Feux de forêts et lectures de paysages méditerranéens: (Écologie et biogéographie des forêts du bassin méditerranéen ; The Nature of Mediterranean Europe – an Ecological History ; Le feu dans la nature – mythes et réalité)

Attention au Feu Cap Leucate Mai 1996 bearb

Attention au feu : photo prise au Cap Leucate Mai 2006 (Photo: C.Neff )

En voyageant depuis mon infirmerie au-dessus des toits de Grünstadt, avec le Père Chapdelaine, sa fille Maria et le cheval Charles-Eugène à travers les terres incendies de la img_0003photoshopbearb.1244201370.jpgforêt québécoise longeant la rivière Péribonka : » les Maisons depuis le village s’espaçaient dans la plaine s’évanouirent d’un seul coup, et la perspective ne fut plus qu’une cité de troncs nus sortant du sol blanc. Même l’eternel vert foncé des sapins, des épinettes et des cyprès se faisait rare ; les quelques jeunes arbres vivant se perdaient parmi les innombrables squelettes couchées à terre et recouvert de neige, ou ces autres squelettes encore debout, décharnés et noircis. Vingt ans plus tôt les grands incendies avaient passé par là, et la végétation nouvelle ne faisait que poindre entre les troncs morts et les souches calcinées. » Hémon (1954, 21), – en lisant cette partie du roman de Hémon, qui est, à ma connaissance une des premières descriptions « littéraires » de la dynamique végétale après incendies de forêts , quelques images et pensées me viennent à l’esprit.

Buchdeckel Nils HolgersonA ce que je sache, le « Le Merveilleux Voyage de Nils Holgersson à travers la Suède » de Selma Lagerlöf, paru en 1906/1907 – qui était conçu comme manuel de géographie pour l’école primaire en Suède, ce qui est souvent oublié de nos jours – était une des premières œuvres littéraires, manuel scolaire (et dans ce sens aussi un document scientifique) traitant des feux de forêts. Dans « Nils Holgersson » nous trouvons donc une description d’un feu de forêt (dans l’original = XLII. En morgon i Ångermanland Skogsbranden ), mais si je me souviens bien, pas de description ou image de la reconquête végétale après incendies comme dans le roman de Hémon, paru la première fois en 1914 sous forme de feuilleton, mais une description de l’ incendie, du feu de forêt ravageur, de la mer de flammes meurtrières qui menace forêt, animaux et les hommes.

 

W.B.F Leuk - Albinen Höhe 1213 Blick auf tote Kiefernreste 5.7.2

Squelettes de Pins sylvestre sur le site de l’incendie de Leuk – Albinen. (Photo C.Neff Juillet 2007)

Les images des brûlis, ou « brûlés » comme Hémon les nomme, que l’ auteur peint, ils ne se réduisent pas aux phrase citées, mais d’ autres exemples suivent dans le livre, me rappellent un peu les images & impressions sur le site de l’ incendie de Leuk – Albinen (Aout 2003), – où presque chaque printemps – été après l’ incendie, je donne des cours sur la dynamique végétale après incendies (cours & travaux pratique d’ écologie terrestre – le dernier cours fut tenu en août 2008 en collaboration avec Barbara Moser de la WSL ) où Thomas Wohlgemuth de la WSL a établi un formidable site de recherche , d’ observation écologique à long terme des processus écologique & dynamique végétale après incendies, – ce site scientifique (LTER = Long Term Ecological Research Site) est à ma connaissance assez unique en Europe – et je me demande pourquoi dans les pays méditerranéens à ce que je sache jusque a présent un tel site d’ observation écologique à long terme des conséquences écologiques de feu de forêt n’ existe pas. On pourrait au moins croire (ou espérer) que certains pays riverains de la méditerranée devrait avoir un plus grand intérêt à mener des recherches approfondies sur les conséquences écologiques des feux de forêts que la fédération hélvétique.

Notons aussi dans ce contexte que Marco Conedera (WSL Bellinzona ) est en train de monter un site de recherche d’observation écologique à long terme de la reconquête végétale après incendie, semblable au site de WSL de Leuk – Albinen, mais de dimension plus réduite sur les « brûlis » d’une forêt mixte composée de « châtaigneraies, hêtraies et chênaies » de Cugnasco dans le Tessin. Mais d’un point de vue méditerranéen, ce site se trouverait aussi dans la confédération helvétique, – et même si on peut retrouver des couleurs méditerranéennes dans le Tessin, – c’est une réalité écologique entièrement à part du monde méditerranéen, – c’est le monde des écosystèmes insubriques (insubrische Ökosysteme). La WSL à Bellinzona a même consacré un groupe de recherche entier sous la direction de Marco Moretti à l’étude des écosystèmes insubriques .

Les images rencontrées dans le roman de Hémon me font aussi penser que dans trois – quatre semaines quand les premiers grand incendies éclateront quelque part sur les rivages de la méditerranée les journalistes allemands commenceront à frapper a ma porte pour se faire accorder une interview. Dans ce contexte je me demande pourquoi en France, durant les saisons des incendies, on ne voit guère d’experts, de vrais scientifiques experts en écologie du feu dans les medias. Je me souviens bien avoir vu un ministre de l’intérieur nommé Nicolas Sarkozy dans un cockpit de Canadair, mais je me rappelle pas avoir vu le Monde (ou un autre quotidien) accorder un page ou même une demi page d’interview à Louis Trabaud, François Romane, ou Eric Rigolot – de même aucun des trois dans un journal télévisé. Ma mémoire me tromperait-elle ?

Revenons en Allemagne, – oui les journalistes viendront certainement, – et ce seront toujours les mêmes questions, – pourquoi tellement d’incendies cette année, les autorités sont- elles bien préparées – ont-elles bien réagi, – et surtout la question cruciale – omniprésente à laquelle je réponds toujours de la même manière. Les incendies sur le pourtour sont il déjà dûs aux changements climatiques ? – et je réponds qu’actuellement on n’aurait pas encore assez d’indices pour pourvoir prouver scientifiquement que les changements climatiques pourraient être responsables des les incendies actuels au Portugal, en Espagne, en France, en Italie, en Grèce. Après j’ essaye de leur expliquer que les paysages méditerranéens ont beaucoup changé ces derniers 50 ans, garrigues, maquis et forêts progressent énormément, qu’ il y de plus en plus de masse combustible dans une grande partie des paysages méditerranéens – paysages qui, de fait, subissent un vrai changement global, – un vrai « global change » – mais là normalement la plupart des journalistes décrochent, – des analyses complexe, cela ne les intéresse guère, et en plus c’est difficile à vendre au grand public. Parfois j’ essaie de retenir leur attention en leur expliquant que si le scénario de changement climatique émis par les modeleurs se révélait être correct, on pourrait en fait s’ attendre à une augmentation de feux de forêt chez nous en Allemagne, en Moyenne Europe, même dans les forêts de l’ Est de la France, – en fait je crois, si je me souviens bien, que j’ étais (dans une petite publication commune avec Alexander Scheid (Neff & Scheid 2003) un des premiers scientifiques allemands à évoquer le fait qu’avec les changements climatiques les incendies de forêts en moyenne Europe (Mitteleuropa) pourraient considérablement augmenter dans un assez proche futur. Avant 2003 il y avait déjà diverses déclarations publiques et publications de Friedrich-Wilhelm Gerstengarbe du PIK qui prévoyait qu’avec les changements climatiques dans certaines régions allemandes le risque d’incendies de forêts pourrait considérablement augmenter.

Spiegel 1975 Das große Feuer - wer hat versagt!Notons dans ce contexte que les incendies de forêts existent et ont toujours existé sans changements climatiques en Moyenne Europe, mais comme ils se manifestent tout de même assez rarement, la mémoire collective les oublie assez vite. Par exemple le dernier incendie important en Forêt noire a eu lieu à Hornberg en avril 1997 . Les feux de forêts en Moyenne Europe peuvent, à cause des stocks de masse combustible considérable, devenir particulièrement meurtriers, comme par exemple le grand incendie de la Lüneburger Heide en 1975 qui a coûté la vie à 5 pompiers, (un numéro du « der Spiegel » fut même consacré à cet événement particulièrement meurtrier (Der Spiegel 1975)) mais qui de nos jours n’a plus de place dans la mémoire collective allemande.

Parfois on peut retenir avec de tels arguments l’intérêt d’un journaliste. Revenons aux paysages méditerranéens, -mis à part le journaliste free-lance et parfaitement francophone « Joachim Budde » , – je n’ai jamais ressenti aucun intérêt de la plupart des journalistes pour aller au fond du problème. Des questions comme, quelle étude approfondie vous suggérez de lire pour comprendre le problème, quel livre lire – peut être véhiculé-je là une fausse image en moi – qui provient du journalisme investigatif américain, – je n’ai jamais entendu une telle question de la part d’un journaliste, sauf de la part de Joachim Budde, qui a fait articles et émissions de radio sur les profonds changements que subissaient les paysages méditerranéens. Donc comme la question à laquelle j’aurais aimé répondre, – quel livre lire pour avoir une plus grande compréhension des changements de paysages , au moins en partie responsables de l’augmentation des feux de forêts, – ne m’a jusqu’à présent jamais été posée – je me la pose maintenant moi-même !

Je pense à deux livres – Écologie et biogéographie des forêts du bassin méditerranéen de Quézel & Medail – et le livre The Nature of Mediterranean Europe. An Ecological History de Grove & Rackham. Le premier titre, le livre de Pierre Quézel et Frédéric Médail est une véritable bible de l’écologie des forêts méditerranéennes, – je pense qu’actuellement il n ‘y a rien de meilleur sur le marché. Je vais sûrement consacrer un billet spécial à ce livre. L’ouvrage mériterait d’être au moins traduit en anglais pour trouver une audience internationale encore plus grande. Naturellement en ce qui concerne les journalistes allemands il est quasiment illusoire de croire qu’ils pourraient ou voudraient lire un ouvrage de plusieurs centaines de pages sur l’écologie des forêts méditerranéennes, – écrit de plus en français.

L’autre livre que je considèrerais comme un des ouvrages fondamentaux pour la compréhension des paysages méditerranéens, est The Nature of Mediterranean Europe. An Ecological History de Grove & Rackham. L’ouvrage de Grove & Rackham est plutôt une approche géographique, – « landscape oriented « c’est donc l’aspect de l’évolution du paysage, surtout la dimension historique de l’évolution des paysage méditerranéens qui est au centre du livre, contrairement au livre de Quezel & Medail qui privilègie clairement l’approche biogéographique et géobotanique. Ce qui rend à mes yeux le livre de Grove & Rackham particulièrement intéressant – est qu’ils introduisent un nouveaux concept dans l’analyse de l’écologie des écosystèmes méditerranéens, de l’histoire écologique des paysages méditerranéens – le concept de « mediterranean tree savanna », concept repris par Rackham (2008) dans son article récent sur l’histoire holocène des paysages des iles méditerranéennes. Le livre de Grove & Rackham mériterait certainement un grand public de lecteurs, – je pense qu’il faudrait que j’écrive un billet spécifique pour faire connaître ce livre à un plus grand public en dehors du public scientifique.

Malheureusement l’environnement scientifique d’aujourd’hui est aussi soumis à de multiples pressions et je me demande en ce qui concerne les deux livres présentés brièvement, si réellement un des mes collègues a envie ou a simplement le temps nécessaire pour le faire, de lire des ouvrages de 200 ou 300 pages. Donc si les chercheurs, scientifiques commencent déjà à manquer de temps pour lire des livres un peu volumineux en pages, ce que je considère déjà comme grave, – comment espérer qu’un journaliste lise un livre scientifique des plusieurs centaines de pages.

deckblatt le feu dans la naturePour en finir, pour le lecteur avec des ressources de temps plus restreintes, qui aimerait quand même avoir un aperçu scientifiquement fondé sur les changements de paysage et des feux de forêts dans les paysages méditerranéens je recommande donc de lire le livre « le feu dans la nature » édité par Benoit Garrone. Ce livre, au contraire des deux autres livres, est d’une taille agréable pour un lecteur en manque de temps, mais il ne couvre soit disant que la zone méditerranéenne française. Par contre les deux ouvrages Écologie et biogéographie des forêts du bassin méditerranéen et The Nature of Mediterranean Europe. An Ecological History couvrent plus ou moins une très grande partie du bassin méditerranéen, la couverture géographique de l’ouvrage de Quezel & Medail s’étend lui du Maroc jusqu’ au Liban.

Je termine ce billet de la même façon que je l’avais commencé, avec une citation du roman de Hémon, une citation qui me rappelle le brûlis de Leuk-Albinen dans le Valais des premiers années avec ses larges étendues de saponaire et épilobe en épi sous les troncs squelettiques des Pins sylvestre brûlés, image qui fut nommée « Märchenwald » (forêt féérique ) par Thomas Wohlgemuth & Barbara Moser. Suivons donc Hémon sur les traces de la reconquête végétale d’une forêt jadis incendiée du Québec » Dans les brûlés, au flanc des coteaux pierreux, partout où les arbres plus rares laissent passer le soleil, le sol avait été jusque-là presque uniformément rose, du rose vif des fleurs qui couvraient les touffes de bois de charme ; les premiers bleuet, roses aussi, s’ étaient confondus avec ces fleurs ; mais sous la chaleur persistante ils prirent lentement une teinte bleu pâle, puis bleu de roi, enfin bleu violet, et quand juillet ramena la fête de sainte Anne , leurs plants chargés de grappes formaient des larges taches bleues au milieu du rose des fleurs de bois de charme qui commençaient à mourir.

Les forêts du pays de Québec sont riches en baies sauvages ; les atocas, les grenades, les raisins de cran, la salsepareille ont poussé librement dans le sillage des grands incendies ; mais le bleuet, qui est la luce ou myrtille de France est la plus abondante de tous les baies et la plus savoureuse». : Hémon ( 1954: 55 )

Sources et ouvrages cités :

Der Spiegel (1975): Das große Feuer, wer hat versagt ? Nr. 34, 18 August 1975.

Garrone, B. (2004) : Le feu dans la nature mythes et réalité. Prades -le- Lez (Les Ecologistes de l‘ Euzière).

Grove, A.T., Rackham, O. (2001): The Nature of Mediterranean Europe. An Ecological History. New Haven (Yale University Press).

Hémon, L. (1954): Maria Chapdelaine, récit du Canada français. Paris (Grasset, le livre de Poche).

Lagerlöf, Selma (1948): Wunderbare Reise des kleinen Nils Holgersson mit den Wildgänsen. München (Nymphenburger) (Original = Nils Holgerssons underbara resa genom = chargeable ici (en Suédois)).

Neff, C., Scheid, A. (2003): Kontrollierte Feuer in Natur und Landschaftspflege: – Erfahrungen aus dem Mittleren Schwarzwald (Raumschaft Schramberg) und den mediterranen Pyrenäen (Pyrénées Orientales/Region Prades) Südfrankreichs. In: Venturelli, R.C., Müller, F. (Eds): Paesaggio culturale e biodiversità. Principi generali, metodi, proposte operative. Giardini e Paesaggio, 7, Firenze, 163 – 177, (ISBN 88-222-5272-1).

Quézel, P., Médail, F. (2003) : Écologie et biogéographie des forêts du bassin méditerranéen. Paris (Elsevier France).

Rackham, O. (2008): Holocene History of Mediterranean Island Landscapes. In: Vogitzakis, I.N., Pungetti, G., Mannion, A.M. (eds): Mediterranean Island Landscapes Natural and Cultural Approaches. New York, (Springer Landscape Series V 9), p. 36 – 60.

Christophe Neff, Grünstadt le 4.6.2009

Villa Jasmin – quelques pensées personnelles en vagabondant sur le téléfilm de Férid Boughedir

Le téléfilm de Férid Bougehedir , « Villa Jasmin » est passé Samedi dernier 30.5.2009 à la télévision- la critique de Véronique Cauhape dans le Monde Télévision reprise ici en bas dit presque tout.

Villa Jasmin un homme revient dans son pays, sur les traces familiales

»Serge et sa femme, enceinte de leur premier bébé, débarquent dans le port de la Goulette, à Tunis. Voilà vingt ans que Serge n’est pas revenu dans ce pays qu’il a dû quitter à l’âge de 11 ans, à la mort de ses parents, tout juste avant l’indépendance que son père espérait tant. Ses bagages à peine posés, le jeune homme part sur les traces de son enfance.

Chaque lieu fait remonter son lot de souvenirs : l’insouciance de l’avant-guerre, la douce présence de sa mère, le courage et l’enthousiasme de son père juif, socialiste et franc-maçon, résistant, déporté en Allemagne, relâché par miracle et libérateur de Paris. Adapté du roman de Serge Moati, Villa Jasmin (Fayard), le téléfilm de Férid Boughedir restitue assez bien le voyage intime d’un fils qui tente de rétablir le lien avec ceux qui l’ont laissé trop tôt orphelin, de recoller les deux morceaux de son histoire : l’avant et l’après de la mort de ses parents. Il perd hélas l’humour et le souffle romanesque qui portaient le livre et le coloraient de toutes sortes d’émotions. Ni rires ni larmes dans ce téléfilm. Seulement les belles couleurs de la Tunisie. » Veronique Cauhape Le Monde Television, 24.5.2009, p. 15 les choix du Samedi.

 

Presque tout, à rajouter quelques détails, idées et pensées personnelles. D’ abord en raison des circonstances expliquées dans le billet précédent je n’ai pas pu voir la totalité du film : pour moi le téléfilm s’arrête donc à la libération. Mais on pourrait espérer une version DVD, pour voir la fin du film, -comme j’attends encore une réédition de la DVD d’un été à la Goulette et Halfaouine l’enfant des terrasses , les deux grands films de Férid Boughedir.

Les belles couleurs de la Tunisie, du Golf de Tunis, de Sidi Bou Said, de la Marsa , de Tunis, – oui, la lumière du ciel au-dessus de Tunis, cette lumière d’été, cette atmosphère a été très bien reconstituée. Pour le reste, disons, que comme toujours dans les cas d’une adaptation littéraire en film ou téléfilm, – c’est toujours l’image transférée que le réalisateur se fait de l’œuvre originale, c’est la vision du réalisateur.

Dans le cas, de « Villa jasmin », tout laisse croire que Férid Boughedir a fait le film en collaboration avec Serge Moati . Ce que j’ai vu du film, m’a beaucoup plus, au point que s’il sortait un DVD du film, je serai sûrement acheteur. Naturellement si par chance, j’avais eu l’occasion de faire un film sur ma vision de Villa Jasmin, j’aurais mis plus d’importance à la communauté juive de Tunis, son histoire, ses vies ; le front populaire ; Serge Moati père (dans le Film Serge Boccara) le socialiste, l’homme de gauche qui vivait sur le rêve d’un monde meilleur, – et d’une autre façon j’aurais un plus détaillé le personnage de Rahn, – mais surtout Georges Guilbaud – le communiste devenue milicien, – dans un certain sens – l’anti- figure de Serge Moati père, – Georges Guilbaud figure complexe, qui devient porteur du mal. Mais je n’écris pas le billet du roman autobiographique de Moati, – ce sera peut être pour un autre article. J’ai fini donc ce billet, en me souvenant comment j’ai acheté le livre de Moati en juillet 2005 à la libraire Mille feuilles à la Marsa Gare, face à la Gare du TGM, comme je remontais via la corniche à l’Hôtel, – Hôtel Sidi Bou Saïd sur la colline de Sidi Dhrif où la GTZ loge habituellement ses experts scientifiques. Je suis souvent retourné depuis à l’hôtel Sidi Bou Saïd à Shidi Dhriff, et chaque fois que possible, quand j’avais une heure de libre entre deux rendez-vous, j’essayai de retourner, de descendre a travers les ruelles de Marsa la Corniche pour aller à la librairie Mille feuilles en face de la Gare du TGM.

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Vue sur la libraire „Mille feuilles à la Marsa Gare“. Photo et Copyright: www.nachoua.com . Photo publiée avec l‘ autorisation de nachoua.com. (email du 31.5.2009)

En Juillet 2005 donc, j’avais acheté la version poche du livre de Serge Moati , avec comme couverture la Peinture de Didier Paquignon , – couverture de livre que j’utilise depuis comme transparent PowerPoint introduisant mes cours magistraux sur la géographie régionale du Maghreb.

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 Copie du transparent PowerPoint introduisant mon cour magistral sur la géographie régionale du Maghreb du semestre d’éte 2008.

 

J’ai lu l’ouvrage dans les trois nuits suivantes à l hôtel, – et pendant la lecture je retrouvais un peu le monde perdu de mon enfance quand mon grand – père me racontait sa gauche. Les mémoires d’une gauche, d’un monde meilleur, mais aussi cette vision d’une France- pays des droits de l’homme, pays du progrès, – ceci fut le monde de Jean Migliori, mon grand père, immigré italien, macaroni, rêveur marxist, résistant, socialiste, mitterrandiste avant que le mot « génération Mitterrand » fut invente. Monde, idées et histoires de mon grand père qui il me racontait, – le Journal Le Monde à l’appui, – et qui ressurgissait pendant ma lecture de l’ouvrage de Moati sur la colline de Sidi Dhrif surplombant Marsa la Corniche et Marsa Plage.

La seule critique que je me permettrai donc de formuler envers la réalisation de Férid Boughedir, c’est qu’à mon goût le personnage de Serge Bocara (alias Serge Maoti) ne ressort pas assez comme homme de gauche, comme socialiste pur et dur. Naturellement ceci reflète aussi l’image que je me faisais de Serge Moati père pendant ma lecture de Villa Jasmin à l’Hôtel Sidi Bou Said, – et cette image q’ on se construit pendant la lecture d’un roman n’est pas seulement le reflet de l’ouvrage lui-même, mais aussi du bagage culturel et socio-historique du lecteur.

Finissons donc avec une fin de note très personnelle, même ci cela n’ a à priori plus grand-chose à faire avec la réalisation du téléfilm « Villa Jasmin » de Férid Boughedir – ce que j’ avais aussi un peu retrouvé, ressenti dans le roman autobiographique de Serge Moati « Villa Jasmin », – c’ était d’ une part cette image d’une France imaginaire, porteur de civilisation positive, des droits de l’ homme, l’ école républicaine et laïque, aussi d’ une France qui accepta le rôle d’ un havre de paix et d’ un potentiel de réussite socio-économique, d’ autre part cette idée de la gauche, le rêve mobilisateur d’ un monde meilleur, d’ une société plus humaine, plus juste. Ces rêves et images que les Migliori, les Casciolas, les Moati, les Filipetti, et tous les autres que je ne connais pas, les juifs d’ Europe de l’ Est qui fuyaient les cauchemars d’ un Volodja parsemant les steppes ukrainiennes de pogromes, les italiens qui fuyaient la misère toute crue de leurs montagnes austères de l’Apennin, les arméniens qui cherchaient un havre de paix sûr, les portugais fuyant la misère de la vie rurale dans le Portugal de Salazar et le service militaire dans les colonies lointaines : ils portaient dans leur cœur ce rêve – cette image d‘ une France prometteuse qui fait encore rêver des oubliés et des perdus des nos jours quelque part en Afrique, les Harragas , – les passagers des pateras qui ,au moment où j’ écris ces phrases, divaguent, sombrent quelque part en Méditerranée, au détroit de Gibraltar ou sur l’ Océan atlantique . Naturellement , je sais bien que cette image d’une France offrant havre de paix et potentiel de réussite socio-économique, pays de la liberté et des droits de l’homme, était souvent une image chaste, loin des réalités vécues, mais ces rêves et images d’une France meilleure existaient et je suis sur qu’ils existent encore. En ce qui concerne la gauche socialiste, vu l’état actuel du P.S., j’ai malheureusement l’impression que le tableau s’est nettement assombri.

Et en écrivant ces dernières phrases, juste une semaine avant les élections européennes je me demande si en France il y a tout simplement encore une gauche, – une gauche qui peut mobiliser les rêves, les idées, les hommes. Vu d’Allemagne on a l’impression que le P.S. a cessé d’exister comme véritable force politique, comme parti rassemblant la gauche, des centristes, des libéraux avec le cœur à gauche (les Sozialliberale en allemand), jusque aux marge du P.C. Espérons que mon impression me trompe !

Une Europe unie, libre, démocratique, juste et sociale – ceci pourrait être une image pour une gauche visionnaire qui est encore capable de mobiliser des hommes et des idées un peu comme les valeurs et les idées qui ont mobilisé Serge Moati père et ses camarades socialistes, mon grand père Jean Migliori et tous les autres pendant les années 30 et 40 d’une autre ère.

Bibliographie et sources :

Cauhape, V. (2009) : Le Monde Television, 24.5.2009, p. 15 les choix du Samedi.

Moati, S. (2003) : Villa Jasmin, Paris (Fayard, le livre de Poche).

Christophe Neff, Grünstadt le 2.6.2009

P.S. : Des très belles photos de la Marsa se trouvent sur ici .

II. Un blog sur les paysages: ein kleiner Prolog auf Deutsch.

Nachdem ich schon einen relativ langen französischen Einführungsartikel (Un Blog sur les paysages : un petit début – ou quelle langue choisir ? ) geschrieben habe, ein paar Worte und Sätze zur Einführung in Deutsch. Mein Blog wird sich vor allem mit paysages, sprich Landschaften, literarischen Landschaften, imaginären Landschaften, deutschen Landschaften, französischen Landschaften, mediterranen Landschaften, – schlichtweg Landschaften befassen. Es ist bewusst ein subjektives Blog, es handelt sich um meine persönliche Meinungsäußerungen, zu den Landschaften die wir ins uns tragen. Für die objektive Landschaftsbetrachtung, wissenschaftliche Landschaftsanalyse, ist die wissenschaftliche Geographie, die Landschaftsökologie zuständig, hier verweise ich was meinen Teil als Wissenschaftler betrifft, auf meine berufliche Homepage an der Universität Karlsruhe. Landschaften sind Konstrukte, hier stimme ich mit David Blackbourn überein – «. What we call landscapes are neither natural nor innocent ; they are human constructs. How and why they were constructed (many would say “imagine” even “invented”) belongs to the stuff of history (Blackbourn 2007: 16) – , nur glaube ich, daß Blackbourn, dabei die Geographie vergessen hat. Wie Landschaften konstruiert werden, wie Landschaften erfunden werden, wie wir Landschaften abgrenzen um diese dann später wissenschaftlich zu analysieren, das sollte eigentlich auch grundlegende Aufgabe einer der Landschaft sich widmenden Geographie sein. In diesem Sinne sollte das Buch Blackbourns „The Conquest of nature, – Water, Landscape and the Makeing of modern Germany“ für jeden Geographen eine mehr als anregende Lektüre sein, – und für den Nichtgeographen – eine spannende Einführung in die jüngere deutsche Landschaftsgeschichte, in die historische Landschaftsgeographie Deutschlands.

Landschaften sind natürlich auch die Landschaften unserer Kindheit, unser Jugend. Die Bilder und Erinnerungen, das Lebensumfeld, die Landschaftbilder die wir uns unbewußt (und ggf. auch bewußt) in den ersten beiden Lebensjahrzehnten geschaffen haben, diese Landschaftsbilder begleiten uns ein ganzes Leben. In diesem Sinne wird bestimmt, der eine andere Artikel hier in diesem Blog den Landschaften in der Raumschaft Schramberg, den Landschaften des mittleren Schwarzwald gewidmet sein. Hier verbrachte ich einen großen Teil meiner Kindheit und Jugend. In diesem Sinne habe ich übrigens, als ich feststellte, dass es über den Sulgen , sprich Schramberg – Sulgen, bzw. die Bergvorstadt Sulgen noch keinen Wikipediaartikel gab, gestern einen solchen angelegt. Die Landschaften rund um Schramberg , aber auch Zeit und Milieu, der 1980 Jahre rund um Schramberg finden sich übrigens recht gut in den Krimis von Uta Maria Heim abgebildet. Im übrigen waren es bestimmt die zuletzt gelesen Bücher, u.a. der Krimi „Totschweigen“ von Uta Maria Heim, sowie dem autobiographischen Roman „les Derniers Jours de la Classe ouvrière“ von Aurélie Filippetti die mich dazu bewegt haben, mich endlich an das schon seit langem angedachte Projekt eines Landschaftsbloges zu wagen. Die Frage der Sprache, der Veröffentlichungssprache eines solchen Blogs, habe ich insofern gelöst (oder auch nicht gelöst), als dass ich vorhabe, das ganze mehr oder weniger in drei Sprachen zu gestalten, sprich Französisch, Deutsch und Englisch.

Der von Uta-Maria Heim verfaßte Kriminalroman „Totschweigen“ spielt in Schramberg, auf dem Sulgen, und ich habe ihn gern gelesen, obwohl ich an für sich ansonsten nur sehr selten Krimis und diese auch sehr ungern lese. In Totschweigen bin ich auch wieder meinen Schramberger und Sulgener Jugendlandschaften begegnet, dem Buch von Heim werde ich bestimmt einen eigenen Artikel widmen.

Der autobiographische Roman von Filippetti „les Derniers Jours de la Classe ouvrière“ (zu dt. Die letzten Tage der Arbeiterklasse/ es gibt m.W. bisher keine deutsche Übersetzung) beschreibt das Leben, den gewerkschaftlichen Kampf, der italienischen Minenarbeiten in der Minette in Lothringen, – im Grunde habe ich dort in den Sätzen von Filippetti Landschaften und Leben meines franko-italienischen Großvaters wiedergefunden. Die Minette wird schon lange nicht mehr ausgebeutet, die Stahlwerke im Haut-Pays sind verschwunden, die Basse – Italie , das Stückchen Italien, der nördliche Vorposten der Romagna im Nordosten Frankreichs nahe der luxemburgischen Grenze, das alles ist im Verschwinden begriffen. Filippetti hat dieser „untergehenden Landschaft, – der Kulturlandschaft von Eisen, Kohle und Stahl zwischen Alzette , Mosel und Saar“ ein kleines literarisches Denkmal geschaffen. Gerade noch rechtzeitig, bevor dass diese dem Untergang geweihte Kulturlandschaft, einer der letzten Montanlandschaften Mitteleuropas, ganz verschwindet.

Der Austausch von Kohle und Stahl zwischen Deutschland und Frankreich , die Moselkanalisierung, haben vor über 50 Jahren zum EGKS (Europäische Gemeinschaft für Kohle und Stahl ) geführt, – Jean Monet und Robert Schuhman wollten mit der Gründung des EGKS verhindern, dass man jemals wieder die berühmt berüchtigten „Affiches rouges “ quer durch Frankreich klebt. Diesen Affiches rouges hat Léo Ferré das Chanson l‘ affiche rouge gewidmet. Das Lied ist leider, auch in Frankreich, in Vergessenheit geraten. Ich habe, das Lied vor kurzem in einer Musikstunde des Kulturkanales des Südwestfunk, SWR 2, wieder gehört.

Die Verbindung der Montanregionen von Mosel und Saar, der belgischen Montanregionen zwischen Charleroi und Lüttich mit dem Ruhrgebiet sollte verhindern, daß es jemals wieder zu einem Krieg zwischen den Nachbarn kommt, ein Weltkrieg aus europäischen Boden entwächst. Aus dieser Idee einer europäischen Montanunion, daraus ist dann die heutige EU entstanden. Ich habe es hier Bewußt nochmals aufgegriffen, denn bei allen bürokratischen Auswüchsen die E.U. im Laufe ihrer Geschichte hervorgebracht hat, – an diesem Ziel, ein friedliches Mitteleuropa zu schaffen, muß man die EU messen – und dieses Ziel wurde ohne Abstriche erreicht. Das das auch seinen Preis hat versteht sich von selbst. Ich denke, daß man das angesichts einer sowohl in Frankreich als auch in Deutschland immer mehr um sich greifenden Europamüdigkeit, so kurz vor den Europawahlen, immer wieder betonen sollte.

Folgerichtig (im Bezug auf die Geschichte der lothringischen Montanregion) hat sich Filippetti als Kandidatin des französischen P.S. für die Europawahl am 7.6. (hier der link zu ihrem Blog ) aufstellen lassen. Sie setzt sich u.a. auch für die Erhaltung des letzten lothringischen Stahlwerkes in Gadrange ein, – aber ich glaube, dieser Kampf ist ein schon von vornherein ein Verlorener, die Landschaften die aus Stahl und Kohle zwischen dem Becken von Longwy, Mosel und Saar in den letzten 150 Jahren entstanden sind, werden unweigerlich verschwinden, und nur noch in Erinnerungen und im geschriebenen Wort Bestand haben. Was die italienische Einwanderung nach Lothringen in das Gebiet der Minette betrifft, gibt es so wenig schriftliche Quellen, dass das Buch von Filippetti (siehe Un Blog sur les paysages : un petit début – ou quelle langue choisir ? ) inzwischen als wissenschaftliche Quelle zitiert wird. Wenn die Erinnerung erlischt, verschwinden auch unsere Landschaftsbilder.

Das Blog soll im Sinne von Golo Mann « wir alle sind was wir gelesen » (ursprünglich ein Eichendorff Zitat) sich auch mit Büchern und literarischen Landschaften beschäftigen – und Bücher wurde ja auch in diesem Beitrag schon gestreift. Weiterhin soll mein Blog dazu dienen, mir dem „citoyen européen“, der sowohl in Deutschland als auch in Frankreich beheimatet ist, eine Plattform zu bieten, in dem ich bewusst und subjektiv meine Meinung zu Themen aus Politik, Kunst,Kultur und Wissenschaft darstelle und ggf. auch zur Diskussion stelle.

Abschliessend wie in meinem französischen Beitrag vom 23.5. das Lied d’ Allemagne von Patricia Kaas, als Erinnerung an die Deutschlandbilder und Landschaften die wir in uns tragen.

Christophe Neff, Grünstadt, den 25.5.2009

Quellen:

Blackbourn, D. (2007): The Conquest of Nature. Water, Landscape and the Making of Modern Germany. New York (Norton Paperback)

Filippetti, A. (2003): Les derniers jours de la classe ouvrière. (Stock, le livre de poche)

Heim, U.M (2007): Totschweigen. Meßkirch (Gmeinder)

Mann, G. (1991): Wir alle sind war wir gelesen. Aufsätze und Reden zur Literatur. Berlin (Verlag der Nation).