Mes enfants ont passé une belle semaine de vacances en famille à Port Leucate, sur les rives de la Méditerranée, dans l’Aude. Samedi matin, le 25.07.2026, ma fille me téléphone pour me dire qu’à Port Leucate, il y avait une odeur de brûlé dans l’air. L’odeur lui rappelait les terribles incendies du Black Summer en Australie de janvier 2020. Elle participait alors à un échange de voltige dans l’État de Victoria et en Nouvelle-Galles du Sud. L’odeur des immenses feux de forêt lui était restée un souvenir inoubliable.
Je lui disais que, à ma connaissance, dans l’Aude et les Pyrénées-Orientales, il n’y avait pas d’incendie de forêt majeur en cours. Je disais que je pensais que la forte tramontane rapportait cette forte odeur de brûlis depuis les feux de forêt sévissant dans le massif de la forêt des Landes, en Gironde. Plus tard dans la journée, le SDIS 11 informait la population via Facebook que l’odeur de brûlé provenait des importants incendies en cours en Gironde (voir capture d’écran). Donc, confirmation.
Personnellement, la situation en Gironde me rappelait fortement le terrible incendie de la forêt des Landes de 1949 , auquel j’ai d’ailleurs consacré trois billets en 2009 (1949 – l’incendie meurtrier dans la Forêt des Landes, The Fatal Forest Fire – remembering the “1949 Mega fire” in the „Forêt des Landes” (South West France) et Le 19 août 1949 – le drame de la Forêt des Landes), qui font d’ailleurs partie des articles les plus consultés du blog paysages depuis des années[1].
Le soir même, je lis encore deux articles très intéressants dans Le Monde, en relation avec le front des incendies de forêt de cet été. D’une part, l’interview d’Éric Rigolot (chercheur de l’INRAE, spécialiste des incendies de forêt)[2] sur la préparation et l’anticipation des grands incendies en France : « Pour faire face aux très grands incendies, il faut anticiper à contre-saison, en plein hiver, quand nous n’avons plus le feu à l’esprit ! ». Et d’autre part, l’interview d’Éric Durand, secrétaire général adjoint du Syndicat national du personnel navigant de l’aéronautique civile, sur la disponibilité des Canadair : « Nous faisons un constat d’échec de la politique menée ces dernières années pour assurer la disponibilité des Canadair ». Deux interviews qui méritent un large lectorat parmi les décideurs politiques.
D’ailleurs, l’un de mes derniers travaux scientifiques, que j’ai dirigés avant que les complications liées à la maladie de Mitterrand ne me mettent plus ou moins en arrêt maladie complet, était une étude sur les potentialités d’utilisation du De Havilland Canada DHC-515 (successeur du CL-415) dans la DFCI dans la région du Bade-Wurtemberg en Allemagne[3]. Concernant la situation des Canadair en France, je ne peux que confirmer l’avis de M. Durand.
Concernant la prévisibilité des incendies qui menacent une très grande partie du sud de la France et au-delà : naturellement, on ne peut pas prédire le jour, l’endroit géographique du début d’un feu de forêt. Mais depuis des décennies, des chercheurs sonnent l’alarme pour avertir que les changements climatiques allaient fortement augmenter les risques d’incendies de forêt. J’en fais d’ailleurs partie. Même dans l’un de mes premiers billets du blog paysages, en juin 2009, dans le billet « Feux de forêts et lectures de paysages méditerranéens : (Écologie et biogéographie des forêts du bassin méditerranéen ; The Nature of Mediterranean Europe – an Ecological History ; Le feu dans la nature – mythes et réalité) », j’en parlais. Je pense même que j’étais l’un des premiers scientifiques, avec Alexander Scheid (Neff & Scheid 2003) , à pointer les risques d’augmentation des feux de forêt liés aux changements climatiques. C’était en 2003. Naturellement, ce n’était alors qu’un petit chapitre de livre – en plus écrit en allemand, dans un livre édite en Italie, donc avec une diffusion assez limitée. Néanmoins, on peut dire que depuis près de 15 ans, il y a un consensus scientifique selon lequel le réchauffement climatique peut aussi avoir des conséquences assez dramatiques pour l’évolution des feux de forêt.
Personnellement, je pense que les changements climatiques sont un facteur clé pour la dynamique des incendies de forêt, mais ce ne sont certainement pas les seuls facteurs déterminants (voir par exemple : Pyrotragedies – a critical retrospective on the wildfire situation in Europe during July 2018, Personal perception of the 2025 august wildfire in the Corbières (Aude/Mediterranean France), Blognotice 11.07.2026 : feux de forêts et canicule dans le Midi français).
Pour finir : en ce moment, on entend des politiques de tous bords donner leur avis sur la DFCI en France. Mais en dehors de la période estivale des incendies de forêt, le seul homme politique qui se penche avec une persévérance exemplaire, c’est le député européen Grégory Allione, de Renew Europe. En dehors de M. Allione, d’après mon impression, c’est plutôt le grand silence. Je crois que cette tendance va se confirmer, dès que les premières pluies d’automne auront éclipsé la saison des feux de forêt 2026 de l’agenda politique français !
Bibliographie :
Neff, Christophe ; Scheid, Alexander (2003) : Kontrollierte Feuer in Natur und Landschaftspflege : Erfahrungen aus dem Mittleren Schwarzwald (Raumschaft Schramberg) und den mediterranen Pyrenäen (Pyrénées-Orientales/Region Prades) Südfrankreichs. In : R. Colantonio Venturelli (éd.), Paesaggio culturale e biodiversità. Principi generali, metodi, proposte operative, Giardini e paesaggio ; 7, Firenze, ISBN 88-222-5272-1, (KITopen DOI : 10.5445/IR/1000121841).
Volk, Steffen (2024): Einsatzpotentiale von amphibischen Löschflugzeugen in Baden-Württemberg. Bachelorarbeit, Bachelor of Education, Geographie, Karlsruher Institut für Technologie (KIT), (Betreuung Dr. C. Neff & Dr. C. Mager KIT-IFGG), DOI: 10.5445/IR/1000185792 (KITopen).
Christophe Neff, Grünstadt, le 26.07.2026.
[1] Voir « Paysages – dix-septième année d’existence sur la toile donc déjà sept ans sur wordpress.com (billet trilingues français, allemand, anglais) »
[2] Eric Rigolot m’avait conseillé et aidé à monter des cours pratiques de « Défense de la forêt contre les incendies », incluant la participation à des chantiers de brûlage dirigé dans le département de l’Aude et les Pyrénées-Orientales, et ce, pendant de nombreuses années, dès le début des années 2000, voir la Blognotice 22.2.2012.
[3] Volk, S. (2025): Einsatzpotentiale von amphibischen Löschflugzeugen in Baden-Württemberg. DOI: 10.5445/IR/1000185792

