Blognotice 11.08.2012: La Raumschaft Schramberg & Gerbersau

La Raumschaft Schramberg n’est certainement pas Gerbersau (Vallée des tanneurs – durant la jeunesse de Hesse à CalwCalw et ses environs fut encore un important centre de la tannerie de la vallée de la Nagold(voire aussi Schnierle – Lutz 2011)), – synonyme que Hermann Hesse utilisait pour décrire Calw et ses environs dans le Nord de la Forêt Noire, – mais le jour où l’Allemagne littéraire se souvenait de Hermann Hesse (50ème  anniversaire du  décès de Hermann Hesse), j’avais écrit par coïncidence un petit article sur la Raumschaft Schramberg pour la Wikipedia.fr. En fait l’Allemagne littéraire & culturelle commémorait ce jour l’écrivain suisse mort à Montagnola le 9. Aout 1962, né à Calw le 2 juillet 1877, dont l’œuvre est considérée comme une des plus lues (et connues/traduites) des écrivains de langue allemande  au niveau mondial actuellement.  Nous avons donc eu droit ce jour, cette semaine, – dans les medias allemands  à des billets, textes,  émissions de radios, un film de télévision (Die Heimkehr ),  en mémoire de Hermann Hesse. Personnellement j’ai particulièrement aimé le texte de Matthias Matussek  dans le dernier Spiegel «Ich mach mein Ding».  Mais on pourrait naturellement aussi se demander, qui en dehors du reliquat du Bildungsbürgertum, lit encore Hesse de nos jours en Allemagne. La Raumschaft Schramberg n’est pas Gerbersau, –  mais c’est entre les vallées étroites et les forêts sombres, les sapinières des Monts & Montagnes de la Raumschaft Schramberg, – que j’avais dévoré mes premiers Hesse, – Peter Camenzind, Narziß und Goldmund (Narcisse et Goldmund), der Steppenwolf (Le Loup des steppes) et surtout « Unterm Rad (L’Ornière), Unterm Rad, – comme le Schüler Gerber de Friedrich Torberg, étaient durant mes années lycéennes au Gymnasium Schramberg une de mes lectures préférés, – comme Hermann Hesse j’étais plutôt mauvais  élève, – ayant redoublé la 8ème  classe (achte Klasse) – et ayant durant une grande partie de ma carrière scolaire des relations plutôt difficiles avec une partie du corps enseignant. Le gymnasium Schramberg, les montres & horloges Junghans, la gare de chemins de fer, le Krankenhaus Schramberg, – tout cela représentait jadis le centre de la Raumschaft Schramberg. Le trafic voyageur de ligne de chemin de fer Schiltach-Schramberg fut abandonné en 1959, le trafic marchandises en 1989, la ligne fut fermée à tout trafic en 1991, – et la ligne partiellement déferrée en 1992. L’ horlogerie Junghans, qui était  jadis le symbole de la Raumschaft et de la ville de Schramberg, – la Raumschaft Schramberg était le bassin employeur des Junghans Uhren, – ont vécu déjà une histoire houleuse,  mais les montres Junghans ont le mérite d’exister encore. Il y a quelques années la Raumschaft Schramberg était considérée comme le bassin  de drainage (Einzugsbereich) du Schramberger Krankenhaus, l’ Hôpital de Schramberg, – mais une fois un des symboles de la Raumschaft Schramberg,  le Schramberger Krankenhaus fut victime des changements globaux, de la désertification médicale  ,il  fut fermé en Octobre 2011. A part les restes de Junghans Uhren, – qui doivent leur  survie économique après la faillite d’ août 2008  à l’ entrepreneur Hans-Jochem Steim qui reprit  le Junghans Uhren avec son fils Hannes Steim en février 2009, il ne reste donc en fait que le lycée de Schramberg, -le Gymnasium Schramberg – cet endroit où je découvris l’œuvre de Hermann Hesse dans les étagères de la bibliothèque de cette école (Schülerbibliothek des Gymnasium Schramberg) – plus trop de l’importance socio-économique de ce qui fut une fois la Raumschaft Schramberg, – une importante région géographique, une région industrielle historique de l’horlogerie et de la mécanique fine de la moyenne Forêt noire (mittlerer Schwarzwald). De nos jours donc – la Raumschaft Schramberg qu’on pourrait peut-être  caractériser avec le « Einzugsbereich » du Gymnasium Schramberg – la zone de rayonnement du Schramberger Gymnasium. Et si on me demandait – quels paysages fondent la matrice de la Raumschaft Schramberg – je répondrais peut-être  les fonds de vallées abruptes (vallée de la Schiltach, vallée de la Berneck, Schramberger Talkessel) – les sapinières des flancs de montagne, – les « Buntsandsteinsargdeckel (les couvert de cercueils en Grès bigarré qui forment les hauteurs de la Raumschaft Schramberg), les paysages, prés, forêts du Fohrenbühl avec ses boqueteaus  d‘Houx, – et peut être les floraisons de Rhododendron au Stadtpark (Rhododendronblüte), parc qui se dénomme jadis Park der Zeiten (parc des temps) – nom qui rappelle  l’importance historique de l’industrie horlogère et de mécanique fine. Non la Raumschaft Schramberg n’est certainement pas «Gerbersau» – mais c’est dans les paysages de la Raumschaft Schramberg que je découvris l’œuvre d’Hermann Hesse. Comme Gerbersau la Raumschaft Schramberg fait partie de la Forêt Noire. A Gerbersau dans l’imaginaire de Hermann Hesse se mélangeait réalité personnelle vécue avec la réalité géographique et historique d’une entité géographique fortement influencée par le piétisme souabe, la Raumschaft Schramberg n’a apparemment pas encore laissé de grande traces dans l’histoire littéraire allemande (à part le roman « Größer als des Menschen Herz » de Vinzenz Erath) – mais au contraire de Gerbersau la Raumschaft Schramberg a le mérite d’avoir une existence réelle au-delà de l’ imaginaire, – même si son importance socio-économique actuellement semble de se rétrécir comme une peau de chagrin! Dans mon imaginaire personnel, – la Raumschaft Schramberg a des traits communs avec le Gerbersau de Hesse, il faudrait peut-être une fois de plus relire «unterm Rad» et autres écrits de Hesse – que j’avais dévorés pendant ma jeunesse lycéenne dans la Raumschaft Schramberg.

Ouvrage cité :

Matussek, Matthias (2012): Ich mach mein Ding. Hermann Hesse gehört nach seinem Tod zu den auflagenstärksten Schriftstellern der Welt – in seiner Heimat wird es bis heute verachtet oder verklärt und fast immer missverstanden. Eine Rechtfertigung. In: Der Spiegel, 32/2012, 125-132. (lien vers le texte, sans images, ici chez Matussek)

Schnierle-Lutz, Herbert (2011): Hermann Hesse und seine Heimatstadt Calw. Chronologie eines wechselvollen Verhältnisses. Kleine Reihe, Archiv der Stadt Calw, 26. ISBN 978-3-939148-29-6.

Christophe Neff, le 11.8.2012

En souvenir d’André Weckmann – der Sprachbrückenbauer – le bâtisseur de passerelles linguistiques

En revenant de deux semaines de vacances en France, je découvris en lisant la Wochenendausgabe de la Rheinpfalz qu’André Weckmann était décédé le 29 juillet à Strasbourg. La Rheinpfalz avait publié un belle nécrologie d‘ André Weckmann écrite par Bärbel Nückler sous le titre « Der Sprach-Brückenbauer – Nachruf: – In dieser Woche starb der elsässische Dichter André Weckmann- Erinnerung an eine große literarische Stimme am Oberrhein». La nouvelle ne parvenait pas dans le Midi français, – les medias nationaux n’avaient pas transporté le triste message du décès d’André Weckmann, – celui-ci restait confinée entre les Vosges et la plaine rhénane. J’aurais tellement aimé  lire une belle nécrologie dans le Monde, ou dans la République des lettres,- mais presque rien – sauf  la très réussie nécrologie de Claude Keiflin « André Weckmann: « J’ai toujours eu de la chance » » publiée dans les blogs le Monde. Est-ce  que la France médiatique aurait un une fois de plus peu oublié l’Alsace, – oublié l’ancien malgré-nous qui déserta pour rejoindre les FFI, le chantre du bilinguisme, le poète des messages d’espérances et d’humanisme. En fait le grand public français avait que  découvert André Weckmann grâce à sa lettre de soutien à Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier pendant leur enlèvement en Afghanistan – lettre qui fut lue le 28 février 2011, par le comédien Charles Berling à Paris et l’enregistrement fut diffusé sur RFI. Dans cette lettre André Weckmann nous parle des peurs et des angoisses qu’il ressentit dans la cave à Steinbourg où il se cachait pour se soustraire à la Wehrmacht – après avoir déjà été blessé à trois reprises sur le front de l’est comme incorporé de force dans l’armée hitlérienne , sachant bien que, si l’occupant allemand l’attrapait il serait exécuté, pendu – un châtiment exemplaire pour disséminer la peur en Alsace. Après la guerre André Weckmann, devenu Professeur d’Allemand, écrivain, poète, humaniste , fut aussi un des bâtisseurs de la réconciliation franco-allemande. J’aurais aimé qu’on  parle  plus du décès d’André Weckmann dans la France de nos jours, sur l’œuvre littéraire, sur l’homme qui contribua à la réconciliation franco-allemande. J’ai parfois l’impression que l’œuvre littéraire de Weckmann est actuellement plus présente dans les milieux littéraires allemands que français. Mais peut-être  me trompé-je. Peut-être pourrait- on rééditer son premier roman « Les Nuits de Fastov » pour que l’auteur ne sombre  pas dans l’oubli en dehors de ses terres natales entre Steinbourg et Strasbourg.

Le dernier récit de Weckmann que j’ai lu était le « Babbaschott » publié dans un numéro spécial du magazine littéraire « Allmende » consacré à la littérature & paysages alsaciens (Allmende 87/Literarische Landschaften-das Elsass). C’est une fable sur les paysages ruraux de l’Alsace contemporaine, écrit en « Hochdeutsch » mélangé ici et là avec des expressions françaises, parsemé de  vers en « Elsässerditsch » – dont je me permets de reproduire le dernier publié dans le récit « Babbaschot ».

« Luej

dr owed het saim

heer

der wind raitzelt in de baim

spier

d wärme von der letschte traim (Weckmann, André 2011, 58).»

 

Textes cités:

Nückler, Bärbel (2012): Der Sprach-Brückenbauer – Nachruf: – In dieser Woche starb der elsässische Dichter André Weckmann- Erinnerung an eine große literarische Stimme am Oberrhein. In : Die Rheinpfalz Nr. 180, – Balkon: Über Grenzen. Samstag 4. August 2012.

Weckmann, André (2011): Babbaschott. In: Allmende, Zeitschrift für Literatur, 87, 31. Jahr, Juli 2011: Literarische Landschaften – Das Elsass, p. 45- 58, Karlsruhe, ISBN 978-3-88190-639-5

Christophe Neff, le 7.08.2012

Blognotice 21.7.2012

C’est en sortant de Karlsruhe,  le mercredi soir 18.7.2012, vers Graben que je découvris les premières moissonneuses-batteuses  de cet été, jeudi soir aussi quelques rare exemplaires dans le Leiningerland. Enfin, avec le début de la moisson des céréales d’hiver surtout la Wintergerste (orge d’hiver) et le Winterweizen (blé d’hiver) le Hochsommer (plein été) débute réellement en Allemagne,  ceci avec quelques semaines de retard, car la pluie presque incessante a retardé la moisson. Et en plus, la pluie et l’humidité gênent la moisson : les lourdes moissonneuses – batteuses sont handicapées par l’humidité – et elles risquent de s’enfoncer dans les champs. Donc dans beaucoup d’endroits en Allemagne la moisson de céréales attend de meilleurs jours,  surtout un peu plus de soleil pour que les moissonneuses puissent enfin commencer à travailler réellement. Pendant ce temps les allemands partent en vacances : à la recherche du soleil – si on en croit le SPON – « Bloß weg: Deutsche Urlauber fliehen vor Regensommer » ils sont en train de prendre les rives de la méditerrané à l’ assaut. Les céréales en Allemagne pourrissent sur les champs, faute de moissonneuses adaptées, légères qui pourraient aussi s’aventurer dans les champs humides  et les cours mondiaux des céréales ne cessent de grimper. Aux Etats-Unis, une grande sècheresse est en train d’assécher les Midwest,  cela n’a pas encore atteint les dimensions du Great Dust Bowl, les scènes de désolation dans les plaines du Oklahoma que John Steinbeck décrit majestueusement dans « les raisins de la colère » , mais les images se ressemblent  et les cours des céréales flambent. Cela me rappelle un peu le film « Septemberweizen (blé de septembre) » de Peter Krieg. C’est un film sur la faim, la spéculation des céréales  qui sortit au début des années 1980,et a reçu beaucoup des prix et de récompenses ,mais le film est complètement tombé à l’oubli de nos jours. Cependant les mécanismes décrits dans ce film n’ont guère changé depuis. Cet été les prix de céréales vont flamber, à cause de la sècheresse aux U.S.A, ici en Allemagne à cause d’un temps trop humide, – quelques rares « traders » vont se frotter les mains et encore une fois de plus rapporter une grosse cagnotte, – et beaucoup d’hommes, de femmes et d’enfants vont avoir faim, très faim. « Panem nostrum quotidianum da nobis hodie – Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour, – unser tägliches Brot gib uns heute – c’est à ces mots que je pense – quand je vois les champs de céréales dans le « Oberrheingraben », qui attendent qu’enfin l’humidité disparaisse et que les moissonneuses-batteuses puissent commencer leur vrai travail, afin qu’il ne soit pas trop tard et que le grain pourrisse sur la tige.  L’homme ne pourra jamais influencer les fluctuations du climat, les caprices de la météo, mais il pourrait certainement arrêter la spéculation des céréales si seulement il en avait la réelle volonté.

Christophe Neff, le 21.7.2012

Été 2012: foudres et orages sur le Fohrenbühl

Nous passions la nuit du 28 au 29 juin 2012 à l’hôtel Adler au Fohrenbühl. Nous, c’était un petit groupe d’étudiants et moi en tournée de prospection pour un petit projet de recherche de dynamique végétale & dynamique de paysages dans la Raumschaft Schramberg. Le soir du 28 juin il faisait assez lourd, – et déjà ici et là  les premiers orages éclataient sur la partie nord de la Forêt Noire. Nous regardions avec le « Stammtisch » de l’Adler le match Allemagne – Italie. L’ambiance était électrique – le Stammtisch avait assez vite « découvert » que « Mario Balotelli » était une menace pour la Mannschaft. En  fin de match c’était une certitude, – Super Mario  avait littéralement achevé la Mannschaft. Le Stammtisch se levaient, déprimés – fatigués, – et prirent  le chemin vers les fermes isolées entre Windkapf, Fohrenbühl, Schondelhöhe et Moosenmättle. Une dernière bière, – un dernier Willi, – et la lourde nuit s’étalait sur les cimes des Pins sylvestres et  des Sapins du Fohrenbühl. Il faisait chaud et lourd. Lentement le sommeil s’emparait du paysage. A deux heures et demie  du matin, 2.30 exactement les fermes isolées du Fohrenbühl furent réveillées par un énorme coup de tonnerre, – la foudre venait  pour une fois de plus d’atterrir sur les sommets du Fohrenbühl. C’est ainsi que débuta une vague d’orages et une période de mauvais temps sur le Sud de l’Allemagne, qui depuis perdure plus ou moins. Orages, averses orageuse depuis sont à l’ordre du jour, et ici et la foudre tue – comme le 1.7.2012 – quand la foudre atteignit un groupe de « golfeuses » dans le land de Hesse. En Allemagne on  redécouvrait une fois de plus que la foudre  peut être mortelle , car les sociétés industrielles  ont tendance à sous-estimer les risques  que peuvent engendrer les orages. Le matin du 29.6 au Fohrenbühl, – Mario Balotelli, la défaite de la Mannschaft, – la crise de l’euro – tout cela semblait être oublié – reculait au second plan devant la force de la nature. On se téléphonait, pour savoir si tout allait bien, – pour s’assurer que ni ferme, étable et bêtes n’ étaient touchés par la foudre. En fait la foudre était descendue  dans une des forêts limitrophes , la terre avait tremblé, – le tonnerre avait déchiré le ciel et la lourdeur de l’air. Le Adlerwirt m’expliquait que depuis l’électrification de la Schwarzwaldbahn, et  la construction d’une ligne de Haute tension pour alimenter cette ligne de chemins de fer en électricité, les trajets de ces fameux orages remontant de France par la vallée de la Kinzig ( Orages dont j’avais déjà un peu parlé entre autres dans la Blognotice 19.5.2012: décidément la météo  ! ) avaient changé de trajectoire. La ligne de Haut-tension construite pour l’alimentation en énergie électrique de la Schwarzwaldbahn, d’après son impression, attirait systématique les orages et la foudre. En plus la Schondelhöhe essuyait de plus en plus de « foudre ».

Depuis cette nuit du 28 au 29. Juin 2012 – orages, averses orageuses etc. se succédaient dans le Sud de l’Allemagne- et en ce moment même où j’écris ces lignes une nouvelle bande orageuse traverse la Forêt noire. Orages, averses orageuses et beaucoup de pluies ,ce pluies qui  font ressurgir le souvenir d’un livre que j’avais dévoré dans ma jeunesse adolescente –  A Farewell to Arms – et qui vient d’être réédité dans une version bibliophile qui contient en version facsimilée une partie des manuscrits originaux et la couverture originale du livre de Hemingway, – dont un article de Julie Bosmann de la NYT et un billet de la RDL nous annonce l’existence. Cette nouvelle édition pourrait peut-être me rafraîchir la mémoire,  et de voir si vraiment ce roman d’inspiration autobiographique de Hemingway se passe réellement  sous la pluie comme les souvenirs de mes lectures me le font croire. J’avais lu le livre dans sa traduction allemande – In einem anderem Land – et il y a quelques années quelques chapitres dans la version originale.

En attendant la sortie de cette version « bibliophile » de « A Farewell to Arms » –  une fois de plus –pendant que j’écris ces mots, le tonnerre gronde sur le Leiningerland et je pense à un autre pays actuellement submergé par des pluies et flots diluviens –  le Sud-Ouest du Japon. On n’en parle guère ici en Europe. Apres le Tsunami, Fukushima – même si cette « catastrophe naturelle » n’a pas le même ordre de grandeur que le Tsunami et la catastrophe de Fukushima – le Japon est une fois de plus confronté aux « démons » de la nature. Je me rappelle  encore ces images parvenant du Japon juste après le Tsunami – un pays en détresse – couvert par des chutes des neiges incessantes – me rappelant d’autres lectures,  aux « pays de neige » de Kawabata. L’orage gronde encore sur le Leinigerland, – le DWD vient de sortir une « Amtliche WARNUNG vor GEWITTER mit STARKREGEN“ pour l’arrondissement de Bad Dürkheim ; le ciel s’assombrit, la période de mauvais temps sur le Sud de l’Allemagne semble perdurer  encore pour  quelque temps. Même dans nos sociétés post-industrielles, nous ne  sommes jamais à l’abri des caprices de la météo, de l’humeur de la nature.

Ecrit pendant un orage de juillet à Grünstadt, le 15.07.2012, publié le 15.07.2012

Christophe Neff.

Blognotice 8.7.2012

François Hollande et Angela Merkel ont célébré, dimanche 8 juillet à Reims, les 50 ans de la réconciliation franco-allemande, scellée dans la cathédrale de cette ville le 8 juillet 1962 par le général de Gaulle et le chancelier chrétien-démocrate Konrad Adenauer.  L’Editorial du dernier Monde est intitulé – Pour un nouveau traité franco-allemand – et nous propose un renouveau du traité franco-allemand – un nouveau traité franco-allemand. Belle paroles du dimanche, beaux symboles, pour cet acte courageux de Konrad Adenauer et de Charles de Gaulle, dans ce lieu historique, qui est la Cathédrale de Reims. Oui en juillet 1962, il fallait encore beaucoup de courage et de vision historique, pour entamer cette « réconciliation » historique franco-allemande, car les plaies de la deuxième guerre mondiale n’étaient guère cicatrisées. J’en sais quelque chose, de ces douleurs franco-allemandes, – mes parents formant un couple franco-allemand, se sont mariés en Aout 1962, – j’ai vu le monde en 1964, – ce rapprochement franco-allemand fut un acte courageux et hautement symbolique – et ceci à tous les niveaux. Naturellement ce projet fut d’abord un projet des élites politiques des deux côtés du Rhin, – mais ces élites ont  pu à travers ce projet rapprocher réellement une grande partie de la population française et de  la population de l’Allemagne de l’ouest, il faut le rappeler, car l’ Allemagne était encore divisée en deux états distincts, – mais depuis la réunification la donne a sensiblement changé, qu’on le veuille ou non. Dans le dernier Monde – on trouve une très remarquable analyse  de Frédéric Lemaître « Le  grand dessin de Angela Merkel » –  qui débute  avec ces mots mémorables  « La chancelière célèbre à Reims le 50e anniversaire de la réconciliation franco-allemande, dimanche 8juillet. Mais la France n’est plus son horizon. Angela Merkel est en campagne pour l’Europe de demain, une Europe qu’elle veut politique. Par conviction autant que par intérêt » qui résume en quelque part les grands changements de la politique franco-allemande comme elle est actuellement pensée sur les rives de la Spree.  Oui en écrivant « Si jamais, à Reims, l’émotion est au rendez-vous, elle risque de n’être que fugitive », Fréderic Lemaitre décrit avec une précisions remarquable ce qui se passe actuellement dans le Berlin politique. Le « succès story » du rapprochement franco-allemand, – cela se passait dans les années 1970 et 1980, – échanges de classe, jumelage franco-allemand, – c’était en partie dû au travail remarquable du Deutsch-Französische Jugendwerk. Mais aujourd’hui en dehors de belles paroles de dimanche – on peut légitiment se demander ce qu’il reste de l’effort courageux de Konrad Adenauer et de Charles de Gaulle. En France l’enseignement de l’allemand régresse. Combien des élus de la XIVe législature de la Cinquième République française qui siègent au Palais Bourbon  peuvent encore s’exprimer dans la langue de Goethe?  Combien des « Bundestagsabgeordnete » maitrisent encore le français ? Au niveau du Bundestag il n’en reste pas beaucoup, Gunther Krichbaum, Peter Altmeier, Andreas Schockenhoff et Wolfgang Schäuble de la CDU, Claudia Roth des verts, Ernst Burgbacher de la FDP, ce sont les noms de membres du Bundestag qui sont souvent  cités par les medias allemands comme « francophones ». La SPD manque à l’appel, – il y a certes peut être des « Bundestagsabgeordnete » membres de la SPD Bundestagsfraktion francophones  – mais ils ne se sont a priori pas fait connaitre par les medias – travailler au quotidien pour le « rapprochement » franco-allemand n’étant pas considéré comme un travail prometteur pour une carrière politique en Allemagne.

Personnellement je crois qu’un réel rapprochement franco-allemand sur le terrain du quotidien, se fera seulement par l’apprentissage mutuelle de la langue de l’autre – et ceci n’est pas gratuit, cela demande un effort collectif– et individuel des deux côtés du Rhin.  Oui apprendre la langue de l’autre, de faire l’effort de se plonger dans la culture de l’autre, d’essayer de « comprendre » la vie de l’autre – n’est pas gratuit, – mais je pense, que, au-delà des symboles des commémorations des anniversaires historiques, – c’est le seul moyen pour assurer dans la durée ce que Charles de Gaulle et Konrad Adenauer ont fait débuter durant cette messe historique à la Cathédrale de Reims le 8 juillet 1962.

Sources citées:

Lemaître, Frédéric (2012):  Le  grand dessin de Angela Merkel. Le Monde Dimanche 8, Lundi 9 Juillet 2012, décryptages ENQUÊTE, page 13.

Christophe Neff, le 8.7.2012

Blognotice 1.07.2012: orages sur l’Allemagne …

L’Allemagne est actuellement touchée par une vague d’orages, faisant ici et de considérables dégâts. Travaillant avec des étudiants en Forêt Noire pendant les derniers jours de la semaine dernière, nous fûmes aussi concernés pas ces orages, car nos travaux de terrains sur quelques sites botaniques de la Raumschaft Schramberg furent aussi quelques peu perturbés par ces orages. Pendant que les sapinières suant d’humidité, crachant des vapeurs de nuage, – la radio nous apprit une bonne nouvelle de l’autre part de l’atlantique – la Cour suprême des Etats Unis vient de valider la réforme de l’assurance-maladie, le projet emblématique du mandat de Barack Obama. Je me réjouissais de cette bonne nouvelle – et me revinrent les souvenirs des premières phrases des raisins de la colère, du périple de la famille « Joad » à travers les Etats Unis. « To the red country and a part to the gray country of Oklahoma, the last rains came gently, and they did not cut the scarred earth. The plows crossed  and recrossed the rivulets marks(Steinbeck, J. 2000, 3)”.  Enfin, presque 80 ans après le Great Dust Bowl et le New Deal de Franklin Delano Roosevelt , – les Etats Unis se dotent enfin d’un système d’assurance maladie digne de ce nom. A  mon retour de Forêt Noire je découvris aussi le très bon commentaire «  The Real Winners » de Paul Krugman dans la NYT sur cette décision historique du Supreme Court.

Mais  je découvris une autre nouvelle, – bien plus négative – qui me rappelait la  destruction des Bouddhas de Bamyan, dans le centre de l’Afghanistan en mars 2001, –   à Tombouctou, les islamistes détruisent les mausolées musulmans. Je l’avais déjà écrit il y a quelques semaines –  nous sommes les témoins d’une réelle afghanisation de la région du Sahel sous la main mise de  AQMI ! Notons que même le SPON a mis les événements de Tomboctou à la une !

Afghanisation ou Somalisation les images se ressemblent –  l’afghanisation du Sahel   va certainement nous encore faire payer un prix fort ! Même s’il n’y a priori pas de lien direct – les propos  de  Abdou Diouf dénonçant le désintérêt de la France pour la francophonie sont alarmants, il faudrait aussi se souvenir qu’une grande partie du Sahel ce sont aussi des états francophones. Le Mali est aussi un état francophone, il faudrait peut-être le rappeler ici et là à Paris.  Et il faudrait aussi constater que l’avenir du français est en Afrique et enfin s’intéresser un peu de plus près à ce qui se  passe en Afrique avant qu’il ne soit trop tard !

Je finis cette petite blog notice – on nous annonce encore de forts orages dans le Sud de l’Allemagne. Je vais essayer de finir le dernier Bienzle – « Adieu Bienzle » – j’avais débuter les Bienzle – avec « Bienzle und die schöne Lau » – c’est un ami de Schramberg avec lequel je passai mes années étudiantes à Mannheim qui m’avait offert « Bienzle und die schöne Lau », – et c’est avec ce livre que je découvris la série des Blienzle, – mais aussi l’œuvre et la poésie de Eduard Mörike – car Bienzle und die schöne Lau – c’est une réminiscence du Stuttgarter Hutzelmännchen – l’ Histoire de Lau la Belle (Die schöne Lau)  de Mörike.

Livres  cités :

Huby, Felix (1985): Bienzle und die schöne Lau.

Huby, Felix(2011): Adieu Bienzle. Fischer Taschenbuchverlag Frankfurt am Main. ISBN 978-3-596-19142-0

Steinbeck, John (2000) : The Grapes of Wrath. Penguin Books.  Copyright John Steinbeck 1939, first published in the United States of America by the Viking Press 1939. ISBN 0-140-29292-6

Christophe Neff, 1.07.2012

Blognotice 23.6.2012: „Frei-Bild für alle!“ – un petit commentaire

Ce Samedi matin 23.06.2012 dans notre boîte aux lettres, nous avons trouvé un journal inhabituel, – nous avons eu droit comme 41 millions d’autre ménages allemands à un exemplaire du fameux „Bild“ – une Sonderausgabe (édition spéciale) pour le soixantième anniversaire du tabloïd allemand – que la maison Springer a offerte à tous les ménages allemands. Dans cette Sonderausgabe – pas beaucoup de lecture – Bild – c’est l’image et la photo – sauf peut-être l’interview de l’ex- chancelier Gerhard Schröder « Warum braucht man zum Regieren Bild, BamS und Glotze Herr Schröder ? (Pourquoi pour gouverner a-t-on besoin de Bild, Bild am Sonntag et de la Télé Monsieur Schröder ?). En dehors de cela – rien de nouveau sur la planète Bild ! Mon avis personnel sur « la Bildzeitung »n’a pas changé depuis ce jour où j’empruntai ce petit livre de poche dans la bibliothèque de mon père au Lärchenweg – sur la couverture du livre entre deux chaises vides une dame vêtue de noir, tenant un journal sur le genou gauche   –  die verlorene Ehre der Katharina Blum (L’Honneur perdu de Katharina Blum) – et  où j’ai lu ces mots dans « prolog » de ce petit roman de Heinrich Böll „Personen und Handlung dieser Erzählung sind frei erfunden. Sollten sich bei der Schilderung gewisser journalistischer Praktiken Ähnlichkeiten mit den Praktiken der Bild-Zeitung ergeben haben, so sind diese Ähnlichkeiten weder beabsichtigt noch zufällig, sondern unvermeidlich.“ (« L’action et les personnages de ce récit sont imaginaires. Si certaines pratiques journalistiques décrites dans ces pages offrent des ressemblances avec celles du journal Bild, ces ressemblances ne sont ni intentionnelles ni fortuites mais tout bonnement inévitables. »). Le roman de Heinrich Böll « die verlorene Ehre der Katharina Blum » est quasiment tombé à l’oubli en Allemagne, et néanmoins Bild fait toujours partie du paysage médiatique allemand. Ajoutons à cela que l’œuvre littéraire de Böll en dehors de quelques cercles littéraires ne fait guère partie du bagage littéraire allemand contemporain.

Concernant le Bild, je ne le lis pas. Pour les interviews c’est un peu plus difficile. Pendant l’été 2006, – le fameux Saharasommer – le Bild voulait faire une interview sur les incendies de forêts ravageant différents pays méditerranéen. J’avais prié les services presse de l’université de Karlsruhe de ne pas accepter les demandes d’interview du Bild, mais impossible,  j’y étais obligé , car comme mes recherches étaient financées  par le contribuable allemand, pas de choix  la Bild avait droit à une interview. Mais comme je ne prévoyais pas d’incendie catastrophique, ni la fin du monde pour les forêts portugaises, espagnoles … en fait après tout il n’était pas trop intéressé vu que je n’annonçais pas un Armageddon pour les forêts méditerranéennes. Car le Bild c’est ça : scandale, catastrophe, fin du monde permanente. Et gare aux « personnages » qui sont dans le collimateur du Bild – ils sont réduits au néant médiatique, au néant tout simplement! La façon dont la Bild traita l’ancien président Christian Wulff durant sa chute, pour évoquer un exemple récent, montra que depuis le récit de Böll en fait rien n’a changé au Bild. Ne partageant pourtant pas les opinions politiques de Monsieur Wulff je fus scandalisé par la manière dont l’ancien président allemand fut « achevé médiatiquement » par le  Bild.

Même chose pour cette monstrueuse campagne contre la Grèce, – même Schröder dans l’interview dans « la Frei – Bild für alle » l’a remarqué « Bild hat beim Thema Griechenland keine gute Rolle gespielt (La Bild na pas joue un rôle positive dans le thème grecque/crise grecque) » évoquant ce rôle douteux du Bild pendant les débuts de la crise grecque.

Donc pour conclure cette petite remarque sur le soixantième anniversaire du  Bild,   peut-être faudrait-il en ces jours relire le récit de Böll ( j’avais douze ans quand j’empruntai le livre dans la bibliothèque de mon père ) je me souviens encore de la place du livre dans l’étagère de la bibliothèque. La France et les français peuvent se sentir heureux de n’avoir pas de « Bild » français – ou quelque chose de semblable !

Œuvres et Interviews citées:

Bild (23.6.2012): Warum braucht man zum Regieren Bild, Bams und Glotze Herr Schröder? Interview von Kai Diekmann, Jörg Quoos und Frank Zauritz (Foto) mit Gerhard Schröder.

Böll, Heinrich (1974) : Die verlorene Ehre der Katharina Blum oder : Wie Gewalt enstehen und wohin Sie führen kann. Erzählung. München, Deutscher Taschenbuch Verlag  4. Auflage März 1976.

Ecrit le 23.6.2012, publié le 24.6.2012

Christophe Neff, Grünstadt

Blognotice 12.6.2012

Vue sur le lido entre Leucate - Plage et Port Leucate depuis la
Vue sur le lido entre Leucate – Plage et Port Leucate depuis la pinède de la Falaise du Cap Leucate,  © C. Neff 30.5.2012

Pour en revenir à ma dernière blognotice sur les changements de paysages dans le pays Leucatois, à peine une journée après sa publication le 7 juin 2012 je tombe, en lisant le premier chapitre du Hors-Série N.1 de la revue le Palmier  sur le Chamaerops humilis ( livre édite par l’association „Les Fous de Palmiers“ dont j’écrirai sûrement plus tard  une critique un peu plus détaillée ):« un petit palmier qui ne perd pas le nord » chapitre écrit par Fréderic Tournay – encore une fois de plus une remarque sur la situation géobotanique exceptionnelle de Leucate.

Concernant les « peuplements résiduels » du palmier nain en France, nous trouvons dans ce petit chapitre de F. Tournay, la phrase – « Elle est enfin beaucoup plus rare à l’ouest du Rhône, où elle est très localement recensée dans le massif  de la Clape au Sud de Narbonne et à Leucate dans l’Aude (Noble, com. pers.) (Tournay, F. 2012, 8) ». Cette petite phrase, montre une fois de plus la singularité géobotanique et paysagère des différentes parties de la presqu’île de Leucate, plateau de Leucate, falaises, Cap Leucate etc. est très bien connue dans les milieux scientifiques (des sciences de la terre, du vivant et du paysage) – mais cette notoriété écologique des paysages de Leucate semble échapper à une partie des élus communaux. Ceci pourrait être une des raisons pour expliquer la construction d’un restaurant gastronomique sur un site Natura 2000 (Plateau de Leucate), – construction dont je parlais dans mon dernier billet.

Concernant les Chamaerops humilis de Leucate, je ne peux que confirmer la phrase de Tournay, car j’ai personnellement travaillé un peu  sur les palmiers et d’autres plantes exotiques (ou rares)  sur le territoire de la commune de Leucate (Neff1998,  1999, 2003). Dans la publication de 1999 il se trouve même une petite carte répertoriant les différents sites où  on trouvait des  palmiers nains. Le site du petit mini-golf abandonné, qui était un des sites de départ de naturalisation du palmier nain, a fait place à un nouveau rond-point de la D. 627 au sud-est de Leucate – Village (ancien Moural) – et a donc disparu.

Mais par contre dans les Pinèdes longeant la falaise aussi bien à La Franqui qu’à Leucate-Plage on peut trouver ici et là des Chamaerops humilis. Mais il faut préciser que je n’ai plus fait moi-même de prospections/relevés dans ces pinèdes depuis 2006. Par contre  à Port Leucate, j’ai pu observer dernièrement de jeunes pousses de Chamaerops humilis, – mais ceux-ci (comme les pousses assez fréquentes  de Phœnix canariensis (cf. Neff 1998))  sont assez souvent systématiquement « éliminées» par les services des espaces verts ou des jardiniers privés.

Leucate, avec le développement touristique des dernières décennies est aussi devenu  un paysage de palmiers, les palmiers les plus fréquemment plantés  sont Phœnix canariensis, Sabal palmetto (surtout à Port Leucate), et Chamaerops humilis. Notons qu’à la Franqui on trouve aussi quelques beaux exemplaires de Trachycarpus fortunei.

Sur le fond, je suis assez d’accord avec l’actuelle équipe municipale et son maire « Michel Py »,  qu’ il faut essayer d’étendre la saison touristique si possible à une grande partie de l’année. Mais ceci nécessite une politique d’aménagement touristique raisonnable et durable qui ne dilapide pas le capital  naturel  du pays Leucatois:  son formidable paysage !

Bibliographie et sources citées :

Les Fous de Palmiers (2012)(Ed): Chamaerops humilis. Les Fous de Palmier, Hors – Série N. 1, Janvier 2012.(plus d’info ici)

Neff, C. (1998): Kulturlandschaftswandel, Fremdenverkehr und Biodiversität auf der Halbinsel Leucate (Dept. Aude/ Frankreich). In: Fremdenverkehrsgebiete des Mittelmeerraumes im Umbruch. Beiträge der Tagung des Arbeitskreises „Geographische Mittelmeerländer- Forschung“ vom 11.-13. Oktober 1996 in Regensburg. Regensburger Geographische Schriften, H. 27, 99-135, Regensburg. (ISBN 3-88 246-193-4)

Neff, C. (1999): Observation géographique  et floristique sur la presqu’île de Leucate. In: Bul. Soc. Et. Sc. Nat. Nimes et Gard, T. 62, 1999, 23-34. DOI: 10.5445/IR/1000121552 (Download sur KITopen) .

Neff, C. (2003): Les Corbières maritimes – forment-elles un étage de végétation méditerranéenne thermophile masqué par la pression humaine ? In: Fouache, E. (Ed.): The Mediterranean World Environment and History. IAG Working Group on Geo-archeology, Symposium Proceedings. Environmental Dynamics and History in Mediterranean Areas, Paris, Université de Paris – Sorbonne 24 – 26 avril 2002. Paris, 191 – 202, (Elsevier France, ISBN 2-84299-452-3)

Tournay, F.(2012): Un petit palmier qui ne perd pas le nord. In : Les Fous de Palmiers (2012)(Ed): Chamaerops humilis. Les Fous de Palmier, Hors- Série N. 1, Janvier 2012, p.6-9

Photo:  © C. Neff – Vue sur le lido entre Leucate-Plage et Port Leucate depuis la pinède de la falaise du Cap Leucate 30.5.2012

Christophe Neff, le 12.6.2012

Blognotice 7.6.2012: changements de paysages dans le pays Leucatois

Vue sur la Franqui 31.5.2012
Vue sur la Franqui,  © C. Neff  31.5.2012

Cela fait presque 20 ans déjà que je fais des  cours pratiques  sur les paysages méditerranéens, géobotanique et dynamiques des changements de paysages, souvent dans le « Midi méditerranéen français », – mais aussi au Portugal, en Italie etc.  Pour une fois de plus, avec 20 étudiants en géographie & écologie du paysage, nous avons passé une semaine (du 26.5 au 3.6.2012) à la découverte des changements de paysages et de la géobotanique dans les Corbières maritimes et le pays Leucatois. Et des changements de paysages, petits et grands, étaient au rendez-vous.

la gare de Leucate - la Franqui 31.5.2012
la gare de Leucate – la Franqui, © C. Neff  31.5.2012

La petite gare de Leucate-La Franquia eu droit à une nouvelle horloge. J’inclus toujours la petite gare de Leucate la Franqui dans mes cours, car d’une part on peut très bien expliquer le développement du premier tourisme balnéaire à la Franqui et à Leucate Plage, développement touristique qui était dans ses débuts très lié aux chemins de Fer. La petite  station balnéaire de la Franqui, fut une des premières stations balnéaires de la côte du Languedoc, et ceci déjà au 19eme siècle. En plus la gare de Leucate est un site privilégié pour observer les cigales, – les arbres longeant voie et quais de la petit gare sont, pendant l’été, « couverts » de cigales. Malheureusement cette année, le chant des cigales n’était pas au rendez-vous, l’été n’ayant pour ainsi dire pas encore réellement commencé !

Entrez libres - au clus de Ninon 2.6.2012
Entrez libres – au clos de Ninon 2.6.2012, © C. Neff 1.6.2012

Au village, – à Leucate village, – découverte d’une nouvelle librairie indépendante « entrez libres – au clos de Ninon », – en fait  c’est une librairie salon de thé. Belle idée, – je cite le texte sur le site de cette nouvelle librairie Leucatoise « „Entrez Libres“ est une librairie pour se retrouver entre amis, mais aussi  faire de nouvelles rencontres, autour des mots et des idées. Elle se veut un lieu de paroles et d’expression, où pourront se mêler les styles, les cultures et les générations. »  Ainsi Leucate village, possède donc deux librairies, la librairie Adamus, – dont j’ai déjà parlé ici et et maintenant la librairie « entrez libres – au clos de Ninon ». Fait remarquable, car autre-part assez souvent les librairies, surtout les librairies indépendantes sont plutôt une « espèce en voie de disparition ».

Cap Leucate - vignes et sémaphore du Cap Leucate
Cap Leucate – vignes et sémaphore du Cap Leucate, © C. Neff 1.6.2012

Autre découverte, – le Mas des Caprices, un nouveau producteur de vins, qui s’est installé à Leucate, depuis quelques années déjà, mais que je viens de découvrir seulement maintenant.  Mireille et Pierre Mann, d’origine alsacienne, ont  tenté  en 2005 leur aventure vigneronne bio sur le plateau de Leucate.  Une partie de leurs vignes, se situe juste en face du sémaphore du Cap Leucate, pas loin de la parcelle sur laquelle je « suis » attentivement depuis de  longue années la dynamique végétale (Neff, C. 1999). Le blanc de l’œuf, Corbières blanc délicieux, provient de ce vignoble du Cap Leucate, à quelques pas, du sémaphore, de la falaise et de la fameuse plagette, et naturellement de la parcelle dont je suis la dynamique depuis de longues années. De voir  la « vigne » renaitre entre plateau et falaise de Leucate  et en même temps, il faut le noter, la reprise du pâturage sur une partie du plateau de Leucate,  laisse espérer  que la dynamique du paysage a pris, au moins sur cette partie de la « presqu’ile de Leucate » la bonne direction.

Cap Leucate – vue sur le Klim & Ko et le phare du Cap Leucate, © C. Neff 1.6.2012

Mais le changement de paysages le plus visible dans le pays Leucatois est certainement le restaurant Klim & Ko sur la falaise pas loin du Phare du Cap Leucate.  Comme une surcoupe volante le Klim & Ko, – disons le bâtiment conçu par Éric Raffy, survole  les vignes et garrigues du Cap Leucate. Esthétiquement parlant  le bâtiment est plutôt une réussite – pour le reste on dirait que c’est  un « vestige » bien visible du « Sarkozistan »  qui garnira pendant longtemps le paysage visuel du Cap Leucate. On pourrait naturellement se demander légitimement comment une telle construction – en pleine  zone Natura 2000 – peut obtenir un permis de construction. Et ceci dans un des derniers sites en France où  l’on trouve encore  la  Violette ligneuse (Viola arborescens) (cf. Neff 2003),espèce protégée au niveau national  français (fiche sur Viola arborescens sur le réseau telabotanica)  – qui en dehors du site entre le phare du Cap Leucate et le Sémaphore du Cap Leucate a presque entièrement disparu en France. Mais dans la France du Sarzkozistan, – et malheureusement même avant l’ère Sarkozistan – on a toujours eu une grande liberté avec les lois environnementales.

Ici la ville de Leucate investit pour vous Site de la falaise/Cap Leucate, © C. Neff 28.05.2012

En plus, sur les panneaux encore en place devant le Klim & Ko nous apprenons que la ville de Leucate a investi ici pour un « site d’accueil et promotion de la falaise » ,mais en fait il s’agit d’un restaurant gastronomique, ce qui n’est pas mentionné sur le panneau d’autopromotion de la marie de Leucate. On pourrait aussi légitimement se demander si l’argent de du contribuable doit servir à faire démarrer un « restaurant gastronomique » sur un site protégé ?!

Cette histoire du Klim & Ko, construite sur une des dernières perles sauvages de la méditerranée, un des derniers sites où  on trouve encore des Violettes  ligneuses, n’est certainement pas une référence pour le Maire de Leucate, Michel Py, qui en ce moment se présente pour la députation de la deuxième circonscription de l’Aude. Peut-être Michel Py entrera –t-il dans l’histoire politique, pour y avoir arraché cette circonscription historique, – ce fut la circonscription de Leon Blum pendant la troisième république, à la gauche, et ceci grâce  aux rivalités et guerres  de clan de la gauche Audoise. Notons que l’Indépendant pense que Michel Py na guerre de chance de prendre place sur le « fauteuil de Léon Blum ». Mais Monsieur Py, avec cette obscure idée  d’utiliser l’argent du contribuable, pour valoriser le site de la falaise de Leucate, en y construisant un restaurant gastronomique, dans un site classe Natura 2000, risque bien de trouver sa place dans les livre d’histoire du paysage français, comme le maire, ayant sacrifié  un des derniers  sites  de « Viola arborescens » françaises ,en fait  ce fut la plus grande station de Viola arborescens en France !

Concernant le Klim & Ko, étant entre autre aussi amateur de  bonne cuisine & de bons restaurant, – je vais certainement un jour y rendre visite, – le mal est déjà fait, – et donc pourquoi pas en profiter pour un bon repas gastronomique, en espérant  que les travaux de construction (qui  vont bientôt atteindre leurs fins) et les piétinements en plus que va certainement occasionner ce restaurant sur la falaise, ne vont pas sonner le glas pour les derniers viola arbustives. Concernant le cadre et le site du restaurant, – il est certes très exceptionnel, – mais de croire comme l’a fait Michel Py durant l’inauguration du Klim & Ko, je cite la dépêche du Midi « Leucate ; le restaurant Klim and Co inauguré : Enfin, Michel Py, maire de Leucate, a félicité tous les partenaires de ce projet qui offrira un nouveau haut lieu de la gastronomie ouvert à l’année afin d’ouvrir davantage le tourisme aux quatre saisons, en espérant également que ce site magnifique mènera ces nouveaux chefs vers toutes les étoiles.» – que le seul fait d’avoir un cite exceptionnel  pourrait être un  gage pour recevoir une  des fameuses  étoiles Michelin montre que Monsieur le Maire n’a que de piètres  connaissances de la géographie gastronomique française. Une très grande partie des tables étoilées françaises ne se trouvent pas sur un  site paysage exceptionnel,  bien au contraire. Il y en a, – mais c’est plutôt rare. Les tables étoilées, ont eu droit à leur(s) étoile(s) grâce au génie de leurs « grands chefs » – mais le cadre paysages n’y est pour rien !

Le grand virtail de St. Jacques de Port Leucate, © C. Neff 2.6.2012

Je finis donc  ce petit tour d’horizon  des changements de paysages dans le pays leucatois, – avec le constat, qu’une fois de plus  les hommes et le temps ont modifié le paysage. La gare a une nouvelle horloge, le village a maintenant  une libraire de plus et un nouveau domaine viticole bio. Le nouveau restaurant Klim & Ko sur la falaise, – est certes une réussite au niveau architectural, – concernant la géographie gastronomique des Corbières cela pourrait  enrichir le paysage culinaire régional, – pour le volet environnemental ce projet de valorisation de la falaise de Leucate pourrait bel et bien sonner le glas pour un site qui fut considéré comme la plus grande  et plus belle station de Viola arborecens en France. Pour enfin finir ce tour d’horizon de changements de paysage récent dans le pays Leucatois, notons que le premier des vitraux crée par  Jacques Loire du Centre international du vitrail de Chartres pour l’Eglise St. Jacques à Port Leucate vient d’arriver à destination. Le nouveau vitrail montre St. Jacques arrivant en bateau baigné par les couleurs et lumières en plein nef de la nouvelle église de Port Leucate. Là, enfin, – une vraie réussite !

Je viens donc de passer une très belle semaine de cours sur  la dynamique & géobotanique des paysages méditerranéens avec un groupe d’étudiants très engagé. Semaine riche en observations dont j’ai décrit quelques impressions ici même. Ce fut aussi une semaine avec une météo estivale, – sur le plateau de Leucate les températures oscillaient entre 29 et 34 C., presque pas de vent, ce qui est assez exceptionnel pour Leucate. Qui, même sans chant de cigales, cette semaine fut une vraie semaine de paysages estivaux dans le pays Leucatois entre Mer, Falaise et Corbières.

Bibliographie:

Neff, C. (1999): Observation géographiques et floristiques sur la presqu’île de Leucate. In: Bul. Soc. Et. Sc. Nat. Nimes et Gard, T. 62, 1999, 23-34. DOI: 10.5445/IR/1000121552, (Download KITopen).

Neff, C. (2003): Les Corbières maritimes – forment-elles un étage de végétation méditerranéenne thermophile masqué par la pression humaine ? In: Fouache, E. (Ed.): The Mediterranean World Environment and History. IAG Working Group on Geo-archeology, Symposium Proceedings. Environmental Dynamics and History in Mediterranean Areas, Paris, Université de Paris – Sorbonne 24 – 26 avril 2002. Paris, 191 – 202, (Elsevier France, ISBN 2-84299-452-3)

Photos : Toutes © C. Neff; 1. Vue sur la Franqui (31.5.2012), 2. La Gare de Leucate – la Franqui (31.5.2012), 3. Entrez libre – le Clos de Ninon à Leucate Village (2.6.2012), 4. Vignes et Sémaphore du Cap Leucate (1.6.2012),  5. Vue sur le Klim & Ko et le phare du Cap Leucate depuis le plateau de Leucate (16.2012), 6. Ici la ville investit pour vous (Site de la Falaise/Cap Leucate 28.5.2012), 7. le grand virtail de St. Jacques de Port Leucate (2.6.2012)

Christophe Neff, le 7.6.2012

Blognotice 19.5.2012: décidément la météo

Le mardi 15.5.2012 matin, jour de l’investiture du 7ème président de la Vème République, Monsieur François Hollande, en écoutant la radio pendant le petit déjeuner, on nous annonçait des fortes chutes de neige pour les divers Mittelgebirge (Forêt Noire, Jura Souabe) je me disais « décidément, la météo, cette première visite présidentielle prévue pour le soir du 15.5. à Berlin chez la chancelière ne sera, déjà de par le fait des aléas météorologiques  pas «  une promenade de printemps ». Le soir même l’avion présidentiel, avec François Hollande à bord, fut touché par la foudre, et retarda le voyage présidentiel vers Berlin. Et pendant ce temps, la neige couvrait les « Mittelgebirge allemands » (moyennes altitudes)presque 20 centimètres sur les hauteurs de la Forêt Noire.  Cette réapparition brusque d’une météo hivernale, cela me rappelait des souvenirs d’enfance : combien de fois les fleurs de notre « cerisier du japon » à Schramberg – Sulgen au Lärchenweg  et de notre Magnolia stellata, qui fleurissaient toujours début/mi-mai furent  couvertes de neige. En fait la Raumschaft Schramberg, ce petit pays, en moyenne forêt noire, ce fut aussi un pays sans vrai printemps, – souvent des chutes de neige jusqu’ à début /mi-mai  et après, tout d’un coup l’été arrivait, chaleur, temps lourd apportant ces séries d’orages remontant de l’alsace par la vallée de la Kinzig et s’accrochant aux sommets des « sargdeckel de Buntsandstein »(couvercles de cercueil en grès rose)  pour plonger vallées et montagnes  dans des pluies parfois diluviennes qui provoquent  parfois ici et là des inondations considérables dans la Raumschaft Schramberg. Une fois l’orage passé, chaleurs et temps lourd  revenaient en attendant le prochain « orage de montagne ». La Raumschaft Schramberg, n’était sûrement pas un pays de printemps. Si en Allemagne, il y a une région avec un beau printemps, c’est sûrement la « Pfalz » – le palatinat rhénan  – pays de vins et de la Mandelblüte (floraison des amandiers) – et la Pfalz depuis quelque temps s’autodésigne aussi comme « Deutsche Toskana (toscane allemande) ».  L’Allemagne,  ou au moins une partie du « Deutsche Bildungsbürgertum » est liée par des liens particulièrement affectifs avec l’Italie, ou disons avec une certaine image d’une Italie, image que personnellement je ne partage pas ; mais ceci est surement dû à mes racines familiales franco-italiennes. Pour revenir au petit livre, « Tour de Franz » dont je parlai dans mon dernier billet, je trouve le chapitre « Italienisch für Angeber (Italien pour prétentieux)» particulièrement réussi. Dans ce chapitre (pages 121-125), Cécile Calla, – dans un ton charmant dévoile cet « amour allemand » pour cette « Italie imaginaire ».

L’Allemagne politique a certainement honoré la nomination de  Jean – Marc Ayrault comme premier ministre, – la presse allemande a interprèté ceci comm eun  geste de bonne volonté envers l’Allemagne et le gouvernement Merkel. Personnellement, j’étais assez surpris de voir Laurent Fabius, farouche opposant de la constitution européenne lors du Référendum français sur le traité établissant une Constitution pour l’Europe , nommé  Ministre des Affaires étrangères. Françoise Fressoz interprète cette nomination comme « signal aux électeurs de la France du non » – mais hélas cette explication ne convainc guère.

Au niveau personnel, j’étais ému de voir Aurélie Filippetti, promue  ministre de la Culture et de la Communication . Nous partageons, pour ainsi dire les mêmes racines, – l’immigration italienne dans le « Haut-Pays de Lorraine » ces « italiens » qui arrivaient parfois par trains complets pour y travailler dans les mines de Fer – et dans mon premier billet de paysages j’avais dédié un petit chapitre à son roman « Les Derniers Jours de la Classe ouvrière » – je cite « Revenant aux paysages, en lisant il y a quelques jours Les Derniers Jours de la Classe ouvrière de Aurélie Filippetti, je commence à replonger dans les paysages imaginaires de mon enfance, les paysages des histoires de mes grand parents, de l‘ immigration italienne en Lorraine, de la résistance, du combat politique de la classe ouvrière ». Et quelques semaines plus tard un autre billet, – et depuis en lisant assez régulièrement son blog, j’ai un peu suivit le parcours politique de « Madame la Ministre ». Mes grands-parents, surtout mon grand-père Jean Migliori, auraient surement été émus de voir un « macaroni » nommé Ministre, Ministre dans un gouvernement de gauche. C’était un peu leurs rêves – que les enfants des couches populaires, immigre ou pas, – nés français ou de souche italienne, polonaise etc. (L’immigration maghrébine n’existait pas encore – au moins dans leur temps d’ Instituteurs à l’école d’Hussigny), – puissent  grâce à l’école laïque changer le monde vers un meilleur monde, mais aussi par l’acquis des connaissances puissent  accéder à des hautes responsabilités politiques dans la république française.

Aurélie Filippetti se présente dans la première circonscription de Moselle à Metz pour la députation. Ce ne sera sûrement pas facile, mais je crois qu’elle pourrait bien réussir ce pari électoral. En tous cas, je lui souhaite bonne chance !

Je finis l’écriture de cette blognotice, – même si la « Unterhaardt » fait partie de ce pays de printemps du palatinat rhénan : nous connaissons aussi temps lourds et orages. Il fait assez lourd et je pense que nous risquons peut être ce soir un orage de printemps sur le Linange et la Unterhaardt.

Ouvrages citées :

Calla, Cécila (2009) : Tour de Franz.  Mein Rendezvous mit den Deutschen.Unter Mitarbeit von Johanna Lühr. Aus dem Franzöischen von Brigitte Lindecke. Berlin (Ullstein), ISBN 978-3-548-26862-0

Filippetti, Aurélie (2003) : Les derniers Jours de la classe ouvrière. (Stock – Le Livre de Poche), ISBN 2-253-10859-6

Ecrit le 19.5.2012, publié le 20.5.2012

Christophe Neff, Grünstadt