Blognotice 10.09.2012: Changements de Paysages dans la Raumschaft Schramberg

Schramberg - Blick auf die Steighäuslefläche 16.8.2012Des changements des paysages, il y en a aussi dans la Raumschaft Schramberg, petit terroir de la Forêt Noire dans lequel j’ai passé une grande partie de mon enfance. J’ai eu  dernièrement, durant un cours pratique sur les changements de paysages dans le « Mittlerer Schwarzwald », cours pratique qui eut lieu du 15 au 19.8.2012,  l’occasion de le constater. Le but de ce cours était d’initier les étudiants à la pratique de la cartographie du paysage et de la dynamique végétale. Nous avons donc travaillé sur deux chantiers distincts – l’un sur la reprise végétale du feu de forêt de Hornberg-Niederwasser –  et l’autre sur la coupe blanche du Steighäusle à Schramberg (voir aussi la notice: La Forêt progresse à Schramberg). Donc deux chantiers dédiés à la dynamique végétale et à la fermeture du paysage.

La Forêt Noire est aussi une terre de Feux de Forêts, même si cela a presque disparu complètement de la mémoire collective  et la recherche scientifique jusqu’ à présent n’a pas encore écrit l’histoire des incendies de forêts en Forêt Noire. Le Brandenkopf, – la tête brûlée, porte le souvenir du grand incendie de 1730 dans son nom, avant il s’appelait Varnlehenskopf. Le plus grand incendie fut certainement le grand incendie de Baiersbronn-Schönmünzach qui dévasta une grande partie des forêts du Grindenschwarzwald et de la Murg en 1800. Le nouveau livre de Wolfgang Schlund & Georg Jehle & Charly Ebel,  „100 Jahre Bannwald Wilder See„, dédié au centenaire de la réserve forestière du « Bannwald Wilder See »  a le mérite de dédier un chapitre entier à l’incendie oublié de Baiersbronn-Schönmünzach. En dehors de l’aspect feu de forêt, le livre est aussi une magnifique initiation aux paysages du nord de la Forêt Noire.

L’incendie de Hornberg – Niederwasser, éclata en Avril 1997 le long de la Schwarzwaldbahn, – dû à un blocage de freins d’un train de marchandise – il  brûla à peu près 100 ha de Forêt de Montagne (voir aussi ici). Depuis, la reconquête végétale a repris ses droits  et une nouvelle forêt émerge lentement des brûlis. Cette reconquête naturelle, seulement une partie infime du terrain incendié, fut replantée par des Sapins de Douglas (Pseudotsuga mensziesii), de la végétation que j’observe depuis avec l’aide des étudiants. Des connaissances approfondies sur l’historique de feux de forêts de la Forêt-Noire ou des Vosges avoisinantes pourraient aussi nous donner des enseignements précieux sur ce qui nous attend, car si les prévisions climatologiques s’avèrent être correctes, il y aura de plus en plus d’incendies de forêts dans ces deux massif montagneux.

Le site du Steighäusle à Schramberg est une coupe blanche que la ville de Schramberg a établie entre la Talstadt Schramberg et le Sulgen pour gagner de l’espace ouvert, lumière et air frais pour la ville de Schramberg, qui, encaissée dans le Talkessel de la Schiltach, entourée de forêts et de montagnes, manque d’air et de lumière.  Dans le livre de Cornelia Stubbe sur la géographie industrielle de la Forêt Noire on trouve une belle phrase sur la structure géographique de Schramberg – «Une répartition des rôles semble s’effectuer : Schramberg la vielle ville, rassemble les fonctions administratives, commerciales et sanitaires, donc l’ensemble du tertiaire, tandis que Sulgen, sur les hauteurs, avec une belle vue et davantage de soleil, offres des espaces à vocations industrielles, résidentielles et récréatives.» (Cornelia Stubbe:« L’Industrie en Forêt Noire », Paris 2005, p. 12) même si depuis, le rôle sanitaire de la vielle ville, la Talstadt, se beaucoup rétréci car l’Hôpital de Schramberg, le Kreiskrankenhaus Schramberg a disparu.

La coupe blanche du Steighäusle, est entretenue périodiquement par un petit troupeau de chèvres pour freiner la reprise de la forêt. Il était prévu d’installer un chantier de brûlage dirigé pour pouvoir plus efficacement gérer la reconquête végétale, mais il y avait tellement d’obstacles bureaucratiques, que l’entretien de ce terrain se résume à  des passages périodiques d’un troupeau de chèvres. Comme pour le terrain de Hornberg-Niederwasser, nous observons sur la « Steighäuslefläche» la dynamique végétale. Cette fois ci, nous avons surtout travaillé sur des relevés témoins à gauche et à droite de la « Steighäuslefläche » – le long du Steighäusleweg et de la Charlottenhöhe. Le Steighäusleweg,  chemin pédestre entre la Bergvorstadt Sulgen et la Talstadt Schramberg, ce fut pendant 9 ans mon chemin d’écolier, chemin que je descendais presque tous les jours pour descendre au Gymnasium Schramberg, lycée où j’ai passé le bac (Abitur) en 1984. Pour le retour, les 5 km de chemin, ont un dénivelé de presque 400metres, c’était la voiture de mon père, qui était enseignant dans ce même lycée, ou dans des voitures d’un de  ces collègues qui en majorité résidaient aussi au Sulgen, ou parfois le bus, mais je  faisais à pied assez souvent le retour en hauteur au Sulgen. Ces kilomètres de marche à pied, c’était surement une bonne préparation pour mon service militaire et la formation d’officier de réserve chez les paras de la Bundeswehr au sein de la Luftlandebrigade 25 à Nagold et à Calw. Donc beaucoup de souvenirs personnels pour dresser un tableau subjectif des changements de paysages depuis que j’ai quitté l’école en 1984. En plus, nous avons exploré le « Broghammerweiher » – ou les vestiges du Broghammerweiher car, en fait, il  ne reste que quelques vestiges de l’étang de mon enfance. C’est sur les falaises entourant l’étang que j’avais découvert mes premières salamandres de feu, capturé des tritons dans la mare d’eau, observé les grenouilles. C’est grâce à mon ami d’enfance, Dirk S., qui habitait aussi comme moi jadis au Lärchenweg au Sulgen, qui m’avait fait découvrir le Broghammerweiher durant l’été 1972. Donc depuis que j’ai quitté le Gymnasium Schramberg, le paysage le long de mon chemin d’écolier a manifestement changé, la forêt, sauf sur la coupe blanche du Steighäusle, a progressé, le paysage s’est renfermé, le Broghammerweiher étouffe sous un manteau végétal, la forêt s’est visiblement refermée, là où l’homme l’a laissée se développer librement. Et des nouvelles espèces apparaissent, – les châtaignes (Castanea sativa), qu’on ne trouvait pas sur les flancs est de la vallée de la Schiltach, mis à part les trois exemplaires que j’avais plantés dans notre jardin au Lärchenweg, mais il y avait de beaux exemplaires entre Schramberg et Lauterbach au Schloßberg sur la façade ouest de la vallée de la Schiltach, font  partie de la dynamique végétale entre Schramberg et Sulgen. Et les espèces exogènes – les « Neophyten » comme on dit en allemand, sont en nette progression, dont le Laurier-cerise (Prunus laurocerasus)  et surtout la Balsamine de l’Himayala (Impatiens glandulifera). Mais il y  a aussi des plantes qui semblent avoir disparu, – les échappés de jardins de Rhododendron ponticum du « Stadtpark » de Schramberg sur la Charlottenhöhe – je ne les ai plus retrouvées. Ils ont peut-être disparu à cause de l’entretien du paysage par les chèvres, – car ici aussi la ville de Schramberg essaie de contenir la progression de la forêt  par des chantiers d’entretien du paysage. La Rhododendronblüte au Stadtpark, fin mai et début juin, ce fut  longtemps la fierté de la ville de Schramberg, – on organisait même de voyage pour la Schramberger Rhododendronblüte – mais tout cela est un peu tombé à l’oubli même si la collection de Rhodedendrons est encore en place au Stadtpark, parc qui se dénomme de nos jours « Park der Zeiten » en souvenir de l’industrie horlogère, dont Schramberg fut une fois le fief incontestable au moins en Allemagne. Dans cette belle collection de Rhododendrons, les Rhododendrons ponticum en place avait donné lieu à quelques échappées de jardin et une petite colonisation subspontanée de Rhododendron de la Charlottenhöhe. Le changement le plus spectaculaire, à part la fermeture du paysage, est sûrement la progression de la Balsamine de l’Himalaya. Cette plante était tout simplement inexistante le long de mon chemin d’écolier, que fut le Steighäusle entre 1975 et 1984. De nos jours, elle est quasiment omniprésente le long de chemins, des trouées, des cours d’eau, par endroits on a vraiment le sentiment de se retrouver face à une vraie espèce envahissante.

Durant presque trente ans, les paysages le long de mon chemin d’écolier que fut le Steighäusleweg, se sont renfermés (sauf naturellement sur la coupe blanche de la Steighäuslefläche), la forêt progresse,  des espèces thermophiles (Châtaignes) et exotiques comme le Laurier-cerise et la Balsamine de l’Himalaya sont apparues, progressent, et comme la Balsamine de Himalaya deviennent par endroits invasives. Durant ces presque trente ans, la ville de Schramberg a perdu sa gare, son hôpital ; oui, le paysage a beaucoup changé pendant ce temps, qui est, avec presque trente ans, le temps d’une génération. Quelques jours après ce travail de terrain, j’avais écouté une pièce radiophonique (Hörspiel)  sur le fictif retour du Loup en Forêt Noire «Der Schwarzwald-Ranger – Die Wölfe kommen ». Cette pièce fut écrit par Daniel Bachmann, écrivain-réalisateur avec le quel j’ai passé le bac au Gymnasium Schramberg en 1984. La pièce radiophonique de Daniel Bachmann est une pure fiction, mais des loups, ces fameux loups dont on parlait temps durant cet été en France (le Harro sur le Loup de Louis Bové)(voir aussi ma dernière note), je pense qu’ils pourraient bien apparaitre un jour ou l’autre en Foret Noire. D’ailleurs il s’est déjà manifesté aussi bien dans le Jura que dans les Vosges, donc le Loup est actuellement présent dans presque la totalité des massifs montagneux français, – c’est donc seulement une question de temps, il arrivera dans les massifs montagneux de l’Allemagne – aussi bien dans le Pfälzer Wald qu’en Forêt Noire.

L’entretien des paysages en Forêt Noire par des troupeaux de chèvres sans protection sera sûrement incompatible avec la réapparition probable du Loup. La fermeture du paysage, la progression de la foret  est aussi l’ image  d’une transformation socio-économique de l’espace, disparitions des infrastructures,  gares, hôpitaux, écoles, postes de polices, gendarmeries etc., un changement qui n’est pas restreint à la Raumschaft Schramberg, ce petit pays de Forêt Noire où j’ai passé une grande partie de mon enfance; cette transformation du paysage, nous la retrouvons un peu partout dans les ruraux de montagne en Allemagne, en France, en Suisse, oui, dans une grande partie de l’Europe rurale nous pouvons observer ce changement de paysages profond. Les paysages se referment et l’homme se sent terriblement seul et à l’abandon, cela attire les Loups. De ces loups, le vrai Loup, le Canis lupus, ne me semble pas être l’espèce la plus nuisible, car d’autres loups, bien plus dangereux,  nous attendent!

Sources & Ouvrages cités :

Bachmann, Daniel (2012): Der Schwarzwald-Ranger – Die Wölfe kommen. Badisches Mundarthörspiel. Pièce radiophonique émise par SWR4  Baden-Württemberg le Samedi 1.9.2012 à 21.00.  Livestream ici (7 eme emisson).

Schlund, Wolfgang ; Jehle, Georg ; Ebel, Charly (2012): 100 Jahre Bannwald Wilder See. Naturschutzzentrum Ruhestein & Landesbetrieb Forst BW Stuttgart, ISBN 978-3-00-035118-1

Stubbe, Cornelia (2005): L’Industrie en Forêt Noire, le defi d’une industrie en moyenne montagne. Paris (L’Harmattan), ISBN 2-296-00071-1

Photo:  © C. Neff – Vue sur la Steighäuslefläche et le Eckenhof à Schramberg-Sulgen depuis le Schloßberg-Hohenschramberg  16.8.2012. (Minolta 7000AF, Kodak Elite Chrome)

Christophe Neff, le 10.09.2012

Blognotice 11.08.2012: La Raumschaft Schramberg & Gerbersau

La Raumschaft Schramberg n’est certainement pas Gerbersau (Vallée des tanneurs – durant la jeunesse de Hesse à CalwCalw et ses environs fut encore un important centre de la tannerie de la vallée de la Nagold(voire aussi Schnierle – Lutz 2011)), – synonyme que Hermann Hesse utilisait pour décrire Calw et ses environs dans le Nord de la Forêt Noire, – mais le jour où l’Allemagne littéraire se souvenait de Hermann Hesse (50ème  anniversaire du  décès de Hermann Hesse), j’avais écrit par coïncidence un petit article sur la Raumschaft Schramberg pour la Wikipedia.fr. En fait l’Allemagne littéraire & culturelle commémorait ce jour l’écrivain suisse mort à Montagnola le 9. Aout 1962, né à Calw le 2 juillet 1877, dont l’œuvre est considérée comme une des plus lues (et connues/traduites) des écrivains de langue allemande  au niveau mondial actuellement.  Nous avons donc eu droit ce jour, cette semaine, – dans les medias allemands  à des billets, textes,  émissions de radios, un film de télévision (Die Heimkehr ),  en mémoire de Hermann Hesse. Personnellement j’ai particulièrement aimé le texte de Matthias Matussek  dans le dernier Spiegel «Ich mach mein Ding».  Mais on pourrait naturellement aussi se demander, qui en dehors du reliquat du Bildungsbürgertum, lit encore Hesse de nos jours en Allemagne. La Raumschaft Schramberg n’est pas Gerbersau, –  mais c’est entre les vallées étroites et les forêts sombres, les sapinières des Monts & Montagnes de la Raumschaft Schramberg, – que j’avais dévoré mes premiers Hesse, – Peter Camenzind, Narziß und Goldmund (Narcisse et Goldmund), der Steppenwolf (Le Loup des steppes) et surtout « Unterm Rad (L’Ornière), Unterm Rad, – comme le Schüler Gerber de Friedrich Torberg, étaient durant mes années lycéennes au Gymnasium Schramberg une de mes lectures préférés, – comme Hermann Hesse j’étais plutôt mauvais  élève, – ayant redoublé la 8ème  classe (achte Klasse) – et ayant durant une grande partie de ma carrière scolaire des relations plutôt difficiles avec une partie du corps enseignant. Le gymnasium Schramberg, les montres & horloges Junghans, la gare de chemins de fer, le Krankenhaus Schramberg, – tout cela représentait jadis le centre de la Raumschaft Schramberg. Le trafic voyageur de ligne de chemin de fer Schiltach-Schramberg fut abandonné en 1959, le trafic marchandises en 1989, la ligne fut fermée à tout trafic en 1991, – et la ligne partiellement déferrée en 1992. L’ horlogerie Junghans, qui était  jadis le symbole de la Raumschaft et de la ville de Schramberg, – la Raumschaft Schramberg était le bassin employeur des Junghans Uhren, – ont vécu déjà une histoire houleuse,  mais les montres Junghans ont le mérite d’exister encore. Il y a quelques années la Raumschaft Schramberg était considérée comme le bassin  de drainage (Einzugsbereich) du Schramberger Krankenhaus, l’ Hôpital de Schramberg, – mais une fois un des symboles de la Raumschaft Schramberg,  le Schramberger Krankenhaus fut victime des changements globaux, de la désertification médicale  ,il  fut fermé en Octobre 2011. A part les restes de Junghans Uhren, – qui doivent leur  survie économique après la faillite d’ août 2008  à l’ entrepreneur Hans-Jochem Steim qui reprit  le Junghans Uhren avec son fils Hannes Steim en février 2009, il ne reste donc en fait que le lycée de Schramberg, -le Gymnasium Schramberg – cet endroit où je découvris l’œuvre de Hermann Hesse dans les étagères de la bibliothèque de cette école (Schülerbibliothek des Gymnasium Schramberg) – plus trop de l’importance socio-économique de ce qui fut une fois la Raumschaft Schramberg, – une importante région géographique, une région industrielle historique de l’horlogerie et de la mécanique fine de la moyenne Forêt noire (mittlerer Schwarzwald). De nos jours donc – la Raumschaft Schramberg qu’on pourrait peut-être  caractériser avec le « Einzugsbereich » du Gymnasium Schramberg – la zone de rayonnement du Schramberger Gymnasium. Et si on me demandait – quels paysages fondent la matrice de la Raumschaft Schramberg – je répondrais peut-être  les fonds de vallées abruptes (vallée de la Schiltach, vallée de la Berneck, Schramberger Talkessel) – les sapinières des flancs de montagne, – les « Buntsandsteinsargdeckel (les couvert de cercueils en Grès bigarré qui forment les hauteurs de la Raumschaft Schramberg), les paysages, prés, forêts du Fohrenbühl avec ses boqueteaus  d‘Houx, – et peut être les floraisons de Rhododendron au Stadtpark (Rhododendronblüte), parc qui se dénomme jadis Park der Zeiten (parc des temps) – nom qui rappelle  l’importance historique de l’industrie horlogère et de mécanique fine. Non la Raumschaft Schramberg n’est certainement pas «Gerbersau» – mais c’est dans les paysages de la Raumschaft Schramberg que je découvris l’œuvre d’Hermann Hesse. Comme Gerbersau la Raumschaft Schramberg fait partie de la Forêt Noire. A Gerbersau dans l’imaginaire de Hermann Hesse se mélangeait réalité personnelle vécue avec la réalité géographique et historique d’une entité géographique fortement influencée par le piétisme souabe, la Raumschaft Schramberg n’a apparemment pas encore laissé de grande traces dans l’histoire littéraire allemande (à part le roman « Größer als des Menschen Herz » de Vinzenz Erath) – mais au contraire de Gerbersau la Raumschaft Schramberg a le mérite d’avoir une existence réelle au-delà de l’ imaginaire, – même si son importance socio-économique actuellement semble de se rétrécir comme une peau de chagrin! Dans mon imaginaire personnel, – la Raumschaft Schramberg a des traits communs avec le Gerbersau de Hesse, il faudrait peut-être une fois de plus relire «unterm Rad» et autres écrits de Hesse – que j’avais dévorés pendant ma jeunesse lycéenne dans la Raumschaft Schramberg.

Ouvrage cité :

Matussek, Matthias (2012): Ich mach mein Ding. Hermann Hesse gehört nach seinem Tod zu den auflagenstärksten Schriftstellern der Welt – in seiner Heimat wird es bis heute verachtet oder verklärt und fast immer missverstanden. Eine Rechtfertigung. In: Der Spiegel, 32/2012, 125-132. (lien vers le texte, sans images, ici chez Matussek)

Schnierle-Lutz, Herbert (2011): Hermann Hesse und seine Heimatstadt Calw. Chronologie eines wechselvollen Verhältnisses. Kleine Reihe, Archiv der Stadt Calw, 26. ISBN 978-3-939148-29-6.

Christophe Neff, le 11.8.2012

Blognotice 12.6.2012

Vue sur le lido entre Leucate - Plage et Port Leucate depuis la
Vue sur le lido entre Leucate – Plage et Port Leucate depuis la pinède de la Falaise du Cap Leucate,  © C. Neff 30.5.2012

Pour en revenir à ma dernière blognotice sur les changements de paysages dans le pays Leucatois, à peine une journée après sa publication le 7 juin 2012 je tombe, en lisant le premier chapitre du Hors-Série N.1 de la revue le Palmier  sur le Chamaerops humilis ( livre édite par l’association „Les Fous de Palmiers“ dont j’écrirai sûrement plus tard  une critique un peu plus détaillée ):« un petit palmier qui ne perd pas le nord » chapitre écrit par Fréderic Tournay – encore une fois de plus une remarque sur la situation géobotanique exceptionnelle de Leucate.

Concernant les « peuplements résiduels » du palmier nain en France, nous trouvons dans ce petit chapitre de F. Tournay, la phrase – « Elle est enfin beaucoup plus rare à l’ouest du Rhône, où elle est très localement recensée dans le massif  de la Clape au Sud de Narbonne et à Leucate dans l’Aude (Noble, com. pers.) (Tournay, F. 2012, 8) ». Cette petite phrase, montre une fois de plus la singularité géobotanique et paysagère des différentes parties de la presqu’île de Leucate, plateau de Leucate, falaises, Cap Leucate etc. est très bien connue dans les milieux scientifiques (des sciences de la terre, du vivant et du paysage) – mais cette notoriété écologique des paysages de Leucate semble échapper à une partie des élus communaux. Ceci pourrait être une des raisons pour expliquer la construction d’un restaurant gastronomique sur un site Natura 2000 (Plateau de Leucate), – construction dont je parlais dans mon dernier billet.

Concernant les Chamaerops humilis de Leucate, je ne peux que confirmer la phrase de Tournay, car j’ai personnellement travaillé un peu  sur les palmiers et d’autres plantes exotiques (ou rares)  sur le territoire de la commune de Leucate (Neff1998,  1999, 2003). Dans la publication de 1999 il se trouve même une petite carte répertoriant les différents sites où  on trouvait des  palmiers nains. Le site du petit mini-golf abandonné, qui était un des sites de départ de naturalisation du palmier nain, a fait place à un nouveau rond-point de la D. 627 au sud-est de Leucate – Village (ancien Moural) – et a donc disparu.

Mais par contre dans les Pinèdes longeant la falaise aussi bien à La Franqui qu’à Leucate-Plage on peut trouver ici et là des Chamaerops humilis. Mais il faut préciser que je n’ai plus fait moi-même de prospections/relevés dans ces pinèdes depuis 2006. Par contre  à Port Leucate, j’ai pu observer dernièrement de jeunes pousses de Chamaerops humilis, – mais ceux-ci (comme les pousses assez fréquentes  de Phœnix canariensis (cf. Neff 1998))  sont assez souvent systématiquement « éliminées» par les services des espaces verts ou des jardiniers privés.

Leucate, avec le développement touristique des dernières décennies est aussi devenu  un paysage de palmiers, les palmiers les plus fréquemment plantés  sont Phœnix canariensis, Sabal palmetto (surtout à Port Leucate), et Chamaerops humilis. Notons qu’à la Franqui on trouve aussi quelques beaux exemplaires de Trachycarpus fortunei.

Sur le fond, je suis assez d’accord avec l’actuelle équipe municipale et son maire « Michel Py »,  qu’ il faut essayer d’étendre la saison touristique si possible à une grande partie de l’année. Mais ceci nécessite une politique d’aménagement touristique raisonnable et durable qui ne dilapide pas le capital  naturel  du pays Leucatois:  son formidable paysage !

Bibliographie et sources citées :

Les Fous de Palmiers (2012)(Ed): Chamaerops humilis. Les Fous de Palmier, Hors – Série N. 1, Janvier 2012.(plus d’info ici)

Neff, C. (1998): Kulturlandschaftswandel, Fremdenverkehr und Biodiversität auf der Halbinsel Leucate (Dept. Aude/ Frankreich). In: Fremdenverkehrsgebiete des Mittelmeerraumes im Umbruch. Beiträge der Tagung des Arbeitskreises „Geographische Mittelmeerländer- Forschung“ vom 11.-13. Oktober 1996 in Regensburg. Regensburger Geographische Schriften, H. 27, 99-135, Regensburg. (ISBN 3-88 246-193-4)

Neff, C. (1999): Observation géographique  et floristique sur la presqu’île de Leucate. In: Bul. Soc. Et. Sc. Nat. Nimes et Gard, T. 62, 1999, 23-34. DOI: 10.5445/IR/1000121552 (Download sur KITopen) .

Neff, C. (2003): Les Corbières maritimes – forment-elles un étage de végétation méditerranéenne thermophile masqué par la pression humaine ? In: Fouache, E. (Ed.): The Mediterranean World Environment and History. IAG Working Group on Geo-archeology, Symposium Proceedings. Environmental Dynamics and History in Mediterranean Areas, Paris, Université de Paris – Sorbonne 24 – 26 avril 2002. Paris, 191 – 202, (Elsevier France, ISBN 2-84299-452-3)

Tournay, F.(2012): Un petit palmier qui ne perd pas le nord. In : Les Fous de Palmiers (2012)(Ed): Chamaerops humilis. Les Fous de Palmier, Hors- Série N. 1, Janvier 2012, p.6-9

Photo:  © C. Neff – Vue sur le lido entre Leucate-Plage et Port Leucate depuis la pinède de la falaise du Cap Leucate 30.5.2012

Christophe Neff, le 12.6.2012

Blognotice 5.5.2012 : – la géographie le grand gagnant du scrutin des présidentielles 2012

Le matin du mercredi deux mai, le jour où la France se préparait au fameux débat présidentiel, le face en face du second tour de Nicolas Sarkozy et de François Hollande, je préparais un cours sur les changements de paysages et  la géobotanique en Outre-Forêt. Les orages matinaux  se dissipaient, la chaussée encore mouillée, – avant de me mettre au travail je déposai ma procuration de vote pour le deuxième tour des présidentielles à la (nouvelle) gendarmerie de Lauterbourg. En fait, je voulais faire une prospection botanique dans le delta de la Sauer à Munchhausen, – faire une reconnaissance géobotanique & phénologique pour voir quelles plantes était déjà en fleurs,  si les orchidées avaient déjà commencé leur floraison. La route entre Mothern et Munchhausen était coupée, j’ai dû prendre la route de déviation via Neewiller-près-Lauterbourg, Wintzenbach pour accéder à Munchhausen, et c’est ainsi que je découvris une fois de plus la géographie de la France, – cette petite face d’Outre-Forêt que je ne connais guère. La grotte de lourdes, la soi-disant grotte du curé Heitz à Mothern, – un petit restaurant de campagne pittoresque  à Neewiller-près-Lauterbourg, le restaurant de la République, une allée de platane, la D. 468 entre   Neewiller-près-Lauterbourg   et Wintzenbach digne des plus belles allées de platanes dans le midi français, ici et là quelques vestiges du vignoble nord-alsacien, qui autrement a presque disparu du nord de l’Alsace, sauf dans les environs de Cleebourg ou la viticulture subsiste encore (le fameux vignoble de Cleebourg qui s’étend sur les communes de Cleebourg, Rott, Oberhoffen les Wissembourg, Steinseltz et de Riedseltz),  et dans la tranche que la route creuse entre Wintzenbach et Munchhausen à travers les dépôts limoneux et quelques vestiges de lœss les muscaris à toupet en pleine floraison. Arrivé  à  Munchhausen, après avoir traversé le pont de la Sauer à pied, – les Euphorbe des marais en fleurs, le paysage acoustique des chants du Coucou et des Cigognes claquetant.  De loin, parfois le lointain bruit résonnant d’un train sur la ligne Strasbourg-Lauterbourg.  Autrement c’est presque calme, – un paysage acoustique qui a presque disparu en Allemagne. Par vent d’est on peut entendre les vibrations de moteurs diesel des chalands du Rhin. Je fais quelques photos,  en fait j’ai déjà une vraie petite collection  de photos des paysages de Munchhausen, à travers les diverses saisons. Retravesant le pont de la Sauer, le clocher de Munchhausen en face de moi, je constate qu’on a beaucoup parlé de géographie durant cette campagne présidentielle – de paysages, des ruraux, de désindustrialisation – toute cette campagne elle etait pleine de géographie – un vrai tableau géographique de la France 2012.

Décidemment la « géographie » semble être le grand gagnant de cette élection présidentielle, et ceci grâce au petit livre gris du géographe Christophe Guilluy « fractures françaises » – livre qui a été écrit en 2010 et qui essaye de nous expliquer la perception de la mondialisation par les couches populaires françaises. Le livre a remis la géographie à la une des journaux (p.Ex « Intellectuels et politiques, une planète en recomposition dans le Monde.fr, ou «Au fond, la gauche pense que les électeurs du FN sont stupides» sur slate.fr ), et l’auteur Christophe Guilluy a eu droit à quelques interviews dans la presse nationale, dernièrement dans le Nouvel Observateur sous le titre « Le FN à une sociologie de gauche ». Le livre nous propose une lecture intéressante de la « géographie sociale actuelle de la France » et il a certainement le mérite de parler des milieux populaire dans l’espace rural français. Parfois je me demande, si les journalistes qui aiment tant citer le livre de Christophe Guilluy ont vraiment lu ce petit livre gris. La vote FN, en fait n’est ni une fatalité, ni un phénomène nouveau, – je renvoie  à l’élection présidentielles en 1995 et le score exceptionnel du FN en Alsace.

Les saisons d’Alsace avait consacré un fort intéressant numéro « Réinventer l’Alsace – face aux dérives extrémistes et au repli identitaire » – livre qui mériterait certainement la relecture   et la comparaison avec l’ouvrage de Christophe Guilluy. La France périphérique dont nous parle le livre de Guilluy, c’est cette France rurale & périphérique dans laquelle je travaille depuis vingt ans, – embroussaillement, fermeture du paysage, risque croissant des incendies de forêt, mais aussi « californisation » des paysages ruraux – engrenage de l’habitat avec la forêt croissante   – c’est l’autre image de ces ruraux périphériques. Et cette image ne se limite pas à la France, en fait elle se rencontre aussi bien dans l’Alentejo au Portugal, qu’en Forêt Noire en Allemagne. Le désert médical est une autre facette de cet abandon des ruraux européens, – le petit pays où j’ai grandi en Forêt-Noire en Allemagne, la Raumschaft Schramberg,  qui depuis quelque mois ne dispose plus d’hôpital ! Si j’ai une remarque critique envers le livre « fractures françaises » c’est  qu’il ne nous présente pas la dimension européenne du problème, car si nous voulons trouver des solutions durables  pour les multiples problèmes que subissent les ruraux périphériques européens face aux conséquences d’une « mondialisation dérapant » il  faut les trouver au niveau européen. Repliés  sur eux-mêmes, ni la France, ni l’Allemagne ne pourront pas y faire face. Néanmoins je trouve que le livre de Christophe Guilluy nous propose une lecture intéressante de la géographie de la France, – même si je n’adhère pas aux « interprétations marxistes » ou « néo-marxistes » de l’auteur. Mais le livre de Guilluy a déjà le mérite d’exister et de rappeler que la géographie a aussi son mot à dire. En Allemagne, la géographie, comme science universitaire et comme science applique se rétrécit de plus en plus.

Finissons avec une autre image d’outre-foret: en traversant la voie ferrée qui relie la gare Sncf de Lauterbourg au port rhénan de Lauterbourg  et en voyant le début d’une reprise végétale sur la voie ferrée, suggérant qu’il n’y a plus beaucoup de trains qui circulent entre le port rhénan de Lauterbourg et la gare Sncf, si il y en circule encore de trains et l’observation  qu’ il y a quelques années sur les faisceaux de voies sur la gare de Lauterbourg étaient encore garés des longs trains de marchandises – aujourd’hui ce faisceaux de voies la plus part du temps il est vide; l’abandon des ruraux français par la Sncf est une très bonne image de la désindustrialisation de tout un pays. Le fait que la voie ferrée reliant le port de Lauterbourg au réseau Sncf est de plus en plus recouverte  par l’herbe –ce n’ est certainement pas un drame – mais de voir comment la ligne des Causses et la ligne des Cévennes sont de plus vouées à un lent abandon – on pourrait se demander  si dans cinq ans le massif central  sera aussi un désert ferroviaire. Fermeture des paysages par la reprise végétale massive, (et dans le midi cette fermeture du paysages est toujours équivalente de  l’augmentation des risques d’incendies des forêts), désindustrialisation, abandon du service publique (fermeture d’hôpitaux, de ligne de chemins de fer, de classes d’écoles) sont souvent les conséquences de ce que j’appelle les « changements globaux » dans mes cours – et dans beaucoup de paysages ruraux – la population qui subit ces conséquences  se sent trop souvent à l’abandon. Ce sentiment d’abandon il se manifestera surement dans les résultats des prochaines législatives de juin 2012. Le livre de Christophe Guilluy nous propose une intéressante lecture de cette France que se sent à l’abandon – et il nous donne  des explications pour pouvoir comprendre  le vote FN.

Pourquoi avoir combiné les impressions d’une reconnaissance de terrain pour un cours de géographie dans un terroir français, un pays français qui se nomme Outre-Forêt avec l’analyse d’un livre de géographie sur dynamique de la géographie humaine française et les conséquences territoriales des effets de la mondialisation? Comme géographe, j’observe les changements des paysages, je les analyse et je les interprète;  je suis pour ainsi dire à l’écoute des paysages et  surtout à l’écoute de la dynamique du manteau végétal, de géographe agraire, de la géographie des paysages. C’est mon métier!

Les élus devraient aussi investir plus de temps pour être à l’écoute des ruraux français et de chercher des solutions pour l’attente des habitants de « ruraux français ». Naturellement des solutions miracles, comme le précise Christophe Guilluy dans son livre n’existent  pas – mais le fameux « alternativlos » – le soi-disant « sans-alternative » – qu’on entend si facilement sortir de bouches de hommes & femmes politiques, que ce soit en France ou en Allemagne, – cette politique peut entraîner une (grande)  partie de l’électorat rural dans les bras des parties extrémistes ! Etre à l’écoute permanente de ses électeurs –pas seulement avant une échéance électorale, trouver des solutions, même si cela n’est pas toujours facile, – c’est aussi le métier d’un élu!

Photos: toutes © C. Neff  1.) Vue sur Munchhausen (2.5.2012), 2.) le restaurant de la République à Neewiller-près-Lauterbourg (2.5.2012), 3.) Fleur de Muscari comosum bordant la D. 80 entre Munchhausen & Wintzenbach (2.5.2012).

Livres et articles citées :

Guilluy, Christophe (2010) : Fractures françaises. Paris, ( François Bourin Editeur), ISBN 978-2-84941-201-5

Le Nouvel Observateur (2012) : Le FN a une sociologie de gauche. Une interview  de Christophe Guilluy. Propos recueillis par Herve Algalarrondo. Le Nouvel Observateur, 3 mai 2012, p.44, n. 2478

Reumaux, Bernard (Éd.)(1995) : Réinventer l’Alsace. Face aux dérives extrémistes et au repli identitaire. Les Saisons d’Alsace, Automne 1995, n. 129.

Christophe Neff, le 5.5.2012

Blognotice 4.4.2012

Les incendies d‘hêtraie-chênaie- pinède sont assez rare, – à ma connaissance on ne trouve quasiment pas de travaux scientifiques sur les conséquences écologiques  des feux de forêts dans les hêtraies-chênaies acidophiles. Pour de raisons professionnels j’ai donc prospecté avec le Garde Forestier Monsieur Grill (Revierförster Jägerthal/Revier Jägerthal) le site de l’incendie de forêt du 25.3.2012 (Jagdstein  Limburg- Dürkheimer Wald) d’ont je parlais hier.  J’étais assez étonné de constater, que la reprise végétale avait déjà débuté sur la surface incendie, – les plantules d’hêtres sortent de la terre incendie – et ceci à peine plus d’une semaine après le passage du feu. Sur les surfaces non brulées presque pas de plantules d’hêtres, – l’épaisse couverture du sol par les myrtilles et les feuilles d’hêtres semble freiner le développement des plantules d’hêtres. C’est peut être dû au simple hasard, mais l’observation me semble quand même intéressant. Notons aussi, que la pluie intense de la dernière nuit (3/4.4.2012) fût la première pluie depuis six semaines dans cet endroit, car les dernières semaines ici le temps fût sec et froid.

Photos: toutes © C. Neff

1.) Waldbrandfläche/Site de l’incendie de forêt Jagdstein 4.4.2012

2.) Plantules de Hêtre sur brûlis du site de l’incendie de forêt Jagdstein 4.4.2012

P.S. 5.4.2012 (10:15): Décidément en Allemagne la saison des feux de forêts a bien démarrée, – près d’Amorbach en Franconie un incendie de 24 ha a eu lieu les premiers jours d’avril, – un ami m’a fait parvenir ce lien.

Blognotice 22.2.2012

Le modèle allemand est en vogue en ce moment en France, ce fameux modèle allemand est même entré en grande pompe dans les discussions des élections présidentielles! Et naturellement les medias français en parlent, dernièrement Agnès Verdier-Molinié nous vantait le modèle allemand dans le Monde.  Même si les chiffres publiés par Madame Verdier sont corrects – je trouve l’analyse publiée par Michaël Foessel beaucoup plus proche de la réalité allemande, politiquement beaucoup plus pertinente.  Personnellement, j’ai l’impression que depuis le début du quinquennat du Président Sarkozy,  la fosse « socio-économique » qui sépare la France et l’Allemagne s’est élargie sensiblement, – oui, s’élargit de plus en plus au détriment de la France.  Si les diverses équipes gouvernementales de Monsieur Sarkozy ont vraiment essayé de réduire l’écart socio-économiques entre les deux pays, ils étaient fort « malchanceux » – ou peut être n’ont-ils jamais vraiment tenté l’effort de réduire cet écart. Mais parfois les réalités sont beaucoup plus complexes –  et c’est qu’en France on connait  le« Wissenschaftsprekariat »  allemand? Cette réalité allemande est très bien décrite dans l‘ Analyse « Enorm leidensfähig – Arbeitsbedingungen an Unis » dans la Zeit du 8.12.2011.  Mais j’aimerais faire découvrir une autre réalité aux lecteurs de paysages. Il y a en France encore des domaines – où la France – en dehors de toute querelle politicienne – peut encore servir de modèle: par exemple la politique de la Défense de la Forêt contre les Incendies – la DFCI. C’est ainsi que depuis des années je propose un cours universitaire sur la DFCI où nous descendons avec une quinzaine d’étudiants allemands dans le Sud de la France pour nous informer sur cette Défense de la Forêt contre les incendies,  pour participer à des chantiers de brûlage dirigé.  Ce cours est monté grâce à l’aide d’Eric Rigolot de l’INRA Avignon et de Jean-Paul Baylac de la cellule feu de forêt de l’ONF 11. Ce cours, ou disons la politique de la DFCI française a une telle renommée un Allemagne,  que le cours a déjà été couvert par une émission de radio (Deutschlandfunk – Feuerschutz mit Flammen en février 2006) et en 2011 nous avons été accompagnés par la commandante des pompiers de Schramberg Annette Melvin, qui craint les risques de feux de forets pour Schramberg et la Moyenne Forêt Noire. Donc dans le domaine de la défense de la Forêt contre l’incendie la France est un modèle incontestable.  L’Allemagne par contre, a oublié son histoire de feux de forêts, – l’incendie meurtrier de la Lüneburger Heide est tous simplement tombé à l’oubli –  a disparu de la mémoire collective.  Concernant le cours 2012 « brulage dirigé » nous fûmes un peu victimes des aléatoires météorologiques : le grand froid qui régnait sur le Midi méditerranéen – froid exceptionnel qui provoqua le blocage du Port de Leucate par la glace, donc  malheureusement nous n’ avons pas eu la chance de pouvoir participer à un chantier de brûlage dirigé. Mais nous avons quant même eu la chance de pouvoir visiter le centre de secours de Lézignan et le centre de secours de Leucate.  Les étudiants étaient impressionnés par les moyens et le matériel mis à disposition de la DFCI. La plupart d’eux n’avaient jamais vu un CCF (Camion citerne feux de forêts) car une grande partie des unités de pompiers allemand ne dispose pas d’un tel matériel.

Je finis donc  avec ce constat – à force de s’obstiner sur le fameux modèle allemand – on oublie parfois les réalités réelles qui se cachent derrière ces images  et phantasmes de l’autre. En Allemagne il n’existe pas de DFCI digne de ce nom, et en France heureusement il n’y a pas de Wissenschaftsprekariat, – le fameux Dr. Hartz IV – ou Privatdozent Dr. Hartz IV est encore un illustre inconnu en France.

Photos :

1.) © C. Neff:  CCF 6 Leucate du centre de secours de Leucate 17.2.2012

2.) © J.-F. Heger : Le cours chantiers de brûlage dirigé/ DFCI février 2012 du IFGG-KIT devant le CCF 6 Leucate 17.2.2012

Christophe Neff, le 22.2.2012

Blognotice 11.7.2011 – quelques mots sur le « Gedächtnishaus Fohrenbühl »

En écrivant mon dernier billet j’ai pensé instinctivement au Turm (dont je parlais  déjà ici), plus correctement au„Gedächtnishaus der Gefallenen des Weltkrieges 1914-18 vom Württembergischen Schwarzwaldverein“ – ou Gedächtnishaus Fohrenbühl comme on dit dans la Raumschaft Schramberg. En fait en 1923, le württembergische Schwarzwaldverein fit construire sur la base de la vielle Turmhütte (alte Turmhütte) sur le Mooswaldkopf le « Gedächtnishaus Fohrenbühl (Maison du souvenir du Fohrenbühl) à la mémoire des morts des régiments du Württemberg durant la guerre de 1914-18. La décision de construire un tel monument fut prise lors de l’ assemblée générale , Hauptversammlung ,du württembergische Schwarzwaldverein le 17.6.1923. Le Gedächtnishaus fut construit à partir des plans et de la conception de Paul Bonatz et fut inauguré en août 1924. Dans le formidable livre de  Wolfgang Voigt & Roland May sur Paul Bonatz (Paul Bonatz 1877 – 1956    ), livre avec un « komplettes Werkverzeichnis » nous trouvons en page 208 les mots „Gedächtnishaus der Gefallenen des Weltkrieges 1914-18 vom Württembergischen Schwarzwaldverein“ Lauterbach Fohrenbühl. Malheureusement on ne trouve pas plus d’info sur le Turm dans cette véritable bible de l’œuvre de Paul Bonatz, qui est en plus un livre bilingue (allemand-anglais).  En fait le Fohrenbühl était une des rares place de l’ancien Württemberg depuis laquelle on pouvait voir la chaîne des Vosges, la ligne des crêtes, – mais surtout le Sud de la chaîne des Vosges – Hohneck, Petit Ballon, Grand Ballon etc. Le Sud des Vosges, là où durant la guerre de 1914-18 la bataille des Vosges fit rage,  et où une partie des régiments  du« royaume du Württemberg » périrent. C’est ici sur les Mooswaldkopf que les anciens combattants du royaume du Wurttemberg se recueillaient, entourés des forêts du Fohrenbühl avec la vue imprenable sur la ligne des crêtes vosgiennes, pour se souvenir de leurs camarades tombés sur le front des Vosges et ailleurs. De nous jours la plupart des visiteurs du Gedächtnishaus Fohrenbühl ont oublié le sens des mots «Gedächtnishaus der Gefallenen des Weltkrieges 1914-18 vom Württembergischen Schwarzwaldverein (maison du souvenir des morts de la guerre mondiale 1924-18 du Schwarzwaldverein du Württemberg)» mais le site, les paysages n’ont guère changé. Le Gedächtnishaus est entouré de sapinières majestueuses, la vue (par temps clair) sur la chaîne des Alpes et les Vosges est toujours imprenable. Et c’est surtout un site silencieux, le vent qui bouge les branches des arbres, les oiseaux chantant  , et surtout le soir et la nuit , on n’ entend que le chant des forêts. Depuis le Turm, la tour du Gedächtnishaus  immergé en pleine forêt, immergé dans les silencieux chants des sapinières, en voyant la ligne bleue des crêtes des Vosges enneigée on peut encore très bien ressentir cette ambiance de derniers adieux et de mémoire que les anciens combattants du royaume du Wurtemberg ressentaient quand ils se souvenaient ,leurs regards tournés vers l’ouest, de leurs camarades tombés sur le front des Vosges (et ailleurs) !

En dehors de toute considérations historique – les paysages du Fohrenbühl, le Mooswaldkopf, – le Gedächtnishaus Fohrenbühl, le col du Fohrenbühl avec ses trois restaurant Adler, Schwanen et le Landhaus Lauble  sont des paysages typiques de la Moyenne Forêt Noire  avec des belles Sapinières pleines de Houx et des belles clairières, prés de vaches garnie d’ éoliennes , les « Kimmichginster » véritables paysages de promenade de moyenne montagne  qui valent sûrement quelques jours de vacances , surtout quand on recherche détente et paysages silencieux.

Photos :

Vue sur le Turm, – la Tour du Gedächtnishaus Fohrenbühl.  © C. Neff. 24.8.2008

Lumières matinales dans les Sapinières du Mooswaldkopf. © Car. Weiß-Neff. 24.8.2008

Sources :

a.) Sources ecrites – livres, articles etc.

Neff, C. (2004): Kimmichginster und Global Change. Presseinfo zur Global Change Exkursion der Universität Mannheim am 28.5.2004.

Scherfling, Karlheinz (2007): Das Gedächtnishaus auf dem Fohrenbühl. Ein gastliches Haus am Mittelweg gelegen.  In: Der Schwarzwald, 6 – 9, 2007-1, (download ici)

Voigt, Wolfgang ; May, Roland (Eds.) (2010): Paul Bonatz 1877 – 1956 . Tübingen ; Berlin : Wasmuth, ISBN: 978-3-8030-0729-2 ; 978-3-8030-0730-8.

b.: liens internet

Chronologie du Gedächtnishaus sur le site du Schwarzwaldverein Ortsgruppe Schramberg (en allemand)

Histoire du Gedächtnishaus Fohrenbühl sur le site de la Famille King les actuelle gérant du Gedächtnishaus Turm (en allemand).

Les lumières du Fohrenbühl et la révolution tunisienne sur le paysages-blog

Paysages et géographie gastronomique du Fohrenbühl sur le paysages-blog

Christophe Neff, Grünstadt le 11.7.2011

Vue de Grünstadt : – la saison des feux de forêts 2011 vient de commencer

Apparemment la saison 2011 des feux de forêts dans l’Europe francophone vient de commencer. (En 2010 cela débuta avec un feu de forêt dans les Landes à Garrosse). Durant l’après- midi du lundi de pâques (25.4.2011) un incendie s’est déclaré dans la réserve de Hautes Fanges en Belgique. On estime qu‘ à peu près 2400 ha de landes & tourbières ont été victimes des flammes. Cet incendie a aussi eu un effet médiatique en Allemagne – la Rheinpfalz (2011)lui a consacré une demie page – et même la Zeit-online y a contribué avec un article. C’est ainsi que j’appris que l’expression française de « Hohe Venn  (allemand)» était les Hautes Fanges – ou Fanges tout simplement. J’ai fait une petite recherche Google, – mais apparemment dans la presse française on ne trouve pas grand-chose sur cet incendie assez considérable pour la Moyenne-Europe (Mitteleuropa). Comme je l’ai déjà écrit dans un de mes premiers billets de blog, – si les scénarios des modèles climatiques s‘ avéraient corrects nous pourrions nous attendre à une plus forte probabilité de risques de feux de forêts aussi bien dans les midi français, la péninsule ibérique  que dans la Moyenne Europe, Grand Est de la France, Belgique, Allemagne, Suisse et Autriche. En plus, même sans changements climatiques  la moyenne Europe connait ses feux de forêts,  même si la mémoire collective les a plus ou moins oubliés. Le plus spectaculaire fut certainement le grand feu de la Lüneburger Heide durant l’été 1975  mais qui a disparu de la mémoire collective allemande , le seul souvenir en est la couverture du Spiegel « Das große Feuer – wer hat versagt ? (le grand feu – qui est responsable ?)». Lors d’un exposé sur les risques de feux de forêts pour le commandant de sapeurs – pompiers du Landkreis Rottweil, j’avais rappelé aux responsables  des sapeurs – pompiers que même la Forêt Noire et les Vosges avaient leur histoire de feu, qu’on a peut être un peu oubliée ; mais il suffirait juste d’une période de sécheresse un peu plus prononcée pour que l’historique des feux en forêts se réveille. Et comme ce fut durant l’incendie de Fanges cette semaine en Belgique – ou a Leuk-Albinen en août 2003, se serait certainement un réveil assez dur.

Sources citées :

Der Spiegel (1975): Das große Feuer, wer hat versagt ? Nr. 34, 18 August 1975.

Die Rheinpfalz (2011) : Brand wütet im deutsch-belgischen Naturpark. Die Rheinpfalz Nr. 97, Zeitgeschehen, Mittwoch 27. April 2011.

Die Zeit-Online (2011) : Hochmoor – Großfeuer im Naturschutzgebiet Hohes Venn. Ein Feuer hat ein Fünftel des geschützten deutsch-belgischen Hochmoors Hohes Venn zerstört. Die Brandursache ist noch unklar. Zeit-online. 26.4.2011 15:07.

Neff., C.: Waldbrände in Mitteleuropa Bestandsaufnahme und Zukunftsszenarien. Was kommt auf die Feuerwehren im Landkreis Rottweil zu? Vortrag beim Kreisfeuerwehrverband Rottweil/Kommandantentagung 10.11.2010 Rottweil.

Christophe Neff, Grünstadt le 29.4.2011

Dimanche des rameaux 2011 à Grünstadt

Ici à Grünstadt le « Palmsonntag », le Dimanche des rameaux, se fête avec des petits bouquets de buis, comme dans une grande partie de l’Allemagne (catholique). Dans la Raumschaft Schramberg, où j’ai grandi, il y avait une autre tradition, là c’était (et c’est encore) des branches de Houx qui accompagnaient la procession des fidèles du dimanche des rameux. Des houx, il y en a assez dans le Raumschaft Schramberg, la région est connue pour les belles forêts de Sapins et de houx – parfois même on trouve de tres beaux houx dans les rares prés encore entretenus sur les hauteurs entre le Fohrenbühl et la vallée de la Kinzig, – par exemple au lieudit « auf der Grub » ,duquel on a une magnifique vue sur les Grinden de la Forêt Noire du Nord et le Brandenkopf ; Brandenkopf le nom témoigne d’un vaste incendie que décima la montagne en 1730. Le Palmsonntag, -que ce soit à Schramberg ou au Sulgen se passait souvent dans la neige. Dans la vallée de la Kinzig les cerisiers étaient déjà en fleurs et dans la Raumschaft Schramberg les montagnes portaient encore leur manteau de neige. Il faut dire que je n’ai pas trop de souvenir des Palmsonntage à Schramberg, car assez souvent nous passions pâques dans le Midi, où le dimanche des rameux se dénomme aussi Dimanche des palmes ( ce qui est la traduction littérale de Palmsonntag , des mots allemand du Dimanche des rameaux). La visite de la messe dominicale c’était en plus le domaine de ma mère, – qui comme vraie catholique de gauche et membre de la SPD (Linkskatholikin) y allait régulièrement. Par contre mon père ayant reçu un surdosage de catholicisme traditionnel souabe était un des vrais et rares laïques allemands que j’aie connus. Il faut préciser que le catholicisme traditionnel du Württemberg en Oberschwaben, même si il fut extrêmement conservateur (ce qu’il est en plus certainement encore) , il a eu quand même a le mérite de ne pas se compromettre aves le nazisme, durant les plus sombres années de l’Allemagne. Les accusations publiques de Joann Baptist Sproll contre le programme de l’action T 4 qui se déroula à Grafeneck fut un des rares actes de résistance publique pendant le troisième Reich en Allemagne. Soit, personnellement je vais occasionnellement aussi bien en Allemagne qu’en France à la messe. Et je constate que les messes se vident, au moins dans les paysages ruraux, de plus en plus. Il faut admettre qu’aujourd’hui la messe du Palmsonntag á St. Peter était assez bien remplie, et que j’ai déjà participé a des messes pleine à craquer à St. Jacques de Port Leucate . Les messes se vident, et les messes se vidant de plus en plus en plus, c’est une certaine ruralité qui s’endort : Messe und Frühschoppen ,ces traditions se perdent de plus en plus dans le Sud de l’Allemagne catholique. Et il y a des régions, où non seulement les messes se vident, mais où les infrastructures qui sont cruciales pour la survie de la vie rurale se perdent de plus en plus, bureau de postes, postes de gendarmerie, hôpital etc. Ainsi la Raumschaft Schramberg va sauf miracle perdre son hôpital – les grand houx dans les Sapinières entourant les montagnes de Schramberg vont perdurer et produire encore des bouquets de houx pour les dimanches des rameaux , mais sans hôpital ,sans le Kreiskrankenhaus Schramberg la vie quotidienne dans la Raumschaft Schramberg deviendra sûrement plus difficile. Oui, les messes se vident, et cette ruralité que ce soit en France ou en Allemagne s’endort de plus en plus.

Coïncidence , mais en revenant de la messe des rameux comme j’allais autrefois durant mes années étudiantes avec des amis au Frühschoppen(l’apéro, assez souvent on y allait sans détours par l’église) je me branche sur la république de livres – et je retrouve une phrase dans le billet sur les mémoires de Bernard Pivot – qui résume fort bien le petit microcosmes de cette ruralité en voie de disparition : « C’est un homme du centre du centre de la France, héritier d’une lignée de paysans au cul de plomb, enracinés sur leur terre au point de ne jamais s’interroger sur l’au-delà de leur ligne d’horizon, qui en concevra une secrète fascination pour les cosmopolites, les apatrides, les gens et les esprits venus d’ailleurs, ceux dont il dit joliment qu’ils sont nés dans les pliures de la géographie et qu’ils ont grandi dans les codicilles de l’Histoire. » – c’est très franco – français – mais c’est aussi valable pour les paysages ruraux du Sud de l’Allemagne.

Je finis ce petit billet de dimanche des rameaux en me rappelant la collecte faite à l’église de St. Peter de Grünstadt lors de la messe des rameaux , collecte pour les chrétiens de Terre sainte. Terre sainte cela veux dire Israël et Palestine : dans ces pays lointains les rares chrétiens n’ont pas la vie facile ,la communauté chrétienne se rétrécit comme une peau de chagrin.

Christophe Neff, Grünstadt le 18.4.2011

Quelques mots sur le reportage „la route australe“ d’Emilio Pacull dans l’émission Thalassa du vendredi 26.11.2010

Même si l’émission est passée sur l’écran il y a maintenant déjà plus d’une semaine je consacre quelques mots  à ce beau reportage de Emilio Pacull sur la Carretera Austral. Par mes obligations professionnelles je suis obligé de voyager beaucoup, et je serais prêt à travailler dans la plupart des pays, sauf dans les pays où je juge que le régime politique est vraiment inadmissible du point de vue de leur « gestion des droits de l’homme » comme par exemple actuellement l’Iran ou la Corée du Nord – et naturellement les pays qui sont simplement trop dangereux comme en ce moment la Somalie etc. Donc voyage professionnel  pour ce que le « Dienstherr » ou le « Drittmittelprojektgeber »  finance. Pour mes voyages privés je n’ai pas beaucoup de destinations de rêve. J’aime l’Allemagne, la France, la Suisse & Mitteleuropa – le monde méditerranéen – le mare nostrum – der altweltliche Mittelmeerraum dans le sens large incluant aussi le Portugal et les iles macaronésiennes mais en dehors de cela je n’ai pas beaucoup de destinations de rêve. Peut être que j‘ aimerais  refaire le voyage que j’ai fait comme étudiant à travers la Cote d‘ Ivoire en hiver-printemps 1990 – mais j‘ aimerais refaire ce voyage à travers ces magnifiques paysages de forêts et de savannes dans un pays démocratique et libre où les vieux démons de l‘ Afrique ne seraient qu‘ un malheureux souvenir lointain. Vu les actuels événements à Abidjan, – l’auto proclamation de Laurent Gbagbo comme président de la République de la Côte d‘ Ivoire – je crains vraiment le pire pour ce pays que j’ai connu étant la perle de Afrique de l’Ouest.

Un des voyage de j’aimerais bien faire en dehors de toute obligation professionnelle – c’est la Carretera austral – la route australe qui traverse la Patagonie chilienne du Nord au Sud. Naturellement je sais que la route australe a été un des projets phare du gouvernement de Pinochet. J’ai grandi dans un environnement de vieille tradition de gauche et dans notre demeure famille du Lärchenweg à Schramberg figurait en bonne place dans le salon un tableau de Uwe Rettkowski  en mémoire de Salvadore Allende. Le 11. Septembre 1973, j’avais juste 9 ans, m’avait terriblement marqué.  Cela m’avait tellement marqué  que 14 ans plus tard pendant mes études de géographie à Mannheim je me suis inscrit dans un séminaire de Ludwig Spielmann sur le putsch de Pinochet et les années Pinochet. Je me suis même mis à apprendre l’espagnol pour pouvoir lire les analyses et textes en version originale, car je voulais comprendre pourquoi le héros de mon enfance fut la victime d’un terrible putsch. Mais les plans de la route australe ne date pas des années Pinochet, – l’idée d’une route reliant le Sud du Chili a été déjà débattue durant les années 1950 à ce que je sache. Mais c’est le gouvernement de Pinochet qui réalisa enfin l’idée. Cela rappelle  un peu les Reichsautobahnen qui furent déjà projetées   et même partiellement construites durant la République de Weimar en Allemagne, mais qui fut un des grands succès de la Propagande du 1000 jährige Reich.

Cette  route australe, la nationale 7 chilienne qui traverse la Patagonie chilienne sur près de 1000 km est au centre du  reportage d‘Emilio Pacull de 37 minutes montré  dans l’émission du 26.11.2010 de Thalassa. Cette route, d‘ après ma géographie imaginaire qui se forge sur lectures et reportage & documentations de films, doit traverse un des plus magnifiques paysages du monde. Forêts, fjords, glaciers et volcans longeant les milles kilomètres de cette route à travers la Patagonie chilienne. Mais si on suit le reportage cette route qui amena progrès et civilisation dans cette partie de la Patagonie devient de plus en plus une menace pour ce formidable paysage (barrages hydroélectriques, prolifération des fermes d‘ élevage en mer, réchauffement climatique, changements globaux). Donc il faudrait plutôt faire vite pour réaliser  mon rêve de traverser  la Patagonie chilienne en empruntant la N.7, la ruta siete. Pas seulement la Patagonie chilienne, – mais en fait toute la Patagonie, – qu’elle soit Chilienne ou Argentine.  Donc pour conclure – ce reportage d’Emilio Pacull fut vraiment un des rares bijoux de la télévision publique. Un reportage qui renforçait mon désir de partir un jour en Patagonie pour découvrir ce paysage mystérieux.

« Une des images les plus impressionnantes  des Andes est la formidable ossature granitique du mont Fitz-Roy, en Argentine, semblable à une baleine qui sillonnerait le ciel, son dos ocre et neigeux émergeant des nuages. Les rayons des nuages dorent ses sommets, mais sur une des pentes les plus basses de la montagne, la nuit est tombée. Sa charge dramatique et son sens, cependant, ne viennent pas de l’écrasante puissance de  ce monde naturel, mais, par comparaison, de la fragilité  et de l’insignifiance  de l’être humain, cet invisible habitant d’un minuscule hameau surgissant, comme à la dérobée, au pied de la cordillère cyclopienne, sous la forme d’une trainée de maisons presque indiscernables, qu’on prendrait pour des flocons de neige tombés de la haut. Ce contraste est d’un grand effet plastique ; mais il souligne aussi quel esprit indomptable, quelle volonté de fer et quel héroïsme silencieux il a fallu aux êtres humains pour prendre racines dans les Andes. Et combien la vie, dans certaines régions andines, malgré les progrès de la modernité, demeure un combat  quotidien. » (Vargas Llosa, Mario (2005) : Dictionnaire amoureux de l’Amérique latine, Chapitre Andes, p. 40)

La route australe – progrès de la modernité – ou menace pour ces magnifiques et fragiles paysages  de la Patagonie ? Je n’ai pas de réponse !

Je ferme les yeux, – et je vois l’ossature de la baleine de Mario Vargas Llosa surgissant des nuages à l’horizon formant un étrange paysage de neige et de roches, comme une montagne magique.

Sources :

Vargas Llosa, Mario (2005) : Dictionnaire amoureux de l‘ Amerique latine. Paris (Plon), ISBN 978-2-259-202258-9.

Christophe Neff, Grünstadt le 5.12.2010