Flâneries d’un phytogéographe sur le billet « Les fleurs qui rendent immortel » du blog « l’Aventura – le BD blog scientifique de Fiamma Luzzati »

père david Fiamma Luzzati 2016
Le père David s’adresse à Fiamma © Fiamma Luzzati 2016 / Les fleurs qui rendent immortel

Dans paysages je ne parle presque pas de mon métier de géographe – botaniste universitaire. Naturellement dans divers « post » on trouve des liens plus ou moins forts avec mes activités professionnelles. Il y a quelque temps, j’ai découvert le très beau billet de Fiamma Luzzati « Les fleurs qui rendent immortel » – une invitation à un voyage de  découverte de l’herbier national et d’une petite initiation à l’histoire de la botanique. En lisant le père David prononcer les paroles « Mais elle ne s’enrichit pas, parce-que on n’envoie plus de botaniste comme moi sur le terrain » – je me rappelai les paroles d’un collège tunisien qui me disait « en fait Christophe, tu es une espèce en voie de disparation, tu appartiens à une espèce en danger critique d’extinction – des scientifiques comme toi, qui vont sur le terrain, étudier la végétation, les arbres, les fleurs et les hommes, les paysages et leurs descriptions littéraires,- qui essaient de comprendre l’empreinte de l’homme sur les paysages – ils n’ont plus de place dans la science moderne ». Les temps modernes ont sonné le glas pour les « Feld-Wald – und Wiesen Geographen » (les géographes des champs, des bois & forêts et des prés). L’ami tunisien avait certainement raison, même si personnellement je pense que le travail de terrain peut, même de nos jours, enrichir la science. En fait je ne suis pas botaniste pur, mais un géographe avec une formation de botaniste.  Durant mes études, il y a maintenant presque trente ans, pour les géographes voulant se spécialiser dans la biogéographie et l’écologie de paysages des cours de botanique était plus ou moins obligatoires, l’objectif était d’être capable de déterminer une plante sur le terrain avec une flore comprenant un clé de détermination dichotomique, en occurrence le « Schmeil-Fitschen »,  – et de synthétiser ses observations de terrain dans une cartographie floristique. Ce que j’ai appris appris à faire durant la deuxième partie des années 1980 à l’université de Mannheim est très bien décrit dans le chapitre « la géographie-botanique » du livre « les botanistes – contribution à une ethnologie des passions naturalistes » de Sylvia Magnanon. Ce livre est d’ailleurs une très belle « ethnographie » de l’état de la botanique francophone actuelle et en plus il décrit l’histoire de la botanique francophone. Au-delà de la disparition des « Feld-Wald – und Wiesen Geographen » et je pense aussi à cela en visionnant le billet de Fiamma Luzzati c’est l’espèce de géographes-botanistes-explorateurs universitaires qui disparaît lentement, -au moins en Allemagne- où jadis il existait une vraie branche d’explorateurs de terres africaines – je me souviens encore bien il y a maintenant presque 25 ans, je sillonnais brousse sénégalaise, forêt ivoirienne le « Maydell [1]» en main pour approvisionne entre autres l’herbier de Dieter Anhuf. Le géographe Erhard Schulz de l’Université de Würzburg  a par  exemple par ses diverses publications contribué à la connaissance scientifique des terres lointaines et inconnues des Adrar des Ifoghas au Mali[2].  Tout cela me semble déjà appartenir à une autre époque comme l’histoire de l’herbier national dont nous parle Fiamma Luzzati.

Le récit de Fiamma Luzzati sur les fleurs qui rendent immortel, m’a fait revivre mes sorties avec René Jeantet[3] dans la garrigue nîmoise, découvertes des fabuleuses Gorges du Gardon, les Costières, la Vaunage. C’est lui qui m’a initié à découvrir la garrigue à travers ses plantes, – m’a fait découvrir les Costières avec leurs étranges forêts de Pins parasols, d’Arbousiers, de Chênes pubescents, des lambeaux bois de Chênes – lièges, mais aussi ses colonies de Guêpier d’Europe etc. Même si Monsieur Jeantet n’était pas botaniste au sens strict, il prenait son temps pour m’initier à la flore méditerranéenne, à l’utilisation de la flore portative de Bonnier & Layens (Flore complète portative de la France, de la Suisse et de la Belgique) sur le terrain[4], – et à réanalyser des « découvertes » avec la « Flore complète illustrée en couleurs de France, Suisse et Belgique » à la Bibliothèque du Museum d’histoire naturelle à Nîmes – et si nécessaire nous consultions les divers herbiers du muséum. Pour ainsi dire, c’est Monsieur Jeantet qui m’a donné le goût des senteurs de garrigues et de forêts méditerranéennes pendant mes années nîmoises[5]. C’est aussi grâce à ces premiers pas à travers les Garrigues de Nîmes en compagnie de Monsieur Jeantet que se traça la voie vers mon métier de géographe-botaniste universitaire.

Arbutus unedo Grünstadt 31.10.2016
Arbousier (Arbutus unedo) à Grünstadt, © Christophe Neff 31.10.2016

Mais des découvertes botaniques on ne les trouve pas seulement dans les contrées lointaines, – il suffit simplement de se promener les yeux ouverts. Ainsi à Grünstadt, la ville dans laquelle j’habite depuis 1999, – pourrait aussi se dénommer « Grünstadt unter Palmen (Grünstadt sous les palmiers)» vu le nombre de Palmiers[6] dans les jardins et espaces verts publiques,  mais pas seulement des Palmiers, – ici et là on y trouve des Chênes verts, des Arbousiers, des Lauriers – tins – et depuis quelques années les  Bambous sacrés (Nandina domestica) se font de plus en plus remarquer. A première vue on pourrait croire que c’est peut-être le changement climatique qui en est responsable, – mais ce sont plus les diverses modes de jardins d’ornement qui sont responsables de ce goût pour les plantes exotiques à Grünstadt et dans une grande partie de la Unterhaardt. Voir un peu de vert,  voir les fruits de l’arbousier, les fleurs du Laurier-tin, – pour  faire oublier la tristesse des hivers rhénans. D’ailleurs même si cela n’est pas connu par le grand public, le palmier chanvre par exemple est considéré comme un des palmiers les plus rustiques – on le cultivera sans problèmes dans les régions viticoles de l’Europe centrale – à l’âge adulte il supporte sans problèmes quelques jours de grands froids (-15 à – 18, exceptionnellement – 22).

Dans une quinzaine d’années je suis supposé de prendre ma retraite. Ce ne sera certainement pas un « Feld-Wald – und Wiesen Geograph » – un géographe-botaniste qui prendra ma relève. Peut-être un géographe-écologue spécialiste en modélisation ou en télédetection, – mais je ne peux m’imaginer que ce sera un géographe-botaniste qui me succédera. Mais au fur et à mesure que cette tendance, de ne plus enseigner la botanique de terrain au niveau universitaire[7] –se développe, la biologie se transforme en life science – la géographie physique & environnementale en science de modélisation & géomatique – c’est au moins ma perception personnelle – qui dans une vingtaine d’années enseignera encore la botanique de terrain au niveau universitaire ? Comment parler d’une écologie scientifique si au fur et mesure la science de déterminer les plantes sur le terrain se perd– si ces aptitudes sont de moins en moins enseignées ? Le botaniste-géographe, on le retrouvera dans quelques années dans un coin perdu d’un musée naturaliste, près de l’herbier – un peu comme  nous le raconte si délicatement Fiamma Luzzati dans son blog – le géographe-botaniste une espèce en voie de disparition comme le disait il y a quelques années l’ami tunisien.

Pour revenir au Père David, – ce que Fiamma Luzatti aura peut-être pu mentionner dans son petit billet, c’est que pour le grand public le nom du Père David est associé au Buddleia du père David aussi dénommé aux papillons (Buddleja davidii). J’en ai d’ailleurs planté un dans mon jardin pour attirer les papillons pour que mes enfants puissent les observer dans notre jardin – et ceci en sachant que cette plante est considérée par beaucoup de collègues comme une espèce envahissante.

Viola arborescens  Falaises du Cap Leucate 14.10.2016
Viola arborescens Falaises du Cap Leucate 14.10.2016 / © Christophe Neff

Je finis avec cette photo des fleurs de la Violette ligneuse (Viola arborescens) , prises dans les falaises du Cap Leucate en octobre 2016, simplement  pour montrer que la botanique de terrain – c’est l’art de découvrir et d’observer silencieusement son environnement – que ce soit en forêt ombrophile dans la Montagne de Man en Côte d’Ivoire, dans la laurisilvae des Azores, des falaises du Cap Leucate, les garrigues des Nîmes, les flancs du Stromboli, des forêts de Sapins de la forêt Noire dans la Raumschaft Schramberg, le delta de la Sauer, aussi bien que la flore et les fleurs des villes comme Mannheim, Grünstadt, Nîmes, Lisbonne etc. C’est aussi sortir des sentiers habituels et de découvrir l’Oiseau de paradis (Caesalpinia gilliesii) en fleurs sur les remblais du pont de la Corrège à Port Leucate[8].

Photos et Figures:

Père David devant l’herbier : © Fiamma Luzzati 2016 dans « Les fleurs qui rendent immortel » – Blog « l’Aventura – le BD blog scientifique de Fiamma Luzzati » sur les blog le Monde. Publié avec l’autorisation de Fiamma Luzzati

Arbousier (Arbutus unedo)  à Grünstadt, © Christophe Neff 31.10.2016

Viola arborescens en fleurs,  falaises du Cap Leucate en Octobre 2016, © Christophe Neff 14.10.2016

Christophe Neff, Grünstadt le 23.12.2016

Littérature citées et autres sources :

Allorge, Lucile; Roussel-Versini, Anne et al. (2013) : L’œ herbier du Muséum : l’aventure d’une collection. Paris, (© Paris Éditions Artlis, © Paris, Muséum d’Histoire naturelle, 2013), ISBN 978-2-85495-557-6

Luzzati, Fiamma (2016) : « Les fleurs qui rendent immortel » – Blog « l’Aventura – le BD blog scientifique de Fiamma Luzzati » sur les blog le Monde.

Magnanon, Sylvie (2015) : Les botanistes. Contribution à une ethnologie des passions naturalistes, Paris, L’Harmattan, 978-2-343-05389-9

Maydell, Hans-Jürgen von (1990) : Arbres et Arbustes du Sahel – leurs caractéristiques et leurs utilisation. GTZ, Eschborn, ISBN 3-8236-1197-6

Neff, C., Scheid, A. (2005): Der mediterrane Süden Frankreichs. Vegetationsdynamik und Kulturlandschaft im Languedoc-Roussillon. Geographische Rundschau 57(9), S. 38–44.

Schulz, E., Adamou, A., Ousseini, I. 2001. Air et Adrar des Iforas: une comparaison de deux montagnes du sud du Sahara et de leur évolution actuelle.  In: Bart, F., Salomon, N.(Hrsg.) Les montagnes tropicales:identités,mutations, développement. Espaces Tropicaux 16, Talence, 219-232

P.S. : Pour en savoir plus sur l’herbier national qui est hébergé au Museum national d’histoire naturelle  je suggère fortement la lecture du très beau livre «l’Herbier du Muséum » édité par Lucile Allorge et al.  (2013).

[1] Le « Maydell » ainsi fut dénommé le livre de terrain – guide dendroécologique  « Arbres et Arbustes du Sahel – leurs caractéristiques et leurs utilisation » écrit par Hans –Jürgen von Maydell et édité par la GTZ.

[2] Notons qu’on retrouve encore des traces de ces géographes-explorateurs dans « l’Afrikazentrum der Universität Würzburg », centre interdisciplinaire universitaire regroupant les recherches de l’Université de Würzburg où la Géographie et la Biologie sont très bien représentées !

[3] René Jeantet était Conservateur du Museum d’histoire naturelle de Nîmes de 1948 à 1995.

[4] Avant de m’acheter ma propre flore de terrain « Bonnier & Layens » , j’utilisais le « Bonnier & Layens » de ma grand-mère, Germaine Migliori (née Monasse). Dans sa jeunesse elle était intéressée par la botanique, – elle entretenait même son herbier personnel. Et elle aimait peindre les fleurs – ce qu’elle faisait encore quelques mois avant sa mort en 2011.

[5] Voir aussi « Aubord de « Macondo » (19.04.2014) », « premières floraisons d’Arbre de Judée à Grünstadt dans la Unterhaardt », « Vendanges dans la Unterhaardt, – les Brauds sont là / Weinlese an der Unterhaardt – die Brauds sind wieder da! ».

[6] Principalement les Palmiers de Chine (Trachycarpus fortunei).

[7] Voir aussi ce que écrit Sylvia Magnanon (2015:102) dans son livre « les botanistes »  sur la situation en France : « Mais il est vrai que le fait que les organismes de formation scientifique n’enseignent quasiment plus aujourd’hui la botanique de terrain en France et que par conséquent, aucun diplôme national de botanique soit délivré (pas plus que d’ornithologue ou d’entomologue) peut poser un problème de reconnaissance du statut de botaniste en tant que chercheur scientifique ». Ma perception personnelle est que cette situation se retrouve dans beaucoup de pays européens.

[8] Description (avec photo) dans:  Neff, C., Scheid, A. (2005): Der mediterrane Süden Frankreichs. Vegetationsdynamik und Kulturlandschaft im Languedoc-Roussillon. Geographische Rundschau 57(9), S. 38–44.

Blognotice 13.10.2016: La mer déferle sur les plages leucatoises.

Port Leucate, 13.10.2016 la mer déferle sur le ponton
Port Leucate, 13.10.2016 la mer déferle sur le ponton, © Christophe Neff 13.10.2016

La mer déferle sur les plages leucatoises. Il y a six ans j’avais assisté au une tempête semblable, – à laquelle j’avais dédié deux petits billets  « Lundi 11 octobre 2010 – la mer se déchaîne sur la plage de Port Leucate [1]» et « Notice de blog 17.10.2010 – mémoires collectives et tempêtes oubliées à Leucate». Dans la notice du 11.10.2010 j’avais aussi signalé le risque de submersions marines sur le lido séparant l’étang de Leucate et la pleine mer où se trouvent les sites de Port Leucate et de Port Barcarès. La situation que j’ai rencontrée aujourd’hui jeudi 13 octobre 2016 ressemble beaucoup à celle que j’avais observée en octobre 2010. Ce qui m’a frappé aujourd’hui c’est de voir à quelle vitesse la mer a submergé la plage de Port Leucate. Suivent quelques impressions photographiques de la mer déferlante sur les plages leucatoises – toutes prises durant la journée du 13.10.2016.

Vue sur le Kyklos matin du 13.10.2016
Vue sur le Kyklos matin du 13.10.2016, © Christophe Neff 13.10.2016

Vue sur le Kyklos matin du 13.10.2016

 

Vue sur le Kyklos après-midi du 13.10.2016
Vue sur le Kyklos après-midi du 13.10.2016, © Christophe Neff 13.10.2016

Vue sur le Kyklos après-midi du 13.10.2016

Leucate plage 13.10.2016  10H40  du matin
Leucate plage 13.10.2016 10H40 du matin, © Christophe Neff 13.10.2016

Leucate plage 13.10.2016 10H40 du matin

La Franqui 13.10.2016 11H19
La Franqui 13.10.2016 11H19, © Christophe Neff 13.10.2016

La Franqui 13.10.2016 11H19

Port Leucate, le ponton 13.10.2016 vers 15H46
Port Leucate, le ponton 13.10.2016 vers 15H46, © Christophe Neff 13.10.2016

Port Leucate, le ponton 13.06.2016 vers 15H46

La plage de Port Leucate 13.10.2016, vers 15.27
La plage de Port Leucate 13.10.2016, vers 15.27, © Christophe Neff 13.10.2016

La plage de Port Leucate 13.10.2016, vers 15.27

Photos: toutes © Christophe Neff 13.10.2016

Christophe Neff, Port Leucate le 13.10.2016

[1] Ce billet est d’ailleurs un des billets les plus consultés sur paysages, voir aussi ici.

Du déjà vu en pire – Alep, Grozny, Beslan / a feeling of “déjà vu » in worse … Aleppo, Grozny, Beslan …. (27.09.2016)

Les images, les témoignages qui nous parviennent d’Alep et d’autres villes syriennes meurtries, villes  martyrisées par des années de guerre civiles sanglantes, me font ressurgir les images de Grozny, les reportages de Natalie Nougayrède de Beslan, de Tchétchénie. La Préface d’André Glucksmann du livre « Tchétchénie le déshonneur russe » de Anna Politkovskaïa . Du déjà vu en pire … Alep, Grozny, Beslan ….

The images, the reports reaching us from Aleppo and other Syrian cities ravaged, cities tormented by years of bloody civil war, make me reappear the images of Grozny, the reports written by Natalie Nougayrède from Beslan, from Chechnya. The Preface of André Glucksmann’s of the book „Tchétchénie, le déshonneur russe (Chechnya Russian dishonour)“ written by Anna Politkovskaya. A feeling of “déjà vu » in worse … Aleppo, Grozny, Beslan ….

Référence :

Glucksmann, André (2003) : Le syndrome du chardon tchétchène. In : Politkovskaïa, Anna : Tchétchénie, le déshonneur russe, p. 9- 18, Paris, collection folio, ISBN 2-07-030551-1

Christophe Neff (27.09.2016)

Blognotice 17.09.2016: un billet pour soutenir Nadia Murad

Elle s’appelle Nadia Murad. Elle est une des milliers de victimes de l’Etat islamique en Irak. Elle eut la chance de survivre aux  atrocités commises par Daech, de s’échapper à ses geôliers. En France – et aussi dans une grande partie du monde francophone Nadia Murad est encore presqu’ une inconnue. Hier vendredi, le  16. Septembre 2016 Nadia Murad fut nommée « Ambassadrice de bonne volonté de l’Office des Nations Unies pour la lutte contre la drogue et le crime (ONUDC) pour la dignité des survivants de la traite des êtres humains » par les Nations unies. C’est elle qui a fait pleurer le conseil de sécurité le 16 décembre 2015 en témoignant de son calvaire, – vendue, violée et exploitée comme esclave sexuelle par les tortionnaires de Daech[1]. Nadia Murad a été nominée pour le Prix Nobel de la Paix par l’Irak le 5 janvier 2016[2]. Elle se bat pour que les massacres commis par l’état islamique soient reconnus comme génocide, que les responsables du génocide vers le Yézidis, que les responsables de l’esclavage sexuel soient un jour jugés pour leurs crimes.

Durant l’été 2014, j’avais écrit deux billets « Yazidis d’Irak – le cri d’angoisse d’une députée du parlement irakien » et « Blognotice 28.07.2014: Bientôt le souvenir de l’église catholique chaldéenne et des églises syriaques (orthodoxes & catholiques) ne sera plus qu’un souffle de vent chaud dans le désert »[3], durant cet été quand Daech perpétuait ses massacres à  Sinjar, terrorisait la plaine de Ninive, prenait Mosul qui fut jadis une des perles des chrétiens d’Orient et que le monde entier fut stupéfié par les évènements en Irak. Après cet été fatidique  le ministre-président du Bade-Wurtemberg Wilfred Kretschmann avait ouvert le Land de Baden Württemberg en montant un programme spécial d’accueil  à toutes les femmes victimes de Daech[4] [5]. C’est ainsi que Nadia Murad trouve refuge en Allemagne, au Land de   Bade-Wurtemberg. J’aurais tant aimé que la France fasse un geste similaire envers les victimes de Daech comme l’avait fait Winfried Kretschmann après cet été  de 2014.

La France est après les Etats-Unis un des principaux contributeurs militaires de la coalition contre l’État islamique et la France fait déjà un travail remarquable avec ses forces armées, il faut le reconnaitre. Il est d’ailleurs illusoire et même dangereux de croire qu’on vaincra Daech avec un credo pacifiste et en allument des bougies.  Mais j’aurais quand même aimé voir le gouvernement français de faire en geste humanitaire envers les yazidis, envers les chrétiens d’orient[6], les chiites qui sont les premiers victimes de Daech, comme l’avait fait Wilfried Kretschmann et son gouvernement après l’été 2014. Avoir le courage de dire, nous sommes prêts en France à accueillir les victimes de Daech. D’ailleurs il n’est pas trop tard, à ma connaissance, les communautés chrétiennes de la plaine de Ninive souffrent encore énormément…..

J’ai simplement écrit ce petit billet  pour soutenir le combat de Nadia Murad et  faire connaître Nadia Murad en France et dans le monde francophone !

Christophe Neff, le 17.09.2016

P.S. : Le site anglais de Nadia Murad se trouve ici ! La page Facebook ici !

[1] Voir l’intégralité de son discours (original en arabe/traduit en anglais) devant le Conseil de Sécurité des Nations  unies ici.

[2] Voir aussi « CONFÉRENCE – L’ex-prisonnière de l’Etat Islamique Nadia Murad parle de son épreuve à UQ ».

[3] Ces deux billets (1, 2) que j’avais écrits durant l’été 2014 font partie depuis des billets les plus consultées (et peut – être même lus) du blog paysages.

[4] La décision de monter un programme spécial pour les jeunes filles et femmes victimes violences sexuelles en Irak et en Syrie fut pris durant le « Flüchtlingsgipfel »  du gouvernement vert-rouge de W.Kretschmann en octobre 2014. Voir ici (en allemand).

[5] Dans son discours du 16.12.2015 devant le Conseil de Sécurité Nadia Murad remercie l’Allemagne  pour avoir accueilli les victimes les femmes Yazidis victimes de l’Etat islamique.

[6] Concernant la situation le livre « Chrétiens d’Orient – résister sur notre terre » (le Cherche Midi, Paris2016, ISBN 978-2-7491-4991-2  de Pascal Gollnisch dresse  une tableau alarmant, – et ceci ne concerne pas seulement les Chrétiens d’Orient de Syrie et de l’Irak.

Blognotice 30.08.2016: au revoir Leucate, pays des plages de la liberté

Vue sur la plage de Leucate – plage (30.05.2012) © Christophe Neff

Dans les années 1970 la station de Port Leucate faisait de la publicité dans toute la France avec le slogan « Port Leucate pays de la liberté » – mettant en avant des adolescents à poil[1]. Durant l’été 2013 on pouvait voir quelques unes de ces affiches dans l’exposition « Exposition centenaire Georges Candilis Architecture & Design » expo, dont j’ai parlé un petit peu dans le billet « Les cigales de Port Leucate ». Leucate, pays des plages de la liberté, avec cet arrêté anti burkini , c’est définitivement du « has-been » – car avec cet arrêté municipal « anti – burkini » promulgué à Leucate (comme dans 31 autres communes françaises[2]) la liberté de profiter librement des plaisirs de la plage dans l’habit qu’on choisit est partie en fumée. Peut-être faudrait –il rappeler à Monsieur le Maire de la commune de Leucate Michel Py, qu’au début de la station de la Franqui, une des premières stations balnéaires du Languedoc,  le plagiste se baignait encore tout habillé. Dans le livre « La nature et le balnéaire – le littoral de l’Aude [3], [4]» – qui est d’ailleurs une excellente étude de géographie historique sur l’évolution de la côte audoise – on trouve une très belle photo « baigneurs et pécheurs cohabitent a la Franqui vers 1910 » qui nous rappelle à quel point les tenues de bains ont changé sur la côte audoise  [5] , [6]. Mais même de nos jours on voit ici et là des plagistes habillé en « vêtements de rue » profitant de la plage. Ceci parfois je l’ai déjà pratiqué moi-même pour me protéger du soleil et du vent sur les plages leucatoises. En plus on voit de plus en plus d’enfants sur les plages françaises portant une combinaison néoprène pour se protéger du soleil.   Cela se rencontre aussi sur les plages Leucatoises. L’envie de choper quelques voix au FN, de voir le nom de Leucate effleurer les medias nationaux, a certainement eu sa  responsabilité dans la promulgation de  cet arrêté municipal malheureux. Parfois je me demande, ce que arriverait à un prêtre en soutane, qui profite des plaisirs de la plage sur les plages leucatoises en aout 2016  comme le fit mon oncle durant les années 1970  – serait-il verbalisé par les agents de la police municipale de Leucate ? Dans les années 1970 mon oncle Jean-Pierre Migliori[7],  prêtre de  l’Église vieille-catholique  – se baladait  coiffé de son bonnet ecclésiastique, la  barrette, et en soutane  – parfois sur les plages leucatoises. En fait il n’aimait pas trop la plage, mais il voulait faire plaisir à ses neveux et nièces en les accompagnants à la plage. Ou une jeune femme  juive orthodoxe se baignant sur une plage leucatois en « maillot pudique » qui n’est rien d’autre  que le « cousin juif du burkini [8]» est-ce qu’elle se ferait verbaliser à Leucate ? De vouloir faire de la tenue vestimentaire sur les plages françaises un pilier dans le combat anti-djihadiste, – là il y a certainement mieux à faire – et c’est même contreproductif  si on veut vraiment combattre l’intégrisme religieux islamique! D’une certaine façon,  et ceci au-delà de l’édile de Leucate, comme Monsieur Py est dénommé dans un article du Monde, tous ces maires qui ont promulgué des arrêtés anti-burkini  ont ,par ignorance  fait le jeu des monarchies wahhabites les plus arriérées –  car en Arabie saoudite – la conduite d’une voiture ou une baignade en burkini est simplement interdite pour toutes les femmes.   Olivier Roy récemment dans une interview va encore plus loin « Le groupe Etat islamique où les talibans n’autoriseraient jamais le burkini. Au contraire, cette tenue est l’exemple même de la gentrification de la pratique religieuse musulmane dans l’espace occidental. Ce maillot de bain couvrant est symboliquement lié l’ascension sociale de certaines musulmanes. Le porter représente une tentative, pour des femmes, plutôt jeunes, de poser un signe religieux sur une pratique moderne, c’est-à-dire la baignade en famille ….. Non. Les débats sur le port du burkini et de la burka, par exemple, doivent être distingués, car le burkini est une invention récente [créé en 2003 en Australie], qui fait sauter les fondamentalistes au plafond. Pour ces derniers, une femme n’a pas à se promener sur la plage, et encore moins se baigner ! Donc le burkini est, au contraire, une tenue moderne, qui n’a rien de traditionnel ou de fondamentaliste.   ».

Pour revenir à Leucate – j’aurais bien aimé que le maire de Leucate eût investi la même énergie pour enfin faire vivre le point d’info  Natura 2000 sur le grand Cap –   que  pour cet arrêté municipal  anti burkini.  Mais le point d’info Natura 2000 au site de la falaise du Cap Leucate semble être tout simplement tombé à l’oubli.  Ce petit scandale sur la falaise de Leucate mériterait aussi un petit regard de la presse nationale.

Au-delà de la polémique « anti-burkini » – je crois que le maillot couvrant une partie intégrale du corps a encore de beaux jours devant lui – les risques de cancer de la peau  qu’une exposition trop longue  au soleil peut engendrer vont booster  le port du maillot de bain intégral sur nos plages.  Profiter de la plage, d’une baignade en mer sans prendre de risque d’attraper un cancer de la peau –  ceci est aussi une des promesses d’un maillot de bain intégral comme le burkini ou le maillot pudique juif en sont.  D’ailleurs cette  sorte de maillot de bain intégral que portent les maitres-nageurs sauveteurs (féminin et masculin) de la SNSM a une forte ressemblance avec le burkini. Au Barcarès, commune avoisinante de Leucate, ces maitres-nageurs ont partiellement assuré la surveillance de plages durant l’été 2016[9].

Référence :

Andreu-Boussut, Vincent (2008) : La nature et le balnéaire. Le littoral de l’Aude. Paris, l’Harmattan, ISBN 978-2-296-07604-4

Photo: Vue sur la plage de Leucate – plage  (30.05.2012) © Christophe Neff 30.5.2012

Christophe Neff,  Grünstadt le 30.08.2016

[1] On peut retrouver un scan d’une de ces images sur le site de Jacques Hiron. Voir ici.

[2] Dans l’article « Plusieurs maires veulent maintenir leur arrêté « anti-burkini » » on trouve une carte montrant les 31 communes françaises ayant pris un arrêté anti-burkini.

[3] Le livre est la version publiée de la Thèse de doctorat de Vincent Andreu-Boussut  « L’aménageur, le touriste et la nature sur le littoral de l’Aude.  Modèles d’aménagement, pratiques touristiques et enjeux environnementaux ».  Download ici.

[4] Dans ce livre de Vincent Andreu-Boussut  on trouve aussi un tres beau chapitre sur les debuts de la station de la Franqui , l’histoire de l’hotel Excelsior, de la familie Bertand etc. « chapitre : La Franqui-plage : un essor en demi-teinte orchestré par la famile Bertrand (Andreu-Boussut, 2008, 44-47)»

[5] Dans la version (Thèse) du livre de  Vincent Andreu-Boussut  on trouve sur la page 78 la planche 16 « l’essor des bains de mers : Invention de la plage et nouveaux liens – sociaux spatiaux ».  Download ici.

[6] On trouve des belles photos de la station de la Franqui du début du 20ème siècle ici sur le site « Colonie de Vacances de Lézignan-Corbières à La Franqui ».

[7] Jean – Pierre Migliori nommé „Jeshouandadev“  1943 (Hussigny) – 1977 (Strasbourg).

[8] Voir aussi dans Libération le réportage de Nissim Behar « En Israël, un cousin du burkini pour les juives orthodoxes »

[9] Sur le site de  Martial Guerin  on trouve un reportage TFI sur les sauveteurs de la SNSM au Barcarès, dans le quel la sauveteuse  maitre – nageur « Laura Lanvin » en maillot intégral est interviewée! (A voir ici).

Blognotice 25.07.2016: les adieux à Berlin de Frédéric Lemaître

Pour son départ de Berlin, Frédéric Lemaître, correspondant du Monde à Berlin, nous a laissé un dernier mot de souvenirs  dans son blog,  sur ses six années passées en Allemagne pour Le Monde avant de réintégrer la rédaction parisienne du Monde[1]. J’avais découvert son blog en décembre 2012 et depuis j’étais un lecteur régulier de son blog, qui au début s’appelait encore « regard d’Allemagne »[2]. Très rarement parfois, je me suis permis de commentes ces posts, – je préférais lire les commentaires …. et assez souvent les commentaires me donnaient l’impression que pour beaucoup de lecteurs français  l’Allemagne reste un pays indéchiffrable. Je me permets de citer le commentaire de Frédéric Durieux qui écrit « Souvent, je me dis que le Rhin est grand comme un océan tant il reste difficile de se comprendre, ne fût-ce que par la langue »[3] –  le blog de Frédéric Lemaître a certainement permis de réduire un peu l’étendue de cet océan de frontière qui sépare l’Allemagne et la France. Dommage que ce blog va cesser d’être « alimenté » avec le retour de Monsieur Lemaître dans la rédaction parisienne du Monde.  Naturellement j’étais un lecteur régulier des articles sur l’Allemagne de F. Lemaître. C’est grâce à  ses articles que j’ai découvert le livre de Klaus Harpprecht sur Arletty[4] , et le livre de Guillaume Duval « Made in Germany  – le modèle allemand au-delà des Mythes »[5].  D’ailleurs je considère que le livre de Guillaume Duval est une très bonne analyse du système économique allemand durant les années Schröder & Merkel – et même si le livre date de 2013, et d’ailleurs il contient une erreur d’approximation concernant la FDP durant les années Willy Brandt[6], mais néanmoins ce livre mérite encore largement la lecture de nos jours trois ans après sa parution.

Je remercie Monsieur Lemaitre pour son travail remarquable, ses articles déchiffrant un peu ce pays « indéchiffrable » qui est l’Allemagne aux yeux de beaucoup de Français.  Et bon courage à Thomas Wieder pour son début à Berlin. Finissant cette petite notice, je pense que Frédéric  Lemaitre devrait réunir ses souvenirs des « années Merkel » dans un livre, –  un tel livre pourrait peut-être aussi contribuer à réduire le fossé culturel qui sépare Français et Allemands !

Livres cités :

Duval, Guillaume (2013): Made in Germany. Le Modèle allemand au-delà des Mythes. Paris, Éditions du Seuil, janvier 2013, ISBN 978-2-02-109779-5

Harpprecht, Klaus (2012) : Arletty und ihr deutscher Offizier. Eine Liebe in Zeiten des Krieges. Frankfurt am Main, Fischer Taschenbuchverlag, Oktober 2012,  ISBN 978-3-596-18863-5

Christophe Neff, le 25.07.2016

[1] « Un bilan (très personnel) des années Merkel  (21.07.2016)»

[2] J’avais même consacré un petit billet „Regards d’Allemagne – un nouveau blog lemonde.fr sur L’Allemagne » en décembre 2012 au blog de Frédéric Lemaître.

[3] Voici la totalité du Commentaire de Frédéric Durieux : « Cher Monsieur,  Un grand merci pour votre blog ainsi que pour vos articles. Cela me permettait d’envoi des nouvelles, vu par un Français, d’un pays qui m’est cher et qui m’apparaît comme terriblement étranger pour beaucoup de Français. Souvent, je me dis que le Rhin est grand comme un océan tant il reste difficile de se comprendre, ne fut-ce que par la langue. Je vous souhaite un bon retour en France ainsi qu’une belle suite pour votre activité professionnelle.  Cordialement, Frédéric Durieux  (dans Un bilan (très personnel) des années Merkel  (21.07.2016)) »

[4] „Atmosphäre, atmosphäre…“ (Le Monde.fr 25.07.2011),  voir aussi : « Blognotice : 30.7.2011 les jours de marchés de la saison estivale 2011 à Leucate ».

[5] „Quel modèle allemand ? (Le Monde.fr 26.02.2013)

[6] Voir aussi „Blognotice 09.09.2013: Quand Willy fut élu chancelier ».

Sept ans de blog paysages sur le Monde.fr

Il y maintenant un peu plus de sept ans, débutait le 24.05.2009 avec le post  «  I. Un blog sur les paysages : un petit début – ou quelle langue choisir» le blog paysages sur le Monde.fr /les blogs le Monde. Depuis 383 articles ont vu le jour, la plupart écrits en français, occasionnellement en allemand et  très rarement des articles publiés en anglais [1]. 383 articles, lus par approximativement 182.615 lecteurs[2]. Sept ans de billets et petites notices écrits entre Rhin et Danube, Seine et Neckar, Aude, Moselle et Kinzig, sur les rives de la Méditerranée  ….. Lectures de paysages et des livres ….. Souvenirs personnels franco-allemands – le temps passe et les paysages changent.

Voyant le Zouave du Pont de l’Alma à Paris les Pieds dans l’eau, résistant aux flots de la Seine, pas loin de boire sa Tasse d’eau de Seine comme en 1910, je me souviens d’une lecture d’hiver de 1995/1996 – sur Paris l’Atlantide.

« Je devais avoir à l’époque presque le même âge que vous. C’était en hiver 1910. La Seine s’était transformée en une vraie mer. Les Parisiens naviguaient en barque.

Les rues ressemblaient à des rivières, les places -à de grands lacs. Et ce qui m’étonnait le plus, c’était le silence … Sur notre balcon, nous entendions ce silence sommeillant de Paris inondé. Quelques clapotis de vagues au passage d’une barque, une voix assourdie au bout d’une avenue noyée. La France de notre grand-mère, telle une Atlantide brumeuse, sortait des flots » (Makine, 1995, p.25-26)

D’ailleurs ces pluies orageuses, elles ne se déversent pas seulement en France, sur le bassin de la Seine, – mais sur toute une partie de l’Europe centrale dont l’Allemagne. Et en Allemagne on découvre que la gestion de risques ne semble pas toujours à la hauteur des défis[3].

Mais ce n’était pas seulement le Zouave du Pont de l’Alma résistant aux flots de la Seine[4],  – ou les souvenirs de lecture du Testament français de Makine,  – ses description de Paris l’Atlantide – qui m’ont fait ressurgir la France de mes grands-parents. Il y a exactement quatre-vingts  ans,  le 04.06.1936 – que Léon Blum  fut nommé président du Conseil par le Président de la République Albert Lebrun. Cet évènement politique avait fortement marqué les souvenirs de mes grandparents –  les souvenirs du gouvernement Blum, du Front Populaire – combien de fois je fus auditeur des récits des toutes les couleurs les plus vivantes – dans la maison familiale à Aubord et  aussi à la Griffoulière à Port Leucate[5].

En 1936 ma Grand-Mère avait 20ans, –  vivant sa jeunesse bourgeoise dans une belle demeure de la place Place Broglie à Strasbourg – en 1936 elle n’aurait sûrement jamais osé  rêver épouser un « Macaroni » et en plus « un Macaroni dit d’extrême gauche ». Quelques mois plus tard tout changeait ….  Mais en fait ceci une autre histoire[6].

Livres cités :

Makine, Andreï (1995) : Le Testament français. Paris, ISBN 2-7152-1936-9

Billet écrit le 04.06.2016 à Grünstadt, 80 ans après que Léon Blum  fut nommé président du Conseil par le Président de la République Albert Lebrun –  et publié le Dimanche le 05.06.2016.

[1] Voir aussi « Six ans de Blog paysages sur le Monde.fr (31.05.2015) ».

[2] D’après Google Analytics  les cinq articles les plus consulte depuis le 14.09.2013 date sont « Blognotice 12.2.2012: la banquise bloque le Port de Port Leucate », « Blognotice 28.07.2014: Bientôt le souvenir de l’église catholique chaldéenne et des églises syriaques (orthodoxes & catholiques) sera plus qu’un souffle de vent chaud dans le désert »,  « Lundi 11 octobre 2010 – la mer se déchaîne sur la plage de Port Leucate », , « 1949 – l‘incendie meurtrier dans la Forêt des Landes », et « Das Biafrakind ».

[3] Voir le commentaire de Axel Bojanowski dans le SPON  „Katastrophenschäden: Die Unwetterwarnung in Deutschland funktioniert nicht richtig“.

[4] La crue de la Seine du 04.06.2016  atteignait un « maximum » de 6,10 m à Paris, voir « Inondations : le niveau de la Seine commence à descendre à Paris ».

[5] Voir aussi le billet « Blognotice 7.08.2013: Les cigales de Port Leucate ».

[6] Voir aussi le document „Zinedine Zidane – et nous les macaronis de « basse Italie ». Download ici !

Blognotice 16.04.2016: n’oublions pas les lycéennes de Chibok

bring back our girls now 10421400_282213081989732_4576000218190379049_nIl y a deux ans, le 14 avril 2014 276 lycéennes sont tirées de leur sommeil dans un dortoir de l’école secondaire de Chibok, dans le nord-est du Nigeria. Elles sont prises en otage par les terroristes islamistes de Boko Haram, –  et depuis c’est le grand silence.  57 lycéennes de Chibok ont réussi à fuir leurs geôliers, les 219 restantes, d’après ce que nous savons,  ont été transformées en esclaves sexuelles. Mais les lycéennes de Chibok ne sont pas les seules victimes de Boko Haram. Comme le décrit Pierre Lepidi dans son article « Nigeria : deux ans de recherche pour retrouver les lycéennes de Chibok » : « selon les ONG qui militent pour les droits de l’homme, plusieurs milliers de femmes et de jeunes filles ont été enlevées depuis le début du conflit. Boko Haram en fait des esclaves sexuelles ou des bombes humaines, tandis que les garçons et les hommes sont enrôlés de force pour combattre et instaurer un Etat islamique dans le nord-est du Nigeria ». C’est une guerre qui se passe loin de nos yeux, – à peine remarqué par les medias internationaux, – qui transforme toute un pays en champs de mort,  depuis 2009 on compte plus que 20.000 morts, de vies brisées, des cœurs attristés …. et surtout un silence médiatique international hors du commun !

Heureusement que dans les medias francophones et anglophones[1], on a eu droit à quelques reportages et analyses sur le sort des lycéens de Chibok, pour ce triste deuxième anniversaire de leur enlèvement. En Allemagne, malheureusement ce triste anniversaire était presque oublié, –  peut être due à l’enchaînement des medias sur «  l’affaire  Böhmermann ». Personnellement, je suis l’affaire des lycéennes de Chibook depuis le printemps 2014, j’ai mis le logo « Bring Back our Girls[2] » a la une de mon compte publique Google+  et de mon compte privée Facebook.  On me demandera – et cela sera à quoi ?

– et je réponds – que durant la guerre civile dans l’ex Yougoslavie, après le Massacre de Srebrenica, je faisais part de ces « activistes email » qui envoient ces dizaines, voire centaines d’emails à leurs amies, leurs connaissances[3], – mais surtout aux hommes et aux femmes du monde politique. Nous n’avons certes empêché aucun massacre, – mais de voir Radovan Karadžić et Ratko Mladić devant le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, de voir Radovan Karadžić condamné à 40 ans d’emprisonnement, me laisse penser que tous ces email ont peut-être contribué à ce que la conscience international ne s’endorme pas ! Peut-être le jour viendra –  où les responsables de tous ces massacres qui sont perpétués au nom de Boko-Haram dans le Nord du Nigeria devront aussi se justifier pour leurs actes devant un tribunal international !

Je finis ce billet avec une citation d’un appel publié dans le Monde du 14.06.2014 intitulé « Leur crime : être filles et aller à l’école [4]» dont l’accès est restreint au abonné du Monde, ce qui est fort dommage – car le message suivant aurait dû largement circuler : « La barbarie du mouvement criminel de Boko Haram au Nigeria est sans limite. En face, une impuissance meurtrie des nations civilisées. Le 14 avril dernier des hordes sauvages ont envahi un lycée de Chibok et ont capturé 276 filles âgées entre 12 et 17 ans. 53 parmi elles parviendront à s’échapper. Les autres sont violées, battues en attendant qu’elles soient vendues comme esclaves. Leur crime ? Etre filles et aller au lycée. Pour le champion toute catégorie de la régression et de la sauvagerie, ce sont là deux choses insupportables. » En relisant cette appel après presque deux ans passées, on se demande, ce qui a vraiment changé dans le Nord du Nigeria ….. L’appel qui finit avec les mots « Pourtant nous savons que dans leur sommeil agité, dans leurs rêves brûlés, dans leur espoir haletant, les 223 lycéennes regardent vers cet Occident, vers la liberté, vers les valeurs d’humanisme et de solidarité. Que pouvons nous faire ? Nous entendons leurs voix, nous imaginons leurs souffrances. Alors demandons à l’Europe, à l’Amérique, demandons au monde humilié par ces crimes de faire pression sur les responsables nigérians et aussi sur l’ONU qui, pour une fois, pourra prendre une initiative qui sorte de l’ordinaire et qu’elle fasse ce qu’il faut pour ramener ces filles dans leurs familles. »

Pour finir,  – ce billet est aussi une petite voix pour contrer l’indifférence internationale envers la situation tragique que subissent les populations du Nord du Nigeria !

N’oublions pas les lycéennes de Chibok ! Bring back our Girls!

#2Yearson, #HopeEndures, #bringbackourgirlsnow , #nevertobeforgotten , #Bringbackourgirls !

Christophe Neff, Grünstadt le 16.04.2016

P.S.: Dans ce contexte je suggère de voire la vidéo “Boko Haram : « Les ex-otages subissent une double peine »

[1] Voir par exemple: Nigeria : Deux ans de recherche pour retrouver les lycéennes de Chibok, Nigeria : deux ans après l’enlèvement de 276 lycéennes, Boko Haram envoie une « preuve de vie », The night Boko Haram kidnapped our girls: a Chibok resident remembers, It’s time for Nigeria’s government to tell the truth about the missing Chibok girls.

[2] Site de Bring Back Our Girls (U.S) = http://bringbackourgirls.us/,  Site de  Bring Back Our Girls | Now and Alive (Nigeria) = http://www.bringbackourgirls.ng/

[3] Mes thèmes privilégies durant les années 1990 furent appart la situation en Yougoslavie,  la décennie noire en Algérie, la talibanisation rampante de l’Afghanistan, et la situation au Timor oriental pour en citer les « principaux orientations géographiques ».

[4] J’avais écrit un résumée en anglais dans paysages sous le titre « Blognotice 15.06.2014: Their crime? Being girls and going to School! »

Une gerbe de fleurs d’abricotier en souvenir des sept moines de Tibhirine

Il y a vingt ans[1], dans la nuit du 26 au 27 mars 1996, vers une heure du matin furent enlevés les 7 moines de l’Abbaye Notre-Dame de l’Atlas à Tibhirine[2],[3]. Les têtes des sept moines assassinés furent retrouvées fin Mai 2006  dans les environs de Médéa. Vingt ans après ces crimes les circonstances de leur assassinat n’ont toujours pas été élucidées[4],[5]. Ce crime m’avait fortement marqué il y a vingt ans. Je suivais les évènements de la décennie noire en Algérie de près[6], et ce crime, ce drame reste gravé dans ma mémoire comme le symbole des drames sanglants que subissait le peuple algérien pendant la décennie noire,  massacres sanglants à répétition dont souvent on ne savait pas très bien si c’étaient les bourreaux du GIA, ou bien les tortionnaires des forces de sécurité algériennes qui en étaient les responsables. Concernant les responsables de l’assassinant des moines de Tibhirine, je crois que le mystère ne sera levé  (comme pour beaucoup d’autres crimes de la décennie noire), que si l’Algérie devient réellement une vraie démocratie et que les Algériens retrouvent la parole libre et la liberté. Malheureusement, on est encore bien loin de l’établissement d’une vraie démocratie en Algérie,  et en outre, de nouvelles anciennes menaces semblent de plus en plus peser sur l’Algérie[7].

Comme je l’ai déjà écrit ici dans paysages, le jour viendra où je ferai le voyage vers Tibhirine pour déposer une gerbe de fleurs à la mémoire des sept moines assassinés. Mais aussi en mémoire des innombrables massacres dont les algériens furent victimes durant la décennie noire. Faute de mieux, je laisse ici une photo d’une branche d’abricotier en fleurs de notre jardin à Grünstadt. En souvenir de Christian de Chergé, Luc Dochier, Christophe Lebreton,  Michel Fleury, Bruno Lemarchand, Célestin Ringeard, Paul Favre Miville –  mais en souvenir innombrables victimes de la décennie noire en Algérie.

Fleurs d’Abricotier à Grünstadt, © Christophe Neff 26.03.2016

Source :

Chebel, Malek (2012) : Dictionnaire amoureux de l’Algérie. Paris (Plon), ISBN 978-2-259-21236-6

Photo : Fleurs d’Abricotier à Grünstadt © Christophe Neff 26.03.2016

Christophe Neff,  Grünstadt, Pâques 2016 (publiée le  29.03.2016)

P.S : Dans le contexte de mon billet, je me permets de signaler la parution prochaine d’un livre à la mémoire et à l’héritage des moines de Tibhirine :  Henning, Christophe (Ed) : Tibhirine, l’héritage. Bayard, 178 p., 14,90 €, ISBN 978-2227488700. En librairie le 7 avril.

[1] Voir aussi « L’enlèvement des moines de Tibhirine : 20 ans après » et «À Tibhirine, la mémoire de sept vies données »     sur le site de L’Église catholique d’Algérie.

[2] Voir aussi l’article de  Anne-Bénédicte Hoffner et Chloé Rondeleux  « A Tibhirine, la mémoire de sept vies données » dans la Croix.

[3] Voir aussi le site « Les moines de Tibhirine »  site dédié aux moines de Tibhirine.

[4] Voir aussi l’article de Pierre Leipidi  « Les moines de Tibhirine restent otages des relations franco-algériennes » dans le Monde Afrique.

[5] Voir aussi le chapitre « Moines de Tibhirine » dans le Dictionnaire amoureux de l’Algérie, chapitre qui débute avec les phrases suivantes : « Connaîtra-t-on jamais la vérité ? Les sept moines trappistes de Tibhirine,monastère situé non loin de Médéa, à moins de 100 kilomètres d’Alger, sont morts à une date inconnue et furent enterrés en mai 1996 (Chebel, M. 2012, p. 430).

[6] Voir aussi les articles:  « Des paysages à l’infini – « Algérie, la mer retrouvée » – sur l’émission Thalassa du 03.04.2015 », « Blognotice 11.04.2015: A la recherche des souvenirs d’un vieux texte de 2001 « Deux ou trois choses que j’ai vues de l’Algérie» de François Maspero ».

[7] Voir l’analyse récemment publiée par Gerow von Randow:  „Vor dem Sturm Algerien treibt auf eine schwere Krise zu. Al-Kaida und „Islamischer Staat“ lauern auf ihre Chance“ – il existe une traduction anglaise sous le titre:  „ Before the Storm Algeria is drifting toward a major crisis, and Al-Qaeda and Islamic State are just waiting for their chance”.

Blognotice 21.03.2016: sur le départ forcé de Hasnain Kazim de Turquie

Le journaliste Hasnain Kazim de l’hebdomadaire allemand der Spiegel en Turquie a été contraint de partir car son accréditation de presse n’a pas été prolongée par les autorités turques. Un signe de plus qui témoigne de la dérive autoritaire de l’actuel gouvernement turc. Même en France ce triste évènement a été repris par les médias comme par exemple par le Monde.fr « Le correspondant du magazine allemand « Spiegel » contraint de quitter la Turquie ». Si les autorités turques commencent à se débarrasser des correspondants étrangers un peu trop critiques envers le gouvernement turc on peut que craindre le pire pour la liberté de la presse, la liberté tout court en Turquie. Ce qui semble être sûr, c’est  que les medias critiques en Turquie en ce moment n’ont pas la vie facile.

Ce départ forcé de Kazim Hasnain nous le raconte sous le titre « Ein schmerzlicher Abschied/un douloureux adieu » dans le dernier Spiegel. J’ai beaucoup aimé les reportages de Kaszim Hasnain sur la Turquie,   ses prises de positions courageuses, comme par exemple pendant le siège de Kobané – ou dernièrement fin janvier 2016 et, cela ne concernait pas la Turquie, sa prise de position courageuse contre la montée du racisme en Allemagne – « Rassismus in Deutschland: Wir wehren uns. Schon immer. /Racisme en Allemagne : nous nous défendons –depuis toujours »

grünkohl bdJ’avais déjà parlé de Hasnain Kazim dans paysages, en avril 2010, car son livre « Grünkohl und Curry. Die Geschichte einer Einwanderung » – fut déjà sujet de bac allemand en France.  Dans son livre, histoire d’une intégration réussie – mais aussi d’une enfance entre Inde, Pakistan et Allemagne du Nord (Norddeutschland), – nous trouvons dans les dernières pages un chaleureux témoignage de l’auteur envers son ancienne enseignante de français « Manon Maliszewski »  passage que je me permets de citer et de traduire ici « Es war eine merkwürdige, von Angst bestimmte Zeit. In der Schule vertraute ich mich einer Lehrerin an, Manon Maliszewski, selbst Ausländerin, Französin. Ich erzählte ihr von den Anrufen und von meiner Sorge, meine Eltern könnten sich für einen Wegzug aus Deutschland entscheiden. In ihr fand ich eine Verbündete/ Ce fut une période étrange dominée par la peur. A l’école je me confiais à une enseignante Manon Maliszewski, un française, étrangère comme moi-même. Je lui parlais des appels téléphoniques et de mes craintes que mes parents puissent décider de quitter l’Allemagne. Dans la personne de Manon Maliszweski j’ai ainsi trouvé une alliée contre mes peurs (libre traduction de l’allemand  C.Neff 20.03.2016) (Kazim, H, 2009, 250, 251). Ce livre, dont je tire cette petite citation mériterait certainement une traduction française. Et pour finir, l’article « Ein schmerzlicher Abschied »  mériterait une large distribution, –  et comme le Spon a aussi publié une version anglaise sous le titre « A Painful Farewell » on peut au-moins espérer que cette fine analyse très personnelle de l’évolution politique en Turquie de 2013 à 2016 trouve aussi une résonance internationale plus large.

Sources :

Kazim, Hasnain (2009) : Grünkohl und Curry. Die Geschichte einer Einwanderung. München, DTV, ISBN 978-3-423-24739-9

Kazim, Hasnain (2016): Ein schmerzlicher Abschied. Der Spiegel-Korrespondent Hasnain Kazim über seine Erfahrungen mit der Pressefreiheit unter Präsident Erdogan- und seine unfreiwillige Ausreise aus dem Land. In: Der Spiegel, 12/2016, pp. 106 –  107. Version www de l’article dans le SPON: „Hasnain Kazim über die Türkei: Ein schmerzlicher Abschied“, version anglaise „A Painful Farewell“.

Christophe Neff, écrit le 20.03.2016 publié le 21.03.2016