Du déjà vu en pire – Alep, Grozny, Beslan / a feeling of “déjà vu » in worse … Aleppo, Grozny, Beslan …. (27.09.2016)

Les images, les témoignages qui nous parviennent d’Alep et d’autres villes syriennes meurtries, villes  martyrisées par des années de guerre civiles sanglantes, me font ressurgir les images de Grozny, les reportages de Natalie Nougayrède de Beslan, de Tchétchénie. La Préface d’André Glucksmann du livre « Tchétchénie le déshonneur russe » de Anna Politkovskaïa . Du déjà vu en pire … Alep, Grozny, Beslan ….

The images, the reports reaching us from Aleppo and other Syrian cities ravaged, cities tormented by years of bloody civil war, make me reappear the images of Grozny, the reports written by Natalie Nougayrède from Beslan, from Chechnya. The Preface of André Glucksmann’s of the book „Tchétchénie, le déshonneur russe (Chechnya Russian dishonour)“ written by Anna Politkovskaya. A feeling of “déjà vu » in worse … Aleppo, Grozny, Beslan ….

Référence :

Glucksmann, André (2003) : Le syndrome du chardon tchétchène. In : Politkovskaïa, Anna : Tchétchénie, le déshonneur russe, p. 9- 18, Paris, collection folio, ISBN 2-07-030551-1

Christophe Neff (27.09.2016)

Vue de Grünstadt 02.04.2015: Vue sur le paysage urbain de Grünstadt

Confiné pendant plusieurs jours dans une chambre de l’Hôpital de Grünstadt (Kreiskrankenhaus Grünstadt) après une opération chirurgicale au genou, j’ai essayé de prendre tous les jours une photo du paysage urbain de Grünstadt depuis mon lit d’Hôpital. Tous les jours, même tous les heures des couleurs différentes, la lumière changeant dans un paysages structuré urbain, structuré par le « Westring » – l’autoroute A 6 (d’ailleurs une des plus anciennes autoroutes allemandes), les deux églises – l’église protestante de St.Martin (clocher couleur brun-rouge de grès) et l’église catholique St. Peter (clocher couleur blanc) – au fond, les vignobles de la Unterhaardt, et parfois même à l’horizon, on peut même reconnaitre les cheminées du Großkraftwerk (centrale electrique) à Mannheim-Neckarau et ainsi que la ville de Ludwigshafen avec le grand complexe industriel de la BASF. Dans cette vue du paysage urbain de Grünstadt, la vue d’ensemble est séparée par une ligne imaginaire, où on peut reconnaitre avec un peu de « Ortskenntnis » (connaissance des lieux) la ligne de chemin de fer Grünstadt – Bad Dürkheim.

Vue de Grünstadt 9 22.03.2015 17.27

Notons que la Unterhaardt, ces coteaux à caractère subméditerranéen entre Grünstadt et Bad Dürkheim, qui est un des rares paysages allemands presque entièrement dominés par le vignoble, n’a jusqu’à présent pas d’article sur la wikipedia allemande. On trouve un peu de tout sur la Wikipédia allemande, mais sur la Unterhaardt on ne trouve absolument rien, ceci me semble assez étrange[1].

En regardant les lumières et couleurs changeantes du paysage urbain de Grünstadt, je pensais aussi à Christoph Jentsch, professeur de géographie humaine, récemment décédé qui fut un de mes maitres. Je me souviens, qu’il disait – „Landschaft ist ein Bildauschnitt, ein Blickwinkel“ – le paysage est une partie d’un tableau, un angle de vue. Donc la notion de paysage est toujours liée à l’homme, à l’inverse de l’écosystème – qui existe et qui existera sans l’intervention de l’homme. Sans la vue de l’homme sur un espace – pas de Landschaft, pas de paysage, pas de landscape. Ces paroles furent, si je me souviens bien, prononcées pendant la préparation du projet de recherche « Neuscape » – « Nested ecological understanding of changing cultural landscapes”. Comme assistant de Peter Frankenberg, à la chaire de géographie physique de l’Université de Mannheim[2], je fus chargé de préparer pour Peter Frankenberg et Christoph Jentsch en collaboration avec Shivcharn S. Dhillion[3], James Aronson, François Romane, Edouard Le Floc’h et Anne Grossmann[4] une demande de financement de la Communauté européenne pour un projet de recherche sur un transecte de paysages européens allant de la Norvège à l’Espagne du Sud, incluant des paysages en Norvège, Allemagne (Palatinat et Forêt Noire), France (Midi français incluant les garrigues de Nîmes, les Costières de Nîmes, les site Cazarils du CEFE, Corbières et Cap Leucate,) – les paysages de Montado au Portugal et des paysages espagnols de l’Andalousie méridionale. Finalement le projet ne fut jamais financé par la communauté européenne, mais à titre personnel, en préparant cette demande de financement j’ai beaucoup appris sur les paysages européens et aussi sur le fonctionnement de la fameuse DG XII pendant les années Cresson. L’acronyme du projet « Neuscape » étaient d’ailleurs librement inspiré du Netscape navigator, – qui était durant les années 1990 le navigateur web dominant. Tout cela maintenant appartient à l’histoire, mais les mots du Professeur Jentsch sur la « Landschaft » me semblent inoubliables.

Donc en prenant en photo les différents couleurs des paysages urbains de Grünstadt avec mon smartphone, je pensais à ces mots que le Professeur Jentsch avait exprimés durant les années 1990 sur les paysages et Landschaften. Beaucoup de lecture aussi, durant ces jours dans mon lit d’hôpital. Je finissais les derniers chapitres du « dictionnaire amoureux du Brésil », dont j’avais déjà parle dans Bala l’homme de la forêt. Je traversais le paysages de cimetières sous-marins avec « Edgar Bentler dit Ed » entre Hiddensee, Rügen et le Danemark (l’ile de Møn) , – dernier chapitre du roman « Kruso » de Lutz Seiler, dans lequel est thématisé le destin tragique de « Republikflüchtlinge», qui essayèrent de traverser la mer baltique pour fuir la DDR et de rejoindre le Danemark à la nage, en planche à voile, etc. et dont la fuite pour la plus grande majorité trouva une fin tragique dans les fonds de la mer baltique. Le roman de Lutz Seiler qui fut récompensé par le Uwe Johnson Literaturpreis et le Deutsche Buchpreis 2014, mériterait certainement une traduction en français.

Un autre paysage que je traversais avec l’aide d’une lecture fort intéressante, fut la carte cognitive des fonds philosophiques des pensées Poutinienes, que je découvris dans le petit livre de Michel Eltchaninoff[5] qui porte le titre programmatique « Dans la tête de Vladimir Poutine ». Ayant comparé dans une petite notice de blog publié en décembre 2013, Monsieur Poutine avec Nicolas Ier de Russie, cette lecture du livre de Michel Eltchaninoff, semble confirmer mes pensées (et même au-delà) assez sceptiques envers la politique neo-imperialiste du nouveau Tsar. Le livre finit avec ces phrases remarquables « Désormais, grâce au plan le plus nationaliste et pseudoscientifique de la philosophie russe, Poutine rend à la Russie sa vocation idéologique internationale. Le conservatisme identitaire doit devenir un phare pour tous les peuples du monde.  La mobilisation conservatrice, initiée et dirigée par le Kremlin, n’a plus de frontières. L’URSS n’était pas un pays, mais un concept. Avec Poutine, la Russie est à nouveau le nom d’une idée. » Un livre intéressant, -un livre qui mériterait une traduction anglaise, allemande, – et même au-delà. En ce qui concerne une traduction allemande potentielle du livre de Michel Eltchaninoff, celle-ci devrait être lue par tous les membres du Auswärtiger Ausschuss du Bundestag. Et pour finir je commençai les premiers chapitres de « Schubert’s Winter Journey » de IAN Bostridge, livre que j’avais découvert il y a quelques semaines dans la République des Livres – grâce au billet au titre prometteur « Schubert tel que vous ne l’avez jamais lu » – ce billet, et cela mérite d’être signalé, est ,si je suis bien renseigné, un des rares billets de Pierre Assouline, qui nous présente un livre anglais dont la traduction française se fait attendre. Mais peut être le billet enthousiaste de P.A. incitera un éditeur français ou francophone de se lancer dans la traduction de l’ouvrage.

Le jour où je sortais de l’Hôpital je découvre les premiers Forsythia de Paris (Mimosa de Paris) en fleurs à Grünstadt, -et dans mon jardin je découvre les premières branches de notre Abricotier qui commence à fleurir – le printemps semble réellement s’installer dans les paysages de la Unterhaardt. Mais ce même jour je découvrais aussi à quel point la tragédie du vol vol 4U9525 Germanwings qui s’est écrasé dans le Massif des Trois-Évêchés avait traumatisé l’Allemagne. Mais ceci est une autre histoire. D’ailleurs Dirk Kurbjuweit dans le dernier Spiegel (14/2015) a écrit un commentaire intéressant sous le titre « Ohne festen Boden – Das Flugzeugunglück beendet den Mythos von deutscher Sicherheit ». Depuis quelques jours ont passé, – l’ouragan Niklas vient de traverser l’Allemagne, mais notre Abricotier en pleines fleurs maintenant a bien résisté, – le printemps est maintenant bel et bien arrivé sur les coteaux de la Unterhaardt, même si nous risquons peut être encore de voir tomber quelques flocons de neiges pendant le week-end pascal. Mon radius d’action est encore assez limité, je viens de commencer un nouveau livre … –  « le dictionnaire amoureux de l’Alsace » de Gilles Pudlowski. C’est un livre qui nous parle avec amours des paysages alsaciens, de ses villes et villages, de ses écrivains et artistes, de son art gastronomique … un livre qui mérite encore la lecture et qui mériterait aussi une traduction et adaptation allemande, même si il y déjà été édité en 2010 – je crois même qu’une édition allemande pourrait devenir un succès commercial dans le « Buchhandel » allemand. C’est aussi un livre plein de découvertes, – au moins pour moi, – et c’est ainsi que j’ai découvert le poète-écrivain-résistant Jean Paul de Dadelsen.

Dans ce livre de Gilles Pudlwoski j’ai particulièrement savouré le chapitre dédie à la ville de Wissembourg. Passer une belle journée a Wissembourg, voir ce qu’il y de nouveau dans la librairie «à livre ouvert» chez Willy Hahn, est ce que je trouverai « Goethe en Alsace » de Jean Paul de Dadelsen ? Déjeuner au Cygne – peut être une Grumbeeredetchl » au saumon fumé, chantilly au raifort et petite salade de saison – et après passer chez la pâtisserie – chocolaterie Rebert pour quelques gourmandises avant de faire une belle promenade entre Rott, Cleebourg et Drachenbronn longeant les vignes et les lisières des belles forêts des Vosges du Nord. Naturellement je rêve, – en ce moment je marche avec des béquilles, et pour le Week-end les services météorologiques allemands nous annoncent des chutes de neige même en plaine … mais le dictionnaire amoureux de l’alsace est un livre qui nous invite à rêver de ce beau paysage, ce beau jardin l’Alsace !

Photos sélectionnées du paysage urbain de Grünstadt prise depuis ma chambre d’hôpital entre le 20.3 – 26.3.2015.

Vue  sur Grünstadt, 21.03.2015  6:44

Vue  sur Grünstadt, 21.03.2015  6:48

Vue  sur Grünstadt, 21.03.2015  16:28

Vue  sur Grünstadt, 22.03.2015  8:43

Vue  sur Grünstadt, 22.03.2015  16:22

Vue  sur Grünstadt, 22.03.2015  17:27

Vue  sur Grünstadt, 23.03.2015  13:18

Vue  sur Grünstadt, 23.03.2015  16:48

Vue  sur Grünstadt, 23.03.2015  19:01

Vue  sur Grünstadt, 25.03.2015 15.37

Vue  sur Grünstadt, 26.03.2015  7:06

Photos: toutes © Christophe Neff 2015

Sources, livres etc. :

Bostridge, Ian (2015) : Schubert’s Winter Journey. Anatomy of an Obsession. London, (Faber & Faber), ISBN 978-0-571-28280-7

Eltchaninoff, Michel (2015): Dans la tête de Vladimir Poutine. Essai. Arles (Solin/Actes Sud), ISBN 978-2-330-03972-1

Lapouge, Gilles (2011):   Dictionnaire amoureux du Brésil, Paris, (Plon), ISBN 978-2-259-20925-0

Kurbujuweit, Dirk (2015): Ohne festen Boden – das Flugzeugunglück beendet den Mythos von deutscher Sicherheit. In: Der Spiegel, 14/2015, p. 14

Pudlowski, Gilles (2010): Dictionnaire amoureux de l’Alsace. Dessin d’Alain Bouldouyre. Paris, (Plon), ISBN 978-2-259-20947-2

Seiler, Lutz (2014): Kruso. Roman. Berlin (Suhrkamp Verlag Berlin), ISBN 978-3-518-42447-6

Christophe Neff, le 02.04.2015

P.S. (05.04.2015 11:00): Le billet fut publié le 02.04.2015, depuis le 04.04.2015 nous trouvons dans la Wikipédia française un article sur « Michel Eltchaninoff ».

[1] On trouve une description des paysages de la Unterhaardt sur le site Lanis (Landschaftsinformationssystems der Naturschutzverwaltung Rheinland-Pfalz) ici.

[2] L’institut de géographie de l’Université de Mannheim fut fermé du au mesure de restructuration universitaire entame pas le rectorat Arndt. Christoph Jentsch en 2009 à édite un livre sur l’histoire de la géographie à l’Université de Mannheim sous le titre: « Das Fach Geographie an der Mannheimer Hochschule 1907 bis 2006. Eine Dokumentation von Christoph Jentsch ». Dans paysages j’ai consacré en 2009 un article (en allemand) a cette documentation édité pas Christophe Jentsch sous le titre « Das Fach Geographie an der Mannheimer Hochschule ».

[3] Durant la préparation de Neuscape Shivcharn S. Dhillion était chercheur – enseignant à l’université de Oslo en Norvège.

[4] James Aronson, François Romane, Edouard Le Floc’h et Anne Grossmann étaient à cette époque membres du CNRS-CEFE à Montpellier. Dans les années le CEFE s’appelait encore Centre d’Ecologie Fonctionnelle & Evolutive, CEPE Louis Emberger en mémoire du phytogéographe Louis Emberger.

[5] En écrivant ce texte, je découvre qu’il n’existe pas d’article sur Michel Eltchaninoff dans la Wikipedia française. Dommage, – car Eltchaninoff aurait surement mérité un article dans la wikipedia.fr

Blognotice 22.12.2013: De Dostoïevski à Mikhaïl Khodorkovski

C’était le soir du jeudi 5 décembre, – début de la série télévisée russe sur la vie de Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski sur Arte, – les images défilaient et je me demandais dans quelle mesure la Russie avait réellement changé depuis Nicolas Ier de Russie. Les « bagnes » comme les prisonniers politiques sont encore une réalité dans la  Russie contemporaine. Voyant « Evgueny Mironov » jouer le prisonnier politique que fut le jeune Dostoïevski pendant son emprisonnement à la Katorga (bagne) d’Omsk, je pensais à ces malheureux bagnards russes, prisonniers politiques comme Mikhaïl Khodorkovski,  les Pussy Riots, et tant d’autres qui ont osé  manifester trop ouvertement leur opposition aux nouveaux hommes forts à Moscou. Depuis, le Prince a parlé, et comme jadis au temps de Nicolas Ier de Russie, – Mikhaïl Khodorkovski, les Pussy Riots et d’autres prisonniers politiques ont été graciés par la volonté du nouveau Tsar. Non, Khodorkovski ne fut pas un saint, comme l’écrit Benjamin Bidder dans le Spiegel, mais au début de années 2000 il a eu la mauvaise idée de s’opposer au nouveaux maitres du Kremlin,  ce qui lui rapportera la modique récompense de plus de dix ans de bagne. Les oligarques qui se sont accordés avec les nouveau maitres du Kremlin, n’ont à ma connaissance jamais eu de problèmes avec la justice russe, ils se sont même enrichis.  En Allemagne on tient à souligner le rôle prépondérant de l’ancien ministre des affaires étrangères Hans Dietrich Genscher dans la libération de Khodorkovski, – et il faut le remercier pour ses efforts – mais sans la volonté du Prince Poutine la grâce de Khodorkovski  n’aurait jamais eu lieu ! Non la Russie des nouveaux Tsars, ne ressemble ni à la Russie de Nicolas Ier de Russie, quand Dostoïevski fut envoyé au bagne d’Omsk, ni aux lourdeurs de la fin du règne de Brejnev, – c’est une nouvelle Russie avec un nouveau visage, et des images qui nous rappellent des souvenirs d’antan. Mais apparemment les bagnes n’ont pas disparu, même si nous avons eu droit à quelques libérations spectaculaires grâce à la volonté du nouveau Tsar. L’histoire du Bagne russe est fortement liée au Samizdat, – Samizdat qui commença à ma connaissance avec la publication de  « Voyage de Pétersbourg à Moscou » d’ Alexandre Radichtchev en 1790, ce Samizdat devrait encore avoir de beaux jours  dans la Russie du nouveau Tsar – mais jusqu’ à présent ,à mon sentiment, la littérature russe contemporaine reste presque inaudible au niveau international. Peut-être bien que je me trompe, je ne suis pas  spécialiste du roman russe ou de la littérature russe,  mais je pense  que les bouleversements que la Russie et le peuple russe ont dû subir dans les deux dernières décennies, auront  sûrement des retombées littéraires ! Pour l’instant je me réjouis des libérations de Mikhaïl Khodorkovski, des Pussy Riots et d’autres prisonniers politiques moins connus et j’espère que le mot « liberté »  dans la Russie de Monsieur Putin ne restera pas lettre morte !

Pour finir cette petite Blognotice, – je n’ai pas eu l’occasion de voir la suite de la série télévisée russe sur la vie de Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski du réalisateur Vladimir Khotinenko  , qui fut transmise par Arte, dommage qu’on ne trouve pas de DVD de cette intéressante adaptation de la vie tourmentée d’un des plus grand écrivains russes du 19 siècle !

Christophe Neff, le 22.12.2013