Dimanche 13.5.2012 – avant dernier jour du règne de „Merkozy“

paysage de Bunias d'orient dans le Linage entre Sausenheim et Ne
Paysage de jaune de Bunis d’Orient (Bunias orientalis) dans le linage entre Sausenheim et Neuleiningen, © Christophe Neff 13.5.2012 

Le Dimanche 13.5.2012, avant dernier jour du règne de « Merkozy » fut une belle journée  de printemps dans le « Leiningerland », ensoleillée mais relativement fraiche pour un début mai. Les « Bunias d’orient (Bunias orientalis)» ont commencé à envahir les bords de route, friches, prairies des fauches dans le Linange tremper une partie du paysage dans une étrange couleur jaune.

Dans le Leiningerland, comme dans une grande partie de L’Allemagne, – la saison des asperges – die Spargelsaison – vient de commencer.  Dans le petit livre charmant de Cécille Calla –  « Tour de Franz » de Cécile Calla, on trouve un petit chapitre sur l’importance de la « Spargelsaison » – Spargel, eine deutsche Passion (L’Asperge, une passion allemande) pour les Allemands. Malheureusement ce livre n’a, à ma connaissance, jamais été traduit en français. Dommage, on aurait bien  pu glisser cette petite lecture dans les bagages de Monsieur Hollande pour son prochain voyage à Berlin, – son premier  rendez-vous  avec la chancelière Angela  Merkel. Au-delà du tout politique du monde politicien ce livre nous présente une  petite  vue intérieure de cette Allemagne, qui est restée une grande inconnue pour beaucoup de français, y compris une grande partie de la classe politique française. En fait ce livre nous reflète un peu la vie courante du citoyen allemand, vue par une journaliste française résidant à Berlin.

Donc charmante petite vue intérieure de l’Allemagne, même si je trouve que le point de vue est un peu trop « Berlinerisch », – car Berlin est Berlin, – et l’Allemagne, surtout les ruraux allemands, n’ont pas grand-chose de commun avec la « Großstadtluft de Berlin ». Ce petit livre mérite quand même d’avoir une place dans le bagage de Monsieur Hollande, – car ce premier rendez-vous avec Madame la chancelière ne sera certainement pas une « promenade de dimanche » – en plus que après avoir subi un tel revers   en Rhénanie-du-Nord-Westphalie,  avec à peine 26% de voix pour la CDU – un score historiquement bas – sa position dans la «CDU » est plutôt fragilisée, ce qui n’augmente sûrement pas sa marge de manœuvre au niveau de la coalition « noire-jaune ». En plus ce qui ne semble pas être connu  en France, –  la politique d’austérité de Madame est toujours très populaire en Allemagne, – même dans un partie de la SPD – à ce point que le SPD n’ose pas présenter un vrai programme économique alternatif  à la politique d’austérité de Madame Merkel. Un vrai dilemme pour la SPD.

Le voyage de Monsieur Hollande à Berlin, voyage prévu pour le mardi 15.5.2012 ne sera certainement pas une promenade de dimanche de printemps.  Mais j’espère que les proches, les consultants politiques de Monsieur Hollande auront certainement bien préparé ce voyage à Berlin – et ils pourront certainement résumer  quelques chapitres du petit livre de Cécile Calla pour éviter d’avance ces quelques petites « deutsch-französische Mißverständnisse » ces petits malentendus franco-allemands, qui sont si souvent dus à la méconnaissance du « Alltag » – de la vie quotidienne de l’autre !

Livre cité :

Calla, Cécila (2009) : Tour de Franz.  Mein Rendezvous mit den Deutschen.Unter Mitarbeit von Johanna Lühr. Aus dem Franzöischen von Brigitte Lindecke. Berlin (Ullstein), ISBN 978-3-548-26862-0

Christophe Neff, le 13.5.2012

Blognotice 5.5.2012 : – la géographie le grand gagnant du scrutin des présidentielles 2012

Le matin du mercredi deux mai, le jour où la France se préparait au fameux débat présidentiel, le face en face du second tour de Nicolas Sarkozy et de François Hollande, je préparais un cours sur les changements de paysages et  la géobotanique en Outre-Forêt. Les orages matinaux  se dissipaient, la chaussée encore mouillée, – avant de me mettre au travail je déposai ma procuration de vote pour le deuxième tour des présidentielles à la (nouvelle) gendarmerie de Lauterbourg. En fait, je voulais faire une prospection botanique dans le delta de la Sauer à Munchhausen, – faire une reconnaissance géobotanique & phénologique pour voir quelles plantes était déjà en fleurs,  si les orchidées avaient déjà commencé leur floraison. La route entre Mothern et Munchhausen était coupée, j’ai dû prendre la route de déviation via Neewiller-près-Lauterbourg, Wintzenbach pour accéder à Munchhausen, et c’est ainsi que je découvris une fois de plus la géographie de la France, – cette petite face d’Outre-Forêt que je ne connais guère. La grotte de lourdes, la soi-disant grotte du curé Heitz à Mothern, – un petit restaurant de campagne pittoresque  à Neewiller-près-Lauterbourg, le restaurant de la République, une allée de platane, la D. 468 entre   Neewiller-près-Lauterbourg   et Wintzenbach digne des plus belles allées de platanes dans le midi français, ici et là quelques vestiges du vignoble nord-alsacien, qui autrement a presque disparu du nord de l’Alsace, sauf dans les environs de Cleebourg ou la viticulture subsiste encore (le fameux vignoble de Cleebourg qui s’étend sur les communes de Cleebourg, Rott, Oberhoffen les Wissembourg, Steinseltz et de Riedseltz),  et dans la tranche que la route creuse entre Wintzenbach et Munchhausen à travers les dépôts limoneux et quelques vestiges de lœss les muscaris à toupet en pleine floraison. Arrivé  à  Munchhausen, après avoir traversé le pont de la Sauer à pied, – les Euphorbe des marais en fleurs, le paysage acoustique des chants du Coucou et des Cigognes claquetant.  De loin, parfois le lointain bruit résonnant d’un train sur la ligne Strasbourg-Lauterbourg.  Autrement c’est presque calme, – un paysage acoustique qui a presque disparu en Allemagne. Par vent d’est on peut entendre les vibrations de moteurs diesel des chalands du Rhin. Je fais quelques photos,  en fait j’ai déjà une vraie petite collection  de photos des paysages de Munchhausen, à travers les diverses saisons. Retravesant le pont de la Sauer, le clocher de Munchhausen en face de moi, je constate qu’on a beaucoup parlé de géographie durant cette campagne présidentielle – de paysages, des ruraux, de désindustrialisation – toute cette campagne elle etait pleine de géographie – un vrai tableau géographique de la France 2012.

Décidemment la « géographie » semble être le grand gagnant de cette élection présidentielle, et ceci grâce au petit livre gris du géographe Christophe Guilluy « fractures françaises » – livre qui a été écrit en 2010 et qui essaye de nous expliquer la perception de la mondialisation par les couches populaires françaises. Le livre a remis la géographie à la une des journaux (p.Ex « Intellectuels et politiques, une planète en recomposition dans le Monde.fr, ou «Au fond, la gauche pense que les électeurs du FN sont stupides» sur slate.fr ), et l’auteur Christophe Guilluy a eu droit à quelques interviews dans la presse nationale, dernièrement dans le Nouvel Observateur sous le titre « Le FN à une sociologie de gauche ». Le livre nous propose une lecture intéressante de la « géographie sociale actuelle de la France » et il a certainement le mérite de parler des milieux populaire dans l’espace rural français. Parfois je me demande, si les journalistes qui aiment tant citer le livre de Christophe Guilluy ont vraiment lu ce petit livre gris. La vote FN, en fait n’est ni une fatalité, ni un phénomène nouveau, – je renvoie  à l’élection présidentielles en 1995 et le score exceptionnel du FN en Alsace.

Les saisons d’Alsace avait consacré un fort intéressant numéro « Réinventer l’Alsace – face aux dérives extrémistes et au repli identitaire » – livre qui mériterait certainement la relecture   et la comparaison avec l’ouvrage de Christophe Guilluy. La France périphérique dont nous parle le livre de Guilluy, c’est cette France rurale & périphérique dans laquelle je travaille depuis vingt ans, – embroussaillement, fermeture du paysage, risque croissant des incendies de forêt, mais aussi « californisation » des paysages ruraux – engrenage de l’habitat avec la forêt croissante   – c’est l’autre image de ces ruraux périphériques. Et cette image ne se limite pas à la France, en fait elle se rencontre aussi bien dans l’Alentejo au Portugal, qu’en Forêt Noire en Allemagne. Le désert médical est une autre facette de cet abandon des ruraux européens, – le petit pays où j’ai grandi en Forêt-Noire en Allemagne, la Raumschaft Schramberg,  qui depuis quelque mois ne dispose plus d’hôpital ! Si j’ai une remarque critique envers le livre « fractures françaises » c’est  qu’il ne nous présente pas la dimension européenne du problème, car si nous voulons trouver des solutions durables  pour les multiples problèmes que subissent les ruraux périphériques européens face aux conséquences d’une « mondialisation dérapant » il  faut les trouver au niveau européen. Repliés  sur eux-mêmes, ni la France, ni l’Allemagne ne pourront pas y faire face. Néanmoins je trouve que le livre de Christophe Guilluy nous propose une lecture intéressante de la géographie de la France, – même si je n’adhère pas aux « interprétations marxistes » ou « néo-marxistes » de l’auteur. Mais le livre de Guilluy a déjà le mérite d’exister et de rappeler que la géographie a aussi son mot à dire. En Allemagne, la géographie, comme science universitaire et comme science applique se rétrécit de plus en plus.

Finissons avec une autre image d’outre-foret: en traversant la voie ferrée qui relie la gare Sncf de Lauterbourg au port rhénan de Lauterbourg  et en voyant le début d’une reprise végétale sur la voie ferrée, suggérant qu’il n’y a plus beaucoup de trains qui circulent entre le port rhénan de Lauterbourg et la gare Sncf, si il y en circule encore de trains et l’observation  qu’ il y a quelques années sur les faisceaux de voies sur la gare de Lauterbourg étaient encore garés des longs trains de marchandises – aujourd’hui ce faisceaux de voies la plus part du temps il est vide; l’abandon des ruraux français par la Sncf est une très bonne image de la désindustrialisation de tout un pays. Le fait que la voie ferrée reliant le port de Lauterbourg au réseau Sncf est de plus en plus recouverte  par l’herbe –ce n’ est certainement pas un drame – mais de voir comment la ligne des Causses et la ligne des Cévennes sont de plus vouées à un lent abandon – on pourrait se demander  si dans cinq ans le massif central  sera aussi un désert ferroviaire. Fermeture des paysages par la reprise végétale massive, (et dans le midi cette fermeture du paysages est toujours équivalente de  l’augmentation des risques d’incendies des forêts), désindustrialisation, abandon du service publique (fermeture d’hôpitaux, de ligne de chemins de fer, de classes d’écoles) sont souvent les conséquences de ce que j’appelle les « changements globaux » dans mes cours – et dans beaucoup de paysages ruraux – la population qui subit ces conséquences  se sent trop souvent à l’abandon. Ce sentiment d’abandon il se manifestera surement dans les résultats des prochaines législatives de juin 2012. Le livre de Christophe Guilluy nous propose une intéressante lecture de cette France que se sent à l’abandon – et il nous donne  des explications pour pouvoir comprendre  le vote FN.

Pourquoi avoir combiné les impressions d’une reconnaissance de terrain pour un cours de géographie dans un terroir français, un pays français qui se nomme Outre-Forêt avec l’analyse d’un livre de géographie sur dynamique de la géographie humaine française et les conséquences territoriales des effets de la mondialisation? Comme géographe, j’observe les changements des paysages, je les analyse et je les interprète;  je suis pour ainsi dire à l’écoute des paysages et  surtout à l’écoute de la dynamique du manteau végétal, de géographe agraire, de la géographie des paysages. C’est mon métier!

Les élus devraient aussi investir plus de temps pour être à l’écoute des ruraux français et de chercher des solutions pour l’attente des habitants de « ruraux français ». Naturellement des solutions miracles, comme le précise Christophe Guilluy dans son livre n’existent  pas – mais le fameux « alternativlos » – le soi-disant « sans-alternative » – qu’on entend si facilement sortir de bouches de hommes & femmes politiques, que ce soit en France ou en Allemagne, – cette politique peut entraîner une (grande)  partie de l’électorat rural dans les bras des parties extrémistes ! Etre à l’écoute permanente de ses électeurs –pas seulement avant une échéance électorale, trouver des solutions, même si cela n’est pas toujours facile, – c’est aussi le métier d’un élu!

Photos: toutes © C. Neff  1.) Vue sur Munchhausen (2.5.2012), 2.) le restaurant de la République à Neewiller-près-Lauterbourg (2.5.2012), 3.) Fleur de Muscari comosum bordant la D. 80 entre Munchhausen & Wintzenbach (2.5.2012).

Livres et articles citées :

Guilluy, Christophe (2010) : Fractures françaises. Paris, ( François Bourin Editeur), ISBN 978-2-84941-201-5

Le Nouvel Observateur (2012) : Le FN a une sociologie de gauche. Une interview  de Christophe Guilluy. Propos recueillis par Herve Algalarrondo. Le Nouvel Observateur, 3 mai 2012, p.44, n. 2478

Reumaux, Bernard (Éd.)(1995) : Réinventer l’Alsace. Face aux dérives extrémistes et au repli identitaire. Les Saisons d’Alsace, Automne 1995, n. 129.

Christophe Neff, le 5.5.2012

Blognotice 28.4.2012

la mer, le cap – vue sur la mer depuis le Cap Leucate, © C. Neff 16.6.2011

En complément de ma dernière blognotice voici les résultats du premier tour des élections présidentielles à Leucate (voire Tab. 1). D’ailleurs, je ne sais pas pourquoi les services du monde (ou les modérateurs WordPress) avaient fermé les commentaires de cette petite blognotice électorale. A Leucate Nicolas Sarkozy dépasse largement sa moyenne nationale, – mais en comparant aux résultats de 2007 il perd presque 6 %.  Néanmoins Leucate est certainement un des fiefs de l’UMP dans L’Aude. Leucate c’est surtout le fief du président départemental de l’UMP Michel Py.  Michel PY est le maire UMP de Leucate et il est candidat à la députation sur la 2e circonscription de l’Aude (Narbonne-Sigean) aux prochaines élections législatives. François Hollande obtient à peu près le même nombre de voix que Ségolène Royal en 2007. Marine Le Pen gagne à peu près 10,5% de voix de plus que son père en 2007, -et c’est elle en en fait la grande gagnante du premier tour des élections présidentielles à Leucate.

TAB. 1 résultats des élections présidentielles du 22.4.2012 à Leucate

 %Voix
Nicolas Sarkozy  (UMP)29,67987
François Hollande (PS)24,23806
Marine Le Pen (FN)23,90795
Jean-Luc Mélenchon (Front de Gauche)10,24341
François Bayrou (MOUVEMENT DÉMOCRATE)6,76225
Eva Joly (EUROPE ECOLOGIE LES VERTS)2,40 80
Nicolas Dupont-Aignan (Debout la République)1,2642
Philippe Poutou  (NOUVEAU PARTI ANTICAPITALISTE)0,9030
Nathalie Arthaud (LUTTE OUVRIÈRE)0,3913
Jacques Cheminade (SOLIDARITÉ ET PROGRÈS)0,248

INSCRITS  4 106, ABSTENTIONS 725 (17,66%), VOTANTS  3381 (82,34%), BLANCS ET NULS 54 (1,32%), EXPRIMÉS 3327 (81,03%) Source : Services le Monde Elections présidentielles 2012 23.4.2012 (http://www.lemonde.fr/resultats-election-presidentielle/leucate,11370/)

Concernant le score du Front national aussi bien au niveau local qu’au niveau national, ce n’était pas une grande surprise. Le matin du dimanche 22.4.2012 j’ai téléphoné avec une ancienne dirigeante de la social-démocratie franco- allemande en lui annonçant en très fort score pour le FN – bien au-dessus des estimations des « sondeurs » – oui que je craignais même « And who knows – perhaps today we will have a « Wiedersehen » avec le 21.4.2002”. Que les sondeurs aient systématiquement sous-estimé le vote du Front national est une chose. Mais qu’une grande partie de la classe politique ait été tellement surprise par les résultats de Marine le Pen, cela montre à quel point une grande partie des élus se sont éloignés des soucis quotidiens des français. De mes voyages, – de mes observations des paysages français – de mes lectures – j’ai l’impression d’être le témoin d’un important changement de la « géographie de la France » (voir aussi le billet  « La vie à la « campagne-galère », une lecture géographique du vote Le Pen » du Blog Sucy – en – Brie Terminus Pavillion), mais ce changement profond de la géographie français, les élites politiques françaises ont apparemment encore du mal à le percevoir  .  A propos lectures  un ouvrage  qui aide à déchiffrer cette nouvelle géographe française, à comprendre le vote du 22.4.2012 est le livre du géographe Christophe Guilluy « Fractures françaises ». Et pour finir, cet instructif chapitre « cultiver son jardin » sur les changements profonds qu’ont subi les paysages agricoles français depuis les années 1960 dans le nouveau livre de Eric Fottorino « Mon tour du Monde » (les pages 92-106).

Ouvrages cités :

Fottorino, Éric (2012) : Mon Tour du « Monde » – récit. Paris, (Gallimard), ISBN 978-2-07-013419-9

Guilluy, Christophe (2010) : Fractures françaises. Paris, ( François Bourin Editeur), ISBN 978-2-84941-201-5

Christophe Neff, le 28.4.2012

Blognotice: 22.4.2012 – un dimanche électoral en France

le marché de Leucate - village le vendredi 22.07.2011 © C. Neff

La France entame son premier tour des élections présidentielles. Ce matin je découvre dans la RDL, un billet avec le titre  « Abstention, piège à cons ! ». Bon titre mais parfois les réalités de terrain sont un peu plus complexes ! Dans ce billet de la RDL, où on trouve entre autre aussi les intentions de vote, de soutien de divers écrivains, romanciers et intellectuelles de tout bord, j’ai laissé le commentaire suivant. «  Très bon billet ! Mais pour les français vivant à l’étranger, les expats ce n’est pas toujours si facile. Quand est ce qu’on aura enfin en France un droit de vote moderne, avec la possibilité de vote par correspondance, comme en Allemagne ou aux Etats-Unis ? En Allemagne cela s’appelle « Briefwahl » ! En France c’est inexistant, il y a que le vote par procuration – on se croirait aux « Paléolithique supérieur électoral ». Et en plus – le réseau consulaire se rétrécie de plus en plus – (au moins en Allemagne) ! Que je prends un billet d’avion pour Berlin (ambassade française) – ou billet d’avion pour Perpignan pour voter à Leucate– cela reviens au même. Dans le pays-leucatois il y au moins le soleil en plus ! RDV peut – être dans deux semaines ! And who knows – perhaps today we will have a « Wiedersehen » avec le 21.4.2002”. Il s’agit ici, d’un point d’un citoyen franco-allemand (binational) – qui a encore des fortes attaches en France. Peut-être le Président gagnant de ces élections présidentielles peut entamer enfin le chemin pour un droit de vote par correspondance comme dans les autres grandes démocraties occidentales. A noter que la wikipedia.fe ne connait pas le terme de vote par correspondance, mais dans la wikipedia.de on trouve Briefwahl et dans wikipedia.en Postal voting.

Je pense, que les expats, devraient s’ils ont encore de fortes attaches vers un commune, un pays en France, – devraient avoir la possibilité de voter dans leurs point d’attache sans le détour via la vote par procuration. Pour moi ce point d’attache, c’est depuis quelques années la commune de Leucate dans l’Aude. Avant pendant presque vingt ans c’était le petit village d’Aubord, entre Vistrenque et Costières dans le Gard. Mais à vrai dire, – le pays Leucatois – je le connais depuis bien plus que 40 ans. Je participe (un petit peu) à la vie associative, j’achète mon vin dans la coopérative viticole locale, je fréquente la messe du dimanche dans la nouvelle église de Port Leucate, participe ici et là, quand j’ai l’occasion de descendre au « pays » aux divers élections, – et naturellement j’y profite du vent et du soleil ! En fait c’est le pays du vent et du soleil. Le vent et le soleil – c’est un peu l’or du pays leucatois et des Corbières maritimes. Et parfois même, je passe même des vacances, en famille dans ce pays de soleil et de vent. Pourquoi  voterai-je donc dans un consulat lointain, à Berlin – ou à Frankfurt – si ces attaches « territoriales » sont encore si fortes. Je pense, que la France devrait enfin se procurer d’un droit électoral moderne y inclut la possibilité du « droit de vote par correspondance ».

Concernant les débats électoraux, même si je suis en partie d’accord avec l’analyse de Mathieu von Rohr(2012) « auf dem Mond (sur la lune) » paru dans le Spiegel, qu’un vrai débat sur la politique économique et sociale a manqué, – cette élection m’a permis de découvrir une nouvelle géographie sociale de la France. Je pense ici au livre de géographie – Fractures françaises – de Christophe de Guilluy. Je ne sais pas si le livre est comparable au « Tableau politique de la France de l’Ouest sous la Troisième République » d’André Siegfried, dont nous trouvons l’éloge dans le dernier livre d’ Éric Fottorino « Je n’avais pas tant retenue l’auteur du célèbre «Tableau politique de la France de l’Ouest sous la Troisième République », usant avec génie de la géologie le vote des départements du seigle et de la châtaigne, que le voyageur, l’observateur, l’homme de savoir et de méthode (Fottorino, E. 2012, 59). Mais le livre de Christophe de Guilly est instructif – et il permet de comprendre en partie le vote des couches populaires et des classes moyennes dans les élections précédentes. Et qui sait, peut-être le livre, pourrait nous aussi donner des indications précieuses pour ces élections présidentielles de 2012. Concernant les reportages de « voyages électoraux » – dont la lecture peut compléter la lecture des fractures françaises je pense au reportage de Gerow von Randow « Rache der Kleinen  – Viel versprochen, nichts gehalten – Frankreich hat nicht nur von seinem Präsidenten genug. Ein politischer Reisebericht aus dem Nachbarland. » Paru dans la Zeit – et a l‘impressionnante prise de vue – Une vie dans un vote –  paru dans le blog Avallon N 6, km 220 de Pascale Robert – Diard.

Ouvrages et livres citées :

Fottorino, Éric (2012) : Mon Tour du « Monde » – récit. Paris, (Gallimard), ISBN 978-2-07-013419-9

Guilluy, Christophe (2010) : Fractures françaises. Paris, ( François Bourin Editeur), ISBN 978-2-84941-201-5

Von Rohr, Matthieu (2012) : Auf dem Mond. Am Sonntag findet in Frankreich der erste Teil der Präsidentschaftswahlen statt, nach einem eigenartigen Wahlkampf, in dem viel von Personen, aber wenig von Wirtschaftsproblemen die Rede war. In: Der Spiegel, 16/2012, 94-95.

Christophe Neff, le 22.4.2012

Blognotiz 18.4.2012: Kommentar zu Dirk Kurbjuweit „Die Freiheit der Wölfe – Wird das Internet zu einer neuen Schule der Barbarei?“

Es gibt Debattenbeiträge, denen wünscht man eine große Aufmerksamkeit. Sie verdienen es diskutiert zu werden. Zu diesen Beiträgen zählt der Beitrag von Dirk KurbjuweitDie Freiheit der Wölfe – Wird das Internet zu einer neuen Schule der Barbarei?“ welcher bisher nur in der aktuellen Printausgabe des Spiegel (Der Spiegel 36/2012 p.24-25) abgedruckt wurde.  Sascha Lobo hat am 17.4.2012 einen lesenswerten Beitrag über die (aktuelle) Bedeutung der deutschsprachigen Blogszene geschrieben. Bemerkenswerterweise wird dem Essay von Kurbjuweit über die Freiheit im Internet, über den Freiheitsbegriff der Piratenpartei, soweit man von einzelnen Beiträgen wie  z.B. dem von Klaus Bethge absieht, in der deutschsprachigen Blogszene kaum Beachtung geschenkt.  Das ist schon merkwürdig, wenn man bedenkt, dass sich der Essay Kurbjuweits mit dem Kern des Freiheitsbegriffes der Piratenpartei auseinandersetzt. „Als neue Partei der Bürgerrechte gelten die Piraten. Ihr großes Wort ist mein großes Wort: Freiheit. Aber viele Piraten und große Teile der Internetgemeinde meinen damit etwas, das ich nicht meine. Sie versuchen gerade dieses Wort, eines der wichtigsten der Menschheitsgeschichte, mit ihren Deutungen zu besetzen. Sollte ihnen das gelingen, wären die alten Freunde der Freiheit tatsächlich die neuen Freunde der Unfreiheit.“ Die totale Freiheit, so Kurbjuweit führt zur „Tyrannei der Starken gegenüber den Schwachen“ – und dabei zitiert er Isaiah Berlin mit den Worten „Die Freiheit der Wölfe ist der Tod der Lämmer.“

Kurbjuweit diskutiert auch den Zusammenhang zwischen Anonymität, Respektlosigkeit, Debattenkultur und Demokratie. Er nennt es erbärmlich in einem Land, in dem die Meinungsfreiheit gilt  sich bei Meinungsäußerungen hinter der Anonymität zu verstecken, sein Gesicht nicht zu zeigen. Kurbjuweit hat recht wenn er schreibt, dass in Deutschland die Meinungsfreiheit gilt – und fortfährt „ Das Netz ist voll von diesen Erbärmlichkeiten. Da wird massenhaft gezetert, geschimpft und beleidigt, ohne dass der Schreiber seinen wahren Namen nennt.“ Da kann man dem Spiegelautor nur recht geben, – auch ich habe da schon bisweilen leidvolle Erfahrungen machen müssen. Wobei schon Jaron Lanier darauf hinwies, dass man sich bei Internetpost nicht hinter seiner Anonymität verstecken sollte – „D’ont post anonymously unless you really might be in danger (Lanier, J. 2010, 21) (dazu auch auf Deutsch von Jaron Lanier das Spiegelinterview „Dynamik der Meute„).  In Deutschland gilt die Meinungsfreiheit – und man wird sich in den seltensten Fällen in eine Gefahrensituation begeben, wenn man offen und ehrlich seine Meinung darlegt und diese auch hinreichend begründet.

Zum Schluss des Beitrages zitiert Kurbjuweit noch Popper  – hier erlaube ich mir den ganzen Schlussabsatz des Spiegelessays wiederzugeben:  Der wahre Freund der Freiheit ist derjenige, der manche Unfreiheiten in Kauf nimmt. Es gilt, was der Philosoph Karl Popper schrieb: Uneingeschränkte Freiheit habe „das Gegenteil der Freiheit zur Folge; denn ohne schutz und Einschränkungen durch das Gesetz muss die Freiheit zu einer Tyrannei der Starken über die Schwachen führen.“ Zur Freiheit des Einzelnen gehört untrennbar die Verantwortung für die anderen (Kurbjuweit 2012).

Der Essay von Dirk Kurbjuweit ist ein wichtiger Debattenbeitrag über die Freiheit im Internet. Er legt den Finger tief in die Wunde einer Partei die sich als neue Partei der Freiheit, als die neue Bürgerrechtsbewegung deklamiert. Die „Wunde“ der Piratenpartei ist deren problematischer Freiheitsbegriff. Die Debatte um die „Urheberschaftsrechte“ wird dabei fast schon zur Marginalie.  Die Angst vor dem Shitstorm ist der erste Schritt in die Tyrannei des Kollektivs, – des Netzkollektivs. Man nennt das heute in euphemistischer Manier auch „Schwarmintelligenz“.

Zitierte Quellen:

Kurbjuweit, Dirk (2012): Die Freiheit der Wölfe – Wird das Internet zu einer neuen Schule der Barbarei? In:  Der Spiegel, 36/2012, p.24-25.

Lanier, Jaron (2010): You are not a Gadget – A Manifesto.  New York, Alfred A. Knopf, ISBN 978-0-307-26964-5

Christophe Neff, 18.4.2012

7 Apr 2011 to 7 Apr 2012: – one year of Clustrmaps in paysages. (16.4.2012)

ClustrMaps  is a hit counter map widget which allows showing the locations of the visitors of one specific site in a map. Geographer by education, I was interested to know, where the visitors of “Paysages” come from, so I installed the widget on 7 of April 2011. And since this date its running, providing me and the visitors of paysages nice maps with yellow and red dots. In one year Clustrmaps counted about 13877 readers visiting paysages. Most of the visitors of paysages come from France, followed by visitors from Germany and Tunisia. About more than 80 % of the visitors come from France, Germany, Tunisia, USA & Switzerland (Details see Tab 1.). The fact that a large part of the visitors came from France is not surprising, paysages is a francophone Blog, mainly written in French,  a blog written mostly for readers in the “francophone world”. Some articles are written in German, and very rarely paysages provides “posts” in English, – in fact this article is the tenth post written in English. To finish this blogostatistique – the mostly visited article – (as told by the wordpress – Le Monde dashboard) is – 1949 – l‘incendie meurtrier dans la Forêt des Landes. I have also written an English version of this post called “The Fatal Forest Fire – remembering the “1949 Mega fire” in the „Forêt des Landes” (South West France)” but this article has not got the audience of the “incendie meurtrier”, this perhaps due to the fact that the “drama of the 19 août 1949” is still present in the collective memory of France, – mainly in South West France. Concerning posts written in German, it seems that “Sturm Xynthia : Blick von der Unterhaardt auf La Faute-sur-Mer, L’Aiguillon und Port Leucate” and “Das Biafrakind” have got a broader audience.  Currently since the beginning of paysages – in May 2009 (first English article published on 29 of May 2009) – paysages received 76,477 visitors.

Tab. 1:  The geographical provenance of visitors of paysages from 7.4.2011 – 7.4.2012 (source Clustrmaps 7.4.2012)

Country Visitors absolute Visitors %
France

6450

46,47%

Germany

3003

21,64%

Tunisia

765

5,51%

USA

644

4,64%

Switzerland

504

3,63%

Belgium

477

3,43%

Canada

338

2,79%

Austria

160

1,15%

Algeria

142

1,02%

Netherlands

110

0,79%

total

91,07%

 

Pictures = screenshots from paysages-clustrmaps 7.4.2012

Christophe Neff,  16.4.2012

Adieu – grand bouleau (7.4.2012)

Vue sur le grand bouleau, © C. Neff 25.9.2011

Nous avons été  obligés d’abattre le grand bouleau de notre jardin. C’est en face de cet arbre que j’avais commencé à écrire les premiers billets de paysages. Les suites d’un grave accident m’avaient collé pendant des semaines, des mois au lit  et mon angle de vision c’étaient les livres que je lisais, la république des livres, la radio et le manteau vert clair du grand bouleau. Même si on aime les arbres, on est parfois obligé d’en abattre un.  Je cite une phrase du petit livre que Francis Hallée a consacré aux Arbres « Je tiens à être très clair : malgré toute la sympathie que m’inspirent les arbres, malgré toute l’admiration que j’éprouve à leur égard, je serai toujours pleinement d’accord avec l’abattage d’un arbre devenu dangereux ; respecter l’arbre en Ville, ce peut être de l’abattre au bon moment, puisqu’il est là pour améliorer notre existence, pas pour nous tuer. (Hallée, F. 2011, 45)»

Notre bouleau, qui en partie dépérissait  déjà « côté sud » risquait par jour d’orage ou de tempête de  s’écraser sur un terrain de jeux d’enfants avoisinant. Une voisine avait déjà fait la remarque que le bouleau par temps de tempête avait tendance à se pencher dangereusement, à perdre de branches mortes.  Nous avons eu pendant quelques années un couple de Faucons crécerelle (Falco tinnunculus) qui nichait dans un ancien nid de pie dans la cime du « grand bouleau ». Le couple de Faucon a délaissé le nid l’été dernier,  et comme nous craignons la saison de orages  qui va bientôt débuter dans le « Oberrheingraben », – nous nous sommes résigné à abattre le grand bouleau avant qu’il ne s’écrase par jour de tempête sur l’espace jeux – ou tout simplement sur une partie de notre maison.

Mais en fin de compte c’est toujours triste de devoir abattre un arbre. Reste le souvenir d’un temps, -où j’étais collé au lit et à mes livres , ne sachant pas au moins pendant les premiers semaines – si je me remettrais véritablement  des suites de l’accident – une fracture de colonne vertébrale. L’accident se produisit le 2. Mai 2009, – cela m’avait procuré un voyage en hélicoptère à la clinique à Ludwigshafen (BG-Unfallklinik Ludwigshafen), – et le 24. Mai j’écrivais mon premier billet de paysages.

Vue automnale sur le grand bouleau, © C. Neff 3.10.2011

Le grand bouleau, disons la vue que j’avais depuis ma chambre de malade, – j’en parlais dans un billet datant du premier juin 2009. Depuis presque 3 ans ont passé, – je me suis remis de l’accident ;à cette époque,pendant mes lectures , je faisais parfois des photos dont quelques unes furent même publiées ici dans paysages. Maintenant le grand bouleau a disparu, laissant un grand vide dans le jardin , une véritable « trouée ». Je ne sais pas pourquoi ce bouleau, les bouleaux en général me rappellent les paysages de Tolstoï et de Pasternak, me font parfois aussi penser  à Selma Lagerlöf.

Sources :

Halle, Francis (2011) : Du bon usage des arbres. Un plaidoyer à l’attention des élus et des énarques. Arles (Actes Sud), ISBN 978—2-330-00005-9.

Photos: toutes © C. Neff

1.) Vue sur le „grand bouleau“ 25.9.2011

2.) Vue automnale sur le „grand bouleau“  3.10.2011

Christophe Neff, le 7.4.2012

P.S : Une très belle chanson de Felix Léclerc « Notre sentier près du ruisseau » nous parle aussi d’un vieux bouleau!

Blognotice 4.4.2012

Les incendies d‘hêtraie-chênaie- pinède sont assez rare, – à ma connaissance on ne trouve quasiment pas de travaux scientifiques sur les conséquences écologiques  des feux de forêts dans les hêtraies-chênaies acidophiles. Pour de raisons professionnels j’ai donc prospecté avec le Garde Forestier Monsieur Grill (Revierförster Jägerthal/Revier Jägerthal) le site de l’incendie de forêt du 25.3.2012 (Jagdstein  Limburg- Dürkheimer Wald) d’ont je parlais hier.  J’étais assez étonné de constater, que la reprise végétale avait déjà débuté sur la surface incendie, – les plantules d’hêtres sortent de la terre incendie – et ceci à peine plus d’une semaine après le passage du feu. Sur les surfaces non brulées presque pas de plantules d’hêtres, – l’épaisse couverture du sol par les myrtilles et les feuilles d’hêtres semble freiner le développement des plantules d’hêtres. C’est peut être dû au simple hasard, mais l’observation me semble quand même intéressant. Notons aussi, que la pluie intense de la dernière nuit (3/4.4.2012) fût la première pluie depuis six semaines dans cet endroit, car les dernières semaines ici le temps fût sec et froid.

Photos: toutes © C. Neff

1.) Waldbrandfläche/Site de l’incendie de forêt Jagdstein 4.4.2012

2.) Plantules de Hêtre sur brûlis du site de l’incendie de forêt Jagdstein 4.4.2012

P.S. 5.4.2012 (10:15): Décidément en Allemagne la saison des feux de forêts a bien démarrée, – près d’Amorbach en Franconie un incendie de 24 ha a eu lieu les premiers jours d’avril, – un ami m’a fait parvenir ce lien.

La saison des feux de forêts 2012 vient de commencer

Apparemment la saison 2012 des feux de forêts vient de commencer avec un incendie dans le Pfälzerwald. Dans la nuit du 25 au 26 mars 1,5 ha de hêtraie-chênaie- pinède sont partie en flamme dans la Forêt du «Jagdstein-Kaisergärtchen» pas loin de Bad Dürkheim. Le journal la  Rheinpfalz (27.3.2012) y consacre un assez long article sous le titre « Waldbrand ganze Nacht über BAD DÜRKHEIM: Bis zu 120 Wehrleute mehr als sechs Stunden im Einsatz – Verdacht auf Brandstiftung (incendie de forêt pendant toute la nuit – Bad Dürkheim – pendant 6 heures 120 pompiers combattent le feu – soupçon d’ incendie volontaire). Comparé aux années précédentes (2011, 2010) la saison des feux de forêts 2012 semble donc débuter assez tôt.

Source :

Die Rheinpfalz – Bad Dürkheimer Zeitung (27.3.2012): Waldbrand ganze Nacht über BAD DÜRKHEIM: Bis zu 120 Wehrleute mehr als sechs Stunden im Einsatz – Verdacht auf Brandstiftung. Die Rheinpfalz – Bad Dürkheimer Zeitung, Nr. 74, Dienstag 27. Mär

Christophe Neff, le 3.4.2012

KW12 (2012): la semaine où le mal ressurgissait en France (25.3.2012)

Quand j’appris  le lundi matin  19 mars pendant mon trajet journalier vers Karlsruhe en écoutant les infos de 9 h les premiers récits du  drame de Toulouse, – la tuerie dans l’école juive Ozar-Hatorah – quand j’apprenais les détails de cette tuerie – je sus que le mal, le mal absolu ressurgissait une fois de plus en France. Quelque jours plus tard Gerow von Randow avait même intitulé son analyse des évènements de Toulouse « Mordserie in Frankreich – Einfall des Bösen (Série des Meurtres en France  – raid du mal) » dans la Zeit en utilisant le terme de « mal ».  Ce raid du mal, pour rappeler la chronologie, commença par l’assassinat de  Imad Ibn Ziaten le Dimanche 11 mars, suivit l’assasinat de Mohamed Legouad et Abel Chennouf le Jeudi 15 mars à Montauban – et finalement Lundi 19 mars devant l’école juive Ozar-Hatorah à Toulouse sont sauvagement abattus Jonathan Sandler et ses deux fils Ariel et Gabriel,  et  Myriam Monsonego la fille du directeur de l’école, Yaakov Monsonégo. La couverture de la Libération du 20.3.2012 en hommage des victimes du tueur en série – a même trouvé  son chemin dans le paysage médiatique allemand par l’article de Jürg Altweg dans la FAZNET – tödliche Schüsse – nur die Namen der Opfer (coups mortels – seulement les noms des victimes).

La main qui attrapa par les cheveux la petite Myriam Monsonego 8 ans pour l’abattre froidement – cette main fut la main du mal absolu ! Cette même main froide du mal absolu des médecins assassins à Grafeneck dans le Jura souabe  où plus de 10 654 personnes handicapées venant de Bavière, de Bade et du Wurtemberg furent assassinées durant l’action T 4.  Cette même main froide du mal absolu des Einsatzgruppen de la SS, – du Sonderkommando 4 sous les ordres de Paul Blobel à Babi Yar durant la shoah par  balles.  Cette même main froide du mal absolue des bourreaux de Radtko Mladic à Srebrenica. Cette même main froide du mal absolue du GIA qui égorgeait, éventrait, massacrait les populations rurales dans les djebels algériens durant les années 1990.

Et soudain cette main du mal absolu réapparaît en France – elle tue de sang-froid des enfants à cause de leurs appartenances religieuses,  froidement et sans scrupules. Froidement et sans scrupules parce que c’était des enfants juifs.

Je finis ce billet avec une citation de Jorge Semprun :

« Il m’a semblé alors, dans le silence qui a suivi le récit du survivant d’Auschwitz, dont l’horreur gluante nous empêchait encore de respirer aisément, qu’une étrange continuité, une cohérence mystérieuse mais rayonnante gouvernait le cours des choses. De nos discussions sur les romans de Malraux et l’essai de Kant, où s’élabore la théorie du mal radical, das radikal Böse, jusqu’au récit du Juif polonais du Sonderkommando  d’Auschwitz – en passant par les conversations dominicales du block 56 du petit camp, autour de mon maître Maurice Halbwachs – c’était une même méditation qui s’articulait impérieusement. Une méditation, pour le dire avec les mots qu’André Malraux écrirait seulement trente ans plus tard, sur « la région cruciale de l’âme où le Mal absolu s’oppose à la fraternité  (Jorge Semprun 1994, 65) » ».

Œuvres citées :

Semprun, Jorge (1994) : L’écriture ou la vie. Paris, (Gallimard),   ISBN 2-07-074049-8

Christophe Neff, le 25.03.2012