En souvenir d’André Weckmann – der Sprachbrückenbauer – le bâtisseur de passerelles linguistiques

En revenant de deux semaines de vacances en France, je découvris en lisant la Wochenendausgabe de la Rheinpfalz qu’André Weckmann était décédé le 29 juillet à Strasbourg. La Rheinpfalz avait publié un belle nécrologie d‘ André Weckmann écrite par Bärbel Nückler sous le titre « Der Sprach-Brückenbauer – Nachruf: – In dieser Woche starb der elsässische Dichter André Weckmann- Erinnerung an eine große literarische Stimme am Oberrhein». La nouvelle ne parvenait pas dans le Midi français, – les medias nationaux n’avaient pas transporté le triste message du décès d’André Weckmann, – celui-ci restait confinée entre les Vosges et la plaine rhénane. J’aurais tellement aimé  lire une belle nécrologie dans le Monde, ou dans la République des lettres,- mais presque rien – sauf  la très réussie nécrologie de Claude Keiflin « André Weckmann: « J’ai toujours eu de la chance » » publiée dans les blogs le Monde. Est-ce  que la France médiatique aurait un une fois de plus peu oublié l’Alsace, – oublié l’ancien malgré-nous qui déserta pour rejoindre les FFI, le chantre du bilinguisme, le poète des messages d’espérances et d’humanisme. En fait le grand public français avait que  découvert André Weckmann grâce à sa lettre de soutien à Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier pendant leur enlèvement en Afghanistan – lettre qui fut lue le 28 février 2011, par le comédien Charles Berling à Paris et l’enregistrement fut diffusé sur RFI. Dans cette lettre André Weckmann nous parle des peurs et des angoisses qu’il ressentit dans la cave à Steinbourg où il se cachait pour se soustraire à la Wehrmacht – après avoir déjà été blessé à trois reprises sur le front de l’est comme incorporé de force dans l’armée hitlérienne , sachant bien que, si l’occupant allemand l’attrapait il serait exécuté, pendu – un châtiment exemplaire pour disséminer la peur en Alsace. Après la guerre André Weckmann, devenu Professeur d’Allemand, écrivain, poète, humaniste , fut aussi un des bâtisseurs de la réconciliation franco-allemande. J’aurais aimé qu’on  parle  plus du décès d’André Weckmann dans la France de nos jours, sur l’œuvre littéraire, sur l’homme qui contribua à la réconciliation franco-allemande. J’ai parfois l’impression que l’œuvre littéraire de Weckmann est actuellement plus présente dans les milieux littéraires allemands que français. Mais peut-être  me trompé-je. Peut-être pourrait- on rééditer son premier roman « Les Nuits de Fastov » pour que l’auteur ne sombre  pas dans l’oubli en dehors de ses terres natales entre Steinbourg et Strasbourg.

Le dernier récit de Weckmann que j’ai lu était le « Babbaschott » publié dans un numéro spécial du magazine littéraire « Allmende » consacré à la littérature & paysages alsaciens (Allmende 87/Literarische Landschaften-das Elsass). C’est une fable sur les paysages ruraux de l’Alsace contemporaine, écrit en « Hochdeutsch » mélangé ici et là avec des expressions françaises, parsemé de  vers en « Elsässerditsch » – dont je me permets de reproduire le dernier publié dans le récit « Babbaschot ».

« Luej

dr owed het saim

heer

der wind raitzelt in de baim

spier

d wärme von der letschte traim (Weckmann, André 2011, 58).»

 

Textes cités:

Nückler, Bärbel (2012): Der Sprach-Brückenbauer – Nachruf: – In dieser Woche starb der elsässische Dichter André Weckmann- Erinnerung an eine große literarische Stimme am Oberrhein. In : Die Rheinpfalz Nr. 180, – Balkon: Über Grenzen. Samstag 4. August 2012.

Weckmann, André (2011): Babbaschott. In: Allmende, Zeitschrift für Literatur, 87, 31. Jahr, Juli 2011: Literarische Landschaften – Das Elsass, p. 45- 58, Karlsruhe, ISBN 978-3-88190-639-5

Christophe Neff, le 7.08.2012

Blognotice 8.7.2012

François Hollande et Angela Merkel ont célébré, dimanche 8 juillet à Reims, les 50 ans de la réconciliation franco-allemande, scellée dans la cathédrale de cette ville le 8 juillet 1962 par le général de Gaulle et le chancelier chrétien-démocrate Konrad Adenauer.  L’Editorial du dernier Monde est intitulé – Pour un nouveau traité franco-allemand – et nous propose un renouveau du traité franco-allemand – un nouveau traité franco-allemand. Belle paroles du dimanche, beaux symboles, pour cet acte courageux de Konrad Adenauer et de Charles de Gaulle, dans ce lieu historique, qui est la Cathédrale de Reims. Oui en juillet 1962, il fallait encore beaucoup de courage et de vision historique, pour entamer cette « réconciliation » historique franco-allemande, car les plaies de la deuxième guerre mondiale n’étaient guère cicatrisées. J’en sais quelque chose, de ces douleurs franco-allemandes, – mes parents formant un couple franco-allemand, se sont mariés en Aout 1962, – j’ai vu le monde en 1964, – ce rapprochement franco-allemand fut un acte courageux et hautement symbolique – et ceci à tous les niveaux. Naturellement ce projet fut d’abord un projet des élites politiques des deux côtés du Rhin, – mais ces élites ont  pu à travers ce projet rapprocher réellement une grande partie de la population française et de  la population de l’Allemagne de l’ouest, il faut le rappeler, car l’ Allemagne était encore divisée en deux états distincts, – mais depuis la réunification la donne a sensiblement changé, qu’on le veuille ou non. Dans le dernier Monde – on trouve une très remarquable analyse  de Frédéric Lemaître « Le  grand dessin de Angela Merkel » –  qui débute  avec ces mots mémorables  « La chancelière célèbre à Reims le 50e anniversaire de la réconciliation franco-allemande, dimanche 8juillet. Mais la France n’est plus son horizon. Angela Merkel est en campagne pour l’Europe de demain, une Europe qu’elle veut politique. Par conviction autant que par intérêt » qui résume en quelque part les grands changements de la politique franco-allemande comme elle est actuellement pensée sur les rives de la Spree.  Oui en écrivant « Si jamais, à Reims, l’émotion est au rendez-vous, elle risque de n’être que fugitive », Fréderic Lemaitre décrit avec une précisions remarquable ce qui se passe actuellement dans le Berlin politique. Le « succès story » du rapprochement franco-allemand, – cela se passait dans les années 1970 et 1980, – échanges de classe, jumelage franco-allemand, – c’était en partie dû au travail remarquable du Deutsch-Französische Jugendwerk. Mais aujourd’hui en dehors de belles paroles de dimanche – on peut légitiment se demander ce qu’il reste de l’effort courageux de Konrad Adenauer et de Charles de Gaulle. En France l’enseignement de l’allemand régresse. Combien des élus de la XIVe législature de la Cinquième République française qui siègent au Palais Bourbon  peuvent encore s’exprimer dans la langue de Goethe?  Combien des « Bundestagsabgeordnete » maitrisent encore le français ? Au niveau du Bundestag il n’en reste pas beaucoup, Gunther Krichbaum, Peter Altmeier, Andreas Schockenhoff et Wolfgang Schäuble de la CDU, Claudia Roth des verts, Ernst Burgbacher de la FDP, ce sont les noms de membres du Bundestag qui sont souvent  cités par les medias allemands comme « francophones ». La SPD manque à l’appel, – il y a certes peut être des « Bundestagsabgeordnete » membres de la SPD Bundestagsfraktion francophones  – mais ils ne se sont a priori pas fait connaitre par les medias – travailler au quotidien pour le « rapprochement » franco-allemand n’étant pas considéré comme un travail prometteur pour une carrière politique en Allemagne.

Personnellement je crois qu’un réel rapprochement franco-allemand sur le terrain du quotidien, se fera seulement par l’apprentissage mutuelle de la langue de l’autre – et ceci n’est pas gratuit, cela demande un effort collectif– et individuel des deux côtés du Rhin.  Oui apprendre la langue de l’autre, de faire l’effort de se plonger dans la culture de l’autre, d’essayer de « comprendre » la vie de l’autre – n’est pas gratuit, – mais je pense, que, au-delà des symboles des commémorations des anniversaires historiques, – c’est le seul moyen pour assurer dans la durée ce que Charles de Gaulle et Konrad Adenauer ont fait débuter durant cette messe historique à la Cathédrale de Reims le 8 juillet 1962.

Sources citées:

Lemaître, Frédéric (2012):  Le  grand dessin de Angela Merkel. Le Monde Dimanche 8, Lundi 9 Juillet 2012, décryptages ENQUÊTE, page 13.

Christophe Neff, le 8.7.2012

Blognotice 19.5.2012: décidément la météo

Le mardi 15.5.2012 matin, jour de l’investiture du 7ème président de la Vème République, Monsieur François Hollande, en écoutant la radio pendant le petit déjeuner, on nous annonçait des fortes chutes de neige pour les divers Mittelgebirge (Forêt Noire, Jura Souabe) je me disais « décidément, la météo, cette première visite présidentielle prévue pour le soir du 15.5. à Berlin chez la chancelière ne sera, déjà de par le fait des aléas météorologiques  pas «  une promenade de printemps ». Le soir même l’avion présidentiel, avec François Hollande à bord, fut touché par la foudre, et retarda le voyage présidentiel vers Berlin. Et pendant ce temps, la neige couvrait les « Mittelgebirge allemands » (moyennes altitudes)presque 20 centimètres sur les hauteurs de la Forêt Noire.  Cette réapparition brusque d’une météo hivernale, cela me rappelait des souvenirs d’enfance : combien de fois les fleurs de notre « cerisier du japon » à Schramberg – Sulgen au Lärchenweg  et de notre Magnolia stellata, qui fleurissaient toujours début/mi-mai furent  couvertes de neige. En fait la Raumschaft Schramberg, ce petit pays, en moyenne forêt noire, ce fut aussi un pays sans vrai printemps, – souvent des chutes de neige jusqu’ à début /mi-mai  et après, tout d’un coup l’été arrivait, chaleur, temps lourd apportant ces séries d’orages remontant de l’alsace par la vallée de la Kinzig et s’accrochant aux sommets des « sargdeckel de Buntsandstein »(couvercles de cercueil en grès rose)  pour plonger vallées et montagnes  dans des pluies parfois diluviennes qui provoquent  parfois ici et là des inondations considérables dans la Raumschaft Schramberg. Une fois l’orage passé, chaleurs et temps lourd  revenaient en attendant le prochain « orage de montagne ». La Raumschaft Schramberg, n’était sûrement pas un pays de printemps. Si en Allemagne, il y a une région avec un beau printemps, c’est sûrement la « Pfalz » – le palatinat rhénan  – pays de vins et de la Mandelblüte (floraison des amandiers) – et la Pfalz depuis quelque temps s’autodésigne aussi comme « Deutsche Toskana (toscane allemande) ».  L’Allemagne,  ou au moins une partie du « Deutsche Bildungsbürgertum » est liée par des liens particulièrement affectifs avec l’Italie, ou disons avec une certaine image d’une Italie, image que personnellement je ne partage pas ; mais ceci est surement dû à mes racines familiales franco-italiennes. Pour revenir au petit livre, « Tour de Franz » dont je parlai dans mon dernier billet, je trouve le chapitre « Italienisch für Angeber (Italien pour prétentieux)» particulièrement réussi. Dans ce chapitre (pages 121-125), Cécile Calla, – dans un ton charmant dévoile cet « amour allemand » pour cette « Italie imaginaire ».

L’Allemagne politique a certainement honoré la nomination de  Jean – Marc Ayrault comme premier ministre, – la presse allemande a interprèté ceci comm eun  geste de bonne volonté envers l’Allemagne et le gouvernement Merkel. Personnellement, j’étais assez surpris de voir Laurent Fabius, farouche opposant de la constitution européenne lors du Référendum français sur le traité établissant une Constitution pour l’Europe , nommé  Ministre des Affaires étrangères. Françoise Fressoz interprète cette nomination comme « signal aux électeurs de la France du non » – mais hélas cette explication ne convainc guère.

Au niveau personnel, j’étais ému de voir Aurélie Filippetti, promue  ministre de la Culture et de la Communication . Nous partageons, pour ainsi dire les mêmes racines, – l’immigration italienne dans le « Haut-Pays de Lorraine » ces « italiens » qui arrivaient parfois par trains complets pour y travailler dans les mines de Fer – et dans mon premier billet de paysages j’avais dédié un petit chapitre à son roman « Les Derniers Jours de la Classe ouvrière » – je cite « Revenant aux paysages, en lisant il y a quelques jours Les Derniers Jours de la Classe ouvrière de Aurélie Filippetti, je commence à replonger dans les paysages imaginaires de mon enfance, les paysages des histoires de mes grand parents, de l‘ immigration italienne en Lorraine, de la résistance, du combat politique de la classe ouvrière ». Et quelques semaines plus tard un autre billet, – et depuis en lisant assez régulièrement son blog, j’ai un peu suivit le parcours politique de « Madame la Ministre ». Mes grands-parents, surtout mon grand-père Jean Migliori, auraient surement été émus de voir un « macaroni » nommé Ministre, Ministre dans un gouvernement de gauche. C’était un peu leurs rêves – que les enfants des couches populaires, immigre ou pas, – nés français ou de souche italienne, polonaise etc. (L’immigration maghrébine n’existait pas encore – au moins dans leur temps d’ Instituteurs à l’école d’Hussigny), – puissent  grâce à l’école laïque changer le monde vers un meilleur monde, mais aussi par l’acquis des connaissances puissent  accéder à des hautes responsabilités politiques dans la république française.

Aurélie Filippetti se présente dans la première circonscription de Moselle à Metz pour la députation. Ce ne sera sûrement pas facile, mais je crois qu’elle pourrait bien réussir ce pari électoral. En tous cas, je lui souhaite bonne chance !

Je finis l’écriture de cette blognotice, – même si la « Unterhaardt » fait partie de ce pays de printemps du palatinat rhénan : nous connaissons aussi temps lourds et orages. Il fait assez lourd et je pense que nous risquons peut être ce soir un orage de printemps sur le Linange et la Unterhaardt.

Ouvrages citées :

Calla, Cécila (2009) : Tour de Franz.  Mein Rendezvous mit den Deutschen.Unter Mitarbeit von Johanna Lühr. Aus dem Franzöischen von Brigitte Lindecke. Berlin (Ullstein), ISBN 978-3-548-26862-0

Filippetti, Aurélie (2003) : Les derniers Jours de la classe ouvrière. (Stock – Le Livre de Poche), ISBN 2-253-10859-6

Ecrit le 19.5.2012, publié le 20.5.2012

Christophe Neff, Grünstadt

Dimanche 13.5.2012 – avant dernier jour du règne de „Merkozy“

paysage de Bunias d'orient dans le Linage entre Sausenheim et Ne
Paysage de jaune de Bunis d’Orient (Bunias orientalis) dans le linage entre Sausenheim et Neuleiningen, © Christophe Neff 13.5.2012 

Le Dimanche 13.5.2012, avant dernier jour du règne de « Merkozy » fut une belle journée  de printemps dans le « Leiningerland », ensoleillée mais relativement fraiche pour un début mai. Les « Bunias d’orient (Bunias orientalis)» ont commencé à envahir les bords de route, friches, prairies des fauches dans le Linange tremper une partie du paysage dans une étrange couleur jaune.

Dans le Leiningerland, comme dans une grande partie de L’Allemagne, – la saison des asperges – die Spargelsaison – vient de commencer.  Dans le petit livre charmant de Cécille Calla –  « Tour de Franz » de Cécile Calla, on trouve un petit chapitre sur l’importance de la « Spargelsaison » – Spargel, eine deutsche Passion (L’Asperge, une passion allemande) pour les Allemands. Malheureusement ce livre n’a, à ma connaissance, jamais été traduit en français. Dommage, on aurait bien  pu glisser cette petite lecture dans les bagages de Monsieur Hollande pour son prochain voyage à Berlin, – son premier  rendez-vous  avec la chancelière Angela  Merkel. Au-delà du tout politique du monde politicien ce livre nous présente une  petite  vue intérieure de cette Allemagne, qui est restée une grande inconnue pour beaucoup de français, y compris une grande partie de la classe politique française. En fait ce livre nous reflète un peu la vie courante du citoyen allemand, vue par une journaliste française résidant à Berlin.

Donc charmante petite vue intérieure de l’Allemagne, même si je trouve que le point de vue est un peu trop « Berlinerisch », – car Berlin est Berlin, – et l’Allemagne, surtout les ruraux allemands, n’ont pas grand-chose de commun avec la « Großstadtluft de Berlin ». Ce petit livre mérite quand même d’avoir une place dans le bagage de Monsieur Hollande, – car ce premier rendez-vous avec Madame la chancelière ne sera certainement pas une « promenade de dimanche » – en plus que après avoir subi un tel revers   en Rhénanie-du-Nord-Westphalie,  avec à peine 26% de voix pour la CDU – un score historiquement bas – sa position dans la «CDU » est plutôt fragilisée, ce qui n’augmente sûrement pas sa marge de manœuvre au niveau de la coalition « noire-jaune ». En plus ce qui ne semble pas être connu  en France, –  la politique d’austérité de Madame est toujours très populaire en Allemagne, – même dans un partie de la SPD – à ce point que le SPD n’ose pas présenter un vrai programme économique alternatif  à la politique d’austérité de Madame Merkel. Un vrai dilemme pour la SPD.

Le voyage de Monsieur Hollande à Berlin, voyage prévu pour le mardi 15.5.2012 ne sera certainement pas une promenade de dimanche de printemps.  Mais j’espère que les proches, les consultants politiques de Monsieur Hollande auront certainement bien préparé ce voyage à Berlin – et ils pourront certainement résumer  quelques chapitres du petit livre de Cécile Calla pour éviter d’avance ces quelques petites « deutsch-französische Mißverständnisse » ces petits malentendus franco-allemands, qui sont si souvent dus à la méconnaissance du « Alltag » – de la vie quotidienne de l’autre !

Livre cité :

Calla, Cécila (2009) : Tour de Franz.  Mein Rendezvous mit den Deutschen.Unter Mitarbeit von Johanna Lühr. Aus dem Franzöischen von Brigitte Lindecke. Berlin (Ullstein), ISBN 978-3-548-26862-0

Christophe Neff, le 13.5.2012

Blognotice 22.2.2012

Le modèle allemand est en vogue en ce moment en France, ce fameux modèle allemand est même entré en grande pompe dans les discussions des élections présidentielles! Et naturellement les medias français en parlent, dernièrement Agnès Verdier-Molinié nous vantait le modèle allemand dans le Monde.  Même si les chiffres publiés par Madame Verdier sont corrects – je trouve l’analyse publiée par Michaël Foessel beaucoup plus proche de la réalité allemande, politiquement beaucoup plus pertinente.  Personnellement, j’ai l’impression que depuis le début du quinquennat du Président Sarkozy,  la fosse « socio-économique » qui sépare la France et l’Allemagne s’est élargie sensiblement, – oui, s’élargit de plus en plus au détriment de la France.  Si les diverses équipes gouvernementales de Monsieur Sarkozy ont vraiment essayé de réduire l’écart socio-économiques entre les deux pays, ils étaient fort « malchanceux » – ou peut être n’ont-ils jamais vraiment tenté l’effort de réduire cet écart. Mais parfois les réalités sont beaucoup plus complexes –  et c’est qu’en France on connait  le« Wissenschaftsprekariat »  allemand? Cette réalité allemande est très bien décrite dans l‘ Analyse « Enorm leidensfähig – Arbeitsbedingungen an Unis » dans la Zeit du 8.12.2011.  Mais j’aimerais faire découvrir une autre réalité aux lecteurs de paysages. Il y a en France encore des domaines – où la France – en dehors de toute querelle politicienne – peut encore servir de modèle: par exemple la politique de la Défense de la Forêt contre les Incendies – la DFCI. C’est ainsi que depuis des années je propose un cours universitaire sur la DFCI où nous descendons avec une quinzaine d’étudiants allemands dans le Sud de la France pour nous informer sur cette Défense de la Forêt contre les incendies,  pour participer à des chantiers de brûlage dirigé.  Ce cours est monté grâce à l’aide d’Eric Rigolot de l’INRA Avignon et de Jean-Paul Baylac de la cellule feu de forêt de l’ONF 11. Ce cours, ou disons la politique de la DFCI française a une telle renommée un Allemagne,  que le cours a déjà été couvert par une émission de radio (Deutschlandfunk – Feuerschutz mit Flammen en février 2006) et en 2011 nous avons été accompagnés par la commandante des pompiers de Schramberg Annette Melvin, qui craint les risques de feux de forets pour Schramberg et la Moyenne Forêt Noire. Donc dans le domaine de la défense de la Forêt contre l’incendie la France est un modèle incontestable.  L’Allemagne par contre, a oublié son histoire de feux de forêts, – l’incendie meurtrier de la Lüneburger Heide est tous simplement tombé à l’oubli –  a disparu de la mémoire collective.  Concernant le cours 2012 « brulage dirigé » nous fûmes un peu victimes des aléatoires météorologiques : le grand froid qui régnait sur le Midi méditerranéen – froid exceptionnel qui provoqua le blocage du Port de Leucate par la glace, donc  malheureusement nous n’ avons pas eu la chance de pouvoir participer à un chantier de brûlage dirigé. Mais nous avons quant même eu la chance de pouvoir visiter le centre de secours de Lézignan et le centre de secours de Leucate.  Les étudiants étaient impressionnés par les moyens et le matériel mis à disposition de la DFCI. La plupart d’eux n’avaient jamais vu un CCF (Camion citerne feux de forêts) car une grande partie des unités de pompiers allemand ne dispose pas d’un tel matériel.

Je finis donc  avec ce constat – à force de s’obstiner sur le fameux modèle allemand – on oublie parfois les réalités réelles qui se cachent derrière ces images  et phantasmes de l’autre. En Allemagne il n’existe pas de DFCI digne de ce nom, et en France heureusement il n’y a pas de Wissenschaftsprekariat, – le fameux Dr. Hartz IV – ou Privatdozent Dr. Hartz IV est encore un illustre inconnu en France.

Photos :

1.) © C. Neff:  CCF 6 Leucate du centre de secours de Leucate 17.2.2012

2.) © J.-F. Heger : Le cours chantiers de brûlage dirigé/ DFCI février 2012 du IFGG-KIT devant le CCF 6 Leucate 17.2.2012

Christophe Neff, le 22.2.2012

Blognotice 10.12.2011

L’affaire Montebourg laisse des traces dans les Zungenknoten du 10.12.2011 de Martin Graff sous le titre «Über  französische Germanophobie». Mais à vrai dire, – les propos « germanophobes » de Arnaud Montebourg sont presque passés inaperçu en Allemagne. Le discours de François Holland au Bundesparteitag de la SPD lundi dernier,  à plutôt intéressé les medias français  – mais grâce au Zungenknoten du 10.12.2011 de Martin Graff ce discours réapparait dans le paysage médiatique allemand.  Si il y eu a un discours à retenir du Bundesparteitag de la SPD 2011 – ce fut le discours du Altkanzler Helmut Schmidt « Deutschland in und mit Europa »  – et ce discours remarquable est dans un certain sens une réponse à « Madame Merkel, Bismarck, l’euro et nous, les autres Européens » de Monsieur Montebourg. Dommage que le SPD n’ait pas mis en circulation une traduction française du discours de Helmut Schmidt car ce texte mérite l’attention du publique français, du publique européen, car c’est de l’avenir de l’Europe que l’ancien chancelier parle avec verve et émotion. Entre temps, pour une fois de plus – les gouvernements on tenté de sauver l’Euro – et le prochain sommet de sauvetage laissera surement pas s’attendre longtemps ! Aveugle par le sauvetage permanent de la monnaie européenne nous ne remarquons pas qu’au cœur de l’Europe des 27 un nouveau régime autoritaire est en train de naitre. Très bon article de Jan – Werner Müller «Ist Ungarn noch demokratisch ? – die EU rettet Griechenland, ignoriert aber Ungarns Abdriften ins Autoritäre » sur la dérive dans l’autoritarisme de l’Hongrie de Victor Orban dans la Zeit du 8 décembre 2011. Ce samedi 10 décembre 2011 fut aussi jour des remises des prix Nobel 2011 –  cérémonie qui me lassa penser à la chaise libre lors de remise du prix de Nobel de la paix 2010 à Oslo le 10 décembre 2010  – le Prix Nobel de la paix 2010 Liu Xiaobo croupit encore de nos jours dans une prison chinoise –  j’espère que le monde libre n ‘oubli pas Liu Xiabo et les autres prisonniers politique en Chine!

Sources:

Rede von Francois Hollande, Kandidat der Parti Socialiste (PS) bei der französischen Präsidentschaftswahl 2012, beim ordentlichen SPD-Bundesparteitag am 5. Dezember 2011 in Berlin

Rede „Deutschland in und mit Europa“ von Helmut Schmidt Bundeskanzler a. D beim ordentlichen SPD-Bundesparteitag am 4. Dezember 2011 in Berlin

Christophe Neff,  le 10.12.2011

Blognotice 4.12.2011 – sur les propos germanophobes d’Arnaud Montebourg

Pour ce premier week-end de décembre la météo nous prévoit une tempête de neige sur les sommets de la Forêt – Noire – pour le Feldberg le dwd nous annonce de fortes chutes de neige – et des rafales d’ouragan (kräftige Schneeschauer und orkanartige Böen).  Une autre tempête – qui souffle sur le Rhin sont « les propos germanophobes d’ Arnaud Montebourg ».

« Je dis l’égoïsme allemand. Je parle du nationalisme allemand qui est en train de ressurgir à travers la politique à la Bismarck de Mme Merkel. Elle construit la confrontation pour imposer sa domination » Verbatim Arnaud Montebourg sur Question d’ Info le 1.12.2011. Et les propos  qu’il tient sur son blog dans le billet « Madame Merkel, Bismarck, l’euro et nous, les autres Européens… », même si ils sont un peu plus nuancés, vont dans la même direction.

Dans quel état la gauche se trouve-t-elle si certains des ses membres se croient obligés de recourir aux arguments germanophobes pour gagner quelques voix de plus ? C’est ahurissant  – et en plus je cite l’édito du Monde du 3.12.2012 intitulé «Certains socialistes, derrière leur ligne Maginot » – «En outre, même si elles viennent de chevaux-légers, ces critiques socialistes tombent dans le piège tendu par Nicolas Sarkozy, qui a choisi d’instrumentaliser le modèle allemand pour justifier ses réformes. » c’est politiquement contreproductif.  Une vraie attaque politique contre le gouvernement français aurait  pu être de pointer le doigt sur le fait que depuis le « Sarkozysme » règne sur la France, l’écart économique entre l’Allemagne et la France devient de plus en plus grand – il se creuse de jour en jour ! Et ceci n’est certainement  pas la faute de Madame Merkel. Mais jusqu’ à présent les propos de Montebourg – « ont été peu repris dans la presse outre-Rhin » comme l’écrit Frédéric Lemaître dans son analyse sur les actuelles relations du SPD et du PS la Süddeutsche en parle un peu  –  Montebourg est présenté comme un homme politique, de star juvénile de  l’aile gauche des socialiste utilisant le langage de l’extrême droite « Manche „Kameraden“, wie sich die Genossen in Frankreich nennen, schlagen dabei Töne an, die man eher aus dem Lager des rechtsextremen Front National erwarten würde. Ein frappierendes Beispiel liefert Arnaud Montebourg. Der jugendliche Star des linken Flügels der Sozialisten warf Merkel am Mittwoch vor, sie wolle den Euro töten und Deutschland am Ruin anderer Länder bereichern. Zudem betreibe sie eine Politik „à la Bismarck“ » Mais à part cela les rafales que le discours de Montebourg a provoquées en France n’on jusqu’à présent pas encore rejoint l’Allemagne. Même dans les Zungenknoten de Martin Graff dans la Rheinpfalz du 3.12.2011, ce fin sismographe des relations franco-allemandes – dont les derniers sont dédiés à la « Diktatur der Gefühle », on ne trouve pas un mot sur le discours  de Montebourg. Peut être la presse outre-rhin reprendra-t-elle les propos de Montebourg lors du discours de François Holland devant les congressistes du SPD Bundesparteitag 2012. Peut être les propos de Montebourg seront –ils simplement couverts par les premières neiges en Forêt Noire  et n’atteindront jamais le grand public allemand.  En plus les medias allemands en ce moment sont plutôt intéressés par le futur de « Wetten dass … ? », surtout  pour savoir qui prendra la succession de la Thomas Gottschalk, l’actuel présentateur du show (jusqu’au 3.12.2011  et après, on ne sait pas trop !), que par le déraillement germanophobe de Arno Montebourg.

 

De très bonnes critiques sur la politique européenne de Merkel – se trouvent dans l’analyse de Frédéric Lemaître du  Monde « Angela Merkel et l'“Europe allemande“ » – ou  dans l’édito du NYT « Germany’s Denial, Europe’s Disaster «  du 29.11.2011, car on peut très bien critiquer cette politique, même la critiquer sévèrement, comme le fait le NYT, sans tomber dans la pure germanophobie, comme le fait Monsieur Montebourg.

Issu d’une famille de gauche, franco-allemand, voir un homme politique qui se prétend être de gauche, une prétendue star de la gauche française, ce monsieur 17 %   tomber dans la germanophobie pour quelques voix électorales de plus, cela me semble être une absurdité monstrueuse !  Schämen Sie sich Herr Montebourg ! Honte à vous monsieur Montebourg !

Christophe Neff, le 4.12.2011

 

Souvenirs du mardi 22.11.2011 – Ne dis jamais que c’est ton dernier chemin

Après un long voyage matinal à travers les brumes rhénanes, arrivant au bureau le matin du 22.11.2011 découvrant la lumière pâle de quelques rayons de soleil sur le Kraichgau, après que j’ai mis en marche l’ordinateur du bureau : déferlante d’emails ,comme chaque matin,  un petit coup d’œil sur le Spon : un feu de forêt dans les Alpes bavaroises à Lenggries qui pose problème aux pompiers , email d’alerte des abonnées le Monde : « La veuve de l’ancien président français François Mitterrand est morte dans la nuit de lundi à mardi » et découverte de la nécrologie dans le Monde.fr  « Danielle Mitterrand – combat d’une militante ».  En lisant cette nécrologie de Béatrice Gurrey, en découvrant les extraits de sa dernier interview avec Corinne Chabaud du magazine la vie,   ressurgissent  les mots de Serge Moati « Mitterrand, muet, grave, est assis à l’avant de la R30, près de Pierre son chauffeur. A l’arrière, Danielle bien sûr, et sa sœur Christine. Conduisant lentement sous les trombes d’eau, le camarade Tourlier, membre de l’aile gauche du parti socialiste, se met ä fredon­ner L’Internationale. Le vieil hymne d’espoir et de révolte est repris par les deux sœurs euphoriques et rieuses. Et par Mitterrand. Un peu. Puffs, Danielle dit à François :

Tu sais, le plus important pour moi, François, c’est que ce soir, cinq hommes, condamnés à mort, ont appris qu’ils n’allaient pas mourir. Et elle ajoute : Que c’est étrange, c’est comme si, à la radio, on parlait d’autres gens que nous… je n’arrive pas à y croire. (Moati, S 2011, 137-138). »  – mots que j’avais lus il y a à peine quelques mois, dans  le livre de souvenir « 30 ans après » de Serge Moati dédie au 11 mai 1981.

Il y avait aussi ce matin la une belle nécrologie de Stefan Simons du Spiegel – Zum Tode Danielle Mitterrands: Ihr Herz schlug links – et depuis, une semaine est passée – il y eu a la cérémonie des derniers hommages à Cluny, avec l’émouvant discours d’hommage de Gilbert Mitterrand et de Michel Joli , et toujours ces brumes rhénanes incessantes pendant que j’écris, la France, l’humanité a perdu une grande personnalité  une voix qui s’élevait pour les opprimés du monde ! Notre Monde aura toujours besoin  d’une telle voix, de nos jours il suffit de tourner le regard vers la Syrie!

Danielle Mitterrand restera dans mon souvenir cette combattante éternelle pour l’abolition de la peine de mort,  pour les droits de l’homme, pour les opprimés oubliés du monde, mais surtout cette jeune femme courageuse résistante aux yeux de chat, qui tomba amoureuse d’un certain Capitaine Morland !

Adieu Madame – zog nit keyn mol, az du geyst dem letstn veg (Ne dis jamais que c’est ton dernier chemin), c’est avec ce mots de Hirsch Glik que je vous dis Adieu – avec une pensée pour votre courageux Père, Antoine Gouze qui refusa d’établir la liste des enfants et des professeurs juifs de son école, et qui hébergeait dans sa « villa Romada »  Henri Frenay et Bertie Albrecht.

Source citées :

Joli, Michel (2011) : Discours d’hommage de Michel Joli pour Danielle Mitterrand, Cluny le 26 novembre 2011.

Mitterrand, Gilbert (2011) : Discours d’hommage de Gilbert Mitterrand pour Danielle Mitterrand, Cluny le 26 novembre 2011.

Moati, Serge (2011): 30 ans après.  Paris, Editions du Seuil, ISBN 978-2-02-098819-3.

Christophe Neff, le 29.11.2011

11 Novembre 2011 – Volkstrauertag 2011

Grisaille, brumes, bruine et bouillasse – temps de novembre dans le Oberrheingraben. La France vient de commémorer  le 11. Novembre 1918, jour du souvenir  des morts de la grande guerre, dans un climat d’atmosphère « préélectorale » – vu les déclarations du Président Sarkozy, de François Hollande et de Eva Joly. L’Allemagne ne fête  pas le 11. Novembre, jour de l’armistice de 1918, – elle commémore ses morts au Volkstrauertag  (Gedenken an die Kriegstoten und Opfer der Gewaltherrschaft aller Nationen  ) le deuxième dimanche avant le premier dimanche de l’Avent, donc cette année le 13.11.2011. Le 11 novembre en Allemagne, dans beaucoup de régions, c’est surtout le Martinstag ou Martini – jour de mémoire pour Saint Martin de Tours.  J’aime beaucoup ce symbole de  Martin le miséricordieux tranchant sa cape pour protéger  le malheureux pauvre soufrant du froid en face de lui. En Allemagne, de nos jours dans les communes rurales, les enfants avec leurs lampions suivent encore un cavalier  déguisé en officier romain qui, symboliquement, divise sa cape à la  fin de la petite procession.

D’une part donc pour moi le 11 novembre c’est le « Martinitag » – mais c’est aussi le souvenir éternel  de la grande guerre, aussi  bien dans ma famille française que dans ma famille allemande.  Combien de fois j’ai entendu ma grandmère ou ma mère me raconte  l’histoire de mon arrière grand oncle Victor Tavard – soldat français pendant la grande guerre – et de son cousin Franz qui combattait pour les prussiens dans la même guerre.  Ce souvenir des morts des deux côtés de la frontière, beaucoup de familles d ’Alsace, de Moselle l’ont partagé et peut-être que le souvenir de ce deuil ne s’est pas encore éteint dans cette partie de l’est de la France.  Ce souvenir, on le retrouve dans le Monument aux Mort de Strasbourg , la Piéta de Léon-Ernest Drivier symbolisant la ville de Strasbourg pleurant ses fils tombés  sous les drapeaux  allemands et français.  Un de ces enfants alsaciens tombés, les premiers jours de la guerre, fut Ernst Stadler, – tombé sous l’uniforme prussien le 30 Octobre 1914 à Zandvoorde près de Ypres. Ernst Stadler, que je considère comme le symbole de l’expressionisme littéraire allemand – peut être un des plus grands poète de langue allemande – un poète quasiment inconnu  en France et en Allemagne un poète presque complètement tombé dans  l’oubli, dont l’œuvre n’est depuis longtemps plus  distribué  par les maisons d’éditions allemandes. On retrouve quelque traces de Ernst Stadler dans l’essai de Charles Fichter  (2011) sur le milieu littéraire à la fin du siècle en Alsace publie dans le dernier Numéro d’Allemende – Zeitschrift für Literatur.  Ernst Maria Richard Stadler,  poète alsacien de langue allemande (ein elsässischer Lyriker der in deutscher Sprache dichtete : l’article wikipedia.de dans la version du 12.11.2011),  mourut pendant les premiers jours de cette grande guerre comme des centaines de milliers d’autres hommes connus et inconnus, cette hécatombe qui en provoqua d’autres  et dont nous subissons jusqu’à  nos jours les conséquences. Dans ce contexte je renvoie au dernier Interview de Joschka Fischer dans la Zeit du 10.11.2011 intitulé  « Vergeßt diese EU », son paragraphe sur les mémoires de Stefan Zweig, la grande  guerre  et les risques  de voir  échouer  le rêve d’une Europe politique & culturelle unie.  Pour finir cette petite notice sur le 11 novembre et le Volkstrauertag je me permets de faire revivre un extrait du discours qu’ Henry Lévy, conseiller général démocrate du canton de Strasbourg-Nord, prononça lors de l’inauguration du monument au mort de Strasbourg le 18. Octobre 1936

Monsieur le Président de la République. Dans l’hommage que vous nous faites, l’insigne honneur apporter à la France tout entière, personnifiée par son premier magistrat, c’est du fond du cœur, que le comité du monument aux morts de Strasbourg, vous prie d’agréer l’expression de sa respectueuse et profonde reconnaissance. Nous assurons également de notre gratitude les représentants du gouvernement : M. le ministre de la santé publique et M. le sous-secrétaire d’État à la présidence du Conseil. Nos plus sincères remerciements s’adressent aussi à notre municipalité aussi bien l’ancienne que l’actuelle municipalité, autour de Charles Frey à partir du 18 mai 1935 qui, en mettant à notre disposition ce bel exemple de la place de la République, nous a permis de doter notre ville d’un monument digne des sacrifices qu’il commémore, digne aussi de son patrimoine artistique, l’hommage unanime à nos morts. Le visiteur parcourant notre ville, pouvait s’étonner de n’y point trouver comme dans toutes les communes de France même les plus petites, le monument à ses morts de la grande guerre, tombés pendant quatre années d’une lutte sans merci, sur la terre de France, de Belgique, sur les steppes glacées du front russe ou dans les tranchés d’Orient, ou disparus sur les mers lointaines.

Il semblait qu’une page manquât à l’histoire de Strasbourg, si étonnamment fidèle cependant à son passé. Et quelle page. La plus émouvante et la plus tragique.

Pourtant nous savons bien que Strasbourg ne laissera jamais s’éteindre la flamme du souvenir et que nulle part peut-être, n’est restée aussi vivace dans les cœurs la mémoire de ceux qui sont tombés, car nous avons connu chez nous l’une des faces les plus douloureuses de la guerre. Celle qui oppose les uns aux autres, comme des ennemis, des frères séparés par l’annexion de 1871 et qui se retrouveraient pour se combattre. Le sculpteur Drivier a admirablement su exprimer – et nous l’en remercions chaleureusement -, le symbole que nous attachons à cette œuvre et que nous lui avons demandé de réaliser : toute cette tragédie est évoquée dans la douleur que reflète cette belle figure de femme non seulement symbole de la patrie, mais symbole aussi de l’humanité meurtrie… recueillant avec une émouvante sollicitude deux guerriers mourants, tombés sous les plis de deux drapeaux, mais, dont les mains se cherchent pour s’unir dans une suprême étreinte.

Chacun ressentira profondément la grande pensée qui se dégage de cette œuvre et puisse-t-elle être pour ceux qui nous suivront un objet de méditation ainsi qu’un enseignement. Je voudrais que l’écho des sentiments qui nous animent soit porté plus loin par les flots du Rhin, et que ce monument soit une pierre à l’édifice de la paix, qu’il soit un appel à l’union des peuples, à une fraternité fondée sur la justice et le respect des droits en même temps qu’un acte de foi dans les destinées de notre pays. » (Source : http://judaisme.sdv.fr/perso/dirige/henrlevy/henrlevy.htm – dernière consultation le 12.11.2011 vers 15:00)

Ce discours de Henry Lévy mérite d’être relu  de nos jours, pour nous souvenir quel le douleur la grande  guerre fit parmi les peuple de l’un et de l’autre côté du Rhin  et pour que le rêve d’une Europe uni ne se rétrécisse pas à la question de la monnaie européenne, de la survie de l’Euro, mais pour rappeler comment nous voulons construire un espace européens où  des  drames comme ceux de  la « grande guerre » ne se reproduiront jamais.

Sources citées :

Daltroff, Jean (2005): Henry Lévy, – Initiateur du Monument aux morts place de la République à Strasbourg. Extrait de l’Almanach du KKL-Strasbourg, 2005. Edité par  http://judaisme.sdv.fr/perso/dirige/henrlevy/henrlevy.htm  dernière consultation le 12.11.2011 vers 15:00

Fichter, Charles (2011) : Das literarische Milieu im Elsaß während des Fins de siècle. In : Allmende – Zeitschrift für Literatur. Literarische Landschaften- das Elsass, pp. 27-36, ISBN 978-3-88190-639-5

Fischer, Joschka (2011) : Vergeßt diese Eu. Interview dans la Zeit du 10.11.2011 avec Tina Hildebrandt & Heinrich Wefing. Die Zeit, 10 November 2011.

Christophe Neff, le  13.11.2011 – Volkstrauertag 2011.

Blognotice 15.10.2011 : couverture des primaires socialistes par les medias allemands et couverture des élections en Tunisie par les medias allemands

Ce matin, samedi  15.10.2011, en feuilletant la Rheinpfalz  je découvre à la une  l’annonce du prévisible gagnant des primaires du PS en France, l’article de Axel Veiel  « Selbst die Ex-Frau sagt Oui – Francois Hollande hat beste Chancen für Frankreichs Sozialisten in die Präsidentenwahl 2012 zu ziehen  (Même son ex-compagne dit oui , François Hollande a les meilleurs chances de devenir le candidat des socialiste français pour les élections présidentielles)». Il faut dire que les primaires du P.S. ont été suives de près par une partie des medias allemands.

Mais dans tous ces débats passionnés que les primaires ont  occasionnés, j’avais l’impression qu’ un vrai débat sur l’avenir de la construction d’une Europe citoyenne  et la place des relations franco-allemandes manquait cruellement ! Je me trompe peut être mais  c’est l’impression qui se dessine pour l’observateur intéressé de la Unterhaardt.  Dans la même édition de la Rheinpfalz un très bel article de Caroline Mannweiler sur Boualem Sansal « Rebell ohne Bitterkeit, – Friedenspreis für den Algerier Boualem Sansal  ( Rebelle sans amertume, prix de la paix pour l’algérien Boualem Sansal)». Boualem Sansal qui  recevra demain le « Friedenspreis des deutschen Buchhandels 2011 ».  La presse francophone, voire française, je l’avais déjà écrit le 12.6.2011, ne s’est pas encore aperçu du fait qu’un auteur francophone est en train de décrocher un des plus importants prix littéraires allemands.

Mais parlons encore des medias allemands, du  quasi silence des medias allemands sur la campagne pour les élections tunisiennes du 23.10.2011. En faite cet événement historique, ce sont les premières élections libres  dans l’histoire de la Tunisie, ne semble pas intéresser  grand monde en Allemagne. Peut être la donne a-t-elle  changé cette nuit, avec l’attaque du  domicile du PDG Nébil  Karoui de la chaîne privée tunisienne Nessma, chaîne qui avait la semaine dernière diffusé le film franco-iranien Persépolis,  par des émeutiers salafistes (concernant l’affaire Nessma voir aussi l’analyse du blog printemps arabe : «  L’affaire Nessma et les maux de la société tunisienne »  ; et le blogposting de Isabelle Mandraud «Nessma TV dans la tourmente, Ennahda dénonce une « provocation» ). Le SPON, nous sort ce matin un article, Tunis – Demonstration gegen TV Film eskaliert in Gewalt  et dans le forum des commentaires liés à cet article  une grande partie des « foristes » voient déjà la Tunisie emprunter la voie de la révolution iranienne. Je crois que c’est  injuste de vouloir réduire le processus électoral  en Tunisie à la victoire présumée  d’Ennahda  et des activistes salafistes.  Par contre,  on trouve une  analyse beaucoup plus lucide d’Ali Benyahia dans El’Watan « Des milliers de manifestants contre Nessma TV : Mobilisation islamiste en Tunisie ».  Mais à vrai dire,  El’Watan ce n’est pas un journal allemand, mais un journal francophone algérois  qui suit l’évolution politique en Tunisie d’assez près !

Il me semble que cette dernière semaine avant les élections historiques du 23.10.2011 en Tunisie sera cruciale, car il y assez de groupes à  l’intérieur  de Tunisie et à  l’extérieur  de la Tunisie, pas seulement les salafistes, qui n‘ont aucun intérêt à voir s’établir une vraie démocratie laïque et  libre dans un état du Maghreb ou du Proche Orient.  Les adversaires d’un processus démocratique en Tunisie vont essayer de monter en puissance durant ces derniers jours de la campagne électorale et même après les élections du 23 octobre. Le chemin vers la démocratie et  la liberté sera certes rude et dangereux, car les ennemis d’une démocratisation de la Tunisie sont nombreux. Mais personnellement et je tiens encore à l e souligner, comme je l’écrivais hier dans le Blog de Isabelle Mandraud   et il y a déjà presque 10 mois dans les « Les lumières du Fohrenbühl et la révolution tunisienne »  « je pense que, si il y a actuellement une société du monde arabe qui pourrait réussir à construire une véritable démocratie laïque et une société libre c’est bel et bien la société tunisienne – le peuple tunisien » et j’en reste persuadé.

Sources citées :

Veiel, Axel (15.10.2011): Selbst die Ex-Frau sagt Oui. Francois Holland hat beste Chancen, für Frankreichs Sozialisten in die Präsidentenwahl 2012 zu ziehen. In: Die Rheinpfalz – Unterhaardter Rundschau, Seite 1, Samstag 15. Oktober 2011, Jahrgang 67, Nr. 240

Mannweiler, Caroline (15.10.2011): Rebell ohne Bitterkeit, – Friedenspreis für den Algerier Boualem Sansal. In:  Die Rheinpfalz – Unterhaardter Rundschau, Seite 6, Samstag 15. Oktober 2011, Jahrgang 67, Nr. 240

Christophe Neff le 15.10.2011