Commentaire sur les évènements de la journée du 14.09.2012 à Tunis.

Le vendredi 14.09.2012 fut une journée de colère dans le Monde Musulman, la vidéo «L’innocence des musulmans » avait provoqué une réaction vive, manifestations, émeutes, mises à sac d’ambassades, destruction de l’école américaine de Tunis.  En Allemagne le réveil fut particulièrement rude, car on se croyait être hors de cible, mais la mise à sac de l’ambassade allemande au Soudan montrait bien que tous l’occident était ciblé – et que cette mise à sac de l’ambassade à Khartoum ne fut pas l’œuvre d’un évènement de colère spontané, mais  bien préparé et orchestré en avance. La même chose semble avoir lieu à Benghazi.

Naturellement on pourrait se demander pourquoi cette vidéo, ce brûlot  islamophobe, déchaîne tant de  passion,   et en même temps la guerre civile en Syrie, où les bourreaux du boucher de Damas, tuent, massacrent jour après jour, n’ont  jusqu’à présent engendré  aucune démonstration de solidarité visible et audible  dans le monde arabe avec les victimes des massacres commis par les troupes de Bachar el-Assad. Cette question mériterait surement une réflexion approfondie (voire aussi ici).

La destruction des mausolées et de mosquées de Tombouctou par Ansar ed-Dine  en Juin/Juillet dernier n’a que je ne sache pas provoqué une telle indignation furieuse dans le monde islamique! En fait qui encore pense aux destins de manuscrits millénaires, qui fut le trésor de cette ville, qui de nos jours sont menacées par l’obscurantisme le plus arriérée !

On pourrait aussi demander à qui réellement profite la mise en circulation de la vidéo?

Personnellement la mort de John Christopher Stevens à Benghazi, et de voir l’ambassade américaine de Tunis saccagée, de voir partir l’école américaine partir en fumée, m’ont fortement touché. J’avais suivit les évènements de Tunis via le „live“ du Monde, et quelques sources twitter et j’étais littéralement foudroyé  par ce que j’ai pu suivre via twitter etc. Voici des extrais du reportage de Isabelle Mandraud (2012b) paru dans la version papier du Monde du 16.09.2012 : « Fenêtres brisées sur toute une façade, drapeau arraché, sol jonché de pierres mais aussi de douilles de balles et de cartouches de chevrotine, voitures en feu sur le parking… Des annexes continuaient à brûler, tandis que montait de l’école américaine toute proche, entièrement pillée et incendiée, un épais nuage noir visible à plusieurs kilomètres. …. A Tunis, avec une violence inouïe, des groupes de salafistes et de casseurs ont tenté de prendre d’assaut le bâtiment diplomatique américain aux cris d’«Allah Akbar» et «Obama, nous sommes tous des Oussama ». (Version électronique chargeable pour les abonnées le Monde.fr)

Pendant mes années tunisiennes, entre 2005 et 2008, – il y avait des périodes, où je passais plusieurs fois par jour devant les bâtiments de l’ambassade U.S., et devant l’école américaine, la  «American Cooperative School of Tunis» en faisant le trajet la Marsa – Tunis Ville et retour en voiture, car souvent  pendant cette période tunisienne j’habitais à la Marsa-Corniche.  La destruction de l’école américaine, est d’ailleurs un symbole très fort, car c’est un symbole du savoir qui fut mis à feu. Les lieux du savoir étant depuis tout temps cibles des violences déclenchées par l’obscurantisme de tout bord. Néanmoins, même si je considère que les évènements de Tunis du vendredi 14.09.2012 sont très graves, je pense, et là je rejoins l’analyse et le cri de cœur d’Isabelle Mandraud –« Sur la Tunisie, halte au feu ! » (Article réservé aux abonnés Le Monde/payant), que la Tunisie a encore toutes les chances d’évoluer vers une vraie démocratie, comme je l’avais déjà écrit dans les lumières du Fohrenbühl. Naturellement le danger salafiste a pris de l’ampleur, mais cela était prévisible. En plus, depuis le début du printemps arabe l’environnement géopolitique a fortement changé, la désintégration du Mali met en danger aussi bien l’Afrique subsaharienne et le Grand Maghreb, même l’Egypte et le Machrek, et je dirais même que l’Europe n’est pas à l’abri des conséquences des évènements dans le Nord du Sahel. La désintégration du Mali, l’infiltration de la mouvance  Touareg par AQMI au Nord du Sahel n’est d’ailleurs pas liée aux évènements en Lybie, car ceci s’est annoncé longtemps avant la chute du régime de Khadafi,  j’y avais même dédié un petit billet en février 2010. La chute du régime de Khadafi a peut-être précipité les choses, mais les failles et les structures annonçant des lourds problèmes au Nord du Sahel, la désintégration du Mali etc., étaient déjà bien visibles  avant,  il suffisait d’avoir un œil géopolitique attentif. La présence accrue d’AQMI dans le Nord du Sahel, la désintégration du Mali  font de cette partie du Monde un véritable « porte d’avion », un « terrain de refuge » pour AQMI  et les mouvances salafistes, d’où il est possible de s’infiltrer dans les états avoisinants pour les déstabiliser.

Donc depuis le début de la révolution jasmin en Tunisie, l’environnement géopolitique s’est nettement assombri pour la Tunisie. En plus à la question socio-économique, cette question fondamentale pour la survie durable d’un état démocratique, à cette question, le nouveau gouvernement tunisien, ce premier gouvernement tunisien issu d’une vraie élection démocratique, n’a jusqu’à présent trouvé aucune réponse significative. Ajoutons à cela que le dernier hiver fut , de plus, particulièrement  rude  dans le Nord de la Tunisie, par endroits il y avait plus de neige qu’ en Allemagne, par surcroît  il y avait une pénurie de bouteilles de gaz (voir aussi Blognotice 22.12.2011) : donc une grande partie de la population n’a guère l’impression que les changements politiques aient engendré une amélioration de leur situation socio-économique personnelle , bien au contraire. Et si par malchance la Tunisie devait encore affronter un hiver rude comme l’hiver 2011/12 on aurait vraiment  à se faire des soucis.

Mais je pense que l’avenir du printemps arabe en Tunisie  se jouera principalement sur l’évolution socio-économique du pays. Pendant mes années tunisiennes, j’avais aussi la chance de travailler dans les ruraux tunisiens, du Sud au Nord, et toutes ces fortes impressions que les ruraux tunisiens m’avaient  laissé je les avais inclus dans mes cours sur la géographie du Maghreb, spécialement dans le chapitre que j’avais dénommé « le Djebel a faim ». En fait j’avais emprunté le titre de ce chapitre au livre de Serge Moati « Du Côté des vivants », livre que j’avais acheté à la librairie Milles-feuilles à la Marsa, – et dont la lecture m’accompagnait pendant mes travaux dans les ruraux brûlants de Tunisie. Je me permets de citer quelques passages d’un chapitre qui m’a fortement marqué, car j’avais l’impression qu’ en fait les choses n’avaient guère changé loin des côtes qui s’étaient enrichies avec le tourisme, mais qu’une grande partie de l’intérieur du pays, n’avait guère profité des retombées du tourisme. L’intérieur de terres tunisiennes, c’était des pays  bien loin des côtes touristiques,  de véritables planètes à part.

Précisons que ce que Serge Moati fils nous raconte se passe pendant le protectorat français.

« Il y avait aussi parmi eux quelques évadés politiques, je vous le concède. Beaucoup venaient de Tripolitaine. Ceux-là ont composé le premier noyau de ces bandes armées. Et puis, ils ont recruté ce qu’ils ont pu et comme ils ont pu, y compris des gamins excités et désœuvrés… – Ils ont trouvé des volontaires dans les bleds les plus perdus … Ils leur disaient : « Tu n’es pas content de ton sort, la récolte a été mauvaise ou il y de la sécheresse, ton patron, ce salaud de colon, t’a renvoyé, viens avec nous dans le maquis… » L’action pourrait se passer à l’identique en Calabre, en Sicile, en Corse…

Rejoindre les fellaghas devient pour des types paumés une façon de s’opposer de manière forte et, si j’ose dire, romantique, à la présence française…

– Je me permets de vous donner une preuve de ce que j’avance, enchaine Papa. Au printemps dernier, vous le savez, le recrutement des fellaghas s’est accru. Pourquoi, selon vous ? …

Parce que c’était la période de chômage la plus terrible ! Entre la récolte de l’alfa et la moisson. On rejoint les rangs des fellaghas aussi parce que l’on a faim et que l’on se sent abandonné ! Voilà !

-« Voilà ! » Dites-moi, Monsieur Moati, vous pourriez écrire une thèse sur les fellaghas! Vous semblez si bien les connaître ! Curieux, d’ailleurs ce savoir presque intime…

– Je sens les choses. Je connais mon pays. Je suis Tunisien, après tout…

– Je vous croyais Français ?

– Je suis franco-tunisien. Voilà ce que je suis. Et juif

– Je sais

– Et livournais. Et arabe.

– Tout ça ?

– Tout ça. Et j’en suis fier !

Le problème est social ! Il faut reclasser les fellaghas, leur trouver du travail, leur donner de quoi manger ! Ce serait tout à l’honneur de l’administration française et des nouveaux pouvoirs tunisiens! Comme dit le secrétaire général de mon parti, Elie Cohen-Hadria : « Rendre nourricière la steppe brûlante, c’est en fin de compte en arracher pour l’éternité, la semence des fellaghas ! »

-C’est beau comme l’antique.

– C’est surtout vrai » (Citations extraites des pages 253-257 du livre « Du côté des vivants » de Serge Moati).

Cette conversation entre Serge Moati père et un colonel de l’armée française, dont nous parle Serge Moati fils dans son roman autobiographique « Du Côté des Vivants », s’est passée  durant les années cinquante du dernier siècle et depuis beaucoup de choses ont changé: la présence française, les colons français ont disparu, les fellaghas pour ainsi dire aussi. Le récit de Moati, – fiction ou réalité vécue, – cela n’a aucune importance – car ce fut ce fut une des réalités vécues des ruraux tunisiens d’après-guerre.

Mais la steppe est restée aussi brûlante de nos jours,  et je crois que ces professions  de foi de Serge Moati père rapportées par son fils Serge – sont toujours valables  c’est au moins ce que je ressentais pendant mes séjours dans les ruraux tunisiens. Et je me disais, si un jour la Tunisie devenait  par chance un état véritablement démocratique,  se débarrassant  de son lourd historique autocratique, il faudra absolument trouver une solution pour les populations des ruraux marginaux, les faire participer à la richesse nationale!

Car si la « steppe brûlante » pour utiliser les mots de Serge Moati père et de Elie Cohen-Hadria, si la faim, les sentiments d’abandon,  tous ces maux persistent en Tunisie,  ne disparaissent pas aussi bien du Djebel, des bleds, que des quartiers pauvres du grand Tunis,  l’avenir pour la jeune démocratie tunisienne s’annonce  plutôt sombre. Ceci dit, cela ne se limite pas au cas tunisien, mais ces problèmes se posent dans tous les états du Maghreb et bien au-delà !

C’est vraiment un grand défi,  et franchement l’actuel gouvernement, premier gouvernement tunisien issu  d’une élection libre et démocratique, le Gouvernement Hamadi Jebali semble avoir des grandes difficultés à trouver des réponses adéquates à  ces problèmes difficiles et cruciaux pour l’avenir de la Tunisie. Mais à ceux qui voient le printemps arabe tourner au  cauchemar, – il faudrait peut-être rappeler que la voie vers la démocratie de nos états occidentaux fut aussi un chemin long, périlleux, plein de dangers, de déceptions, de violences … tout cela ce ne s’est pas construit du jour au lendemain. Cela a pris du temps, même beaucoup de temps, de grandes lenteurs!

Personnellement, je crois que la société tunisienne peut réussir sa transition démocratique même si le chemin à parcourir sera long et difficile. Même très difficile, – voir partir l’American Cooperative School of Tunis en fumée  cela affecte d’une certaine manière mon optimisme, mais néanmoins je veux bien croire aux mots que je prononçais dans les lumières du Fohrenbühl : « je ne suis pas voyant, je ne partage pas le pouvoir clairvoyant de tant d‘ « experts du monde arabe » mais je pense que, si il y a actuellement une société du monde arabe qui pourrait réussir à construire une véritable démocratie laïque et une société libre c’est bel et bien la société tunisienne – le peuple tunisien . »

Je me permets de finir ce billet avec une citation d’Isabelle Mandraud « Les islamistes n’ont pas pris le pouvoir avec le couteau entre les dents: ils ont été élus, démocratiquement. Ils ne sont d’ailleurs pas majoritaires, ce qui les a contraints à nouer une triple alliance pour gouverner un pays encore déstabilisé, qui tâtonne et qui se cherche aujourd’hui une identité. Comment pourrait-il en être autrement dans une petite république qui n’a jamais connu la démocratie, même au temps de Bourguiba? Oui, l’islamisation de la société est un sujet sensible, mais qui mérite mieux que des caricatures. (Mandraud, I. 2012a, p.1) ». Oui je pense, que ces mots écrits par Isabelle Mandraud, même après les évènements d’hier, n’ont rien perdu de leur signification – bien au contraire !

Œuvres & sources citées :

Mandraud, Isabelle (2012a) : Sur la Tunisie, halte au feu! Le Monde Géopolitique, N˚ 21038 daté Dimanche 9 – Lundi 10 septembre 2012, page 1. (Version électronique chargeable pour les abonnées le Monde.fr)

Mandraud, Isabelle (2012b) : Tunis touchée par les violences anti américaines – Trois personnes sont décédées dans l’attaque de l’ambassade des Etats-Unis par des groupes salafistes et des casseurs. Le Monde, Dimanche16- Lundi 17 septembre 2012, page 3. (Version électronique chargeable pour les abonnées le Monde.fr)

Moati, Serge (2006) : Du côté des vivants. Paris, Librairie Artheme Fayard, ISBN 2-213-63087-9

Christophe Neff, écrit le 15.09.2012, publié le 16.09.2012

Blognotice 1.07.2012: orages sur l’Allemagne …

L’Allemagne est actuellement touchée par une vague d’orages, faisant ici et de considérables dégâts. Travaillant avec des étudiants en Forêt Noire pendant les derniers jours de la semaine dernière, nous fûmes aussi concernés pas ces orages, car nos travaux de terrains sur quelques sites botaniques de la Raumschaft Schramberg furent aussi quelques peu perturbés par ces orages. Pendant que les sapinières suant d’humidité, crachant des vapeurs de nuage, – la radio nous apprit une bonne nouvelle de l’autre part de l’atlantique – la Cour suprême des Etats Unis vient de valider la réforme de l’assurance-maladie, le projet emblématique du mandat de Barack Obama. Je me réjouissais de cette bonne nouvelle – et me revinrent les souvenirs des premières phrases des raisins de la colère, du périple de la famille « Joad » à travers les Etats Unis. « To the red country and a part to the gray country of Oklahoma, the last rains came gently, and they did not cut the scarred earth. The plows crossed  and recrossed the rivulets marks(Steinbeck, J. 2000, 3)”.  Enfin, presque 80 ans après le Great Dust Bowl et le New Deal de Franklin Delano Roosevelt , – les Etats Unis se dotent enfin d’un système d’assurance maladie digne de ce nom. A  mon retour de Forêt Noire je découvris aussi le très bon commentaire «  The Real Winners » de Paul Krugman dans la NYT sur cette décision historique du Supreme Court.

Mais  je découvris une autre nouvelle, – bien plus négative – qui me rappelait la  destruction des Bouddhas de Bamyan, dans le centre de l’Afghanistan en mars 2001, –   à Tombouctou, les islamistes détruisent les mausolées musulmans. Je l’avais déjà écrit il y a quelques semaines –  nous sommes les témoins d’une réelle afghanisation de la région du Sahel sous la main mise de  AQMI ! Notons que même le SPON a mis les événements de Tomboctou à la une !

Afghanisation ou Somalisation les images se ressemblent –  l’afghanisation du Sahel   va certainement nous encore faire payer un prix fort ! Même s’il n’y a priori pas de lien direct – les propos  de  Abdou Diouf dénonçant le désintérêt de la France pour la francophonie sont alarmants, il faudrait aussi se souvenir qu’une grande partie du Sahel ce sont aussi des états francophones. Le Mali est aussi un état francophone, il faudrait peut-être le rappeler ici et là à Paris.  Et il faudrait aussi constater que l’avenir du français est en Afrique et enfin s’intéresser un peu de plus près à ce qui se  passe en Afrique avant qu’il ne soit trop tard !

Je finis cette petite blog notice – on nous annonce encore de forts orages dans le Sud de l’Allemagne. Je vais essayer de finir le dernier Bienzle – « Adieu Bienzle » – j’avais débuter les Bienzle – avec « Bienzle und die schöne Lau » – c’est un ami de Schramberg avec lequel je passai mes années étudiantes à Mannheim qui m’avait offert « Bienzle und die schöne Lau », – et c’est avec ce livre que je découvris la série des Blienzle, – mais aussi l’œuvre et la poésie de Eduard Mörike – car Bienzle und die schöne Lau – c’est une réminiscence du Stuttgarter Hutzelmännchen – l’ Histoire de Lau la Belle (Die schöne Lau)  de Mörike.

Livres  cités :

Huby, Felix (1985): Bienzle und die schöne Lau.

Huby, Felix(2011): Adieu Bienzle. Fischer Taschenbuchverlag Frankfurt am Main. ISBN 978-3-596-19142-0

Steinbeck, John (2000) : The Grapes of Wrath. Penguin Books.  Copyright John Steinbeck 1939, first published in the United States of America by the Viking Press 1939. ISBN 0-140-29292-6

Christophe Neff, 1.07.2012

Blognotice 1.4.2012

Ce n’est malheureusement pas un poisson d’avril, – Kidal tombée, Gao abandonné, Tombouctou semble aussi partager le sort de Gao, – une junte militaire nébuleuse avec à sa tête un capitaine nébuleux sorti de nulle part et allant à nulle part, a pris le pouvoir à Bamako, – le Mali est en pleine désintégration. Est-ce que le Mali survivra-t-il cette crise majeure ? Cette crise, qui fut une crise annoncée depuis longtemps (voire aussi mes propres écrits : la malédiction jaune & retour-en-arrière-sur-les-évènements-de-Niamey   ) – dans ce contexte je renvoie à la carte publie dans le monde du 28.12.2012 – et surtout à l’analyse remarquable de Serge Michailof – concernant tout le Sahel, voire ce qu’autre fois le terme géographique du Soudan (bilād as-sūdān (بلاد السودان)) désignait, – donc une partie majeure de l’Afrique subsaharienne.  Le scenario d’une Afghanisation partielle du Sahel, voire du Soudan devient de plus en plus menaçant.  C’était prévisible, – l’état malien est en train de subir de plein fouet les conséquences de ces bouleversements géopolitiques annoncés. Au mieux les choses s’arrangent une fois de plus, – les tribus Touaregs gagneront un peu plus d’autonomie, – deuxième scenario serait de voire la naissance d’un état Touaregs indépendants sur le terroir nord d’un Mali en plein décomposition, – troisième scenario – une réelle afghanisation de la région sous la main mise de  AQMI. Ce troisième scenario serait un catastrophe, – donc les conséquences se ressentirai bien au-delà du Mali, au-delà de l’Afrique!

Concernant les dangers géopolitiques qui émergent des actuelles instabilités du Mali, je suis assez surpris, que les medias allemands sont quasiment muet sur la situation au Mali – on ne semble pas être trop concerné par la situation au Mali en Allemagne. Les medias anglophones par contre couvrent  la situation assez bien (voire : BBC  Mali rebels say they surround Timbuktu ; the Guardian  UK urges Britons to leave Mali amid coup chaos ; NYT Junta Leader in Mali Coup Vows to Keep Fighting Brief).

Observant la désintégration annoncée du Mali depuis la Unterhardt, – j’ai l’impression que le Monde occidentale semble déjà avoir abandonné le Mali. Constant amer – il me reste que de feuilleter le magnifique livre de Catherine et Bernard Desjeux « Fleuve Niger – Cœur du Mali » – et je me demande quand est ce que le Mali pourra vivre paisiblement au rythme du grand Fleuve – qui est le Cœur du Mali !

Ouvrages citées et consultées :

Desjeux, C. & B. (2011) : Fleuve Niger, Cœur du Mali. Brinon – sur- Sauldre (Grandvaux), ISBN 978-2-909550-73-2.

Lacoste, Y. (2011): Sahara : perspectives et illusions géopolitiques. In : Hérodote, revue de géographie et de géopolitique 142 — Géopolitique du Sahara.

Tisseron, A. (2011): Enchevêtrements géopolitiques autour de la lutte contre le terrorisme dans le Sahara. In : Hérodote, revue de géographie et de géopolitique 142 — Géopolitique du Sahara.

Christophe Neff, le 1.4.2012

Blognotice 22.12.2011

La neige qui nous manque à Grünstadt elle est tombée à Aïn Draham en Tunisie. Les premiers flocons de neige qui sont tomés à Grünstadt le 18.12.2011 se sont vite transformés en pluie, – et depuis il pleut presque sans interruption sur la Unterhaardt. Par contre le Nord de la Tunisie était confronté durant ces jours à une véritable vague de froid, – et   Aïn Draham était couvert par un manteau de neige d’une épaisseur dépassant les vingt centimètres. Je me suis aperçu de cette vague de froid touchant le Nord de la Tunisie, car paysages – et plus particulièrement le petit billet « De la neige entre Jendouba, Aïn Draham et Tabarka » étaient véritablement pris d’assaut.  Il fait froid en Tunisie et il manque le gaz pour cuisiner & chauffer, car la Tunisie est actuellement confrontée à une véritable pénurie de bouteille de gaz. La faim et le froid sont un des dangers les plus redoutable pour une jeune démocratie, pour une société que se reconstruit.  Comme l’écrit Isabelle Mandraud dans son article « Retour à Sidi Bouzid, capitale des maux de la Tunisie » dans le Monde.fr  du 16.12.2011, reportage sur  l’anniversaire du printemps arabe qui débuta avec l’immolation de Mohamed Bouazizi à Sidi Bouzid le 17 décembre 2010 – anniversaire qui à reçu aucune  retombé médiatique en Allemagne il faut le préciser – la pauvreté rurale n’a pas disparu, au contraire – et le prix de bouteille de gaz a même doubleé! Une vague de froid, comme celle qui sévissait dernièrement sur le Nord de Tunisie, ne peut que empirer les choses.

Le grand défi du « printemps tunisien » sera de améliorer profondément  la situation  socio-économique de la Tunisie rurale, car si cette situation ne s’améliore pas visiblement – ce printemps démocratique tunisien aura des grandes difficultés à se pérenniser.

Christophe Neff,  le 22.12.2011

Blognotice 15.10.2011 : couverture des primaires socialistes par les medias allemands et couverture des élections en Tunisie par les medias allemands

Ce matin, samedi  15.10.2011, en feuilletant la Rheinpfalz  je découvre à la une  l’annonce du prévisible gagnant des primaires du PS en France, l’article de Axel Veiel  « Selbst die Ex-Frau sagt Oui – Francois Hollande hat beste Chancen für Frankreichs Sozialisten in die Präsidentenwahl 2012 zu ziehen  (Même son ex-compagne dit oui , François Hollande a les meilleurs chances de devenir le candidat des socialiste français pour les élections présidentielles)». Il faut dire que les primaires du P.S. ont été suives de près par une partie des medias allemands.

Mais dans tous ces débats passionnés que les primaires ont  occasionnés, j’avais l’impression qu’ un vrai débat sur l’avenir de la construction d’une Europe citoyenne  et la place des relations franco-allemandes manquait cruellement ! Je me trompe peut être mais  c’est l’impression qui se dessine pour l’observateur intéressé de la Unterhaardt.  Dans la même édition de la Rheinpfalz un très bel article de Caroline Mannweiler sur Boualem Sansal « Rebell ohne Bitterkeit, – Friedenspreis für den Algerier Boualem Sansal  ( Rebelle sans amertume, prix de la paix pour l’algérien Boualem Sansal)». Boualem Sansal qui  recevra demain le « Friedenspreis des deutschen Buchhandels 2011 ».  La presse francophone, voire française, je l’avais déjà écrit le 12.6.2011, ne s’est pas encore aperçu du fait qu’un auteur francophone est en train de décrocher un des plus importants prix littéraires allemands.

Mais parlons encore des medias allemands, du  quasi silence des medias allemands sur la campagne pour les élections tunisiennes du 23.10.2011. En faite cet événement historique, ce sont les premières élections libres  dans l’histoire de la Tunisie, ne semble pas intéresser  grand monde en Allemagne. Peut être la donne a-t-elle  changé cette nuit, avec l’attaque du  domicile du PDG Nébil  Karoui de la chaîne privée tunisienne Nessma, chaîne qui avait la semaine dernière diffusé le film franco-iranien Persépolis,  par des émeutiers salafistes (concernant l’affaire Nessma voir aussi l’analyse du blog printemps arabe : «  L’affaire Nessma et les maux de la société tunisienne »  ; et le blogposting de Isabelle Mandraud «Nessma TV dans la tourmente, Ennahda dénonce une « provocation» ). Le SPON, nous sort ce matin un article, Tunis – Demonstration gegen TV Film eskaliert in Gewalt  et dans le forum des commentaires liés à cet article  une grande partie des « foristes » voient déjà la Tunisie emprunter la voie de la révolution iranienne. Je crois que c’est  injuste de vouloir réduire le processus électoral  en Tunisie à la victoire présumée  d’Ennahda  et des activistes salafistes.  Par contre,  on trouve une  analyse beaucoup plus lucide d’Ali Benyahia dans El’Watan « Des milliers de manifestants contre Nessma TV : Mobilisation islamiste en Tunisie ».  Mais à vrai dire,  El’Watan ce n’est pas un journal allemand, mais un journal francophone algérois  qui suit l’évolution politique en Tunisie d’assez près !

Il me semble que cette dernière semaine avant les élections historiques du 23.10.2011 en Tunisie sera cruciale, car il y assez de groupes à  l’intérieur  de Tunisie et à  l’extérieur  de la Tunisie, pas seulement les salafistes, qui n‘ont aucun intérêt à voir s’établir une vraie démocratie laïque et  libre dans un état du Maghreb ou du Proche Orient.  Les adversaires d’un processus démocratique en Tunisie vont essayer de monter en puissance durant ces derniers jours de la campagne électorale et même après les élections du 23 octobre. Le chemin vers la démocratie et  la liberté sera certes rude et dangereux, car les ennemis d’une démocratisation de la Tunisie sont nombreux. Mais personnellement et je tiens encore à l e souligner, comme je l’écrivais hier dans le Blog de Isabelle Mandraud   et il y a déjà presque 10 mois dans les « Les lumières du Fohrenbühl et la révolution tunisienne »  « je pense que, si il y a actuellement une société du monde arabe qui pourrait réussir à construire une véritable démocratie laïque et une société libre c’est bel et bien la société tunisienne – le peuple tunisien » et j’en reste persuadé.

Sources citées :

Veiel, Axel (15.10.2011): Selbst die Ex-Frau sagt Oui. Francois Holland hat beste Chancen, für Frankreichs Sozialisten in die Präsidentenwahl 2012 zu ziehen. In: Die Rheinpfalz – Unterhaardter Rundschau, Seite 1, Samstag 15. Oktober 2011, Jahrgang 67, Nr. 240

Mannweiler, Caroline (15.10.2011): Rebell ohne Bitterkeit, – Friedenspreis für den Algerier Boualem Sansal. In:  Die Rheinpfalz – Unterhaardter Rundschau, Seite 6, Samstag 15. Oktober 2011, Jahrgang 67, Nr. 240

Christophe Neff le 15.10.2011

De Mogadiscio à Port Leucate (10.8.2011)

Il y a quelque temps déjà que j’ai rencontré un médecin somalien originaire de Mogadiscio passant régulièrement ses vacances à Port Leucate.   A ma question pourquoi il venait si régulièrement à Port Leucate, il me répondit  qu’il aimait beaucoup le climat ici à Port Leucate , surtout l’omniprésence du soleil, le vent un peu moins – mais le soleil oui cela lui rappelait le soleil et le temps à Mogadiscio, – les souvenirs d’un temps où Mogadiscio était encore une ville heureuse. Il a quitté la Somalie depuis longtemps, études de médecine en Allemagne et après il s’est installé en Angleterre.  En Angleterre le soleil lui manque et c’est pourquoi il revient régulièrement dans le pays Leucatois.

Seule chose qu’il lui manque à Leucate – c’est la cuisine italo-somalienne que la communauté somalienne a importée à Londres. Il n’y a pas de restaurant italo-somalien à Leucate,  ni même un restaurant italien,  autrefois on trouvait de très bonnes pizzas au Fort de l’eau  à Port Leucate ;le Bar- Restaurant les voiliers qui a pris la relève du Fort de l’eau  est aussi une bonne adresse pour les pizzas – mais un vrai restaurant italien – ou une sorte de grotto ticinese avec pasta, risotto et pizzas manque terriblement dans le pays Leucatois.

En parlant de la cuisine italo-somalienne je pensais qu’ en ce moment à Mogadiscio on a terriblement faim, – et ce qui restait de la cuisine italo-somalienne a certainement disparu depuis longtemps dans les décombres de plus de vingt ans de guerre civile.  Je ne partage pas l’avis de beaucoup de soi- disant experts, qui essaient d’expliquer que la crise humanitaire qui secoue actuellement une grande partie de la corne d’Afrique est surtout une crise hydrique ou climatique. Non j’estime que c’est plutôt la conséquence de vingt-ans de guerre, conséquence catastrophique pour un « failed state »  qui nous intéresse seulement quand les medias nous présentent les images choquant d’enfants  mourants , les « ewige Biafrakinder (les éternels enfants de Biafra) » ;en fait depuis l’opération « restore Hope » il y a juste 21 ans , les choses en Somalie n’ont pas beaucoup changé. Guerre et famine sont un cercle infernal en Somalie  et les changements climatiques n’y sont pour rien (ou disons ne sont certainement pas les causes principales de l’actuelle famine), – même si quelques experts et journalistes essaient de le nous faire croire.

De Mogadiscio à Port Leucate , j’écris ce petit billet entre fortes ondées et orages et quelques rares rayons de soleils qui ici et là éclaircissent la plaine du Palatinat en me souvenant du Soleil de Leucate, ce Soleil de Leucate qui rappelait à ce médecin d’origine somalienne les souvenirs d’un temps où Mogadiscio était encore une ville heureuse.  Ce fut, il me semble, il y a très très longtemps.

Christophe Neff, 10.8.2011

Quelques mots sur l’interview de Jens-Uwe Hettmann, représentant de la Friedrich Ebert Stiftung à Abidjan, dans le Spiegelonline du 8.04.2011

Comme je l’avais déjà écrit dans mon dernier billet, la couverture médiatique de la crise ivoirienne, personnellement je préfère de parler, de la guerre civile en Cote d‘ Ivoire,  est assez remarquable dans les medias allemands (p.Ex. Elfenbeinküste – Gbagbo kämpft sich zurück nach Abidjan).L‘ intérêt de l’Allemagne s’explique peut-être par le fait que l’Allemagne est devenue un important partenaire commercial de la Cote d‘ Ivoire durant les années Gbagbo.  D‘ après Stephen Smith  « les principaux débouchés des exportations ivoiriennes étaient, en 2008, l’Allemagne (9,7%), le Nigeria (9,2%), les Pays-Bas (8,4) et seulement en quatrième position, la France (7,3) suivi de près par les Etats-Unis (7%) (Smith, Stephen 2010, p. 72). Peut être cela explique- t’il l’intérêt des medias allemands  pour la guerre civile en Côte d‘ Ivoire.  Le Spon publiait même dans sa version internationale en anglais un article « The World from Berlin – UN Intervention in Ivory Coast ‚Correct and Justified‘ sur l’intervention armée de l‘ ONU à Abidjan – en fait une intervention de l’armée française – qui fut majoritairement vue d’un  œil positif par la presse allemande (voir l’arcticle du SPON cité, qui est en fait une revue de presse, sur couverture des événements en Côte d‘ Ivoire). Le Vendredi 8.4.2011 SPON présentait un Interview avec  Jens-Uwe Hettmann, représentant de la Friedrich Ebert Stiftung à Abidjan, avec comme titre dans le style de la Bildzeitung : « Elfenbeinküste – Ouattara ist genauso blutrünstig wie sein Widersacher(Ouattara est aussi sanguinaire que son adversaire) » – et ce titre a eu un effet de bombe en Allemagne.  Dans le texte- je cite la version allemande (+ ma traduction française) :

«SPIEGEL ONLINE: Französische Truppen greifen Gbagbos Palast an, wollen mit aller Macht den Wahlsieger Ouattara stärken – was halten Sie von dem Einsatz?

Les troupes  françaises attaquent le palais de Gbagbo, ils veulent à tout prix renforcer le vainqueurs des élections Ouattara – que pensez-vous de cette action ?

Hettmann: Das ist eine heikle Frage. Denn hinter dem Engagement der Franzosen stecken offensichtlich auch wirtschaftliche Interessen. Mit Ouattara unterstützen die Franzosen einen Mann, der genauso blutrünstig ist wie Gbagbo.

C’est une question délicate. L‘ engagement des français est aussi guidé par des intérêts économiques. Avec Ouattara les français soutiennent un homme qui est aussi sanguinaire que Gbagbo. »

Je ne vais pas traduire l’interview en toute sa longueur, – l’interview est assez long  (le Spiegel pourrait bien le traduire en anglais pour sa version internationale) – mais ce sont surement les phrases clefs de l’interview de Heckmann dans le SPON, Interview qui du reste n’est pas très optimiste sur les chances de voir la Cote d’Ivoire retrouver un solide chemin vers la paix intérieure. Il est difficile d’évaluer la situation à une distance de plusieurs milliers de kilomètres, – mais les infos qui me parviennent, que se soit de  Duékoué (le rapport de Human Rights watch sur les massacre de Duékoué – en anglais + en francais) , de Cocody (ou d’autres quartiers d’Abidjan ) – ou même de Touba, me font croire que malheureusement les avis et jugements de Jens-Uwe Hettmann sur la situation en Côte d’Ivoire (massacres, executions, tortures, pillages etc.) sont bien fondées.  Ce n’est pas l’intervention de l’ONU respectivement les militaires français à Abidjan qui ont terni l’image du soit disant démocrate Ouattara vainqueur de soi-disants élections libres. Ce sont les massacres de sa soldatesca, – ses Lansquenets incontrôlables qui sèment la terreur partout où  ils maitrisent le terrain – qui font qu‘ aujourd’hui au moins dans une partie de l’opinion internationale ,en Allemagne ceci est aussi une conséquence de  l’interview de Hettmann  dans le SPON ,Allassane Ouattara  est plutôt vu comme un homme politique incourtournable pour la Côte d’Ivoire, mais un homme politique que vaut guère mieux que Laurent Gbagbo.

Sources citées :

Smith, Stephen : Voyage en postcolonie – le nouveau Monde franco-africain. Paris, (Grasset), ISBN 978-2-246-75971-6

Spiegel- Online (8. 4.2011):  Elfenbeinküste – Ouattara ist genauso blutrünstig wie sein Widersacher. Interview de Spiegel-Online avec  Jens-Uwe Hettmann, représentant de la Friedrich Ebert Stiftung à Abidjan.

Christophe Neff, Grünstadt le 10.4.2011

P.S.: Voici le lien vers la Friedrich Ebert Stiftung à Abidjan.

Blognotice 6.4.2011

Jolies couleurs de printemps dans le palatinat. Les cerisiers en fleurs, les mirabelliers en fleurs, les pruniers en fleurs – tout cela rappelle un peu un pays de vergers et de jardins en fleur. Belles journées de printemps, avec déjà des journées pleines de soleil, qui nous apportent un premier goût d’été. Le dernier week-end les thermomètres dans le Linage avoisinaient le 25 C.

Mais le printemps n’est pas pour tout le monde.  Durant ces jours- ci je pensais  beaucoup au centre de la Béthanie à Man ou j’ai passé une partie du printemps 1990. Man qui se situe  au nord de Duékoué, où entre le 27 et 29 mars un nouveau massacre vient de se produire.  Un massacre de plus, dans cette sinistre guerre civile qui ravage la Côte d‘ Ivoire déjà depuis trop longtemps – et  malheureusement ce scénario de massacre était prévisible ; moi-même je le  craignais dans mes billets du 4.12.2010 & 5.12.2010 Dans la presse on parle de crise post- électorale – mais cette crise post- électorale a tous les ingrédients d’une guerre civile. Que se passe-t-il vraiment à Cocody ? Naturellement vu depuis les verges fleuris du palatinat on n’est qu‘ un  impuissant observateur – et on espère que tout cela trouvera  enfin sa fin,  que la Cote d‘ Ivoire puisse simplement trouver sa paix et  qu’Abidjan puisse redevenir la perle de l’Afrique occidentale comme jadis quand je l’aie connue.  Comparé à d’autres tristes événements en Afrique, particulièrement en Afrique francophone, la presse allemande couvre assez bien l’événement  – la crise jadis post électorale que je considère comme une vraie guerre civile , même la Rheinpfalz nous en parle presque tous les jours. Je ne sais pas pourquoi cet intérêt médiatique pour les événements en Côte d‘ Ivoire ; car un massacre de plus ou de moins dans la région des grands lacs dans le Kongo-Kinshasa  ici n’intéresse guère  grand monde en Allemagne (à voir  aussi ma note en souvenir de Makombo    ). Peut être est- ce la peur de voir le prix du cacao grimper, car l’Allemagne est un gros consommateur de chocolat au lait, qui explique l’intérêt médiatique pour la crise actuelle en Côte d‘ Ivoire . A signaler l’analyse « Frankreichs Einsatz in der Elfenbeinküste: Freiheit, Gleichheit, Profit“ de Stefan Simons du Spiegel – elle vaut certainement la lecture.

Loin de Cocody dans les verges fleuris du palatinat je ferme les yeux et espère que la Côte d‘ Ivoire pourra bientôt retrouver sa paix et sa liberté  et se reconstruire un meilleur  avenir. Mais à vrai dire, je ne me fais pas beaucoup d’illusions.

Christophe Neff, Grünstadt le 6.4.2011

Blognotice 23.3.2011

Le printemps débute avec la floraison des forsythias et des amandiers sur la Weinstrasse. Depuis mon dernier billet qui évoquait la menace d’un bain de sang à Benghazi la situation en Lybie a beaucoup évolué.  Après le coup de gueule de Martine Aubry, l’édito du Monde du 15.3.2011, le point de vue de personnalités  comme BHL, Daniel Cohn Bendit, Bernard Kouchner, André Glucksmann et beaucoup d‘ autres :oui, il faut intervenir en Lybie et vite  , et le coup de force de la diplomatie française, la résolution 1973 du conseil de sécurité des nations unies fut votée dans la nuit du jeudi 17.3.2011. Le samedi 19 mars les premier avions de chasse français patrouillaient dans le ciel de Benghazi pour ouvrir le feu vers 17.45 sur des véhicules blindés dans les environs de Benghazi. Depuis, le ciel de Lybie est sous contrôle des aviations alliées (française, Etats-Unis, Royaume-Uni principalement) – mais l’opération est en train de s’enliser et il semble y avoir des discordances entre les partenaires de cette coalition anti-Kadhafi et le reste de l’Otan. Précisons que l’intervention de cette coalition se fit attendre longtemps,  mais au moins à Benghazi ,un bain de sang fut évité de justesse. Le ciel de la Libye appartient maintenant aux avions de la coalition anti-Kadhafi  – et Kadhafi ne peut  plus utiliser son aviation pour bombarder sa propre population. Sur terre la situation est beaucoup plus complexe. En France (et dans une grand partie de la blogosphère internationale) il semble y avoir un consensus politique de droite à gauche qui soutient l‘ application de la résolution 1973 et en Allemagne c‘ est exactement le contraire :il n’y pas de consensus, le gouvernement de Merkel s‘ est abstenu lors du vote crucial au conseil de sécurité le 17.3.2011 ;mais ici et là on peut entendre des  voix divergentes dans une partie de la classe politique allemande. Le commentaire de l’ancien ministre des affaires étrangers Joschka Fischer dans la Süddeutsche Zeitung du 22.3.2011 « Deutsche Aussenpolitik  – eine Farce (la politique étrangère  allemande – une farce) »  est une véritable claque pour une grande partie de la classe politique allemande,  cela vaut pour le gouvernement d‘ Angela Merkel comme pour une grande partie de l’opposition.  Personnellement j’adhère pour 100% à l’argumentation de Joschka Fischer publiée dans la Süddeutsche Zeitung, et ce point de vue de Joschka Fischer mériterait une traduction en français.

L’application tardive de la résolution 1973 a évité un bain de sang à Benghazi ,c‘ est déjà un petit succès , mais pour le reste de l’évolution en Libye je ne me fais pas trop d’illusion  et je renvoie á  l’analyse de DAVID D. KIRKPATRICK  « Hopes for a Qaddafi Exit, and Worries of What Comes Next »     dans le NYT.

Christophe Neff, Grünstadt le 23.3.2011

Il est Mort Demain – en souvenir du rêve d’une Libye libre !

Il est Mort Demain – est un poème du poète soudano – libyen Mohammed al-Faytouri. J’ai découvert le poème durant la lecture de l’Anthologie « les poètes de la Mediterranée ». En lisant le poème je pensais aux libyens qui essaient de se soulever contre Kadhafi et son clan – mais le destin de ce soulèvement semble être décidé : dans quelques jours Benghazi le dernier bastion de la rébellion libyenne va, sauf miracle, tomber ! En réalité nous ne savons guère grand-chose sur cette rébellion contre Kadhafi.

Mais nous savons tous que la vengeance du colonel Kadhafi envers les rebelles, envers la ville de Benghazi véritable capitale du soulèvement libyen sera terrible. L’édito du Monde du 15.3.2011 « Il est temps d’aider la rébellion libyenne » vient beaucoup trop tard – le rêve d’une Libye un peu plus libre semble vivre ses derniers heures. Je reprends ici les premiers couplets du poème « il est mort » de Mohammed al – Faytouri pour que les espoirs de liberté à Benghazi, dans toute la Libye ne tombent pas dans l’oubli. On peut trouver la totalité des vers entre autre ici dans le Blog de Patricia Tutoy.

Il est mort

Aucune goutte de pluie ne s’est attristée

Aucun visage humain ne s’est assombri

La lune n’a pas survolé sa tombe de nuit

Aucun ver paresseux n’y a déployé son corps

Aucune pierre ne s’est fendue

Il est mort demain

cadavre sali

linceul oublié

tel un rêve…

le peuple s’est réveillé

et a traversé le champ des roses au crépuscule

comme un ouragan

il est mort

dans son âme noircie incendiée un passé de sang

et de gibets suspendus

des cris de révolte dans les prisons

visages douloureux et fendillés des vieilles

bras tordus dressés comme des faucilles

yeux où plonge l’ombre des potences

ô mon fils

en quel lieu les soldats ont-ils emmené ton visage

pourquoi m’ont-ils privé de l’odeur de ta chemise ?

mon fils si beau dans l’éclat de sa jeunesse

marchait sur les élans des coeurs

le geôlier a cadenassé la porte de sa grande prison

une chaîne a rampé

et le fouet a enveloppé la nuit de lamentations.

Source :

Al – Faytouri, Mohammed : Il est Mort demain. In : Bonnefoy, Y. (Eds) : Les Poètes de la Méditerrannée. Anthologie. Paris, Gallimard Culturesfrance, p. 382-387. ISBN 978-2-07-043597

Christophe Neff, Grünstadt le 16.3.2011