Vian Dakhil est une députée du Parlement irakien. Elle est la seule représentante de la communauté yazidie au Parlement irakien. Le mardi 5 août cette députée, fondit en larmes et s’est évanouie en pleine séance plénière – en lançant son cri de cœur « Nous sommes massacrés, notre religion est en train d’être rayée de la surface de la terre. Les femmes sont tuées ou vendues comme esclaves »
Comme je l’avais écrit dans mon dernier billet (Blognotice du 28.07.2014), – l’éclatement de l’architecture géopolitique des accords de Sykes-Picot embrase une grande partie du moyen orient, et est particulièrement fatale pour les minorités religieuses. Un des objectifs de l’Etat Islamique qui renaît sur les cendres des vestiges de cette architecture géopolitique datant des accords Sykes – Picot est tout simplement d’exterminer toutes les minorités religieuses.
Le cri de cœur de Vian Dakhil mérite de trouver une large audience en dehors de l’Irak, car si la communauté internationale ne réagit pas, bientôt il ne restera plus grandchose des Yézidis, des communautés chrétiennes et des autres minorités – dans ce qui fut une fois l’Irak. Malheureusement cette constatation est aussi valable pour les parties de la Syrie occupée par l’Etat islamique.
Hier dimanche 27.07.2014, vu l’Exodus de chrétiens de Mossoul j’écrivais dans mon compte Facebook ce petit message bilingue « Aucune manifestation pour pleurer le sort des chrétiens de Mossoul, bientôt le souvenir des églises syriaques (orthodoxes & catholiques) sera qu’un souffle de vent chaud dans le désert …/ There has been not any demonstration to deplore the cruel fate of the Christians in Mosul. In a little while the souvenirs of the syriaque churches (Orthodox & Catholic) will be reduced to warm blast in the desert…” Entre temps il y a eu heureusement hier dimanche 27.07.2014 la Manifestation de soutien aux chrétiens d’Irak devant Notre-Dame de Paris en soutien aux chrétiens d’Irak à Paris. En Allemagne par contre, c’est presque le silence total. Les églises chrétiennes d’orient sont en voie d’extinction, – leur sort tragique semble tomber dans l’indifférence totale mondiale, à part quelques manifestations de soutien comme hier à Paris devant Notre-Dame de Paris. Les minorités chrétiennes ne sont de loin pas les seules victimes de la montée de l’islam politique, des guerres qui ravagent le monde arabe – toutes les minorités sont concernées par cette épuration religieuse. Personnellement, je juge la situation encore plus dramatique que l’édito alarmant du Monde de 26.7.2014 intitulé « Tragique exode des chrétiens du monde arabe »[1] car au-delà des « épurations religieuses » toute l’architecture géopolitique, se fondant sur les Accords Sykes-Picot est en train de voler en éclat, – et avec cela la protection relative des minorités religieuses.
Le sort de églises d’orient m’a toujours préoccupé, – à tel point que dans mes cours où je traite de la géographie, de l’écologie et aussi de l’histoire de forêts du moyen orient, – les cédraies du Liban, de Abies cilicica (Sapins de Cilicie) – j’insère aussi quelques petits mots sur les églises d’orients, de l’église maronite qui porte le cèdre du Liban dans son emblème. Je leur parle de la forêt des Cèdres de Dieu (arabe : أرز الربّ Horsh Arz el-Rab), de l’Epopée de Gilgamesh, de Humbaba le gardien des forêts, du roi Salomon, de l’église maronite, – et de l’état actuel de ce qui reste de ces forêts au Liban, en Syrie … …. Pour les rares étudiants désireux d’en savoir un peu plus sur les chrétiens d’orient je conseille le livre de Claude Lorieux « Chrétiens d’orient en terre d’Islam » , – je ne suis pas spécialiste de l’histoire des chrétiens d’orient – mais j’ai l’impression que ce livre, même s’il a déjà un peu pris de l’âge ; est encore une bonne introduction au monde des chrétiens d’orient. Ce cours, il est vrai, date un peu, – la dernière fois que je l’ai tenu c’était en été 2008, – mais la situation n’a guère changé, concernant aussi bien les questions environnementales et la situation des chrétiens d’orient – la situation a plutôt empiré. Et le grand livre sur l’histoire, la géographie, l’écologie des forêts du Moyen Orient, des forêts de cèdres du Liban, de Syrie ….attend encore son écriture. Peut-être le jour viendra où les chercheurs, les géographes, les écologues, les botanistes, les historiens de ces pays déchirés par tant de guerre fratricides pourront un jour écrire un tel livre, – un livre bi voire même trilingue – arabe, français et anglais … sur les forêts du moyen orient.
Apres 2000 ans d’existence la communauté chrétienne de Mossoul a quasiment disparu. La présence de communautés chrétiennes au Moyen orient, une présence qui faisait pendant 2000 ans partie intégrale des paysages du Moyen orient, ses églises, ses cloîtres, ses monastères, ses forêts, ses arbres … est en train de disparaitre sous nos yeux.
En attendant une vraie solution sur le terrain, – une nouvelle architecture géopolitique remplaçant les anciennes structures datant de Sykses-Picot on ne peut qu’ espérer, que la France est prête, en cas de nécessité d’accueillir les réfugiés de cet exode des chrétiens d’orient, mais aussi des autres minorités mises en danger par les éclatements des structures géopolitiques en Irak, en Syrie, etc. – qu’ils soient chrétiens, chiites, ou druzes ou autres …… Que les personnalités politiques présentes pendant la manifestation de soutien aux chrétiens d’Irak a notre Dame de Paris, le monde nous parle de Rachida Dati, Nathalie Kociusko-Morizet, Roger Karoutchi, Claude Goasguen, Philippe Kaltenbach aient vraiment le courage de s’engager pour ceux qui sont pourchassés par les guerres civiles en Syrie, en Irak, pour ceux forcés a l’exode par le « Califat de l’Etat islamique » et qui demandent aide et refuge en France!
Si nous fermons les yeux, les prières exprimées en syriaque occidental ou en syriaque oriental dans une église du moyen orient ne seront bientôt plus qu’un lointain souvenir[2] – rien de plus qu’un souffle de vent chaud dans le désert ….
Sources :
Le Monde (25.7.2014): Tragique exode des chrétiens du monde arabe – ÉDITORIAL du Monde, daté Samedi 26 juillet 2014,
Lorieux, Claude (2001): Chrétien d’Orient en terres d’islam. Paris, (Perrin), ISBN 2-262-01609-7
Bala est un homme de la forêt. Il aime écouter la forêt. Il disparaît pendant de longues heures dans le paysage pour être à l’écoute des chants du vent, des bruits des animaux dans la forêt. Bala l’homme de la forêt, je l’ai rencontré durant la lecture du « Dictionnaire amoureux du Brésil ». Ce Brésil dont nous parle Gilles Lapouge d’une voix d’enchanteur dans ce livre que je viens de découvrir[1]. Je lis beaucoup en ce moment. Livres et lectures s’enchaînent.
Le 11 juin, un jour après mon cinquantième anniversaire, pendant un cours pratique sur la dynamique de paysages du nouveau parc national de la forêt noire (Nationalpark Schwarzwald) j’ai eu un accident du travail – rupture des ligaments de la cheville gauche. Magnifiques paysages de vastes forêts d’Epicéa avec quelques Pins de montagne et Sapins, parsemés de Grinden – landes ouvertes rappelant un peu les Hautes Chaumes des Vosges; j’ai la chance de travailler dans un tel environnement et les chaussures de marche à tige haute, mes chaussures de travail, me donnant assez de stabilité, je me suis seulement présenté à l’hôpital le vendredi 13. Mais là le diagnostic des médecins était sans appel – entorse de la cheville – rupture des ligaments.
29 ans plus tôt durant l’automne 1985, à peine à quelques kilomètres à vol d’oiseau de là, je me suis déjà rompu les ligaments de la cheville. C’était durant l’exercice final du Unteroffizierslehrgang Teil I qui fut organisé par Fallschirmjägerbataillon 251 à Calw, – ce stage (Lehrgang) fut le début de ma carrière d’officier de réserve dans la Bundeswehr. Intervention chirurgicale au « Bundeswehrkrankenhaus Bad Wildbad (BWK Wildbad) »- et pendant quelques semaines le pied plâtré. Ceci fut pour moi l’automne 1985. Le Bundeswehrkrankenhaus Wildbad, l’hôpital militaire de Bad Wildbad, – qui durant la guerre froide était considéré comme le plus bel hôpital militaire d’Allemagne – est de nos jours tombé en oubli. Même dans la wikipedia.de aucun article sur le BWK Wildbad[2]. Durant les années 1980 une rupture des ligaments en Allemagne était traitée par une intervention chirurgicale, de nos jours cela ne se fait plus : l’intervention chirurgicale ne se fait que pour les « Leistungssportler »(sportifs de haut niveau) – même le Plâtre chirurgical a disparu – il est dans la plupart des cas remplacé par l’ « Orthese » (Orthèse). Beaucoup de chose ont changé en presque vingt ans, – mais une rupture des ligaments (au moins en Allemagne) provoque un arrêt maladie considérable[3]. Donc les livres, lectures passent – et durant les temps sans lecture, je suis à l’écoute des chants des paysages urbains de Grünstadt. Parfois un peu de télé, Mondial oblige, – mais après tout, ce sont surtout mes livres[4] et mes lectures[5][6] qui m’accompagnent.
Et c’est ainsi que j’ai découvert Bala l’homme de forêt, qui boit la copaïba, l’huile de Copaifera langsdorffii( Le copaïer), qui aime les fleurs et les papillons, qui observe les « barrigudos » (Lagotriches), – qui se met a l’écoute de la nature et des paysages. Et ainsi par la voix de Gilles Lapouge nous nous enfonçons dans les caféiers du Rondônia : « Nous sommes remontés à la maison. Nous voilà au milieu des poules, des cochons. Un chien fait des gambades. Seul Bala me fatigue car il n’est jamais fatigué. Il déploie son grand corps et il saute en l’air pour attraper des noix de coco. Il les éventre et jamais de ma vie je n’ai bu autant de lait de coco, et dans un moment je devrais encore boire du lait, mais le lait de la vache cette fois, et tout à l’heure, quand nous avions traversé un petit champ de café, en bas, près de la mare, il m’avait dit : « Quand les caféiers fleurissent, c’est magnifique, c’est tout blanc, c’est comme un nuage ou une mousse blanche, comme un suaire, et puis c’est comme de la neige aussi. Je connais un vieux planteur de café, il était très malade, mais il était très malin aussi, très rusé, le vieux, et il s’est arrangé pour ne pas mourir avant que les caféiers fleurissent, avant le jour où son champ est devenu tout blanc. » Je dis à Bala que ma mère est morte au printemps et qu’elle avait encore vu ses roses fleurir, c’était dans une petite ville de montagne en France, à Digne, et j’avais envie de pleurer et Seu Bala avait envie de pleurer ».
Le livre de Gilles Lapouge nous parle d’un autre Brésil loin des stades de football, – c’est le Brésil des paysages, des forêts, des abeilles, – des écrivains, – misères et grandeurs de hommes face à leurs destins – d’ Aleijadinho sculpteur du baroque, et A comme Jorge Amado à Bala l’homme de la forêt du Rondônia, en ce qui concerne les lettres de a et b. En fait jusqu’à présent je n’ai lu que les premières 112 pages, – arrivant juste à la lettre C, – finissant le chapitre sur le Café. Ces 112 pages m’ont rappelé que j’avais, il y a presque trente ans, appris le portugais pour peut-être partir vers la lointaine terre du Brésil …. Je ne sais pas si j’aurai encore l’occasion de pouvoir un jour découvrir les paysages de cette « Vera Cruz » – mais le livre de Gilles Lapouge est une merveilleuse invitation au voyage… Et en plus en lisant cette histoire de Bala l’homme de forêt, j’ai appris que je n’étais pas le seul, qui se mette à l’écoute des chants des forêts.
Etre à l’écoute des chants des forêts, – j’en ai parlé au début de ce blog, dans mon premier billet – souvenirs d’enfance – quand j’étais à l’écoute des chants des tempêtes dans les cimes de la forêt du Feurenmoos à Schramberg – Sulgen au Schoren. Même de nos jours, je suis encore à l’écoute des chants des paysages. Dernièrement juste avant mon accident de travail dans le nouveau Parc national de la forêt noire : écouter le silence de la forêt depuis le « Eutingblick », avec vue sur le Wildsee, – entendre le tonnerre gronder sur la vallée de la Murg, – voir les « Cassenoix mouchetés » s’envoler …. Parfois j’essaie d’expliquer à mes étudiants que pour comprendre un paysage, – il faut aussi développer ses capacités d’être à l’écoute du paysage, – même le silence d’un paysage peut délivrer des paroles inédites ….
Comme dit Bala l’homme de la forêt : « Je peux rester des heures là, le soir, à écouter, à sentir le vent, il coule dans forêt, le vent ».
Toutes citations sont extraites de : Gilles Lapouge « Dictionnaire amoureux du Brésil », (page 76 + page 78), Paris 2011, (Plon), ISBN 978-2-259-20925-0
[2] C’est ici à Wildbad, dans les anciens locaux du Fliegerheim de la Luftwaffe (Luftwaffenlazaret), que le Centre d’instruction du service de santé (CISS) de l’Armée de Terre est créé le 16 juin 1947. Apres le départ des troupes françaises le « Fliegerheim » fut transformé en Hôpital Militaire de la Bundeswehr (BWK Wildbad). Voir aussi « Geschichte des Fliegerheims (heute Johanneshaus) Wildbad » de Götz Bechtle dans le Wildbader Anzeigenblatt 22.8.2012.
[3] Entre 4- 6 semaines, – cela dépend des métiers.
[4] A part le Dictionnaire amoureux du Brésil de Gilles Lapouge, notons entre autres « Granatsplitter » de Karl Heinz Bohrer, le « Dictionnaire amoureux de la Résistance » de Gilles Perrault et « Aux animaux la guerre » de Nicolas Mathieu, le « Field Guide to Trees of Southern Africa » de Braam van Wyk & Pier van Wyk et « Sigmaringen » de Pierre Assouline.
Personnellement, je pense continuer à m’occuper de mon blog, – d’écrire des petites notices, – sur toutes formes de paysages, – paysages géographiques, paysages politiques, paysages littéraires – simple expression d’un blog citoyen européen écrit en français, allemand et parfois rarement en anglais – aussi longtemps que les blogs le Monde.fr continueront à exister sur le Monde.fr. – même si le rythme n’est pas si soutenu qu’au début du blog paysages en 2009.
P.S. : Comme les lecteurs ont surtout visité les pages de la catégorie « Port Leucate » (à peu près 1/3 des visites depuis que j’ utilise Google analytics)de paysages je mets cette photo « Lumières nocturnes –Port Leucate – Rue de la Mayral » en tête de ce billet. Et de plus une vue de Port Leucate dessinée par mon fils Jacob Jean.
« Viele Jahre später sollte der Oberst Aureliano Buendia sich vor dem Erschießungskommando an jenen fernen Nachmittag erinnern, an dem sein Vater ihn mitnahm, um das Eis kennenzulernen. Macondo war damals ein Dorf von zwanzig Häusern aus Lehm und Bambus am Ufer eines Flusses mit kristalklarem Wasser, das dahineilte durch ein Bett aus geschliffenen Steinen, weiß und riesig wie prähistorische Eier »
C’est à Aubord, petit village paisible du Gard, situé entre Costières, Petite Camargue et Vistrenque, que je me suis immergé pour la première fois dans la vie du village, dans les paysages centenaires de Macondo. Apprenant le matin du vendredi saint (18.04.2014) la nouvelle du décès de Gabriel García Márquez[1][2], – je me replongeais dans le souvenir de cette première lecture « Hundert Jahre Einsamkeit (Cent ans de solitude/Cien años de soledad) » dans la traduction allemande de Curt Meyer-Clason – sur la terrasse de la petite villa[3] de mes grands-parents à Aubord, 4 Impasse des Pins – cette villa que mon grand-père avait baptisée L’Oliveraie – il avait même pris soin d’ y aménager un verger d’oliviers avec une douzaine d’oliviers dans le jardin. Ambiance étrange, quand je tenais ce livre[4] pour enfin m’immerger dans la lecture, – c’était la version poche du DTV, avec comme couverture l’image de Celestino Piatti montrant un fleuve de couleur bleu touareg et un arrière-plan une lisière de forêt … c’était un des rares jours de marin à Aubord, – il faisait chaud et humide – humidité amplifiée par l’odeur pénétrante du Vistre – et les heures et journées passaient – jusqu’à ce qu’un fort coup de Mistral chassât cette étrange atmosphère qui semblait transformer Aubord en sorte de Aracataca – pendant que je voyageais dans l’immensité du monde de Macondo. Et ce qui fut assez étrange – parfois j’avais l’impression que le livre, l’auteur – bien qu’il s’agisse d’une traduction allemande – s’adressait à moi, le lecteur immergé de ce monde étrange en français – parfois même en espagnol. Plus tard, j’ai essayé de lire cette étrange fable dans la version originale (Cien años de soledad, Buenos Aires : Ed. Sudamericana, 1972, 30. ed.), emprunté a la Bibliothèque de l’Université de Mannheim, – mais je me suis arrêté après quelques pages seulement. Mes connaissances en espagnol – j’avais appris en autodidacte quelques bases d’espagnol pour pouvoir écrire un mémoire sur les paysages agraires et les réformes agraires chiliennes sous la présidence de Salvador Allende – étaient insuffisantes et n’étaient pas au rendez-vous de l’ouvrage. Donc les « Cien años de soledad », – c’était la traduction de Curt Meyer-Clason «Hundert Jahre Einsamkeit » dans la version DTV avec la belle couverture Celestino Piatti – qui allait devenir le livre de mes années étudiantes à Mannheim et à Montpellier. Il me suivait presque partout, – excursions, jours libres à Schramberg – Sulgen au Lärchenweg, séances de lectures dans les dunes de l’Espiguette, période de service réserviste dans le cadre des « Reserveübungen » de la Bundeswehr, petites vacances sur les sables de la plage de Port Leucate – et je crois même que le livre faisait bagages d’un de mes voyages africains – dès que j’avais assez de liberté et me replongeais dans le Monde de Macondo. A fur et à mesure des années, j’ai donc plusieurs fois lu et relu les « Hundert Jahre Einsamkeit ». J’ai aussi lu quelques autres ouvrages de Marquez, mais c’est l’histoire de Macondo – qui a laissé des traces inoubliables, – et c’est d’ailleurs un des rares livres que j’ai lus plusieurs fois. La dernière fois ce fut, je crois pendant la préparation de mon doctorat, il y a maintenant plus d’une quinzaine d’années. Peut-être reprendrai-je ce livre, la retraite arrive dans une petite vingtaine d’années, car « Cent ans de solitude » fait partie de cette catégorie de livres qui nécessitent un minimum de repos et de tranquillité pour la lecture. Comme je l’écrivais dans ma dernière notice des « moments de solitude pour naviguer librement dans le Monde des livres. Fermer les yeux et partir en voyage ».
C’est par la traduction de Curt Meyer – Clason que j’ai découvert Marquez – et d’autres grands de la littérature latino-américaine comme par exemple Jorge Amado. Je pense que sans les traductions de Meyer – Clason, une très grande partie de la littérature latino-américaine serait restée largement inconnue en Allemagne. En parlant du décès de Marquez, il faudrait donc ajouter une pensée à ses traducteurs, à ses passeurs qui ont eu le mérite de passer l’œuvre d’une sphère linguo-culturelle à une autre. Dans le cas de Curt Meyer – Clason, ce fut le passage de la civilisation latino-américaine dans l’hémisphère du Bilderbürgertum allemand. C’est grâce à Curt Meyer – Clason que j’ai pu découvrir l’immensité des paysages de Macondo[5], voyager à travers l’œuvre de Gabriel Garcia Marques. Découvrir une œuvre digne du nom « Weltliteratur » est chose rare :personnellement, je pense que « Cent ans de solitude[6] » est par soi-même une œuvre digne du nom Weltliteratur.
« Nun blätterte er vom neuem, um die Vorraussagen zu überspringen und Tag und Umstände seines Todes festzustellen. Doch bevor er zum letzten Vers kam, hatte er schon begriffen, daß er nie aus diesem Zimmer gelangen würde, da es bereits feststand, daß die Stadt der Spiegel (oder der Spiegelungen) vom Winde vernichtet und aus dem Gedächtnis der Menschen in dem Augenblick getilgt sein würde, in dem Aureliano Babilonia die Pergament entgütlig entziffert hätte, und daß alles in ihnen geschriebene seit immer und für immer unwiederholbar war, weil die zu hundert Jahren Einsamkeit verurteilten Sippen keine zweite Chance auf Erden bekam»
Sources:
Les deux citations, – en début de la notice et à la fin – sont des extraits de la traduction allemande de « Cien años de soledad » de Curt Meyer Clason – les deux premières phrases du début des « Cents ans de solitude » et les deux dernières phrases de l’ouvrage de Marquez.
Márquez, Gabriel Garcia (1984) : Hundert Jahre Einsamkeit. Roman, Deutsch von Curt Meyer – Clasen. Deutscher Taschenbuch Verlag (DTV). 5 Auflage August 1985. ISBN 3-423-10249-7
Vargas Llosa, Mario (2005): Dictionnaire amoureux de l’Amérique latine. Traduit de l’Espagnol par Albert Bensoussan, Paris (Plon), 2005, ISBN 928-2-259-20258-9
Photo/Scan: Couverture du livre DTV „Hundert Jahre Einsamkeit“
Christophe Neff, écrit le 18.04.2014, publié le 19.04.2014
[6] Dans ce contexte il me semble particulièrement intéressant de relire la note sur Gabriel Garcia Marquez écrite par Mario Vargas Llosa dans le „Dictionnaire amoureux de l’Amérique latine p.317 – 328“ dont je me permets de citer la première phrase: „La parution de Cents ans de solitude, de Gabriel Garcia Marques, constitue un événement littéraire d’exception : ce roman luciférien, qui a le mérite peu commun d’être à la fois traditionnel et moderne, américain et universel, fait voler en éclats les sombres affirmations selon lesquelles le roman est un genre épuisé et en voie d’extinction (Vargas Llosa 2005, 317)
„Langsamer – gegen Atemlosigkeit, Akzeleration und andere Zumutungen“ est un livre publié par Ilma Rakusa, – un petit essai qui nous démontre à quel point l’accélération permanente nous coupe le souffle dans notre quotidien. En fait c’est un des rares livres que j’ai lus, depuis ma dernière blognotice datant du 18 janvier 2014. Dernièrement, durant un voyage en train entre Hambourg et Mannheim, j’apprends par l’éditorial du Monde du 21. Mars 2014 « Et, pourtant, les Français lisent[1] » que les français lisent encore de livres – et ils lisent même une quinzaine de livre par an! Pour lire une quinzaine de livres par an, – il faut déjà une bonne portion de temps libre, – du temps sans accélération permanente. En plus en France, il y a encore cette obsession du livre et de la lecture – qui disparaît de plus dans le Bildungsbürgertum allemand. On pourrait même dire, que l’accélération permanente met en danger le concept du Bildungsbürgertum – et avec lui le concept de la lecture des livres. Pour la lecture il faut aussi un minimum de temps libre, du repos … de la tranquillité. L’obsession du livre et de la lecture en France, – je l’ai encore retrouvée il y a quelque jours en lisant les premières pages de Medium de Philippe Sollers, livre que j’ai découvert grâce à cette petite note sympathique de Paul Edel et que j’ai acheté début mars à la libraire « à livre ouvert » à Wissembourg – « Il n’y pas si longtemps, un président de la République française se fait photographier officiellement en train de lire les Essais devant une bibliothèque, photo exposée ensuite dans toutes les administrations et les commissariats de police. L’Histoire est plus comique qu’on ne croit, et son successeur socialiste, petit homme tenace et ironique, très « troisième République » ne lit jamais aucun livre (Sollers, P. 2014, 18)».
En France on se réjouit de la fameuse loi « anti-amazon » mais j’ai bien l’impression qu’en votant cette loi on s’est trompé de cible[2]. A fur à mesure que le Bildungsbürgertum, – les couches moyennes pour utiliser un terme français se rétrécissent – que l’accélération du quotidien, la densification de la cadence du travail, des loisirs s’intensifient – le temps libre pour la lecture, la solitude librement choisie pour se plonger dans les paysages de lectures devient un bien cher et rare – nos concepts de lecture et de livre sont top ou tard condamné à disparaitre. Pour arriver à la « Riviera » de Sollers (Médium), pour revivre la charge des Dragon a Montfabert (Waltenberg), – pour découvrir le Monde avec les yeux de V.S. Naipul (India, Letters), pour citer quelques exemples aléatoires – il faut surtout avoir la liberté de pouvoir choisir des moments de solitude pour naviguer librement dans le Monde des livres. Fermer les yeux et partir en voyage. Ceux qu’ils ont fait durant les dernières décennies, qu’on les dénomme Bildungsbürger ou couches moyennes – qui ont soutenu par leurs achats et lectures ce mode de lecture – perdent de plus en plus cette liberté. L’accélération du quotidien, toujours presse – à bout de souffle – leur regard fatigué ne touche guère une page de livre.
Depuis mon dernier billet dans paysages, – presque trois mois sont passées, – on quitte la maison en pleine nuit – et après une longue journée de travail on retourne chez soi – et la nuit retombe déjà. Les journées passent, – le printemps arrive – les évènements passent – élections municipales en France, – l’annexion de la Crimée par la Russie – et on court toujours …. Courir – ou passer de heures en voiture, derrière le volant – pendant la nuit écoutant Melody Gardot, le dernier CD de Ute Lemper (Forever – The Love Poems of Pablo Neruda), Maria Gadú ou parfois Eddy Mitchell. Et comme pour la lecture, – pour l’écriture d’un blog, – il faut aussi du temps, – solitude, silence – liberté de réflexion.
Concernant l’annexion de la Crimée par la Russie, – personnellement cela ne m’a pas trop surpris – dans la notice du « 22.12.2013: De Dostoïevski à Mikhaïl Khodorkovski» j’avais comparé la Russie de Monsieur Putin à la Russie de Nicolas Ier de Russie. Cela dit j’étais plutôt surpris par la surprise des « occidentaux » devant le « fait accompli » – le règne de Nicolas Ier de Russie il faut peut-être le rappeler, est jusqu’ à nos jours synonyme d’un politique expansionniste forte, il fit entre autres déclencher la Guerre de Crimée . Et c’est en écrivant trois novelles sur cette guerre, publiée sous le nom « Récits de Sébastopol » que Léon Tolstoï rapportera un de ses premier succès littéraires. Mais tout ce savoir littéraire, semble être tombé en oubli dans les cercles des dirigeants occidentaux (et de leurs consultants).
Pour finit ce petit billet, – tranquillité, repos, – réflexion ne concerne pas seulement le domaine du livre et de lecture, – mais cela concerne aussi une partie de notre citoyenneté. Sans liberté de réflexion approfondie, – le Bildungsbürgertum, les couches moyenne risquent de devenir une proie facile des « Cavaliere Cipolla[3] » de nos jours, – ces magiciens des solutions simples et miraculeux – comme par exemple en France Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon – ou en Italie Beppe Grillo – pour simplement citer quelques noms !
Notons en fin de billet, que le paysage médiatique français – nous offre un nouvel hebdomadaire Le 1[4] – lancé par Éric Fottorino et Laurent Greilsamer dont la lecture nécessite tranquillité de lecture, liberté et temps de réflexion …
Malheureusement ce nouveau hebdomadaire n’est pas distribué en Allemagne, – Samedi je fais les 100 km depuis Grünstadt pour me procurer le N.1 du l’un a la Librairie Papeterie Fetsch à Lauterbourg – et je découvre le titre prometteur – « la France fait – Elle encore rêver ?[5] ». Apparemment oui, – autrement je n’aurais pas fait presque 200km pour me procurer ce journal francophone – et découvrir a la une le point de vue de Jean-Marie Gustave Le Clézio – de me souvenir du visage d’Aline – résurrection de souvenirs par la plume de Duong Thu Huong (Tombe la neige) quand je chantais cette chanson il a plus de vingt voire trente ans dans les bars de Schramberg ; – dans les années 1970 & 1980 cette chanson de Christophe était pour une partie de la jeunesse bachelière & étudiante du Sud de l’Allemagne aussi une « image de rêve d’une certaine France » – et apparemment paroles et mélodie de cette chanson ont aussi laissés des traces dans un Vietnam traumatisé par des décennies de guerre.
Kaddour, Hédi (2007): Waltenberg, (Folio/Gallimard), Paris, ISBN 978-2-07-034347-8
Naipul, V.S. (1976): India – a wounded Civilization. New York, Vintage Books, ISBN 0- 1-400-3075-7
Naipul, V.S. (2007): Between Father and Son. Family Letters. New York, Vintage Books, ISBN 0-375-70726-3
Rakusa, Ilma (2012) : Langsamer ! Gegen Atemlosigkeit, Akzeleration und andere Zumutungen. Literaturverlag Droschl Essay 54, Wien, 6. Ergänzte Auflage 2012, ISBN 978-3-85420-692-7
Sollers, Philippe (2014): Médium. Éditions Gallimard, Paris, ISBN 978-2-07-013760-2
Tolstoï, Léon (2005): Les récits de Sébastopol. Traduit du russe par Louis Jousserandot. Petite Bibliotheque Payot, Paris, ISBN 978-2-228-89967-3
Christophe Neff, écrit le 15.04.2014, publié le 16.4.2014
[1] Et, pourtant, les Français lisent. ÉDITORIAL du Monde, Vendredi 21 mars 2014 – 70e année – N˚21515, download en version électronique pour les abonnées du Monde ici.
[5] Sur le thème de la France « pays de rêves » j’avais publié en 2006 une petite notice personnelle « Zinedine Zidane – et nous les macaronis de « basse Italie » » – download ici.
[2] Voir aussi l’analyse de Kamel Jendoubi publie dans le Monde Dimanche19- Lundi 20 janvier 2014 p. 15, sous le Titre «Espoirs fragiles en Tunisie – L’adoption d’une nouvelle Constitution n’est pas un gage de démocratie. Trois ans après la chute de Ben Ali, prélude du «printempsarabe», l’islamisme menace la transition. » Disponible en version électronique pour les abonnés Le Monde.
[3] Même le SWR2, – la radio culturelle du Südwestfunk, avait programmé une émission spéciale sur les problèmes du couple Hollande-Trierweiler. Dans SWR2 Kontext elle fut transmise le 17.01.2014 de 19:05 – 19:20 sous le titre «Die Affäre Hollande – Warum wird das Private politisch?». Mais à vrai dire ce fut plutôt une émission où on comparait la „peopleisation“ de la politique en France et en Allemagne, – et à en croire l’émission, la politique allemande est beaucoup plus affectée par ce phénomène! Personnellement j’aurais préféré suivre une émission sur une vue allemande approfondi de la nouvelle constitution tunisienne !
Depuis les débuts de paysages, je note la première apparition de la neige à Grünstadt, – mais décidément nous n’avons pas eu droit,cet hiver, à un seul flocon de neige. Début Décembre, les hauteurs du Grünstadter Berg étaient couvertes d’un léger duvet blanc de givre mou, – mais la neige jusqu’à présent n’était pas en vue ici, ni sur les hauteurs du Grünstadter Berg ni ici en ville. En 2012 la neige est arrivée à Grünstadt le 27.10.2012, en 2011 le 18.12.2011, en 2010 vers la fin novembre, et en 2009 dans la nuit du 12 au 13.decembre 2009. D’ailleurs, l’hiver 2012 fut particulièrement long à Grünstadt, un important manque de luminosité comme partout en Allemagne, et des importantes chutes de neige en Mars, – le Märzschnee, – et finalement ce long hiver 2012-2013 se termina enfin mi-avril avec la floraison des amandiers de la Weinstrasse. Ayant grandi, en Forêt Noire dans la Raumschaft Schramberg, – petit pays qui fut jusque vers les années 1980 un véritable pays de neiges, j’étais toujours fasciné par ces hivers, ce paysages de neige ,de lumières et de silence, même si parfois vers les mois de mars, avril on attendait avec impatience le printemps qui ne voulait pas arriver. D’ailleurs les printemps dans ce pays étaient plutôt courts, assez souvent une dernière chute de neige couvrant les premiers fleurs de notre Cerisiers de Japon dans notre jardin du Lärchenweg à Schramberg-Sulgen, – et quelques jours plus tard les orages montant la vallée de la Kinzig nous annonçaient l’arrive de l’été. Les hivers rhénans de Grünstadt, n’ont rien de commun avec les hivers de neige de la Forêt Noire, – parfois occasionnellement un peu de neige ici et là, – et surtout beaucoup de grisaille , les rares journées de plein soleil se comptent à bout de doigts. Par contre nous avons droit ici dans l’Unterhaardt, comme dans tous l’Oberrheingraben à un beau printemps plein de couleurs florales. C’est peut être ce manque de neige, de luminosité (la nostalgie de mes hivers d’enfance) des hivers rhénanes qui ma’ inspiré de noter la première apparition de la neige d’un hiver à Grünstadt.
Dernièrement j’ai lu dans le SPON un article sur le mythe de la noël blanche en Allemagne de Axel Bojanowski (Festtagswetter: Mythos von der weißen Weihnacht), dans lequel Bojanowski cite la climatologue suisse Martine Rebetez, qui prétend que la mythe de la « weiße Weihnacht », que cette image d’un noël sous la neige, proviennent des cartes postales que les immigrés européens aux Etats-Unis, spécialement aux états de nouvelle Angleterre, envoyaient à leurs familles en Europe. J’ai un peu de doute, si ces observations « suisses » peuvent être sans nuance appliquées à l’Allemagne. La géographie de l’Allemagne dans les frontières de 1937, cette Allemagne longeait une grande partie de la mer baltique, – et dans ces régions les hivers étaient plutôt rudes, froids et bien enneigés. Pas besoin d’images provenant de la famille lointaine dans la nouvelle Angleterre pour une ambiance de neige pendant les jours de noël. Peut être le « mythe de la weisse Weihnachten » en Allemagne s’est aussi forgé par les souvenirs de Heimatvertriebenen (voir aussi Expulsion des Allemands d’Europe de l’Est), ces souvenirs des paysages perdus de Prusse orientale, de Pomeranie etc. – tous des vrais pays d’hivers longs et rigoureux. Ces pays et paysages perdus ont trouvé une belle représentation littéraire dans le roman « Heimatmuseum » de Siegfried Lenz. Et même dans l’ancienne RDA, dans beaucoup de régions, surtout sur les bords de la baltique et les régions frontalièress avec la Pologne on avait droit à des quantités de neiges durant les hivers. On peut encore retrouver cette atmosphère des longs hivers de neige à Dresde en compagnie de Meno Rohde dans le roman « der Turm, Geschichte aus einem versunkenen Land » de Uwe Tellkamp, roman récemment traduit en français et publie sous le titre « La Tour » chez Grasset[1].
La neige, les hivers de neige ce fut une réalité dans une grande partie des régions orientales de l’Allemagne, – et c’est peut-être en nostalgie de ces pays, qu’on croyait en grande partie perdus pour toujours (entre 1945- 1989) entre Lübeck et Königsberg, entre les dunes du Darß balayé par les vents de la mer baltique et les toits enneigés de Dresden, c’est peut être grâce au souvenir de ces images d’un pays perdu, d’un hiver de neiges – qui en Allemagne de l’Ouest n’existait pas, à l’exception des Alpes et des rares Mittelgebirge comme la Forêt Noire, la Forêt de Baviere, le Fichtelgebirge et la Rhön que s’est peut être forgée cette image de la weisse Weihnachten dans l’Allemagne contemporaine. Assez récemment, en lisant le premier chapitre de la biographie de Willy Brandt de Hélène Miard-Delacroix, je suis tombé sur un tel souvenir de pays de neige – « Vers midi, le 18 decembre 1913, un petit Herbert est né au numero 16 de la Meierstrasse, dans un quartier ouvrier de Lübeck…La cité vit des industries de transformation de fer et du bois, et de l’activité du port, relie a la mer Baltique par la Trave. En décembre 1913, cette rivière est, comme tous les hivers, blanche de neige ». Est-ce que l’auteur de cette biographie française de Willy Brandt a vraiment consulté les archives météorologiques, pour pouvoir écrire avec certitude que la Trave fut glacée et couverte de neige…, j’en doute, – mais l’image persiste. Ce sont ces images de paysages de neige, – ces lourdes neiges qui engloutissent les toits de Dresde, et que nous découvrons avec les yeux de Meno Rodhe, – les longs hivers de la Prusse orientale, de la Mazurie de Siegfried Lenz (Heimatmusuem) – le silence des paysage de froid et de neige, qui ont formé ce souvenir de noël blanc et qui au fil des jours ont contribué au mythe de la noël blanche en Allemagne.
Je finis ce petit post sur les mythes et les souvenirs des pays de neige:quand les premiers flocons de l’hiver 2013-14 arriveront ils finalement à Grünstadt et la Unterhardt ?