldats ont-ils emmené ton visage

pourquoi m’ont-ils privé de l’odeur de ta chemise ?

mon fils si beau dans l’éclat de sa jeunesse

marchait sur les élans des coeurs

le geôlier a cadenassé la porte de sa grande prison

une chaîne a rampé

et le fouet a enveloppé la nuit de lamentations.

Source :

Al – Faytouri, Mohammed : Il est Mort demain. In : Bonnefoy, Y. (Eds) : Les Poètes de la Méditerrannée. Anthologie. Paris, Gallimard Culturesfrance, p. 382-387. ISBN 978-2-07-043597

Christophe Neff, Grünstadt le 16.3.2011

Blognotice 14.3.2011

Le Japon se trouve devant sa plus grave crise en 65 ans, depuis la Seconde Guerre mondiale – tremblement de terre d’une extrême violence, tsunami, accidents nucléaires, éruptions volcanique – un vrai scenario apocalyptique. Cette crise va sûrement avoir des conséquences au niveau mondial. Les premières conséquences politiques se font déjà ressentir en Allemagne où le gouvernement de Merkel est confronté à une résurgence de la discussion sur l’avenir du nucléaire en Allemagne – le SPON écrit « Merkel fürchtet den Atomkrach (Merkel a peur de la dispute sur le nucléaire) » – et le nouveau Spiegel 11/2011 est titré « Das Ende des Atomzeitalters – Fukushima 12. März 2011, 15.36 Uhr (La fin de l’ère nucléaire – Fukushima 12. Mars 2011, 15.36) ». En France, pendant que la chancelière Merkel est obligée de promettre de nouveaux examens de sécurité des centrales nucléaires en Allemagne – le gouvernement français se veut rassurant – et une vraie discussion sur la sûreté des centrales françaises n’est pas en vue. Cela rappelle étrangement le nuage de Tchernobyl s’arrêtant juste au dessus de la frontière franco-allemande. Les ondes de choc d’un séisme semblable au séisme historique de Bale de 1356 ayant son potentiel épicentre quelque part entre Schliengen et Bad Krozingen s’arrêteraient toutes naturellement sur les rives du Rhin – et Fessenheim ne serait nullement en danger. Tout cela est un peu l’histoire du nuage de Tchernobyl avec 25 ans de retard.

Une des conséquences de la catastrophe naturelle qui a mis une partie du japon dans un état d’après guerre est que le monde et surtout les medias se penchent sur la situation au Japon  et délaissent le « printemps arabe » –  Kadhafi pourra prendre tout son temps sans ce soucier trop de l’opinion publique mondiale pour noyer la révolte dans le sang. Comme je le craignais dans la Blognotice 12.2.2011 , le printemps arabe :le début d’un printemps démocratique en Libye pourrait trouver la même fin tragique que le Vormärz allemand ou la révolution de mars 1848/49 dans la confédération germanique. Malheureusement cela semble se produire en Libye en ce moment.

Christophe Neff, Grünstadt le 14.3.2011