Moussavi : héros malgré lui (résumé d’une analyse d’Ulrike Putz dans Spiegelonline)

Dans mon dernier billet datant d’ hier (Samedi 20.6.2009), j’avais émis quelques doutes envers le personnage de Mir Hossein Moussavi . Pour les lecteurs germanophones j’aimerais simplement donner le lien vers une analyse intéressante d’ Ulrike Putz sur Moussavi publié (Held wider Willen / Moussavi Héros malgré lui) dans Spiegelonline . Ulrike Putz est une journaliste indépendante allemande (freelanced), qui écrit principalement pour le Spiegel, – et qui est parfois critiquée pour ses virulents articles « anti-israéliens». Néanmoins je considère qu’elle est actuellement une des rares journalistes allemands en service compétents pour le Proche-Orient. Dans ce contexte son article « Jagdszenen in Teheran » (scènes de chasse à Téhéran) est sûrement aussi un document intéressant. L’article sur Moussavi de Putz reflète très bien, je pense ,les doutes et les espérances qui sont liés au personnage de Moussavi. L’article d’Ulrike Putz mériterait d’être traduit en français et publié dans un grand quotidien francophone. Moussavi va soit gagner avec la révolution verte, une révolution qu’il ne voulait pas « Mussawi wurde zum Held einer Revolution, die er eigentlich gar nicht wollte. »soit il sombrera avec elle. (cf. une analyse similaire de Marie – Claude Decamps dans le Monde sur Moussavi ). Pour finir, – même si j’ai quelques doutes sur le personnage de Moussavi, j’espère profondément que le soulèvement de la vague verte en Iran puisse au moins libérer l’Iran des pires monstruosités moyenâgeuses comme la lapidation des femmes, la pendaison des enfants, la torture systématiques etc. Malheureusement je n’ai pas trop d’espoir – et ce soulèvement des citadins des grandes villes iraniennes – me rappelle (comme je l’avais déjà écrit hier ) un peu l’insurrection de Budapest en 1956.

Christophe Neff, Grünstadt le 21.6.2009

 

P.S. : Dans ce contexte j’aimerais attirer l’ attention sur le site de la campagne de Stop Child Execution – ainsi que sur la pétition française cette association fondée par Nazanin Afshin-Jam .

 

F comme Freidoune – et ouvrons-leur nos portes quand ils en auront besoin.

F comme Freidoune, – Freidoune est écrit sur la blouse blanche du médecin, – je lui demande si il est originaire d’Iran. Il sourit, – il n’y a sûrement pas beaucoup d’allemands qui savent que Freidoune est un nom persan. Nous entamons une petite conversation, juste pendant que le guide suprême Ali Khamenei tient son discours tant attendu à Téhéran. Nous échangeons quelques mots, le kinésithérapeute attend, donc la conversation est courte. Je pars vers le Kiné, – pendant que le guide suprême brandit ses menaces contre le mouvement de protestation de Téhéran.

F – comme Freidoune Sahebjam , je me souviens du livre « La Femme lapidée » que j’avais lu au début des années 1990. C’était juste en revenant d’un séjour en Afrique, où j’avais remarqué comment l’argent wahhabite plantait des mosquées partout dans le Sahel, dans le Soudan. En ce temps- là cela m’avait beaucoup impressionné, ce changement de paysage dans le Soudan le «bilâd as-sûdân» des géographes arabes qui annonçaient déjà le retour de l’islamisme sur la scène politique. En plus, avec la lecture de « la revanche de dieu » de Gilles Kepel qui sortait en 1991 en tête, je sentais que la géographie humaine dans un arc allant de l’océan atlantique jusqu’à l’océan indien, allait subir un changement dramatique. Ajoutons que la petite bibliothèque de l’institut de géographie de Mannheim de l’université de Mannheim était gorgée d’œuvres sur l’Afghanistan et l’islam politique, car cet institut fut le « fief » de la « Arbeitsgemeinschaft Afghanistan » (recherche géographique et scientifique allemande sur l’Afghanistan, association fondée par Carl Rathjens et Willi Kraus) – co-dirigée par Christoph Jentsch durant les années 1980 – 90 . En plus l’Institut sous la Direction de Christoph Jentsch en colloboration avec la Arbeitsgemeinschaft Afghanistan publia divers ouvrages dans la Stiftung Bibliotheca Afghanica (fondation de bibliothéque Afghan ) sur Afghanistan, dont une des rares géographies régionales de l‘ Afghanistan moderne (Burcher-Dietschi & Jentsch (1986): Afghanistan – Ländermonographie). Donc dans notre bibliothèque de géographie à Mannheim, on y trouvait des livres tels que « Afghanistan, Islam et modernité politique » de Olivier Roy , livre que j’avais dévoré comme étudiant, – livre qui mériterait certainement une relecture. Tous ces « trésors » de la bibliothèque de l’institut de géographie de l‘ universtité de Mannheim ont jadis disparu avec la fermeture de l’institut de géographie décidée par le rectorat de Hans – Wolfgang Arndt en 2001 – la bibliothèque a été dissoute – quelques livres ont été intégrés dans la bibliothèque universitaire de Mannheim, quelques livres sur l’Afrique francophone et les paysages méditerranéens ont été transférés à la bibliothèque de l’institut de géographie de l’ université de Karlsruhe, le reste a plus ou moins disparu.

Revenons sur le discours de Ali Khamenei, – l’objectif est clair, – les menaces envers les manifestants sont à peine voilées – on peut vraiment craindre le pire. Au moment où j’écris ces lignes, samedi après midi le 20.6.2009 vers 15.15 jusqu’à présent pas encore de mauvaise nouvelle de Téhéran. Mes sympathies sont avec les manifestants verts, mais en fait je n’ai aucun espoir pour le mouvement. J’aurais bien aimé écrire d’autres mots.

De plus beaucoup de nos organes de presse se trompent, voire ont la mémoire courte, voire très courte, – en peignant Mir Hossein Moussavi comme un modèle de la pensée démocratique une vision étrange ,vu son passé politique –. Même si on peut considérer comme Asfin Molawi dans Spiegelonline que Moussavi a complètement changé, ou comme Nazanin Afshin-Jam qui pense que Moussavi pourrait faire des premiers pas vers un régime plus ouvert et plus liberal (Interview dans Spiegelonline ) – je reste personnellement très sceptique sur le personnage de Moussavi. Espérons le meilleur pour ce mouvement des middle-classes & étudiants iraniens. Espérons aussi que si les dirigeants actuels iraniens mettent leurs menaces en action, – nous en Europe, nos gouvernements seront prêts à accueillir les réfugiées iraniens qui frapperont à notre porte. Que l’espoir de liberté en Iran soit coulé dans un bain de sang, ou simplement anéanti par une répression froide et une intimidation massive – espérons que nos frontières resteront ouvertes pour les réfugiés iraniens qui vont être obligé de quitter leur pays.

Souvenons- nous, qu’après l’insurrection de Budapest en 1956 – la petite Autriche accueillait 70.000 réfugiés hongrois, de plus 200.000 réfugiés transitaient via l’Autriche vers l’Allemagne, les U.S.A, le Canada. Espérons le meilleur pour le mouvement de liberté qui bouleverse l’Iran en ce moment – et ouvrons quant à nous nos portes quand ils en auront besoin.

Sources et ouvrages cités :

Burcher-Dietschi, P., Jentsch, C.(1986): Afghanistan – Ländermonographie, (Stiftung Bibliotheca Afghanica), Liestal.

Kepel, G. (1991): La revanche de dieu, (Le Seuil), Paris.

Roy, O (1985): Afghanistan, Islam et modernité politique, (Le Seuil), Paris.

Sahebjam, F. (1990):La Femme lapidée, (Grasset), Paris.

Christophe Neff, Grünstadt le 20.6.2009

Dépêches du grand bouleau – Depeschen von der großen Birke

unsere Birke 8.6.2009Depuis presque deux semaines j‘ écris ou j‘ essaye de construire mon blog depuis mon infirmerie au-dessus des toits de Grünstadt. Je vais catégoriser tous les articles qui sont dûs au long congé de maladie, les conséquences de l’accident du 2.5. en tant que « Dépêches du grand bouleau ». C’est le grand bouleau de notre jardin que je vois quand je regarde à travers les fenêtres, le grand bouleau qui m’accompagne dans mes voyages à travers les paysages et images imaginaires de mes lectures. Je ne sais pas si je pourrai continuer à écrire mon blog une fois guéri, quand je recommencerai à travailler. Dans Spiegelonline , Felix Salmon nous livre 10 raisons pour expliquer pourquoi la blogosphère en Allemagne n’est pas vivante. 10 bonnes raisons, mais il oublie une onzième, – le temps, le temps manquant.
J’ai l’impression que la génération des 35 à 45 ans, surtout s’ils ont de la famille, des enfants, est toujours en train de courir après le temps. Le temps qui file entre les doigts, sans qu’on puisse pour un moment l’attraper et l’arrêter un instant. Donc une fois guéri, le rythme de mes billets va certainement diminuer. Ce que Felix Salmon oublie, et ceci est essentiel, pour écrire un blog, on a besoin de temps libre.

Seit zwei Wochen schreibe ich nun an meinem Blog, sozusagen vom Krankenzimmer über den Dächern von Grünstadt. Ich werde alle Artikel die ich während meiner Genesungszeit erstelle, als Dépeches du grand Bouleau – auf Deutsch – Depeschen von der großen Birke kategorisieren. Es ist die große Birke die ich sehe wenn ich aus dem Fenster schaue, die große Birke die mich auf meinen Reisen durch die imaginären Landschaften & Bilder meiner Lektüren begleitet. Ich weiß jedoch nicht ob ich, wenn ich erst einmal genesen bin, am Blog weiterschreiben werde.
Im Spiegelonline liefert uns Felix Salmon 10 gute Gründe weshalb die Blogosphäre in Deutschland nicht lebhaft ist, bzw. nie lebhaft sein wird. Er vergißt jedoch einen 11 Grund, die Zeit, die fehlende Zeit. Ich habe das Gefühl, daß der Generation zwischen 35 und 50, vor allem denjenigen die Familie und Kinder haben, immer die Zeit davon läuft. Immer rennt einem die Zeit davon ohne daß man diese zu fassen bekommt, sie zerrinnt einem regelrecht zwischen den Fingern. So werde ich wohl, wenn ich erst einmal von den Unfallfolgen genesen sein werde, wesentlich weniger Blogeinträge tätigen werde. Das wesentliche was Felix Salmon nämlich vergißt, um ein Blog zu schreiben, braucht man freie Zeit.

Christophe Neff, Grünstadt le 8.6.2009

Feux de forêts et lectures de paysages méditerranéens: (Écologie et biogéographie des forêts du bassin méditerranéen ; The Nature of Mediterranean Europe – an Ecological History ; Le feu dans la nature – mythes et réalité)

Attention au Feu Cap Leucate Mai 1996 bearb

Attention au feu : photo prise au Cap Leucate Mai 2006 (Photo: C.Neff )

En voyageant depuis mon infirmerie au-dessus des toits de Grünstadt, avec le Père Chapdelaine, sa fille Maria et le cheval Charles-Eugène à travers les terres incendies de la img_0003photoshopbearb.1244201370.jpgforêt québécoise longeant la rivière Péribonka : » les Maisons depuis le village s’espaçaient dans la plaine s’évanouirent d’un seul coup, et la perspective ne fut plus qu’une cité de troncs nus sortant du sol blanc. Même l’eternel vert foncé des sapins, des épinettes et des cyprès se faisait rare ; les quelques jeunes arbres vivant se perdaient parmi les innombrables squelettes couchées à terre et recouvert de neige, ou ces autres squelettes encore debout, décharnés et noircis. Vingt ans plus tôt les grands incendies avaient passé par là, et la végétation nouvelle ne faisait que poindre entre les troncs morts et les souches calcinées. » Hémon (1954, 21), – en lisant cette partie du roman de Hémon, qui est, à ma connaissance une des premières descriptions « littéraires » de la dynamique végétale après incendies de forêts , quelques images et pensées me viennent à l’esprit.

Buchdeckel Nils HolgersonA ce que je sache, le « Le Merveilleux Voyage de Nils Holgersson à travers la Suède » de Selma Lagerlöf, paru en 1906/1907 – qui était conçu comme manuel de géographie pour l’école primaire en Suède, ce qui est souvent oublié de nos jours – était une des premières œuvres littéraires, manuel scolaire (et dans ce sens aussi un document scientifique) traitant des feux de forêts. Dans « Nils Holgersson » nous trouvons donc une description d’un feu de forêt (dans l’original = XLII. En morgon i Ångermanland Skogsbranden ), mais si je me souviens bien, pas de description ou image de la reconquête végétale après incendies comme dans le roman de Hémon, paru la première fois en 1914 sous forme de feuilleton, mais une description de l’ incendie, du feu de forêt ravageur, de la mer de flammes meurtrières qui menace forêt, animaux et les hommes.

 

W.B.F Leuk - Albinen Höhe 1213 Blick auf tote Kiefernreste 5.7.2

Squelettes de Pins sylvestre sur le site de l’incendie de Leuk – Albinen. (Photo C.Neff Juillet 2007)

Les images des brûlis, ou « brûlés » comme Hémon les nomme, que l’ auteur peint, ils ne se réduisent pas aux phrase citées, mais d’ autres exemples suivent dans le livre, me rappellent un peu les images & impressions sur le site de l’ incendie de Leuk – Albinen (Aout 2003), – où presque chaque printemps – été après l’ incendie, je donne des cours sur la dynamique végétale après incendies (cours & travaux pratique d’ écologie terrestre – le dernier cours fut tenu en août 2008 en collaboration avec Barbara Moser de la WSL ) où Thomas Wohlgemuth de la WSL a établi un formidable site de recherche , d’ observation écologique à long terme des processus écologique & dynamique végétale après incendies, – ce site scientifique (LTER = Long Term Ecological Research Site) est à ma connaissance assez unique en Europe – et je me demande pourquoi dans les pays méditerranéens à ce que je sache jusque a présent un tel site d’ observation écologique à long terme des conséquences écologiques de feu de forêt n’ existe pas. On pourrait au moins croire (ou espérer) que certains pays riverains de la méditerranée devrait avoir un plus grand intérêt à mener des recherches approfondies sur les conséquences écologiques des feux de forêts que la fédération hélvétique.

Notons aussi dans ce contexte que Marco Conedera (WSL Bellinzona ) est en train de monter un site de recherche d’observation écologique à long terme de la reconquête végétale après incendie, semblable au site de WSL de Leuk – Albinen, mais de dimension plus réduite sur les « brûlis » d’une forêt mixte composée de « châtaigneraies, hêtraies et chênaies » de Cugnasco dans le Tessin. Mais d’un point de vue méditerranéen, ce site se trouverait aussi dans la confédération helvétique, – et même si on peut retrouver des couleurs méditerranéennes dans le Tessin, – c’est une réalité écologique entièrement à part du monde méditerranéen, – c’est le monde des écosystèmes insubriques (insubrische Ökosysteme). La WSL à Bellinzona a même consacré un groupe de recherche entier sous la direction de Marco Moretti à l’étude des écosystèmes insubriques .

Les images rencontrées dans le roman de Hémon me font aussi penser que dans trois – quatre semaines quand les premiers grand incendies éclateront quelque part sur les rivages de la méditerranée les journalistes allemands commenceront à frapper a ma porte pour se faire accorder une interview. Dans ce contexte je me demande pourquoi en France, durant les saisons des incendies, on ne voit guère d’experts, de vrais scientifiques experts en écologie du feu dans les medias. Je me souviens bien avoir vu un ministre de l’intérieur nommé Nicolas Sarkozy dans un cockpit de Canadair, mais je me rappelle pas avoir vu le Monde (ou un autre quotidien) accorder un page ou même une demi page d’interview à Louis Trabaud, François Romane, ou Eric Rigolot – de même aucun des trois dans un journal télévisé. Ma mémoire me tromperait-elle ?

Revenons en Allemagne, – oui les journalistes viendront certainement, – et ce seront toujours les mêmes questions, – pourquoi tellement d’incendies cette année, les autorités sont- elles bien préparées – ont-elles bien réagi, – et surtout la question cruciale – omniprésente à laquelle je réponds toujours de la même manière. Les incendies sur le pourtour sont il déjà dûs aux changements climatiques ? – et je réponds qu’actuellement on n’aurait pas encore assez d’indices pour pourvoir prouver scientifiquement que les changements climatiques pourraient être responsables des les incendies actuels au Portugal, en Espagne, en France, en Italie, en Grèce. Après j’ essaye de leur expliquer que les paysages méditerranéens ont beaucoup changé ces derniers 50 ans, garrigues, maquis et forêts progressent énormément, qu’ il y de plus en plus de masse combustible dans une grande partie des paysages méditerranéens – paysages qui, de fait, subissent un vrai changement global, – un vrai « global change » – mais là normalement la plupart des journalistes décrochent, – des analyses complexe, cela ne les intéresse guère, et en plus c’est difficile à vendre au grand public. Parfois j’ essaie de retenir leur attention en leur expliquant que si le scénario de changement climatique émis par les modeleurs se révélait être correct, on pourrait en fait s’ attendre à une augmentation de feux de forêt chez nous en Allemagne, en Moyenne Europe, même dans les forêts de l’ Est de la France, – en fait je crois, si je me souviens bien, que j’ étais (dans une petite publication commune avec Alexander Scheid (Neff & Scheid 2003) un des premiers scientifiques allemands à évoquer le fait qu’avec les changements climatiques les incendies de forêts en moyenne Europe (Mitteleuropa) pourraient considérablement augmenter dans un assez proche futur. Avant 2003 il y avait déjà diverses déclarations publiques et publications de Friedrich-Wilhelm Gerstengarbe du PIK qui prévoyait qu’avec les changements climatiques dans certaines régions allemandes le risque d’incendies de forêts pourrait considérablement augmenter.

Spiegel 1975 Das große Feuer - wer hat versagt!Notons dans ce contexte que les incendies de forêts existent et ont toujours existé sans changements climatiques en Moyenne Europe, mais comme ils se manifestent tout de même assez rarement, la mémoire collective les oublie assez vite. Par exemple le dernier incendie important en Forêt noire a eu lieu à Hornberg en avril 1997 . Les feux de forêts en Moyenne Europe peuvent, à cause des stocks de masse combustible considérable, devenir particulièrement meurtriers, comme par exemple le grand incendie de la Lüneburger Heide en 1975 qui a coûté la vie à 5 pompiers, (un numéro du « der Spiegel » fut même consacré à cet événement particulièrement meurtrier (Der Spiegel 1975)) mais qui de nos jours n’a plus de place dans la mémoire collective allemande.

Parfois on peut retenir avec de tels arguments l’intérêt d’un journaliste. Revenons aux paysages méditerranéens, -mis à part le journaliste free-lance et parfaitement francophone « Joachim Budde » , – je n’ai jamais ressenti aucun intérêt de la plupart des journalistes pour aller au fond du problème. Des questions comme, quelle étude approfondie vous suggérez de lire pour comprendre le problème, quel livre lire – peut être véhiculé-je là une fausse image en moi – qui provient du journalisme investigatif américain, – je n’ai jamais entendu une telle question de la part d’un journaliste, sauf de la part de Joachim Budde, qui a fait articles et émissions de radio sur les profonds changements que subissaient les paysages méditerranéens. Donc comme la question à laquelle j’aurais aimé répondre, – quel livre lire pour avoir une plus grande compréhension des changements de paysages , au moins en partie responsables de l’augmentation des feux de forêts, – ne m’a jusqu’à présent jamais été posée – je me la pose maintenant moi-même !

Je pense à deux livres – Écologie et biogéographie des forêts du bassin méditerranéen de Quézel & Medail – et le livre The Nature of Mediterranean Europe. An Ecological History de Grove & Rackham. Le premier titre, le livre de Pierre Quézel et Frédéric Médail est une véritable bible de l’écologie des forêts méditerranéennes, – je pense qu’actuellement il n ‘y a rien de meilleur sur le marché. Je vais sûrement consacrer un billet spécial à ce livre. L’ouvrage mériterait d’être au moins traduit en anglais pour trouver une audience internationale encore plus grande. Naturellement en ce qui concerne les journalistes allemands il est quasiment illusoire de croire qu’ils pourraient ou voudraient lire un ouvrage de plusieurs centaines de pages sur l’écologie des forêts méditerranéennes, – écrit de plus en français.

L’autre livre que je considèrerais comme un des ouvrages fondamentaux pour la compréhension des paysages méditerranéens, est The Nature of Mediterranean Europe. An Ecological History de Grove & Rackham. L’ouvrage de Grove & Rackham est plutôt une approche géographique, – « landscape oriented « c’est donc l’aspect de l’évolution du paysage, surtout la dimension historique de l’évolution des paysage méditerranéens qui est au centre du livre, contrairement au livre de Quezel & Medail qui privilègie clairement l’approche biogéographique et géobotanique. Ce qui rend à mes yeux le livre de Grove & Rackham particulièrement intéressant – est qu’ils introduisent un nouveaux concept dans l’analyse de l’écologie des écosystèmes méditerranéens, de l’histoire écologique des paysages méditerranéens – le concept de « mediterranean tree savanna », concept repris par Rackham (2008) dans son article récent sur l’histoire holocène des paysages des iles méditerranéennes. Le livre de Grove & Rackham mériterait certainement un grand public de lecteurs, – je pense qu’il faudrait que j’écrive un billet spécifique pour faire connaître ce livre à un plus grand public en dehors du public scientifique.

Malheureusement l’environnement scientifique d’aujourd’hui est aussi soumis à de multiples pressions et je me demande en ce qui concerne les deux livres présentés brièvement, si réellement un des mes collègues a envie ou a simplement le temps nécessaire pour le faire, de lire des ouvrages de 200 ou 300 pages. Donc si les chercheurs, scientifiques commencent déjà à manquer de temps pour lire des livres un peu volumineux en pages, ce que je considère déjà comme grave, – comment espérer qu’un journaliste lise un livre scientifique des plusieurs centaines de pages.

deckblatt le feu dans la naturePour en finir, pour le lecteur avec des ressources de temps plus restreintes, qui aimerait quand même avoir un aperçu scientifiquement fondé sur les changements de paysage et des feux de forêts dans les paysages méditerranéens je recommande donc de lire le livre « le feu dans la nature » édité par Benoit Garrone. Ce livre, au contraire des deux autres livres, est d’une taille agréable pour un lecteur en manque de temps, mais il ne couvre soit disant que la zone méditerranéenne française. Par contre les deux ouvrages Écologie et biogéographie des forêts du bassin méditerranéen et The Nature of Mediterranean Europe. An Ecological History couvrent plus ou moins une très grande partie du bassin méditerranéen, la couverture géographique de l’ouvrage de Quezel & Medail s’étend lui du Maroc jusqu’ au Liban.

Je termine ce billet de la même façon que je l’avais commencé, avec une citation du roman de Hémon, une citation qui me rappelle le brûlis de Leuk-Albinen dans le Valais des premiers années avec ses larges étendues de saponaire et épilobe en épi sous les troncs squelettiques des Pins sylvestre brûlés, image qui fut nommée « Märchenwald » (forêt féérique ) par Thomas Wohlgemuth & Barbara Moser. Suivons donc Hémon sur les traces de la reconquête végétale d’une forêt jadis incendiée du Québec » Dans les brûlés, au flanc des coteaux pierreux, partout où les arbres plus rares laissent passer le soleil, le sol avait été jusque-là presque uniformément rose, du rose vif des fleurs qui couvraient les touffes de bois de charme ; les premiers bleuet, roses aussi, s’ étaient confondus avec ces fleurs ; mais sous la chaleur persistante ils prirent lentement une teinte bleu pâle, puis bleu de roi, enfin bleu violet, et quand juillet ramena la fête de sainte Anne , leurs plants chargés de grappes formaient des larges taches bleues au milieu du rose des fleurs de bois de charme qui commençaient à mourir.

Les forêts du pays de Québec sont riches en baies sauvages ; les atocas, les grenades, les raisins de cran, la salsepareille ont poussé librement dans le sillage des grands incendies ; mais le bleuet, qui est la luce ou myrtille de France est la plus abondante de tous les baies et la plus savoureuse». : Hémon ( 1954: 55 )

Sources et ouvrages cités :

Der Spiegel (1975): Das große Feuer, wer hat versagt ? Nr. 34, 18 August 1975.

Garrone, B. (2004) : Le feu dans la nature mythes et réalité. Prades -le- Lez (Les Ecologistes de l‘ Euzière).

Grove, A.T., Rackham, O. (2001): The Nature of Mediterranean Europe. An Ecological History. New Haven (Yale University Press).

Hémon, L. (1954): Maria Chapdelaine, récit du Canada français. Paris (Grasset, le livre de Poche).

Lagerlöf, Selma (1948): Wunderbare Reise des kleinen Nils Holgersson mit den Wildgänsen. München (Nymphenburger) (Original = Nils Holgerssons underbara resa genom = chargeable ici (en Suédois)).

Neff, C., Scheid, A. (2003): Kontrollierte Feuer in Natur und Landschaftspflege: – Erfahrungen aus dem Mittleren Schwarzwald (Raumschaft Schramberg) und den mediterranen Pyrenäen (Pyrénées Orientales/Region Prades) Südfrankreichs. In: Venturelli, R.C., Müller, F. (Eds): Paesaggio culturale e biodiversità. Principi generali, metodi, proposte operative. Giardini e Paesaggio, 7, Firenze, 163 – 177, (ISBN 88-222-5272-1).

Quézel, P., Médail, F. (2003) : Écologie et biogéographie des forêts du bassin méditerranéen. Paris (Elsevier France).

Rackham, O. (2008): Holocene History of Mediterranean Island Landscapes. In: Vogitzakis, I.N., Pungetti, G., Mannion, A.M. (eds): Mediterranean Island Landscapes Natural and Cultural Approaches. New York, (Springer Landscape Series V 9), p. 36 – 60.

Christophe Neff, Grünstadt le 4.6.2009

Villa Jasmin – quelques pensées personnelles en vagabondant sur le téléfilm de Férid Boughedir

Le téléfilm de Férid Bougehedir , « Villa Jasmin » est passé Samedi dernier 30.5.2009 à la télévision- la critique de Véronique Cauhape dans le Monde Télévision reprise ici en bas dit presque tout.

Villa Jasmin un homme revient dans son pays, sur les traces familiales

»Serge et sa femme, enceinte de leur premier bébé, débarquent dans le port de la Goulette, à Tunis. Voilà vingt ans que Serge n’est pas revenu dans ce pays qu’il a dû quitter à l’âge de 11 ans, à la mort de ses parents, tout juste avant l’indépendance que son père espérait tant. Ses bagages à peine posés, le jeune homme part sur les traces de son enfance.

Chaque lieu fait remonter son lot de souvenirs : l’insouciance de l’avant-guerre, la douce présence de sa mère, le courage et l’enthousiasme de son père juif, socialiste et franc-maçon, résistant, déporté en Allemagne, relâché par miracle et libérateur de Paris. Adapté du roman de Serge Moati, Villa Jasmin (Fayard), le téléfilm de Férid Boughedir restitue assez bien le voyage intime d’un fils qui tente de rétablir le lien avec ceux qui l’ont laissé trop tôt orphelin, de recoller les deux morceaux de son histoire : l’avant et l’après de la mort de ses parents. Il perd hélas l’humour et le souffle romanesque qui portaient le livre et le coloraient de toutes sortes d’émotions. Ni rires ni larmes dans ce téléfilm. Seulement les belles couleurs de la Tunisie. » Veronique Cauhape Le Monde Television, 24.5.2009, p. 15 les choix du Samedi.

 

Presque tout, à rajouter quelques détails, idées et pensées personnelles. D’ abord en raison des circonstances expliquées dans le billet précédent je n’ai pas pu voir la totalité du film : pour moi le téléfilm s’arrête donc à la libération. Mais on pourrait espérer une version DVD, pour voir la fin du film, -comme j’attends encore une réédition de la DVD d’un été à la Goulette et Halfaouine l’enfant des terrasses , les deux grands films de Férid Boughedir.

Les belles couleurs de la Tunisie, du Golf de Tunis, de Sidi Bou Said, de la Marsa , de Tunis, – oui, la lumière du ciel au-dessus de Tunis, cette lumière d’été, cette atmosphère a été très bien reconstituée. Pour le reste, disons, que comme toujours dans les cas d’une adaptation littéraire en film ou téléfilm, – c’est toujours l’image transférée que le réalisateur se fait de l’œuvre originale, c’est la vision du réalisateur.

Dans le cas, de « Villa jasmin », tout laisse croire que Férid Boughedir a fait le film en collaboration avec Serge Moati . Ce que j’ai vu du film, m’a beaucoup plus, au point que s’il sortait un DVD du film, je serai sûrement acheteur. Naturellement si par chance, j’avais eu l’occasion de faire un film sur ma vision de Villa Jasmin, j’aurais mis plus d’importance à la communauté juive de Tunis, son histoire, ses vies ; le front populaire ; Serge Moati père (dans le Film Serge Boccara) le socialiste, l’homme de gauche qui vivait sur le rêve d’un monde meilleur, – et d’une autre façon j’aurais un plus détaillé le personnage de Rahn, – mais surtout Georges Guilbaud – le communiste devenue milicien, – dans un certain sens – l’anti- figure de Serge Moati père, – Georges Guilbaud figure complexe, qui devient porteur du mal. Mais je n’écris pas le billet du roman autobiographique de Moati, – ce sera peut être pour un autre article. J’ai fini donc ce billet, en me souvenant comment j’ai acheté le livre de Moati en juillet 2005 à la libraire Mille feuilles à la Marsa Gare, face à la Gare du TGM, comme je remontais via la corniche à l’Hôtel, – Hôtel Sidi Bou Saïd sur la colline de Sidi Dhrif où la GTZ loge habituellement ses experts scientifiques. Je suis souvent retourné depuis à l’hôtel Sidi Bou Saïd à Shidi Dhriff, et chaque fois que possible, quand j’avais une heure de libre entre deux rendez-vous, j’essayai de retourner, de descendre a travers les ruelles de Marsa la Corniche pour aller à la librairie Mille feuilles en face de la Gare du TGM.

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Vue sur la libraire „Mille feuilles à la Marsa Gare“. Photo et Copyright: www.nachoua.com . Photo publiée avec l‘ autorisation de nachoua.com. (email du 31.5.2009)

En Juillet 2005 donc, j’avais acheté la version poche du livre de Serge Moati , avec comme couverture la Peinture de Didier Paquignon , – couverture de livre que j’utilise depuis comme transparent PowerPoint introduisant mes cours magistraux sur la géographie régionale du Maghreb.

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 Copie du transparent PowerPoint introduisant mon cour magistral sur la géographie régionale du Maghreb du semestre d’éte 2008.

 

J’ai lu l’ouvrage dans les trois nuits suivantes à l hôtel, – et pendant la lecture je retrouvais un peu le monde perdu de mon enfance quand mon grand – père me racontait sa gauche. Les mémoires d’une gauche, d’un monde meilleur, mais aussi cette vision d’une France- pays des droits de l’homme, pays du progrès, – ceci fut le monde de Jean Migliori, mon grand père, immigré italien, macaroni, rêveur marxist, résistant, socialiste, mitterrandiste avant que le mot « génération Mitterrand » fut invente. Monde, idées et histoires de mon grand père qui il me racontait, – le Journal Le Monde à l’appui, – et qui ressurgissait pendant ma lecture de l’ouvrage de Moati sur la colline de Sidi Dhrif surplombant Marsa la Corniche et Marsa Plage.

La seule critique que je me permettrai donc de formuler envers la réalisation de Férid Boughedir, c’est qu’à mon goût le personnage de Serge Bocara (alias Serge Maoti) ne ressort pas assez comme homme de gauche, comme socialiste pur et dur. Naturellement ceci reflète aussi l’image que je me faisais de Serge Moati père pendant ma lecture de Villa Jasmin à l’Hôtel Sidi Bou Said, – et cette image q’ on se construit pendant la lecture d’un roman n’est pas seulement le reflet de l’ouvrage lui-même, mais aussi du bagage culturel et socio-historique du lecteur.

Finissons donc avec une fin de note très personnelle, même ci cela n’ a à priori plus grand-chose à faire avec la réalisation du téléfilm « Villa Jasmin » de Férid Boughedir – ce que j’ avais aussi un peu retrouvé, ressenti dans le roman autobiographique de Serge Moati « Villa Jasmin », – c’ était d’ une part cette image d’une France imaginaire, porteur de civilisation positive, des droits de l’ homme, l’ école républicaine et laïque, aussi d’ une France qui accepta le rôle d’ un havre de paix et d’ un potentiel de réussite socio-économique, d’ autre part cette idée de la gauche, le rêve mobilisateur d’ un monde meilleur, d’ une société plus humaine, plus juste. Ces rêves et images que les Migliori, les Casciolas, les Moati, les Filipetti, et tous les autres que je ne connais pas, les juifs d’ Europe de l’ Est qui fuyaient les cauchemars d’ un Volodja parsemant les steppes ukrainiennes de pogromes, les italiens qui fuyaient la misère toute crue de leurs montagnes austères de l’Apennin, les arméniens qui cherchaient un havre de paix sûr, les portugais fuyant la misère de la vie rurale dans le Portugal de Salazar et le service militaire dans les colonies lointaines : ils portaient dans leur cœur ce rêve – cette image d‘ une France prometteuse qui fait encore rêver des oubliés et des perdus des nos jours quelque part en Afrique, les Harragas , – les passagers des pateras qui ,au moment où j’ écris ces phrases, divaguent, sombrent quelque part en Méditerranée, au détroit de Gibraltar ou sur l’ Océan atlantique . Naturellement , je sais bien que cette image d’une France offrant havre de paix et potentiel de réussite socio-économique, pays de la liberté et des droits de l’homme, était souvent une image chaste, loin des réalités vécues, mais ces rêves et images d’une France meilleure existaient et je suis sur qu’ils existent encore. En ce qui concerne la gauche socialiste, vu l’état actuel du P.S., j’ai malheureusement l’impression que le tableau s’est nettement assombri.

Et en écrivant ces dernières phrases, juste une semaine avant les élections européennes je me demande si en France il y a tout simplement encore une gauche, – une gauche qui peut mobiliser les rêves, les idées, les hommes. Vu d’Allemagne on a l’impression que le P.S. a cessé d’exister comme véritable force politique, comme parti rassemblant la gauche, des centristes, des libéraux avec le cœur à gauche (les Sozialliberale en allemand), jusque aux marge du P.C. Espérons que mon impression me trompe !

Une Europe unie, libre, démocratique, juste et sociale – ceci pourrait être une image pour une gauche visionnaire qui est encore capable de mobiliser des hommes et des idées un peu comme les valeurs et les idées qui ont mobilisé Serge Moati père et ses camarades socialistes, mon grand père Jean Migliori et tous les autres pendant les années 30 et 40 d’une autre ère.

Bibliographie et sources :

Cauhape, V. (2009) : Le Monde Television, 24.5.2009, p. 15 les choix du Samedi.

Moati, S. (2003) : Villa Jasmin, Paris (Fayard, le livre de Poche).

Christophe Neff, Grünstadt le 2.6.2009

P.S. : Des très belles photos de la Marsa se trouvent sur ici .

Comment fait-il ?- Wie macht er das ? – une petite note personnelle – eine kleine persönliche Notiz.

 

unsere Birke 31.5.2009
Notre bouleau , unsere Birke (Photo © C. Neff, 31.5.2009 Grünstadt)

J‘ ai reçu des emails d‘ amis qui savent que j‘ ai eu un accident le 2.5. et que je suis plus au moins collé au lit depuis. Ils me demandent comment je fais pour écrire le blog (et tous autres textes). C’est assez simple, allongé au lit, le notebook sur les genoux. C’est une technique que j’ai remarquée chez mes étudiants : ils manipulent leur notebook dans presque toutes les positions possibles. Ils vivent pratiquement avec leur notebook.

Il me semble que les étudiants d’aujourd’hui vivent dans une réelle symbiose avec leur notebook, leur téléphone portable, leur clef USB (et parfois leur i-pod). Un mode de vie qui est loin du mien, par la force des choses, j’ai emprunté la technique d’écriture sur notebook en position allongée à la génération étudiante actuelle.

 

Mais ce n’est pas si facile, d’écrire des textes d’une telle manière j’ai l’ impression que je dois m’arracher chaque phrase. Pour revenir aux paysages, comme mon champ de vision est assez restreint, en ce moment les paysages auxquels je travaille sont les paysages imaginaires de mes lectures (hier je viens de finir « Harraga » de Boulem Sansal) et de mes pensées. C’est dur pour une personne qui aime voyager (certainement une des raisons pour avoir choisi le métier de géographe) – de restreindre le champ de vision à une ou deux fenêtres. Mon réel cadre de regard actuel sont les ombres et reflets de couleurs et de lumières se reflétant dans le bouleau de notre jardin à Grünstadt . Quand je me lève, si les brumes du Oberrheingraben ne sont pas trop épaisses, je peux voire apparaitre à l’horizon la ligne vert foncé de l’Odenwald .

Ich habe emails von Freunden und Bekannten bekommen, die wissen, dass ich am 2.5. einen Unfall hatte, und die auch wissen, dass ich seitdem mehr oder weniger ans Bett gebunden bin (das franz. collé au lit = wortwörtlich ans Bett geklebt hört sich viel besser an), und die mich fragen, wie ich denn das mit dem Schreiben mache . Eigentlich ganz einfach, ich liege im Bett, und habe das Notebook auf den angewinkelten Knie liegen, – und schreibe dann. Eine Technik die ich den Studierenden abgeschaut habe, – Sie bedienen ihr Notebook in eigentlich fast allen erdenklichen Positionen und Stellungen. Überhaupt habe ich den Eindruck, dass die heutige Studentengeneration in einer regelrechten Symbiose mit Notebook, Handy, USB-Stick (und manchmal gibt’s noch ein I-Pod) lebt. Ein Lebensstil der bestimmt sehr weit von dem meinigem entfernt ist, aber die Technik, das Notebook im Liegen zu bedienen, das habe ich mir, von der heutigen Studentischen Generation abgeschaut bzw. „ausgeliehen“.

Es fällt mir aber auch schwer so im Liegen zu schreiben, – ich muss mir regelrecht jeden Satz auf der Tastatur erkämpfen. Was die Paysage, die Landschaften betrifft, – da mein geographisches Auge kaum ein Sehfeld hat, beschränken sich meine „Landschaftseindrücke“, auf die imaginären Landschaftsen meiner Lektüren (gestern beendete ich „Harraga“ von Boualem Sansal.) und meiner Gedanken. Es ist nicht einfach für jemanden der gern reist (das Reisen war bestimmt einer der Gründe, weshalb ich den Beruf des Geographen aufgriff) das Sichtfeld auf ein oder zwei Fenster beschränkt zu haben. Mein reelles aktuelles Seh und Sichtfeld beschränkt sich auf die Farben des Lichtes, dass sich in Licht und Schattenspielen im Blattwerk der Birke in unserem Garten in Grünstadt wiederspiegelt. Wenn ich aufstehen, und der Oberrheingraben noch nicht zu dunstig ist, kann ich in der Ferne die dunkelgrüne Linie des Odenwaldes erkennen !

abendlicher Blick über die Dächer von Grünstadt auf den Odenwald 31.5.2009
Vue tardive sur les toits de Grünstadt et l‘ Odenwald, abendlicher Blick über die Dächer von Grünstadt und den Odenwald. (Photo ©  C. Neff 31.5.2009 Grünstadt)

Sources/Quellen/Hinweise:

Sansal, B. (2005): Harraga. Paris (Gallimard – Folio)

Christophe Neff, Grünstadt le 31.5.2009

Élections Européennes 2009 : Le Wahl – O-Mat et le Vote Match Europe 2009

En France comme en Allemagne l’intérêt pour les prochaines élections européennes ne semble pas être trop grand. En ce qui concerne l’Allemagne Spiegel– online propose a ses lecteur d’utiliser un Wahl-O-Mat pour tester les choix individuels politiques pour l’Europe – welches Europa hätten Sie den gern ?

La Bundeszentrale für politische Bildung avec d’autre partenaires propose un instrument semblable le Vote –Match disponible en français.

Je ne sais pas si ces instruments augmenteront le taux de participations aux élections européennes, mais en testant les deux instruments j’ai eu l’impression que les résultats qu’y sortent, les préférences politiques, étaient assez intéressants.

Christophe Neff, Grünstadt le 27.5.2009

 


 

I. Un blog sur les paysages : un petit début – ou quelle langue choisir ?

Aujourd’hui où j‘ écris mes premières phrases dans mon blog, – l‘ Allemagne, la République fédérale d‘ Allemagne, die Bundesrepublik Deutschland fête ses soixante ans d‘ existence. J‘ ai l‘ impression qu‘ ici en Allemagne on ne fête guère cet événement. Dommage en fait, eigentlich schade, – car on pourrait être fier de ce qu’on a construit au cours de ces 60 ans. Depuis que j’ai eu l‘ idée d‘ écrire un blog, je me suis toujours heurté à la question de la langue – dans quelle langue écrire. En français, ma vraie langue maternelle, la langue que j‘ ai parlé avec ma mère, pendant les premières années de mon existence, à Tübingen, à Eckbolsheim, à Schramberg-Sulgen où j‘ ai appris à rêver des paysages mediterranéens perdus, accompagnés des chansons mélancoliques d’Enrico Macias, que ma mère écoutait pendent des heures, peut- être pour se souvenir de son identité méridionale franco-italienne qui sombrait dans une Allemagne qui se remettait lentement de ses blessures de guerre . Les deux chansons d’Enrico Macias, qui depuis me accompagnent pendant mes voyages dans les paysages lointains, me rappelant mon identité franco-italienne, sont «Paris tu m’as pris dans tes bras » et «l’amour c’est pour rien».

Ou en dialecte romagnol, parsemé de mots francais, italiens, – la langue dans laquelle mon arrière grand-père me racontait ses histoires, ses voyages, ses paysages, ses géographies lointaines dans un temps où l‘ empire austro-hongrois existait encore. Ou en allemand, la langue que j‘ ai commencé à apprendre le jour où nous débarquons à Schramberg-Sulgen, quand ma mère jouait pendent des longues heures du Schubert, et que j‘ imaginais entendre la houle d‘ une mer invisible quand les tempêtes venues de l‘ ouest balayaient les cimes des arbres, sapins, épicéas, des pins sylvestres du «Feurenmoos» dont ,quand les grandes tempêtes remuent des fonds de sombres forêts, les arbres orchestrent un boucan d’enfer ressemblant à une mer se dechaînant pendant une grande tempête. Cette musique que les tempêtes provoquent dans les forêts de forêt noire est particulièrement bien décrite dans le Roman de Vincenz Erath , «größer als des Menschen Herz», – un très beau roman d‘ une enfance en forêt noire dans le environs de Schramberg , roman et auteur qui sont malheureusement presque tombés en oubli en Allemagne.

Et plus tard à l‘ école, ou j’ai réellement appris l‘ allemand: avant , c’était plutôt le Schramberger Schwäbisch, même le Sulgenerisch, à ne pas confondre avec le Sulgerenisch de Saulgau le lieu de naissance et d‘ enfance de mon père. Oui ,c’est à l’école que j‘ ai réellement appris à parler, lire et écrire la langue de Goethe, – à la Grundschule Sulgen au Kirchplatz à Sulgen, – une paisible école de campagne entourée de beaux marronniers d‘ inde et d‘ une vielle Église. Au lycée vient l‘ anglais et plus tard le latin. Le latin ne me rappelle guère de bons souvenirs d’école. Pour l‘ anglais, même si j‘ étais au début plutôt un élève médiocre, l’anglais est peut être la seule langue où je maîtrise approximativement l‘ orthographe. Une langue devenue langue de travail, langue de lecture, langue dans laquelle je commence parfois à rêver, comme dernièrement après la lecture d‘ une des 40 pages du livre « the conquest of nature – Water, Landscape and the Making of modern Germany » de David Blackbourn.

Après le bac et le service militaire, pendant les études universitaires à Mannheim, parallèlement à mes études de géographie, j‘ avais commencé à étudier les langues romanes, un peu d‘ italien, mais vers la fin des années quatre-vingt l‘ italien était tellement à la mode en Allemagne (ce fut les temps de la „Toskana-fraktion “ de la SPD, de carborna de Spliff , que ,du moins à l‘ université de Mannheim , les cours étaient super pleins), faute d‘ avoir l‘ occasion de parler on n‘ apprenait pas grand-chose. Le peu d‘ italien qui me reste est plutôt dû aux vestiges de mes fonds familiaux, aux multiples vacances passées en Italie, et de mes essais d‘ imiter svalution de Adriano Celentano pendant ma phase de chanteur rock qui dura à peu près de 1980 – 1990.

J‘ ai donc filé vers les cours de portugais, en me souvenant que, quand j‘ étais gamin, je lisais avec mon grand – père dans son journal à Aubord , on disait toujours le journal du pépère, dans le Monde , les progrès de la révolution des oeillets. Salgueiro Maia était un des mes héros de jeunesse, mais je me demande qui au Portugal se souvient encore de son histoire. Plus tard pendant mes divers voyages d‘ études au Cabo de Rocca, mais surtout au Cabo de Sao Vicente et le long de toute Costa Vicentina je me mettais à rêver de voyages lointains, de rêver mes Luisades « Onde a terra acaba e o mar começa (Os Luisadas, III, 20 ) ». Entre temps le Portugal continental, à part quelques ilôts de résistance est devenue une terre anglophone, – à force de ne plus pratiquer le portugais, j’ai presque perdu ma maitrise active du portugais. Les quelques mots et phrases qui me restent, sont dues au fait que sur les îles lointaines des Açores comme Pico, Faial ou Flores il reste de minuscules pays où il est absolument nécessaire de parler portugais si on veut communiquer.

Revenant aux paysages, en lisant il y a quelques jours les Les Derniers Jours de la Classe ouvrière de Aurélie Filippetti, je commence à replonger dans les paysages imaginaires de mon enfance, les paysages des histoires de mes grand parents, de l‘ immigration italienne en Lorraine, de la résistance, du combat politique de la classe ouvrière. Je n‘ ai jamais mis les pieds dans ce pays, mais en lisant le livre de Aurélie Fillppetti, j‘ avais l‘ impression de connaître chaque ruelle de la Basse – Italie d‘ Hussigny, la cour de l‘ ecole d‘ Hussigny , les cheminées du four crématoire du camp de Thil , les mines de fer, les peurs de la gestapo, des SS, – à vrai dire une géographie imaginaire qui n‘ existait que dans ma mémoire d‘ enfant, mais qui a survécu à l‘ enfance et qui ressurgit pendant la lecture du livre de Fillipetti. C’est en fait aussi la lecture du roman autobiographique de Fillipetti, qui m’a donné le courage de m‘ attaquer à ce blog sur les paysages, – même si je n‘ ai pas encore résolu le problème de la langue d‘ écriture adéquate. Notons que dans ma perception, le livre de Fillipetti est une rare sources écrites et disponibles sur l‘ immigration italienne dans le Haut-Pays de Lorraine, et à ce titre ce livre est déjà cité comme source scientifique, comme par exemple dans l‘ article de Pierre Schill (2003) sur la résistance ouvrière en Moselle de 1940 à 1945.

En fait ce blog est un peu dédié à la construction des paysages, de nos paysages imaginaires, et ici je reviens à David Blackbourn «Many historians have devoted themselves in recent years to mental topographies, and with good reason. What we call landscapes are neither natural nor innocent ; they are human constructs. How and why they were constructed (many would say „imagine“ even „invented“)belongs to the stuff of history (Blackbourn 2007: 16). Blackbourn a parfaitement raison, mais je pense également que ce type d‘ analyse fait aussi partie du devoir de lecture et d‘ interpretation des paysages par la géographie et les sciences de l‘ écologie du paysage. La géographie , dans le sens d‘ une science naturelle et les sciences du paysage ont tout interêt à intégrer ce concept de Blackbourn, – car en se réduisant aux aspects physique ou biologique d‘ un paysage, la lecture du paysage devient illisible, il reste au moins partiellement indéchiffrable, – ou simplement mal interprété. Notons aussi qu‘ au moins une partie du concept de Blackbourn se retrouvait au moins partiellement dans la théorie de la « Wesenheit der Landschaft » (Paffen 1973) de l‘ ancienne école de géographie allemande, mais qui est completement tombée en oubli en Allemagne.

Ce blog sera multilingual, donc allemand, francais et anglais, et il sera en partie dédié aux paysages imaginaires que nous construisons chaque jour, et d’autre part, à mes lectures , dans le sens de Golo Mann « wir alle sind was wir gelesen », qui est en fait un titre de livre emprunté à une citation de Eichendorff. Naturellement ce blog est aussi consacré à mes point de vue politiques , culturels et artistiques , les opinions d‘ un citoyen européen de double nationalité franco -allemande.

Et pour bien feter les 60 ans de la Bundesrepublik Deutschland voici – en mémoire de nos paysages imaginaires d‘ Allemagne – écoutons Patricia Kaas, qui nous chante ces paysages allemands imaginaires que nous véhiculons aves nous.

Sources :

Livres et autres ouvrages ecrites :

Blackbourn, D. (2007): The Conquest of Nature. Water, Landscape and the Making of Modern Germany. New York (Norton Paperback)

Erath, V. (1951): Größer als des Menschen Herz. Das Buch vom wahren Leben. Tübingen (Rainer Wunderlich Verlag)

Filippetti, A. (2003): Les derniers jours de la classe ouvrière. (Stock, le livre de poche)

Mann, G. (1991): Wir alle sind war wir gelesen. Aufsätze und Reden zur Literatur. Berlin (Verlag der Nation).

Paffen, K.H. (1973) : Das Wesen der Landschaft. Darmstadt (Wissenschaftliche Buchgesellschaft)

Schill, P. (2003) : Antifascisme et résistance ouvrière organisés autour de la CGT et du Parti communiste en Moselle annexée (1940-1945), entre histoire et mémoire. In : Schirmann, S. (Ed.) Annexion et nazification en Europe, Actes du colloque de Metz, 7-8 Novembre 2003, p. 173 à 187. Document téléchargeable sous l’adresse : (http://www.memorial-alsace-moselle.com/f/colloque.html )

Sources Internet:

Centro Virtual Camoes – Biblioteca Digital Camoes: Luis de Camoes, Os Luisadas (et autres œuvres) (version wayback machine),  et Os Luisadas (CAMOES, Luís de, 1524-1580, Os Lusiadas / de Luis de Camões dans la Bibliothèque nationale du Portugal / Biblioteca Nacional de Portugal copie digital.) (Révision du lien datant du 23.5.2009 16 :20 et correction 19.03.2023 9 :00 et le 25.04.2023 11:30)

Christophe, Neff, Grünstadt, le 23.5.2009

P.S. (26.04.2023) : Dépôt de l’article dans la bibliothèque KIT-Open. Premier billet du blog paysages, qui a débuté en mai 2009 comme blog abonné le Monde.fr .  Un PDF (copie de la version du 26.04.2033) du billet sera/est disponible sous DOI: 10.5445/IR/1000158169.